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Choc de civilisations ? Guerre de religions ? NON, que des Mots sur des Maux trop Humains !

Les journalistes et déblateurs télévisuels s'accrochent à des notions générales, floues et anciennes pour tenter de donner du sens à des événements, dramatiques et maléfiques, perpétrés par des "hommes" contre d'autres hommes. Ils se trompent et nous trompent, probablement en toute bonne foi. Ce n'est que l'expression violente de l'affrontement entre les partisans et croyants de la Foi Révélée irrationnelle et les adeptes de la Raison, du rationnel scientifique et des Lumières : un combat constamment réinventé au cours des siècles.

La notion de "choc de civilisations" ne pourrait s'appliquer que s'il y avait des véritables civilisations dans notre monde actuel. L'histoire présente et caractérise un certain nombre de civilisations sur tous les continents. Dans notre pré-carré méditerranéen les plus connues sont celles de l'antiquité : de l'Egypte, de la Mésopotamie, de la Perse, de la Grèce et de Rome. Seule la civilisation des Empires d'Egypte procédait du religieux et de la spiritualité. Les autres civilisations édictaient des règles du vivre ensemble en organisant la société (administrations, armées, infrastructures, agriculture, commerces... et religions).

La civilisation grecque a développé les bases des sciences, des mathématiques, de l'architecture, des arts, de la littérature, de la philosophie et de la vie en société. Sur ce dernier point les cités-états (Athènes, Sparte,...) ont testé et mis en oeuvre divers systèmes tels que la démocratie, la timocratie, les dictatures et monarchies, tout en rejetant la théocratie : leurs dieux batailleurs, ripailleurs et pervers s'affrontaient dans l'Olympe avec quelques dégâts collatéraux pour les humains ! La Grèce pendant des siècles régnait culturellement sur le bassin méditerranéen. Les Évangiles du nouveau testament ont été écrits en grec, ainsi que de nombreux textes primitifs chrétiens.

Rome est issue d'une petite implantation grecque, elle a intégré et poursuivi la culture grecque dans de nombreux domaines (littérature, arts, philosophie, sociologie, architecture, infrastructures (routes, aqueducs, ponts, égouts, arènes, temples, palais), armées, agriculture, marine ). Par exemple, l'empereur Marc-Aurèle est un des piliers de la doctrine philosophique des stoïciens initiée en Grèce depuis trois siècles. Les dieux de Rome se confondaient avec les principales divinités grecques, seuls les noms changeaient (Jupiter/Zeus,...) car Rome a développé sa propre langue, avec son alphabet et ses chiffres romains. L'importance des divinités s'est peu à peu érodée sous les coups de la philosophie, de la République démocratique, de la dissolution des moeurs des riches romains, de l'évolution des structures politiques (de la République aux Consuls, de l'Empire parlementaire à l'Empire monarchique absolu, de l'empereur divinisé à son cheval déifié) et de l'implantation du Christianisme avec son Dieu unique.

Depuis la chute de Rome et de l'écroulement de l'empire romain d'Occident, la civilisation latine romaine a régressé en Occident et s'est stabilisée en Orient dans l'empire de Constantinople, (du IVième siècle jusqu'à la chute de Constantinople (29 mai 1453) prise par les Ottomans (Turcs musulmans)). L'Occident s'est décomposé en principautés locales régies par une noblesse nombreuse avec sa "chevalerie" et le Christianisme avec ses abbayes, monastères et évêchés. Il y a eu pendant un millénaire un hiver culturel, artistique, scientifique, philosophique, sociologique et politique. Juste l'éclaircie unificatrice de Charlemagne, bâtisseur d'un empire romain européen qui se disloquera en divers royaumes, puis principautés, du fait des héritages. Ce serait surfait d'évoquer une civilisation du Moyen-âge, malgré la collusion du Clergé avec la Noblesse et les puissants, et son emprise sur les moeurs et les esprits. Certains, cependant, évoquent les racines "judéo-chrétiennes" des pays européens : c'est acceptable pour le Moyen-âge mais depuis le renouveau proléfique de la Renaissance il faudrait retenir des racines gréco-romaines légèrement christianisées.

Pendant l'hiver du Moyen-âge, une petite civilisation émergea dans le bassin méditerranéen, à savoir la République de Venise, du XIème à la fin du XVIIIème siècle, avec tous les attributs d'une civilisation (organisation politique, infrastructures publiques, sciences, arts, territoires, industries, commerce internationnal, armée et marines militaire et commerciale). Son organisation politique était laïque sans influences religieuses (malgré la magnifique basilique Saint-Marc) et plus proche d'une timocratie que d'une démocratie, aux mains des familles patriciennes. Les relations de Venise avec la Grèce, l'empire de Constantinople puis Ottoman, et les ports et cités de l'ancien empire romain sont constituantes de ses racines gréco-romaines et non pas judéo-chrétiennes.

Les conquêtes des guerriers "arabes" musulmans de l'Adalousie (et Espagne) jusqu'aux confins de l'Asie centrale en passant par la Perse et les territoires indo-pakistanais ont créé un vaste ensemble hétéroclite et diversifié impossible à unifier dans un vaste empire solide et homogène. Le seul lien était la religion, l'Islam avec son livre saint, le Coran (écrit en arabe littéraire des décennies après la mort du prophète), sans langue commune unificatrice. Les savants musulmans traduisirent tous les livres de sciences, mathématiques, astronomie, philosophie, littérature, technologies, chimie, et copièrent les techniques et technologies relevées dans les pays conquis ou visités (Grèce, Egypte de Ptolémée, Mésopotamie, Perse, Asie centrale, Pakistan, Inde, Chine, Empire romain,...). Ce grand oeuvre de vulgarisation puis de développement a relancé les sciences modernes (algèbre, géométrie, mathématiques, astronomie, chimie, physique, architecture, hydraulique, agriculture, botanique et surtout la médecine et la chirurgie). Pour ce qui est de la mise à jour et du développement des livres écrits à la main et la constitution de bibliothèque, bien avant l'invention de l'imprimerie, l'oeuvre des copistes, traducteurs et savants arabes est essentielle pour le renouveau européen. En particulier de nombreux textes grecs ont été découverts en Occident grâce à la traduction en arabe puis en latin par les différents exégètes arabo-musulmans, et ce, à une période de l'histoire plongée dans un obscurantisme loin de déplaire aux Autorités du Christianisme. Cet immense apport est un des piliers de la civilisation arabo-musulmane, l'autre pilier étant la religion musulmane codifiée et restrictive sur certains arts (peintures, musiques et sculptures interdites, littérature restreinte). Il faut noter que ces mêmes arts se devaient uniquement d'élever la Foi et la Prière pour le Christianisme jusqu'à l'avènement des "Lumières".

Les 2 religions, Islam et Christianisme ont de nombreux commandements similaires :

- Adoration d'un Dieu unique, Dieu d'Abraham donc aussi Dieu le père des Chrétiens. Ce Dieu est le très Miséricordieux en Islam, et Dieu d'Amour qui pardonne les pécheurs en Chrétienté.

- Un nombre élevé de prières dans la journée, même si l'Angelus, les benedicite, les prières du matin et du soir sont de moins en moins suivies par les chrétiens.

- Le jeune, ramadan d'une lunaison, et carême de 40 jours.

- L'aumône pour les pauvres, et leur soutien comme frères dans l'Amour du Christ.

- le pèlerinage à La Mecque, et les nombreux pèlerinages recommandés vers les lieux saints (pèlerinage à Jérusalem, à Saint-Jacques de Compostelle,....).

Les 2 religions ont un Dieu unique (le même sous différentes formes ou appellations) qui règne dans un Paradis éternel merveilleux pour accueillir dans le bonheur ultime les "âmes" des valeureux croyants, avec ses anges et archanges bénéfiques ainsi que des entités maléfiques (diable, satan, lucifer, shei'tan...) vivant hors du paradis, dans les Enfers, non soumis à Dieu et portant les tentations et le mal chez les fidèles et surtout les infidèles.

Pour ce qui est des interdits alimentaires, il y a une quasi identité entre Islam et Judaïsme (l'ancien testament est aussi un livre de base du Christianisme) même si ces interdits ont été levés au début du Christianisme pour les chrétiens.

Les 2 religions diffèrent sur les structures de leur clergé (décentralisé en Islam ou fortement centralisé et hiérarchisé en Chrétienté) et sur les évolutions de la doctrine et des dogmes par les Hautes Autorités Religieuses. Seul le Christianisme a fait allégeance systématique au pouvoir temporel tout en gardant une influence sur le spirituel (sacre des rois avec onction sainte, intronisant le roi comme défendeur suprême de la sainte Église), sur les moeurs et sur les lois morales. Pour l'Église Anglicane le roi ou la reine d'Angleterre est le chef religieux. En Islam, il existe actuellement quelques cas d"allégeance tel le roi du Maroc en son pays et le prince Aga Khan pour les Ismaéliens nizarites.

Dans l'histoire, hors effets de conquêtes ou reconquêtes de territoires, les 2 religions ont cohabité assez pacifiquement dans des territoires séparés. Elles ont connus des dérives, des schismes, des branches séparées et déchirées parfois sur des questions fondamentales, sur des dogmes, sur des interprétations canoniques, et le plus souvent pour des territoires et pour des ambitions personnelles des hommes de pouvoir religieux et/ou matériel. Chacune a connu ses propres guerres intestines de religion (catholiques/cathares, catholiques/protestants,...) (sunnites/chiïtes, intergroupes salafistes, frères musulmans, wahabites,...)

La grande divergence fondamentale entre les deux religions monothéistes a lieu avec la Renaissance et les Lumières, avec la découverte et la vulgarisation de la civilisation gréco-romaine et de ses avancées dans les disciplines de l'esprit et dans les arts et techniques. La raison et le rationalisme se révèlent fructueux en abandonnant les injonctions, dictats et croyances des Autorités Chrétiennes, dans les sciences, les arts, la philosophie, les moeurs et l'organisation politique. La référence au livre saint (la Bible, ancien et nouveau Testament) est abandonnée. En France, la Révolution marque la victoire de la Raison et des Lumières sur un certain obscurantisme religieux : mieux, la Laïcité marque la prédominance du peuple animé par la Raison humaine, organisé dans la République, sur la Révélation divine manipulée par les religieux auto-patentés. Cette Révolution diffuse le rationalisme et la soif de liberté dans toute l'Europe, (liberté de pensée, liberté de conscience, liberté d'expression, liberté d'action, liberté de moeurs, liberté de religion, liberté du choix du régime politique,...). Les USA quelques décennies avant la Révolution française s'étaient inspirés des Lumières, de la soif de démocratie et de libertés individuelles pour rédiger leur Constitution, sans références à la suprématie des religions sur la vie civile. Toutefois, ce peuple de colons pratiquant majoritairement le Protestantisme et les Évangélismes libérateurs des activités industrielles, commerciales et financières de l'emprise des lois et morales religieuses, ont maintenu le serment sur la Bible pour les élus à de hautes fonctions ! De plus, la devise nationale américaine est affichée sur les billets et pièces en dollars avec le "In God we trust" (et non pas le logique "In Gold we trust" pour la soumission à l'or ou au Dieu-Argent).

La Laïcité et les libertés individuelles de pensées et d'actions, -supérieures aux révélations et diktats religieux- pour les Français, les libertés individuelles et la divinisation des marchés et de la finance pour les Américains et autres occidentaux, ne peuvent qu'être des idéologies démoniaques perturbatrices du bon peuple musulman soumis à son Dieu sous la férule de ses représentants religieux : tout bon musulman doit s'éloigner de ces tentations et se doit d'en combattre les sources. L'organisation de la société et les règles de vie individuelle ne peuvent qu'être régies par la révélation divine sous la bienveillante et efficace tutelle des guides religieux : il ne saurait être envisagé que le peuple s'exprime rationnellement par la démocratie et conteste le bien-fondé des prescriptions divines. Le peuple ne peut "déifier" la raison et la démocratie jusqu'à s'attribuer un caractère divin. Le caractère plus combatif de l'Islam revendiqué par les textes et les guides en religion, peut conduire à des dérives condamnables : condamnation à mort pour des comportements individuels et massacres de masse pour des infidèles et mécréants.

CONCLUSIONS

Les différentes familles religieuses de l'Islam ne font pas la guerre aux Christianismes, du moins en France où les églises se vident de fidèles que les imans espèrent récupérer pacifiquement. Les guerres de religion ont lieu entre des branches concurrentes ou opposées de l'Islam, pour une une suprématie d'ordre religieux et d'emprises territoriales. La chasse aux "mécréants" et aux "croisés" par des "djihaboliques" avec les attentats et exécutions n'est qu'une dérive satanique sous couvert de prescription religieuse : "l'enfer est pavé de bonnes intentions" est un dicton chrétien dont l'application peut être étendue à diverses religions.

Il n'y a pas directement de chocs de civilisations entre l'Orient et l'Occident de culture originelle gréco-latine et de religions dominantes monothéistes adorant un même Dieu. Il y a une forte dérive depuis les Lumières issues de la Renaissance et un bouleversement avec pour les uns la primauté de la Raison humaine sur la Foi et les Révélations divines perçues par des Prophètes pour les autres.

Tous ces "mots" ne justifient pas les "maux" qui nous accablent : le sentiment d'insécurité croissante et le basculement de quelques jeunes vers l'islamisme terroriste. La libération des individus et des consciences par les Lumières et la Laïcité, a permis de s'émanciper de l'emprise des religions tout en laissant libre chacun de donner un sens à sa vie, à la Vie. Dans le vide ainsi créé vont s'engouffrer des idéologies marxistes, stalinistes, maoïstes, dictatures de quelques hommes "justifiées" par des idéologies (Khmers rouges, Corée du Nord....) et, en plus des religions, de nombreuses sectes portées par des gourous et des apparences de religiosité. Le résultat n'est que désolation et décérébration. La Laïcité doit redevenir conquérante dans ce monde planétaire -aux ressources limitées- en voie de destruction par les actions prédatrices d'une humanité en croissance constante. Cette Laïcité doit promouvoir la solidarité et la fraternité planétaire entre des hommes tous égaux en droits et en accessibilité de richesses matérielles, culturelles et intellectuelles, et enfin libres de mener leur vie à leur guise tout en respectant la liberté des autres et la "Nature planétaire". Notre jeunesse en particulier et toute la jeunesse en général est prête à se mobiliser pour pour un tel idéal et surtout pas pour des idéologies conduisant progressivement à des dictatures des maîtres à penser.


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2 réactions à cet article    


  • Allexandre 24 novembre 2015 11:40

    Bonjour Hugo,

    Je partage l’essentiel de votre analyse. Les monothéismes révélés ont de nombreux points communs, et en particulier christianisme et islam, n’en déplaise aux fanatiques en tout genre. Vous faites bien de rappeler que les guerres intestines du christianisme ne sont pas si loin. Elles ont généré massacres et attentats bien plus meurtriers. Mais derrière la religion, se dissimule à peine le pouvoir et l’argent. Mais comme toujours, les peuples, incultes en la matière, se font manipuler comme des bleus. On les monte les uns contre les autres sans difficultés. Le degré de bêtise est tel, que personne n’imagine que ce Dieu, si tant est qu’il existe, ne ferait pas mieux que les dieux de l’Olympe, ce qui le discréditerait d’office.
    Et ce ne sont pas les générations montantes qui pourront relever le flambeau. Incultes pour la plupart sur le fait religieux, elles sont, en plus, dépossédées par les pouvoirs publics de la connaissance historique. En l’espace de cinq ans, il faut voir les dégâts culturels provoqués par les lois Darcos-Châtel, et par la réforme annoncée d’un gouvernement pseudo-socialiste. Tout est fait pour détruire cette société et la vendre aux détenteurs de l’argent et des entreprises. Nous ne sommes que des pions consommateurs et notre cerveau doit être libéré pour faire de la place à « coca cola ». Voilà les gens que nous croyons porter au pouvoir démocratiquement. Le vote n’est pas la démocratie : il est son contraire. Il consiste à confirmer la mascarade dans laquelle nous nous dépatouillons avec des élites sans scrupules et dont le mensonge et la trahison des peuples sont la pratique régulière.

    • hugo BOTOPO 24 novembre 2015 18:39

      @Allexandre
      « mais derrière la religion, se dissimule le pouvoir et l’argent »
      J
      e suis d’accord, je l’ai abordé légèrement dans mon article, et je considère que le DIEU-ARGENT est la divinité de la religion de la divine finance et les lois du marché dit libre (et surtout faussé par les puissants) en est le dogme essentiel. Pour le monde anglo-saxon et surtout les américains il y a une collusion avec leurs nombreuses « églises » évangéliques, pentecôtistes, protestantes, anglicanes... Chez eux la dissimulation est en pleine lumière !
      Comme je viens de le lire dans « 2084 » : « la religion est vraiment le remède qui tue »

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hugo BOTOPO


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