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Accueil du site > Actualités > Société > Choc contre la civilisation (II) C’est quoi la civilisation ? Faut-il (...)

Choc contre la civilisation (II) C’est quoi la civilisation ? Faut-il en finir avec le capitalisme et le socialisme ?

L’idée de choc contre la civilisation marque une défiance face à deux conjectures tracées par Francis Fukuyama et Samuel Huntington, l’une évoquant un achèvement de l’Histoire et en filigrane, de la civilisation, l’autre envisageant un choc entre ensembles civilisationnels regroupés autour des cultures et religions. La thèse du choc contre civilisations dit deux choses. Premièrement, que le danger ne réside pas dans un affrontement entre civilisation, mais à une menace contre la civilisation inhérente à chaque ensemble social à l’échelle planétaire. Pour prendre un exemple très médiatique, l’intégrisme islamique menace plus les nations se réclamant de cette culture que l’Occident. Deuxièmement et en aval de la première proposition, le choc contre la civilisation suppose qu’il existe un processus conduisant les sociétés vers un état de civilisation objectivement accessible à la pensée. Ce faisant, en établissant les causes et les moyens de ce processus, on peut établir quelles sont les forces et facteurs négatifs et favorisant ce qu’on peut désigner comme une « décivilisation ». Pour le dire autrement, le monde contemporain repose sur des siècles de progrès, entrecoupés de reculs, métamorphoses ; il est imprégné de promesses de civilisation, mais des tendances occasionnent de puissants outrages aux desseins les plus prometteurs d’une humanité fragmentée et différenciée. Par ailleurs, quelques dommages sont infligés aux institutions et autres acquis ayant nécessité des siècles de labeur.

Civilisation, ce mot a été employé dans des contextes forts divers. Accolé au mot politique, il a fait surface dans l’actualité à l’initiative de ces vœux présidentiels de 2008 ayant suscité un vaudeville intellectuel où Morin s’expliqua avec Sarkozy pour lui signaler qu’un auteur à un droit de regard sur l’usage d’une innovation intellectuelle. Quoi qu’il en soit, cela ne nous renseigne pas sur ce qu’est une civilisation. Raymond Aron ne voyait dans le concept de civilisation qu’un intérêt méthodologique. Nous sommes à une phase, écrit Raymond Aron, où nous découvrons à la fois la vérité relative du concept de civilisation et le dépassement nécessaire de ce concept... La phase des civilisations s’achève et... l’humanité est en train, pour son bien ou pour son mal, d’accéder à une phase nouvelle. Ce verdict résonne comme si tout d’un coup, tout un socle de certitudes se dérobait sous nos pieds, nous inclinant à contempler un vide où quelques anciennes notions rayonnent telles des étoiles naines ayant éclairé un champ conceptuel auparavant en pleine expansion. Juste un avis, les propos sur la civilisation de Sarkozy sont nuls et non avenus, dans la mesure où même chez Morin, on cherchera une compréhension de la civilisation. Morin n’échappe pas au verdict d’Aron. Il ne peut fournir une vision éclatante de ce qu’est, de ce que peut être une civilisation et comment elle se forme ; mais même noyée dans la complexité, sa pensée offre quelques pistes intéressantes.

Toujours est-il que la Civilisation (dans un sens universaliste) sera sans doute l’enjeu du XXIe siècle, comme l’Histoire a été l’enjeu du XIXe siècle et la Technique celui du XXe siècle. Le fait que la philosophie ait renoncé à penser la civilisation donne un signal fort de l’état de la pensée contemporaine à laquelle on reprochera d’emprunter la voie descriptive, plutôt que compréhensive et radicale et de pécher par quelques tentations positivistes doublées d’une approche de spécialiste. Autrement dit, il s’agira d’aller au fondement, à la racine, aux ressorts, conditions, moyens et processus en jeu dans l’avènement de la « civilisation ». Une pensée nouvelle est sans doute en voie d’élaboration.

Une remarque importante. Alors que les plus anciennes civilisations répertoriées et identifiées remontent à nombre de millénaires, cinq voire plus, l’idée de civilisation dans le sens moderne n’est pas vieille, datant de deux ou trois siècles. Ce qui ne veut pas dire que cette notion ait été inconnue des temps anciens. A l’époque d’Alexandre, les philosophes avaient pensé la cité comme lieu de civilité, opposée aux barbares. Mais c’est avec l’ère moderne, quand les hommes ont pris conscience d’installer un monde au lieu de l’habiter (voir la thèse de Gauchet), que cette idée de civilisation est née, tout en étant projetée sur les mondes anciens. On la retrouve au milieu du XVIIIe siècle chez Mirabeau père. Cette date n’a rien d’étonnant puisqu’elle suit la querelle des Anciens et des Modernes, qui concerne justement l’appréciation de la Culture or, celle-ci fait partie intégrante de la civilisation avec laquelle elle a été confondue par la suite par les uns. Alors que d’autres ont accentué le progrès technique tout en cernant la civilisation (occidentale s’entend) comme un processus. Un clin d’œil au malaise de civilisation et au désenchantement, avec deux auteurs-clés, Freud et Weber, puis une évocation des chocs et tragédies de civilisation, tant de drames et d’abominations, génocides, destructions de Culture... et, à la fin du XXe siècle, l’oubli de la civilisation et, nous verrons bien, son retour comme préoccupation essentielle du XXIe siècle

Au bout du compte, culture, civilisation et société ont fini par se confondre. Nous ne saurons jamais les ressorts exacts des civilisations antiques, d’autant plus que nous ne savons pas tout à fait dans quelle civilisation nous vivons. Sauf à énumérer quelques évidences, sociétés individualistes, hédonistes, replis identitaires et religieux, mondialisation, domination de la technique et du consumérisme. Et si nous nous raccrochons à ces évidences, c’est parce que nous n’avons pas les outils conceptuels permettant d’appréhender, voire comprendre, la civilisation. Raymond Aron l’avait bien saisi. Mais ce n’est pas parce qu’un l’a dit qu’il faut renoncer à penser la civilisation.

Supposons alors qu’on puisse concevoir une civilisation et une destination, disons, haute ou, du moins, plus élevée que celle qu’offre notre univers intellectuel et politique actuel, quelles seraient les conclusions de cette étude ? Radicales en vérité. Allons-y au risque d’être extrémiste, mais pour la bonne cause de l’heuristique. Ce genre d’investigation devrait conduire à condamner deux systèmes, le capitalisme et le libéralisme, qui tous les deux, asservissent et assujettissent l’homme en le prenant et le formant pour être un esclave affranchi, autrement dit, un esclave universellement reconnu comme ayant des droits dans un système démocratique. Avec deux variantes, l’une à dominante libérale, où l’on se soumet aux règles du profit, l’autre, plutôt socialiste, où l’on incorpore quelques normes et règles encadrant la vie professionnelle et citoyenne. Deux excès, la jungle effrénée du profit où les meilleurs suivent, produisent, alors les perdants sont laissés sur la route aux bons soins du Samu social ou de l’Armée du salut ; ou alors la sclérose bureaucratique qui fait tout de même le bonheur d’une nomenklatura au risque de faire perdre des points de croissance. Quant à la martingale de la troisième voie à la Tony Blair, elle constitue un dosage entre les deux options, ce qui revient au même puisqu’on effectue une composition entre deux types d’asservissement. Le rapport Attali s’inscrit dans cette option. Au final, dans l’un ou l’autre des systèmes, il existe une majorité d’esclaves libres en droits et censés être heureux et une minorité de profiteurs légaux ; mais esclaves post-modernes et maîtres restent liés à un système technique et économique. Si bien que le questionnement se déplace vers la question de la Technique et, of course, Heidegger et Ellul en course. Et c’est évident car la « civilisation » telle qu’elle se dessine repose sur un accomplissement de cette technique moderne et d’une amplification de la révolution industrielle du XIXe siècle.

En fin de compte, la clé de la civilisation, si on suit mes propos, reposerait sur l’homme affranchi plus que sur un encadrement par le formalisme socialiste ou une adaptation par la pression de la jungle économique. Le destin de civilisation des hommes affranchis est sans doute la dernière des utopies, mais c’est hélas, la seule envisageable. Pourquoi hélas ? Parce qu’elle n’aura pas lieu, les puissances de domination étant déjà installées sur cette terre avec comme seule issue, à moyen terme, le grand collapse de la civilisation. Quelque chose ne tourne pas rond en ce monde, et cela fait des décennies, ce pouvoir de l’argent, de la police et, en dernier ressort, toujours cette même question sur l’issue du processus historique. Quel est le résultat, une majorité de maîtres ou d’esclaves ? J’ai l’intime conviction que cette question pose un vrai problème et je suis tout aussi sûr de ne rien savoir sur la solution car on peut toujours supputer sur le développement de l’esclavage post-moderne, hypothèse plus certaine que l’option contraire d’une humanité qui, par on ne sait quel miracle, se lèverait comme un seul homme différencié en milliards et briserait les chaînes de ce système qui offre un voyage confortable en classe moyenne. Autant préserver ce qui se tient et peu à peu, faire naître un désir de civilisation qui prend forme et avance radieusement au cours des ans. On ne sort pas de l’esclavage post-moderne en un instant. Le travail et la transformation prennent du temps. Une fois le dessein accompli, on ne regarde même plus le passé. On jouit d’une libre sérénité, on est devenu l’homme en œuvre d’une civilisation en mouvement et l’acteur mobile d’une civilisation qui se fait Œuvre avec tous les attributs de la Transcendance incarnée.

Et une révision de cette déclaration si emblématique. Les hommes naissent esclaves et égaux en droit. A suivre...


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28 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 21 janvier 2008 10:35

    "On jouit d’une libre sérénité, on est devenu l’homme en œuvre d’une civilisation en mouvement et l’acteur mobile d’une civilisation qui se fait Œuvre avec tous les attributs de la Transcendance incarnée."

     

    Désolé, pas compris, Bernard

    Relire Michea ...


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 21 janvier 2008 10:46

      Zen, c’est quoi, ce que tu n’as pas compris ? Et quel lien avec Michéa ?


    • del Toro Kabyle d’Espagne 21 janvier 2008 12:31

       

      Fukuyama est (intellectuellement) mort le 11 septembre 2001.

      Il y a des morts plus vivants que lui.


      • Marc P 21 janvier 2008 13:37

        Bonjour Bernard :

        "le monde contemporain repose sur des siècles de progrès, entrecoupés de reculs, métamorphoses "...

        Vous donnez là une vision erronée des choses... car c’est la stagnation qui a dominé à 99% et plus à travers l’histoire (encore bien plus avec la préhistoire) entrecoupée de brèves périodes de progrès ici et là... Ce n’est qu’avec la révol industr (ou un peu avant) qu’est née la notion de progrès constant., et la conscience "ontologique" ?du progrès..... avant cela, y avait il seulement une idée de ce que pouvait être le progrès, on mourait même à 80 ans dans un monde strictement identique ou presque à celui qui nous a vu naître et qui a vu naître notre arrière grand père... (évidement vous m’opposerez quelques exceptions : l’étrier, les lunettes, la poudre et que sais je encore...)... rien de semblable à ce qui commença avec les lumières puis en Angleterre...

        Aujourd’hui, progrès est synonymede vie ou de civilisation... Sans progrès pas de croissance, décadence... (ce n’est évidemment pas mon avis)...

         

        Marc P

         

        PS : cf les représentations de scènes bibliques en tenues médiavales..)

         


        • Marc P 21 janvier 2008 13:40

          Je me prends pour Attali, Vedrine ou je ne sais qui (Michel SERRE)...

          le mot d’"hypercivilisation" me vient... Mais que peut il bien vouloir dire ?

          il me reste 2/3 de votre texte à lire... peut être vais je y trouver la définition...

          Marc P

           

           

           

           

           

           

           

           


        • Sulim 21 janvier 2008 13:47

          Le concept moderne de civilisation a émergé me semble t-il par opposition à la culture.

          La distinction entre une pensée universaliste et culture identitaire s’est d’abord exprimée dans un débat autour de la Nation (Cf Ernest Renan ou Norbert Elias). Elle rebondit aujourd’hui dans le débat sur la mondialisation.

          Ainsi, Edgar Morin reprend à son compte cette distinction dans un récent entretien accordé au journal le Monde.

          « il faut distinguer culture et civilisation. La culture est l’ensemble des croyances, des valeurs propres à une communauté particulière. La civilisation, c’est ce qui peut être transmis d’une communauté à une autre : les techniques, les savoirs, la science, etc. Par exemple, la civilisation occidentale dont je parle, qui s’est du reste mondialisée, est une civilisation qui se définit par l’ensemble des développements de la science, de la technique, de l’économie. Et c’est cette civilisation, qui aujourd’hui apporte beaucoup plus d’effets négatifs que d’effets positifs, qui nécessite une réforme, donc une politique de civilisation. (...) Une politique de civilisation est une politique qui devrait restaurer les solidarités et les responsabilités ».

          http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-995373,0.html?xtor=RSS-3208

           

          A mon avis, cette opposition n’est pas pertinente. Il n’existe guère de civilisation occidentale distincte d’une culture occidentale. Le développement mondial des sciences, de la technique et de l’économie s’opère en interaction avec un modèle de représentation idéologique en l’occurrence le matérialisme libérale.

           

           

           

           

           

           


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 21 janvier 2008 15:26

            C’est exact, et pour ma part, j’ai souligné que culture et civilisation ont fini par se confondre alors qu’il faut les distinguer mais sans les opposer et de toute façon, civilisation et culture n’ont pas le même sens pour chacun. Morin explicite sa propre idée des choses et je ne crois pas que ses conceptions soient établies et partagées par tous les intellectuels


          • JL JL 21 janvier 2008 14:20

             

            BD, vous écrivez : ""deux systèmes, le capitalisme et le libéralisme, (…) deux excès, la jungle effrénée du profit où les meilleurs suivent, produisent ; ou alors la sclérose bureaucratique qui fait tout de même le bonheur d’une nomenklatura au risque de faire perdre des points de croissance.""

            Si j’ai bien lu, dois-je comprendre que pour vous le libéralisme c’est la sclérose bureaucratique ?

            Quant à votre conclusion : "" Les hommes naissent esclaves et égaux en droit. ""

            Esclaves de qui ? D’un dessein intelligent ? Je ne vois que ce sens là à votre phrase, laquelle sinon est une contre vérité, convenez-en.


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 21 janvier 2008 15:18

              Oups, pardon aux lecteurs pour cette coquille, les uns verront un sacré lapsus, je voulais dire capitalisme et socialisme, puisque ce sont ces deux système que je remets en cause mais qui semblent bien incontournables.

              Quant à la phrase sur les esclaves, elle est à la fois sibylline et provocatrice, sans doute trop troublante. J’avoue avoir hésité à la conserver


            • ZEN ZEN 21 janvier 2008 16:38

              Bernard

              Tu as forcé un peu sur le St Emilion, hier soir...Fais gaffe !


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 21 janvier 2008 17:11

              Zen, ce serait plutôt du surmenage intellectuel, j’écris trop mais pour l’instant, je garde ma raison, et continue à taper des textes, car le jour où je me prendrai pour le Christ en clavier, faudra que je fasse un séjour au monastère


            • JL JL 21 janvier 2008 18:50

               

              Bernard Dugué, je dois dire que, contrairement à ce que vous pourriez penser, je me disais : enfin, un peu de lucidité de sa part. En effet, ce que nous vivons aujourd’hui, appelez le comme vous voulez, nous écrase sous une bureaucratie bien pire que celle que nous pouvions craindre du socialisme.

              Une seconde, et je vous explique : il y a 40 ans on croyait au socialisme. Enfin, mes amis et moi. Et on imaginait qu’avec nos gains de productivité, en l’an 2000 on ne travaillerait même pas 16 heures par semaine.

              Depuis, les ordinateurs sont arrivés, les gains de productivité ont été confisqués par ceux qui les possédaient, lesquels se sont empressés de confisquer dans la foulée, via les nouveaux titres de propriété toujours plus spectaculaires que sont les brevets et que sais-je encore, tout ce qui peut être commercialisable.

              Et nous travaillons tous peu ou prou, à récolter et redistribuer ces royalties, dividendes, dîmes, tailles et autres gabelles que les serfs que nous sommes sont tenus de payer sur leur labeur et leur consommation au profit des actionnaires, ces nouveaux ’saigneurs’ invisibles et intouchables parce que dilués dans la population via les actions, actions qui font de certains travailleurs des schizophrènes.

              La rapacité de ceux qui ont goûté à l’argent facile est illimité. Oui BD, il y a des esclaves, mais à la naissance ceux qui héritent d’un patrimoine disposent de droits considérables, que tous ceux qui ont besoin de travailler pour vivre sont contraints de satisfaire. C’est cela la bureaucratie numérique, qui nous écrase.


            • haddock 22 janvier 2008 10:03

              pour une fois je saisis une nuance Duguéclaine ,

               

              " le Christ en clavier "

               

              Odieux mais divin !

               


            • JL JL 22 janvier 2008 10:04

               

              Le capitalisme c’est le principe de plaisir pour les forts, de réalité pour les faibles : Eh oui, il faut se lever le matin, même pour un petit salaire ! L’argent facile est un poison.

              Le socialisme, c’est le principe de plaisir pour les faibles, de réalité pour les forts : Eh oui, les sociétés humaines ne doivent pas devenir des jungles.

              Capitalisme et socialisme ne sont donc pas antinomiques mais complémentaires, et vous avez tort, Bernard Dugué : on ne doit nullement en finir, ni avec l’un, ni avec l’autre, mais harmoniser les deux : le seul moyen raisonnable est l’impôt progressif et la réhabilitation des dépenses de l’Etat AVEC UN REGARD NEUF.

              Ce regard neuf quel est-il ? Il consiste à remarquer que tout ce qui est gratuit s’oppose au profit, et réciproquement. De sorte que tout ce que fait l’Etat en termes de biens collectifs est refusé par le marché, et c’est pourquoi les lobbies du secteur marchand s’opposent à l’impôt progressif qui constitue à leurs yeux une double peine.

              Les libéraux sont ceux qui se considèrent victimes de cette double peine, et comme il n’y a pas d’alternative dans ce domaine autre que tout ou rien, ils ne veulent pas payer d’impôts, infligeant du même coup une double peine aux populations inégalités dans un monde ou rien n’est gratuit, où la nature est polluée, où les relations humaines sont perverties.


            • GéraldCursoux Cursoux Gérald 21 janvier 2008 16:37

              Socialisme et capitalisme sont indispensables l’un à l’autre. Le capitalisme sait produire avec efficacité (notion de retour sur investissement) mais ne répartit pas - ce n’est pas son objectif. Le socialisme a pour objectif premier de répartir - mais il ne sait pas produire avec efficacité. Alors l’un et l’autre sont indispensables à l’un et l’autre, car sans répartition le capitalisme s’étiole, et sans production efficace il n’y a rien à répartir ! Pourquoi oppose-ton donc ces deux courants économiques qui sont tous les deux indispensables à la réalisation de nos valeurs fondamentales ?

               


              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 21 janvier 2008 17:42

                Il y a deux notions que l’on peut (doit) distinguer ; sinon opposer,

                Le terme de civilisation désigne une culture à vocation (ou prétention )universelle qui intègrerait le progrès critique des sciences et des techniques rationnelles, les droits de l’homme et l’exigence de solidarité et de justice indispensable pour instaurer les conditions en droit d’une pacification des relations humaines dans des sociétés laïques et pluralistes.

                Le terme de culture (Die Bildung) qui désigne une vision particulière du monde et de la vie en société qui revendique ce particularisme identitaire face à d’autres cultures ou système de valeurs ou visions du monde religieuses et/ou profanes.

                Le tentation est grande de réduire la première à la seconde ; ce que font les islamistes radicaux en présentant la culture occidentale comme chrétienne par opposition à l’Islam) ; ce qui revient à ’interdire tout dialogue entre les dites cultures en vue de tenter de s’entendre sur des principes communs, en effet nécessairement libéraux ou tolérants. Or tout effort de civilisation est effort de dialogue en vue de transformer les potentiels chocs violents entre les cultures au deuxième sens en enrichissement mutuel et donc de dynamiser l’évolution culturelle des uns et des autres pour tenter de se comprendre et de vivre ensemble sans se faire la guerre et se dominer ; (étant donné que la civilisation, au premier sens, inclu le refus de dominer)

                C’est le sens même des droits de l’homme intégrés à la charte de l’ONU qui en principe (et non pas encore en fait) fait autorité sur le plan mondial (condamnation de l’esclavage, promotion du droit à l’éducation et à l’égalité entre les hommes et les femmes etc..)

                Ce n’est pas parce qu’un idéal n’est pas réalisé qu’il doit être disqualifié comme porteur d’universalité civilisatrice.


                • Marc P 21 janvier 2008 20:09

                  "Nous naissons inégaux y compris en droit et libres (enfin on l’espère) d’y remédier"...

                  Je me répète plus souvent que je ne me contredis :

                  autant la formule "travailler plus pour gagner plus "est une tautologie qui flatte les neurones des humbles ou desgroupies de son auteur, autant l’expression "politique de civilisation" est une tautologie du point de vue purement étymologique, avec l’idée de policer (ou polic...de poli), et l’idée de civiliser, citoyen cité ville, polis...

                   

                  Bien sûr E Morin sait de quoi il parle... mais l’effet bluffant du pléonasme pas perçu comme tel nous a donné droit a de nombreux papiers ... et commentaires...

                   

                  Bien cordialement...

                   

                  Marc P


                  • Marc P 21 janvier 2008 20:12

                    J’aime bien l’idée de Sylvain Reboul que la civilisation est ce qui modère les "frictions" entre des cultures qui se sentiraient en "concurrence"...

                     

                    Marc P


                  • Le péripate Le péripate 21 janvier 2008 21:07

                    Que dire ? Je partage le pessimisme de Bernard, même si je trouve que s’appuyer sur Fukuyama et Huntington ne nous emmène pas très loin. La civilisation ? Une réflexion sur l’invention de la flèche du temps, donc d’un dessein possible que les hommes se donneraient, la civilisation, paraît nécessaire. Faute de retrouver la sagesse d’un temps cyclique, un temps où l’homme limitait volontairement sa démesure parce qu’il savait avoir à se retrouver face à ses créations, faute de combler ce manque par une représentation adéquate des générations non-nées et des non-humains, nous nous donnons un monde livré à la toute-puissance de l’idéologie comme au seul souci de l’économie, un monde dangereux pour la liberté humaine.


                    • Bernard Dugué Bernard Dugué 21 janvier 2008 22:15

                      Le pessimise porte plus sur mes contemporains que sur Fukuyama

                      Ce billet destiné à faire réfléchir fait un bide

                       

                      La France est en décadence comme l’Occident. Il faut affoler les gens et les faire jouer, la génération play station aura raison de la civilisation occidentale comme les barbares ont eu Rome. No comment.


                    • Le péripate Le péripate 21 janvier 2008 22:47

                      Le Moyen-Age a été réhabilité. Décadence, certainement. Mais cette décadence, la fin de l’Age du Pétrole, est peut-être une chance. Il m’arrive de souhaiter que les réserves s’épuisent vraiment dès demain. Car on soupçonne finalement assez peu comment notre génie a tenu à une substance irremplaçable .


                    • Marc P 21 janvier 2008 23:18

                      L’avis d’un Gérard Ayache sur la question nous fait défaut...

                      Je me demande en plus ce qu’il penserait du projet de fondation pour Avox...

                      Après tout Péripate, vous avez raison, il se pourrait bien que l’histoire retienne notre époque sous le nom la "civilisation du pétrole..." contemporaine de la "culture du commencement du monde fini..." ou encore le siècle des 2 guerres mondiales...

                       

                      Au fait je ne sais plus si c’est Larouturou, Badiou ou un autre qui expliquait que la récession américaine actuelle pourrait conduire les chinois à une situation telle celle des annéées 30 en Allemagne (effondrement des ébouchés de la production aux US)... C’était tout à fait convaincant...

                      Bernard, profitez bien de votre séjour en Suisse (si j’ai bien compris) si vous y allez, leur regard sur la France comme celui des Belges est d’une lucidité et sans concession... Mais je ne vous apprends rien...

                      Profitez en pour souffler ; votre production débridée ressemble à de l’activisme...

                      Votre papier n’est pas un bide... les travailleurs, employés et employeurs ou autoemployés, sont fatigués et à court de temps...

                      Bien cordialement à tous les 2...

                      Marc P

                       

                       

                       

                       

                       

                       


                      • del Toro Kabyle d’Espagne 22 janvier 2008 03:28

                         Bernard a dit :

                         "Ce billet destiné à faire réfléchir fait un bide "

                         Je pense qu’il n’est pas toujours appétissant de ronger les restes "philosophiques" d’un Guaino reprenant mal un Morin (si Henri est portugais, il saura apprécier ), devenu moins invisible depuis la mort de Bourdieu (chez qui la "société" n’existe pas, histoire d’effectuer de vraies avancées épistémiques).

                         " (...) la génération play station aura raison de la civilisation occidentale comme les barbares ont eu Rome. "

                         Votre perception du "bide" n’est-elle pas déjà ... flipperisée (score, nombre, etc.) ?


                        • stephanemot stephanemot 22 janvier 2008 09:56

                          A mon humble avis, les principales attaques contre une civilisation sont le déni de civilité au sein même de cette civilisation.

                          Typiquement : je refuse à un individu le droit d’appartenir à la société, je le bannis, je l’exécute ou je le lapide parce qu’il ne suit pas la loi.

                          Une civilisation qui pratique la peine de mort, une civilisation qui cède au fascisme ou au fondamentalisme, une civilisation qui s’impose par la force est condamnée.


                          • JL JL 22 janvier 2008 10:07

                             

                            Le capitalisme c’est le principe de plaisir pour les forts, de réalité pour les faibles : Eh oui, il faut se lever le matin, même pour un petit salaire ! L’argent facile est un poison.

                            Le socialisme, c’est le principe de plaisir pour les faibles, de réalité pour les forts : Eh oui, les sociétés humaines ne doivent pas devenir des jungles.

                            Capitalisme et socialisme ne sont donc pas antinomiques mais complémentaires, et vous avez tort, Bernard Dugué : on ne doit nullement en finir, ni avec l’un, ni avec l’autre, mais harmoniser les deux : le seul moyen raisonnable est l’impôt progressif et la réhabilitation des dépenses de l’Etat AVEC UN REGARD NEUF.

                            Ce regard neuf quel est-il ? Il consiste à remarquer que tout ce qui est gratuit s’oppose au profit, et réciproquement. De sorte que tout ce que fait l’Etat en termes de biens collectifs est refusé par le marché, et c’est pourquoi les lobbies du secteur marchand s’opposent à l’impôt progressif qui constitue à leurs yeux une double peine.

                            Les libéraux sont ceux qui se considèrent victimes de cette double peine, et comme il n’y a pas d’alternative dans ce domaine autre que tout ou rien, ils ne veulent pas payer d’impôts, infligeant du même coup une double peine aux populations : surabondance pour les uns et pénuries pour les autres, inégalités et déliquescence pour tous, dans un monde ou rien n’est gratuit, où la nature est polluée, où les relations humaines sont perverties.


                            • ilias 22 janvier 2008 12:41

                              Il me parait fort utile de piocher un tant soit peu ce que fukuyama appelle la fin de l’Histoire.Il faut relier ce concept à celui de hegel disant que la raison tend à se réaliser intégralement dans l’histoire avec ce qui caractérise le plus l’époque moderne, à savoir la participation la plus large des citoyens dans la gouvernance des affaires publiques par alternance via une majorité dégagée sur opinion publique par les urnes.

                              Pour bien saisir ces notions, il faut beaucoup plus raisonner en philosophe du politique et du juridique qu’en historien. Ce dont il s’agit, ce sont les modalités de dynamique de transformation institutionnelle de la prise et l’organisation du pouvoir politique dans les sociétés humaines.

                              Avec l’avènement de la démocratie qui est au sens plein du terme un mode de gouvernance par des e


                              • ilias 22 janvier 2008 12:49

                                Il me parait fort utile de piocher un tant soit peu ce que fukuyama appelle la fin de l’Histoire.Il faut relier ce concept à celui de hegel disant que la raison tend à se réaliser intégralement dans l’histoire avec ce qui caractérise le plus l’époque moderne, à savoir la participation la plus large des citoyens dans la gouvernance des affaires publiques par alternance via une majorité dégagée sur opinion publique par les urnes.

                                Pour bien saisir ces notions, il faut beaucoup plus raisonner en philosophe du politique et du juridique qu’en historien. Ce dont il s’agit, ce sont les modalités de dynamique de transformation institutionnelle de la prise et l’organisation du pouvoir politique dans les sociétés humaines.

                                Avec l’avènement de la démocratie qui est au sens plein du terme un mode de gouvernance par des elections libres et dans le principe des électeurs individuellement à droits égaux sans distiction de race , de confession , de sexe,de position économique et sociale, etc., l’on aura atteint les limites raisonnables d’une architecture institutionnelle du pouvoir piloté via des elections libres par une émanation de la société et pour l’intéret de la société entière. 

                                Néanmoins, il faut nuancer aujourd’hui cette modalité de droits égaux ; elle ne l’est que formellement de par l’existence de 3 caractéristiques devenant de plus en plus encombrantes :
                                1. L’irruption du phénomène aujourd’hui récurrent d’une massification de l’opinion, proie facile à toutes formes d’influence de l’instinct et meme de conditionnement discret des esprits au moyen des médias d’un côté et des lobbies d’intéret de l’autre
                                2. La prolifération des lobbies et leur compétition acharnée où seul l’objectif de casse de l’autre est omniprésent, et ou le choix est entièrement ouvert sans aucune conscience éthique.
                                3. De par le changement des croyances en un dieu divin par un dieu fric, les positions économico-sociales ou seulement économiques créent une asymétrie dans les droits réels tout en sauvegardant le principe de façade des droits formels.
                                La société humaine n’aura pas encore réalisé l’Histoire tant qu’elle ne répondra pas à ces 3 questionnements.
                                 

                                Et c’est là, le grand défi de la civilisation à venir : une civilisation à l’echelle du village planétaire qu’est notre terre, la vivante Gaia.


                                • ilias 22 janvier 2008 15:32

                                  Errata sur billet ilias 220108A12H49, billet précédent tronqué à ignorer

                                  §4) Au lieu de lire : ...à toutes formes d’influence de l’instinct... ; lire : ......à toutes formes d’influence actionnant les ressorts profonds de l’instinct humain......

                                  §4) Au lieu de lire : ..., et où le choix est entièrement ouvert..... ; lire...., et où le choix des moyens d’atteinte du but poursuivi est entièrement ouvert sans aucune limite par une conscience éthique et/ou morale

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