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Accueil du site > Actualités > Société > Choc contre la civilisation. Petite réplique à Fukuyama et Huntington

Choc contre la civilisation. Petite réplique à Fukuyama et Huntington

Deux dates ont marqué l’Histoire récente, l’une concerne l’Europe, 1989, la chute du mur, la fin de l’Empire soviétique, de son emprise sur les nations de l’Est européen et, surtout, la fin de l’emprise d’une idée, le communisme, sur les esprits. C’est ainsi que s’achève un court XXe siècle selon la formule d’Eric Hobsbawm, de 1914 à 1989, après deux guerres mondiales meurtrières et une guerre froide. La place était trop belle pour ne pas être conquise. La finance et le management se sont développés dans un contexte où l’économisme est devenu une idée ayant une puissante emprise et comme le communisme était devenu obsolète, la nouvelle opposition au monde économique s’est inventée comme anti-mondialisme, vite revisité en alter-mondialiste. Un mot qui change, certes, mais qui change tout, car dans « anti », il n’y a qu’une opposition stérile alors que dans alter, on sous-entend une espérance. Pendant cette période, le monde a assisté à quelques transitions démocratiques aux succès mitigés, certes, mais avérés.

L’autre date importante étant 2001 où les tours jumelles de New York furent décapitées par deux avions civils, symbole s’il en est du choc de civilisation pressenti à cette occasion. Depuis cette date, l’Afghanistan a été « nettoyé » de ses talibans, sans que les extrémistes du combat islamique aient disparu. Par la suite, l’Irak a été « nettoyé » de Saddam Hussein, autre suppôt d’un axe du mal incarné maintenant par l’Iran et sa petite sœur la Syrie. Entre-temps, des menaces d’ordre non politique sont devenues des marronniers du champ médiatique, réchauffement de la planète et spectre d’un déficit en pétrole face à une demande croissante, d’où envolée des prix et choc sur notre civilisation dont le pétrole est l’un des facteurs dominants, avec l’électricité, l’information, la communication. Les alter-mondialistes se sont définitivement inscrit dans le champ idéologique, non sans quelque essoufflement. Ceux qui voudront faire dans l’anti-américanisme lapidaire diront, non sans raison, qu’après l’Union soviétique, il fallait bien que les Américains se trouvent un ennemi planétaire. Et que l’opinion publique en prenne conscience. Et ces deux tours jumelles qui pour ainsi dire sont tombées à pic.

Comme souvent, on peut associer une époque à quelques écrits majeurs, ou du moins importants. Sans les comparer à Hegel et sa raison de l’Histoire avec Napoléon en filigrane, Francis Fukuyama et Samuel Huntington font figure de symbole offrant un éclairage sur ces deux périodes récentes. Ils ont tous les deux enseigné dans des universités prestigieuses, Harvard, John Hopkins. Chacun a publié un ouvrage largement commenté dans les cénacles intellectuels et les cercles où politiques et penseurs se côtoient pour tenter de comprendre le monde et de le diriger. Fukuyama a été conseiller de Clinton alors que Huntington émarge dans le camp républicain. Le premier pourrait être classé comme confiant et optimiste quant aux progrès des sociétés alors que le second serait plutôt du genre sceptique, inquiet face à la maîtrise des sociétés à l’âge démocratique. Le premier est l’auteur de La Fin de l’histoire et le dernier homme, paru en 1992 alors que le second a publié en 1995 Le Choc des civilisations. Ces deux livres ont été développés chacun à partir d’un article ayant eu un impact en termes de réactions et autres discussions entres intellectuels.

Dans le courant de l’été 1989, six mois avant la chute du mur, Fukuyama publiait dans une revue de sciences politiques un article retentissant où il faisait part des récentes évolutions politiques dans le monde. La fin des années 1980 voyait se dégager un consensus autour de la démocratie libérale comme mode convenable et définitif pour les nations du monde. En quelque sorte une fin, un achèvement, au sens de Hegel, un achèvement de l’idéologie dans le sens libéral, et ce, après avoir triomphé de la monarchie, des fascismes et tardivement, des communismes. Il est certain que l’évolution des sociétés à cette époque inclinait à formuler cette thèse dont le soubassement philosophique serait une aspiration universellement partagée envers une société où tous les individus sont reconnus et dotés de même droit. En quelque sorte l’Etat universel pensé par Kojève comme achèvement de l’Histoire telle qu’elle fut mise en tension comme un problème par Hegel, un problème lié entre autres choses à l’asymétrique maître esclave. La métaphore de la batterie permet d’imaginer cette asymétrie comme une différence de potentiel avec le courant de l’Histoire et ses luttes comme moyen de décharger la batterie et parvenir à ce niveau d’équilibre qu’on appelle Etat de droit universel. Mais est-ce une bonne chose ? Fukuyama pioche chez Nietzsche et Tocqueville pour suggérer une interrogation qu’on formulera ainsi. Après la lutte des esclaves contre les maîtres, que reste-t-il ? Des esclaves ou des maîtres ? L’Etat universel ne dit rien sur l’homme réel qui peut être l’un ou l’autre ou une combinaison des deux, tantôt autonome, tantôt servile. En 1992, paru le livre de Fukuyama sur la fin de l’Histoire, l’année même où Bill Clinton fut réélu.

Huntington se tenait en embuscade et réalisa, un an plus tard, un coup de maître. Rappelons quelques éléments biographiques. Huntington, né en 1927, est un vieux routard dans l’art de conseiller les princes, notamment le président Johnson auprès duquel il justifia le bombardement des zones rurales du Vietnam. Puis il fut le co-auteur de ce fameux rapport sur la gouvernance des démocraties, consécutif aux travaux réalisés sous l’égide de la Trilatérale et l’on sait comment ces idées ont inspiré la politique intérieure de Reagan. Arrive l’été 1993. Et Huntington de publier un article dans Foreign Affairs, portant sur le choc des civilisations. Selon les responsables de cette revue, cet écrit a suscité les trois mois suivant sa parution autant de commentaires et débats que ceux publiés pendant les quarante dernières années. Avec un tel buzz, il fut logique que Huntington emboîte le pas de Fukuyama pour rédiger un livre roboratif, Le Choc des civilisations, paru en 1995 et traduit en France un an plus tard. Le titre originel est sensiblement différent puisqu’il évoque en plus du clash une recomposition de l’ordre mondial. Ce livre a été salué par Kissinger comme le plus important depuis la guerre froide. Quant à Brzezinski, autre diplomate de l’ombre s’il en est, il y voit une œuvre fondatrice susceptible de révolutionner la vision des affaires internationales. Sur ce point, on peut le croire à un détail près, c’est qu’il s’agit essentiellement de la vision des gouvernants et plus spécifiquement, des équipes d’Etat à Washington, sa Maison-Blanche et son Pentagone.

La thèse développée par Huntington a pour motif architectonique l’idée d’un regroupement des individus à l’échelle planétaire selon des déterminants d’ordre culturel. Ce qui suppose que la tendance à la différenciation et à la défense d’une culture l’emporte sur le mouvement inverse vers l’assimilation, le métissage. Ces deux tendances ont pour corrélats idéologiques le nationalisme et l’internationalisme. Mais qu’on ne se trompe pas de réalité. Ce n’est pas la nation, mais la culture qui détermine cette tectonique des plaques populaires à l’échelle planétaire. Autrement dit, il existe des types de civilisations, présentes au tournant du millénaire, que Huntington s’efforce de dénombrer, comme le fit Spengler dont l’œuvre couvre aussi les civilisations passées. Page 177, il est question d’un regroupement des individus par la culture et la civilisation, au lieu des idéologies comme auparavant (en ce temps, il y avait les alignés sur l’Occident démocratique, sur le bloc de l’Est et les pays non-alignés). Ainsi, c’est cette recomposition qui est mise en amont et le choc en aval. Les questions de sens existentiel et de religions ont une part importante dans ces regroupements.

Que penser alors de ces deux visions différentes. Le premier pense à l’avènement planétaire des valeurs démocratiques longtemps portées par l’Occident et le second à un Occident menacé par la montée en puissance d’autres ensembles ne partageant pas nos valeurs, islam, Inde, Chine pour l’essentiel. Un raccourci dans le temps livrerait deux périodes, celle de la guerre froide à l’après-chute, autrement dit, années 1960 à 1990, et la victoire l’Empire occidental dont les valeurs sont assimilées sur la planète, alors que commencerait une autre période, celle des contre-attaques d’Empires non occidentaux qui se réclament d’autres valeurs et se constituent par un regroupement autour d’une « culture de civilisation ». Une première chose à noter, c’est que l’hypothèse du choc paraît reposer plus sur une réplique à sa thèse concurrente, celle de la fin de l’Histoire, qu’à des arguments vraiment convaincant provenant des évolutions récentes. Pour preuve, la situation en Iran avec une société non pas homogène, mais scindée entre des conservateurs et des progressistes en attente d’une libéralisation politique à l’occidentale. Ce n’est qu’un exemple. Deuxième point, le spectre de la chouette de Minerve, rayonnant depuis la statue de Hegel. Il se pourrait bien que nos deux penseurs du monde en transformation arrivent trop tard, renvoyant à des choses déjà advenues, notamment le choc des civilisations qui eut lieu entre 1870 et 1945. Empire ottoman, Empire des Habsbourg, nations européennes, Japon, Moyen-Orient, Inde y ont laissé des plumes. C’était plus un choc des nations en vérité. Avec une civilisation occidentale triomphante sur un point, celui de la technique.

L’autre faille de nos deux intellectuels d’Etat pourrait reposer sur une vision américano-centrée et par trop superficielle, biaisée par rapport à la vie des peuples, mais ajustée aux desseins fomentés dans les cercles de gouvernance de cette hyperpuisssance aux pieds d’argile. Pour le dire précisément, les deux thèses, celles de Fukuyama et Huntington, semblent étalonnée sur un modèle sous-entendu comme point de référence, celui des Etats-Unis. Pour faire dans le lapidaire, Fukuyama voit dans la fin de l’Histoire l’adhésion de la planète à un idéal défendu et accompli par les Etats-Unis. Le monde veut ressembler à l’Amérique. Huntington voit le contraire, une partie du monde ne veut pas ressembler à l’Amérique et pourrait même constituer une menace. C’est je pense, livré en deux formules lapidaires, la faille de ces deux livres qui sont pourtant substantiels et pertinents, autant par ce qu’ils disent que par ce qu’ils occultent. Et cet iceberg anthropique, l’homme, reste la clé du destin et qui sait, le véritable choc qui coulera le Titanic impérial. Chut...

Les choses sont donc plus contrastées. Il y a la place pour une troisième thèse, celle du choc contre la civilisation. Qui est le choc, qu’est la civilisation ? L’avenir du monde vaut bien une enquête philosophique. Ce qui suppose des questions. Quant à Egard Morin, auquel la plupart penseront, il n’est pas vraiment dans le coup, largement dépassé à mon avis. Comme du reste Gauchet qui, lui, n’a rien proposé en termes de politique de civilisation, bien plus lucide, mais tout aussi distant d’une voie libérale inscrite dans la gnose du mystère humain. On comprendra qu’il n’y a qu’un seul choc, celui contre la civilisation.


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26 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 17 janvier 2008 09:40

    Encore un article du vide total qui se contente de nous réciter l’histoire du passé qui tente de faire croire que des gourous de la prédilection seraient capables de lire l’avernir.

    Fukuyama n’a rien prévu,il s’est contenté de se projeter dans l’avenir car à l’époque l’URSS était déjà en faillite

    Huntington,avait une vision du liberalisme économique qui confondait les libertés publics et individuelles et le liberalisme économique

    Mais,ne nous inquiétons pas ,nous ,ici,chaque jour de l’année,nous avons un tres grand "filosofe" qui réécrit l’histoire : il s’appelle Bernard DUGUE

    l’article Bernard Dugué

    Il sait tout et se trouve à la droite de DIEU.

     


    • Flo 17 janvier 2008 10:44

      Je n’ai pas trouvé l’article très clair, j’avoue. Quelle est l’interrogation au final ? Est-ce un appel à dépasser le clivage pro/anti américain en l’observant sous le regard plus vaste d’une hypothétique "civilisation" ? Est-ce juste un moyen de nous présenter deux auteurs ? Un peu des deux ? En quoi Gauchet et Morin sont-ils dépassés ? Que signifie finalement ce "choc contre la civilisation" ?

      Mais la réaction de lerma est encore plus obscure : en quoi réciter "l’histoire (du passé)" est inutile ? Et je me demande ce qu’est prévoir si ce n’est pas se projeter dans l’avenir. Et si Mr. Dugue réécrit l’histoire, alors il ne récite pas l’histoire du passé non ? A laisser trop vite l’idéologie prendre le pas, on en oublie la réflexion, c’est dommage.


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 janvier 2008 10:49

      dépasser la vison américano-centrée, oui, c’est cela, vous avez bien compris le sens du billet. Quant au choc contre la civilisation, il arrive à la fin comme question permettant de suggérer une autre piste. Morin, j’ai lu ses propositions politiques pour 2007, je ferai peut-être un billet


    • hahahaha 20 janvier 2008 17:23

      Hihihi,

      il faut dire que Carlo del revelli l’a bien voulu ainsi, son bébé jouflu et chéri devient un être innommable.

       

      Bien à vous 


    • roOl roOl 17 janvier 2008 10:33

      et tout les jours, quelqu’un agit pour la decredibilisation de l’Argentine.

      Le vide total, je sais ou le trouver. Entre vos deux oreille Lerma !

       


      • Charles Bwele Charles Bwele 17 janvier 2008 11:54

        Hi Bernard !

        En effet, j’avais lu leurs deux oeuvres choc dans les 90’s qd j’étais encore à la fac, puis relu passagèrement vers 2003. Stratosphériquement intéréssants certes, mais j’avais trouvé leurs théories (à tous les deux) un peu trop surfaites, beaucoup trop facilement buvables., du prêt-à-penser extrêment bien foutu toutefois.

        Amicalement

         


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 janvier 2008 13:33

          Hi Charles, pourquoi pas une relecture en 2008 ?


        • Charles Bwele Charles Bwele 17 janvier 2008 14:30

          Pas tout de suite. Là je verse déjà dans le best-seller "the Big Switch" du britannique Nicholas Carr et celui "Storytelling" du français Christian Salmon.

          Toutefois, le plus dingue qd on est à la fac, c qu’on a du temps et qu’on est tjrs dans la dèche, alors on lit comme un dingue (grâce aux emprunts biblio). Une fois dans la vie active, c parfois l’inverse : on est bcp moins dans la dèche, mais on manque énormément de temps et donc on lit moins de livres (physiques).

          Amicalement


        • stephanemot stephanemot 17 janvier 2008 13:12

          Bernard,

          Ces thèses simplistes font effectivement le bonheur des neocons et theocons qui souhaitent l’affrontement et continuer à manipuler les opinions.

          La réalité n’est pas un choc entre civilisations, et certainement pas le choc entre orient et occident ou le choc entre religions que les extrémistes cherchent à nous vendre pour entretenir le climat de haîne nécessaire à leur maintien au pouvoir, mais bien une attaque des fondamentalistes contre la civilisation au sein de chaque religion.

          Les fondamentalistes islamistes veulent détruire des siècles de progrès au sein du monde musulman, et leurs principaux ennemis sont bien les musulmans refusant de mélanger politique et religion.

          de même, les fondamentalistes chrétiens veulent détruire des siècles de progrès au sein du monde chrétien, et leurs principaux ennemis sont les chrétiens partisans de la séparation de la religion et de la politique.

          d’où l’importance pour ces ennemis de la démocratie de faire tomber des modèles de laïcité comme la France, où cohabitaient en paix les principales religions ces dernières décennies. le programme de Benoît XVI est très clair, et Sarkozy rompt aujourd’hui tous ses engagements de campagne en faveur du maintien de la laïcité dans la république.

          soit les démocrates et les républicains des deux bords (et en particulier au sein de l’UMP*) parviennent à le faire reculer, soit le pays sombre.

          ensemble, les fondamentalistes de toutes confessions sont parvenus ces derniers temps à faire régresser la démocratie et progresser l’obscurantisme non seulement dans le monde musulman mais aussi aux Etats-Unis, en Israël et en Europe :


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 janvier 2008 13:39

            Stéphane, tu as parfaitement pigé le fond de ce billet, qui ouvre (entre autres choses) vers l’idée que chaque société est minée depuis l’intérieur et que chacun ferait mieux de voir chez lui au lieu de donner des leçons au monde.


          • JL JL 17 janvier 2008 14:11

             

            A Stéphanemot : je suis 100% d’accord avec ce post.

            Un détail, j’aurais écrit : ""et Sarkozy rompt aujourd’hui tous les engagements de campagne qu’il avait pris en faveur du maintien de la laïcité dans la république"". Bien que personne ne puisse interpréter votre pensée autrement.

            à Bernard Dugué : votre réponse à Stéphanemot me navre.


          • Le péripate Le péripate 17 janvier 2008 13:28

            J’avoue avoir du mal à penser simultanément et symétriquement ces deux auteurs. Huntington me semble trop embourbé dans l’archaïque "libido d’appartenance" (Michel Serres), et ne fournir qu’une réflexion had hoc pour les cercles neoconservateurs étasuniens.

            Mais Fukuyama mérite un effort de réfutation, de falsification, car il incarne l’épuisement de la critique. Le choc contre la civilisation, je le vois dans la perpétuation d’un système absurde, l’accumulation sans fin et sans buts de capitaux qui pille la planète et détruit l’homme. Ce ne peut être la fin la fin de l’Histoire, sauf à être la fin de l’Homme.


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 janvier 2008 13:41

              Cher Aquitain, voilà un autre volet que tu évoque, le rôle du profit et donc, de la cupidité qui est un fait universel sur cette planète, minant aussi la civilisation


            • ZEN ZEN 17 janvier 2008 14:46

              Bonne synthèse,

              Il suffit de savoir que Kissinger a applaudi à ces deux oeuvres pour se faire une idée de qui a exploité ces thèses :

               

               

              http://pagesperso-orange.fr/ouvertsurlemonde/Choc%20des%20civilisations/R%e9sum%e9%20conf%e9rence%2014%20novembre.htm


              • aurelien aurelien 18 janvier 2008 00:00

                Je pense que Bernard Dugué est d’une toute autre stature que Henri Kissinger smiley


              • Traroth Traroth 17 janvier 2008 16:37

                Franchement, le 11 septembre comme évènement marquant le début de ce fameux choc des civilisations, ça me parait une erreur d’analyse. Identifions les partis en présence dans ce conflit :

                -Une force occidentale, les états occidentaux et leurs alliés, comme Israél, par exemple

                -Une force orientale, des organisations comme Al-Qaeda et quelques états comme l’Afghanistan jusqu’en 2002 ou l’Iran

                Des failles profondes existent dans ces camps : La France et beaucoup d’autres pays s’opposent à la guerre en Irak, chiites et sunnites s’opposent fréquemment entre eux. D’autres partis moins directement impliqués dans ce conflit peuvent toutefois avoir une influence : l’Inde, la Chine, la Russie.

                Si on analyse d’un point de vue historique le déroulement des évènements, le 11 septembre 2001 est la suite d’une série d’évènements précédents : prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan (1998), conflit israélo-paléstinien depuis au moins 1969, attentats contre le World Trade Center en 1993, attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar-es-Salaam en 1998 et même attentats contre les ambassades américaine et française à Beyrouth en 1983. On pourrait parler de la guerre civile en Algérie dans les années 90 et du terrorisme en France dans les années 80.

                Ca ne rend pas le 11 septembre moins horrible, mais ça n’est pas le *commencement* de quelque chose, et donc je ne suis pas certain que d’un point de vue historique, ça marque une rupture comme on l’entend souvent. D’ailleurs, la politique interventionniste américaine est restée égale à elle-même, après ça.


                • killy 17 janvier 2008 17:34

                  pourquoi ne pas citer Edward Said ?


                  • Marc P 17 janvier 2008 22:55

                    N’assiste t on pas en fait à des putsh régis par la petitesse ici et là... ? laquelle a beau jeu étant donnée la massification de la pensée impersonelle ?

                     

                    Marc P


                    • aurelien aurelien 18 janvier 2008 00:05

                      Une réflexion métapolitiquement intéressante


                    • fouadraiden fouadraiden 18 janvier 2008 00:16

                       

                       

                       c’est tjrs drôle de constater comment les dirigeants occidentaux une fois en affaire avec les Emirs du golfe( qu’ils ont évidemment placé là) oublient vite la thèse de choc pensée par leurs élites du moment.

                       

                       Sarko chez les Arabes louerait presque leur foi..

                       Sarko ,en Amérique ,insiste sur la lutte contre le terrorisme ,dont dit -il ,déterminera l’avenir de tous (rien que ça !).

                       

                       ceci dit la montée en puissance de la Chine est probablement le fait majeur et le véritable événement de ce nouveau siècle.l’islam comme menace ,c’est du baratin et les deux tours n’ont été un choc que pour une conscience occidentale.les autres s’en foutent.

                       

                       attendons donc que des intellectuels chinois ns livre leur propre pensée sur l’équilibre culturel du monde .les occidentaux rabâchent les memes choses depuis qu’ils dominent ,seule la fome semble changer puisque les thèses sur l’’affrontement islam-occident sont aussi vieilles que l’avènement de l’islam lui-même.

                       

                       rien de nouveau donc tant que ce seront tjrs les memes personnes issues des memes cultures qui commenteront l’avenir des autres cultures.

                       

                       imaginez un Hégel chinois, quelle douceur....


                      • pepin2pomme 18 janvier 2008 09:19

                        J’ai lu le livre de Huntington, il y a 10 ans.

                        Ce livre est un de ceux qui m’a beaucoup marqué (il y en a un autre, "effondrement" de Diamond, mais c’est pas le sujet). Alors bien sûr, on peut faire beaucoup de critiques, d’autant plus que Huntington essaye de projeter dans l’avenir la description de la société mondiale.

                        Il faut quand même reconnaitre que le point de vue de Huntington est à contre courant du politiquement correct. Il démonte avec habileté l’idée bien pensante que seule la démocratie est un modèle de société viable. Même si on peut lui reprocher de simplifier à l’extrême avec son modèle à 7 catégories civilisationnelles, la lecture de son livre m’a fait comprendre beaucoup de choses. En particulier, à l’époque sévissait des conflits aux balcans. Observés sous l’angle des civilisations (occidentale, musulmane et orthodoxe), tout devenait plus clair. Aucun journaliste n’a présenté les conflits sous cet angle, non pas par incompétence, mais par peur du dérapage politiquement incorrect (on refuse d’admettre que des populations puissent être massacrées parce qu’elles ne partagent pas les mêmes convictions religieuses, thème courageux et malheureusement vérifié du livre). Encore maintenant, plus de 10 ans après sa publication, chaque conflit mondial peut être vu à l’aune des thèses de Huntington.

                        Il y a un autre point important soulevé par Huntington, et que je n’ai retrouvé nulle part ailleurs : c’est le comportement des soldats envers la population civile. Dans un conflit entre 2 pays d’un même bloc civilisationnel (au sens de Huntington), l’envahisseur essaye d’absorber le pays envahi, et les civils ainsi que les édifices religieux sont relativement (j’insiste sur ce mot !) épargnés. Par contre si le conflit oppose 2 blocs différents, l’envahisseur cherche à éliminer (au sens génocide) les civils. Je pense à la Turquie en Arménie, aux Japonais en Manchourie, aux différents conflits dont l’histoire est riche !

                        En conclusion, je m’étonne qu’une thèse aussi riche que celle de Huntington ne soit pas accueillie à sa juste valeur. Je trouve que d’assimiler ses idées au désert culturel des républicains américains (qui prônent le créativisme et la suprématie absolue de la démocratie) est une contre-vérité. Alors bien sûr les idées de Huntinton flirtent (mais ne les embrassent pas) avec des thèses qu’on pourrait qualifier de raciste, mais il appelle "chat" un chat.


                        • Bernard Dugué Bernard Dugué 19 janvier 2008 10:44

                          Vos remarques sont intéressantes. Les exemples que vous citez vont dans le sens du spectre de Minerve, les chocs de civilisation sont plus dans le passé, Empire ottoman et les Arméniens, le Japon, mais allons plus loin, les Américains dont la civilisation a détruit celle des indiens pour récupérer un territoire. La colonisation intervient aussi, comme la prétention d’une nation à faire passer une société vers un état de civilisation dont elle incarne les normes universelles, cas de la France. Ensuite, que dire du cas étrange de la Russie en 1917 ; au coeur même d’un pays, une civilisation rationnelle a détruit les édifices religieux.

                          Maintenant, un autre enjeu nous est proposé, celui de penser la civilisation, c’est cela que j’aimerais amorcer et livrer ici si lecteurs intéressés il y a


                        • Marc P 19 janvier 2008 14:40

                          lecteurs intéressés il y a , au moins pour vous lire sur le sujet et plus si capacités....

                           

                          Cordialement Bernard...

                           

                          Marc P


                        • Fares 20 janvier 2008 01:48

                          Un livre très bon que j’ai lu à ce sujet : "Orient-Occident, la fracture imaginaire" de Georges Corm.

                          http://www.bibliomonde.com/livre/orient-occident-fracture-imaginaire-5958.html

                           


                          • moebius 20 janvier 2008 22:30

                            ... un feu pétillera dans la cheminée et on causera de ce regroupement civilationnel en sirotant un bon cognac

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