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Accueil du site > Actualités > Société > Classe moyenne (3) : la société de classe moyenne est-elle remise en cause (...)

Classe moyenne (3) : la société de classe moyenne est-elle remise en cause ?

Après les transformations sociales de la France des années 1960 et 1970 cette perception consensuelle est remise en cause. Les inégalités sociales ne diminuent plus à partir des années 1980 (sous la gauche au pouvoir, déjà). Elles prennent parfois de nouvelles formes. On évoque la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation et à la stagnation des salaires (voir la dernière note de conjoncture Insee), l’augmentation de l’insécurité économique et sociale, les moindres prestations et réductions d’impôts, le favoritisme fiscal envers les moins lotis ET envers les plus aisés. « Le malaise », comme le dit Jean Ruhlmann, historien de Lille III et professeur à Science Po lors du colloque (référence in fine), « est lié aux politiques publiques ». La question fiscale et les prestations d’aides à l’emploi et au logement mobilisent. La confrontation reste surtout verbale, mais le vote s’oriente explicitement vers qui réhabilite le travail.

Bien-sûr, les 10 % les plus pauvres et les carrément « exclus » manifestent et se révoltent parfois, dans un sentiment d’injustice qui rappelle que Marx n’est pas qu’un observateur du passé. C’est à la démocratie d’assurer une répartition plus juste des ressources créées par l’économie afin de désamorcer cette « lutte des classes » qui reprend à chaque exclusion. Des associations agitent les revendications des « sans » : logis, papiers surtout, - travail beaucoup moins : pourquoi ? Leur combat est juste et généreux, j’en ai parlé à propos d’Emmaüs, même s’il prend parfois la forme de ’fabriquer de l’image’ pour récupération médiatique et rapport de forces (les tentes derrière Notre-Dame). La forme que prend « la démocratie » en France est belle bien archaïque, hiérarchique, centralisée, autoritaire - bonapartiste. Les intermédiaires de la ’société civile’ dont parle Pierre Rosanvallon y sont affaiblis et contraints par le lobby des professions d’Etat (politiques, syndicats, fonctionnaires) - un quart de la population active. Or, ce sont ces groupes intermédiaires qui forment la vie de la classe moyenne.

La France a beaucoup d’associations - mais elles sont peu impliquées dans le débat citoyen : elles le contournent par le sport, le culturel, l’environnement. Au contraire des pays du Nord (dont le civisme est tant vanté à gauche...). Au contraire aussi des pays anglo-saxons, où les contrepouvoirs démocratiques sont réels  : commissions du Congrès, opposition de Sa Majesté, presse tenue par des groupes de presse (pas par des marchands d’armes) et dont le prix en kiosque n’est pas handicapé par un monopole syndical officiel (le Livre). Cette absence de savoir-faire démocratique, d’habitudes du débat large et ouvert, fait sans doute beaucoup pour radicaliser les positions. Ce qui expliquerait le score sans équivalent ailleurs des extrêmes en France - et qui donne un piètre bilan de notre « démocratie ». Pas la peine de cocoricoter en paradant, pas la peine de donner des leçons au monde entier : « la démocratie », nous ne savons pas faire. Nous ne l’envisageons que comme « l’ordre serré » du caporal Bonaparte, « garde-à-vous » et mobilisation de tous contre l’ennemi comme sous Robespierre. Les « anti » rêvent de déstabiliser « le système », répétant mimétiquement les révolutions du siècle antépénultième et les guerres de religion encore plus antiques. Avec peu de succès - heureusement pour les classes moyennes - mais la lutte des « petits » contre les « gros » est toujours populaire depuis David et Goliath.

Les études sociologiques constatent assez peu de différences d’opinion selon le niveau de revenu, mais des inégalités croissantes en matière d’accès à la propriété, de patrimoine, de niveau de vie ressenti et d’état de santé perçu. S’il existe de fait une relative convergence des modes de vie, des pratiques culturelles, des biens d’équipement, et des relations sociales, la situation des « classes moyennes » ressemble cependant plus à celle des bas revenus qu’à celle des hauts revenus. Depuis vingt-cinq ans, les hauts revenus se détachent de plus en plus des autres catégories sur de nombreux aspects du mode de vie, notamment l’endroit de résidence et le recours aux écoles privées. Et c’est sans doute cela qui donne le sentiment aux membres des classes moyennes d’être relégués dans la ’masse’, en bref « déclassés  ». 

Leur hantise est alors de se distinguer du ’populaire’ - et surtout des comportements et modes de vie du populaire des populaires : les ’immigrés’. Il s’agirait donc moins de « racisme » ou même de xénophobie que de la peur de devenir « comme eux », de redescendre « aussi bas » sur l’échelle sociale. Cela marque la sensibilité envers tout ce qui vient de « la banlieue » (bon ou mauvais). Cela justifie l’importance symbolique du récent débat sur la carte scolaire. Cela explique le consensus harmonique contre « les richissimes », patrons à stock-options, traders à bonus, consommateurs d’« ultraluxe » (récent dossier du Monde2) et people à paillettes qu’étalent complaisamment Gala, Ola, Jours de France et Paris-Match (j’en oublie). Les patientes des coiffeurs et les patients des dentistes les dévorent avec cette ambivalence qui mêle envie et exemple, rêve et jalousie - ce qui fait jouer au Loto et vendre l’essentiel de la presse dite « people » - pas de petits bénéfices...

L’angoisse diffuse de la classe moyenne est due à la stagnation des salaires. Il faut ajouter la faible inflation depuis les années 1990, les exigences de productivité et l’effet de blocage salarial des 35 heures. Mais la cause principale en est le malthusianisme économique des années Mitterrand et Chirac où le ’yaka’ politique a remplacé la nécessaire réflexion sur les blocages structurels, au rebours des autres pays développés. La stagnation d’une économie fait régresser socialement. Denis Olivennes a très justement pointé la très française « préférence pour le chômage » qui rend difficile tout licenciement - donc empêche d’embaucher. Dès lors, ce sont « les héritiers » (au sens de Bourdieu et Passeron) qui se retrouvent favorisés : dans la course aux études et aux meilleurs établissements, par leur réseau social, par leur comportement ’conforme’ aux préjugés de ceux qui font passer les concours comme des recruteurs du privés.

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Le revenu est, en outre, réduit par les variations de prix entre les abonnements ’obligatoires’ qui montent (assurances, charges de logement, essence, eau et électricité, téléphone mobile et internet...) - et les biens d’équipement de la maison (ordinateurs, télé, machine à laver) qui baissent. Les variations fortes des actifs immobiliers font du logement le premier poste de dépenses. L’anxiété sur le chômage possible, l’avenir des retraites et la galère des jeunes (mal formés, mal informés), le sentiment d’une régression sociale entre générations n’arrangent rien. Nombre de jeunes Français parmi les meilleurs s’exilent donc à l’étranger, au moins pour un temps, afin de respirer un autre air.

La répugnance française à changer de « modèle » tient pour une part à la génération des plus de 50 ans qui s’accroche aux postes : avec 9 élus seniors pour 1 de moins de 40 ans, l’Assemblée nationale française affiche l’une des moyennes d’âge politiques les plus élevées d’Europe. Sans parler des entreprises où les PDG répugnent à passer la main. D’autre part au sentiment d’avoir « réussi » jadis la reconstruction d’après-guerre. Sont considérés comme des péripéties transitoires tout ce qui a pourtant bouleversé le monde depuis trente ans : les hausses du pétrole (1973 et 1979), la désindustrialisation lourde (textile, acier, chantiers portuaires), les changements induits par les nouvelles technologies, l’émergence de pays puissants (Chine, Inde, Brésil, Nigéria...) Le « modèle » français ne devrait-il seulement que les subir avant d’en ressortir plus fort - mais intact ? L’orgueil hexagonal, renforcé par un système médiatico-intellectuel très fermé, fonctionne beaucoup sur ce genre de déni. Pas touche au modèle de papa, pas touche aux statuts, pas touche à la sélection par les maths, pas touche à la massification sans sélection de l’université, pas touche aux réglementations du travail, pas touche aux syndicats nommés représentatifs sur liste administrative...

De plus, nombre de politiques (passés par l’ENA où l’Etat est glorifié contre vents et marée) confondent causes et conséquences : ce n’est pas l’Etat-providence qui a créé la classe moyenne, c’est bel et bien l’essor économique (comme partout ailleurs - même en Chine d’aujourd’hui). Surtout celui des Trente Glorieuses. Si l’on remet la construction sur ses pieds, on constate que l’efficacité de l’Etat est d’autant plus grande qu’il accompagne l’essor, en disposant de marges de manœuvres. Celles-ci proviennent des impôts et taxes que seule la croissance économique est capable de produire. A l’inverse, trop de garanties statutaires et de blocages réglementaires ont pour effet, en situation de stagnation économique, de faire exploser le chômage. Avec toutes les conséquences sociales qui en découlent. Et la conséquence malheureuse que le budget de l’Etat ne peut plus suivre l’explosion concomitante des prestations redistributives. Les plus pauvres alors se paupérisent encore, tandis que les nantis se débrouillent, étant seuls à même de trouver du travail par leur réseau et de renforcer leur capital scolaire, seuls à même d’investir encore un tant soit peu dans l’immobilier (pour les enfants et petits-enfants) - donc seuls à même de s’enrichir sans même le vouloir !

Louis Chauvel note que le système fiscal français surimpose le travail, au contraire des grands pays proches, empêchant désormais la constitution du patrimoine avec ses seuls revenus. Ce qui était encore possible il y a quinze ou vingt ans ne l’est plus. Il pointe également l’écart abyssal entre les pays nordiques, où la jeunesse passe d’abord un certain temps à travailler pour s’insérer dans la vie adulte, AVANT d’entreprendre des études supérieures - et la France, où la vie entière se joue sur un concours passé vers 20 ans. Le monde actuel favorise-t-il cette forme très hexagonale de méritocratie fondée sur les maths et sur le comportement acquis en famille  ? Ou est-il plutôt la reconnaissance du talent personnel et du travail fourni tout au long de la vie ? Le mode de renouvellement des élites, en France, apparaît d’une moindre efficacité démocratique...

Alors, OUI, la société de classe moyenne est remise en cause. Les politiques publiques auraient donc tout intérêt, si elles veulent maintenir le consensus démocratique, à s’orienter vers :

1. L’éducation (notamment l’offre scolaire, à décentraliser) et la formation (tout au long de la vie) ;
2. L’emploi, avec aide réelle à la recherche pour les chômeurs (comme en Suisse et en Scandinavie), et l’emploi public à rationaliser, mais à laisser ouvert (avec passerelles privé/public et entre administrations) ;
3. La fiscalité, l’arbitrage travail/patrimoine ;

4. Les régulations du travail à assouplir en contrepartie d’un compte formation et retraite personnalisé.

Ces notes utilisent les travaux d’un récent colloque du Centre d’analyse stratégique, dont le site donne de nombreuses informations.
Louis Chauvel,
Les Classes moyennes à la dérive, Seuil, collection ‘La République des Idées’, 2006, 108 pages.
L’émission de France-Culture
L’Esprit public du 16 décembre avec Louis Chauvel, en podcast jusqu’au 22 décembre.


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19 réactions à cet article    


  • JL JL 24 décembre 2007 09:16

    Il est clair que le modèle français est en train de perdre pied devant le modèle anglo-saxon de la même façon que le communisme a perdu face au capitalisme.

    Par ailleurs, il faut dire que les minima sociaux c’est la contre partie d’une politique des bas salaires imposée par la révolution conservatrice mondiale.

    Cette politique suicidaire est une course contre la montre poursuivie par les ’élites décomplexées’, course qui consiste à se gaver insolemment et au maximum avant la chute qui ne manquera pas d’intervenir. Sous quelle forme ? Crise monétaire ? catastrophe écologique ? Révolution ? Guerre mondiale ? ...

    Une contre révolution est en train de naître, mais seulement dans les esprits. Puisse-t-elle déboucher au plus vite sur une action concrète avant qu’il ne soit trop tard.


    • JL JL 24 décembre 2007 09:36

      Un point de vue intéressant est publié par le site Mouvements. Il s’agit d’une interview de Denis Merklen, Henri Rey et Stéphanie Vermeersch sous le titre : « La politique des classes à la française » sous titée : « Comment les partis politiques, et les formations de gauche en particulier traitent (ou pas) des classes sociales ? Quelles représentations de ces dernières cherchent-elles à mobiliser ? »

      On y lit notamment : « depuis que le PS est « un parti de gouvernement », la représentation de la société en termes de classe n’est plus véritablement sa grammaire ». La déliquescence des classes moyennes ’abandonnées’ par le PS dans cette affaire du TCE et la dénonciation par les citoyens de ce que l’on a appelé l’UMPS ont été instrumentalisées par la droite de Sarkozy qui a su tirer parti de cet amalgame droite gauche pour rafler la mise. à lire

      http://www.mouvements.info/spip.php?article59


    • Gilles Gilles 24 décembre 2007 09:29

      L’auteur

      « Louis Chauvel note que le système fiscal français surimpose le travail, au contraire des grands pays proches, »

      Ce que vous dîtes peut être interprété de deux manières différentes, pour deux modèles économiques opposés :

      1/ On baisse drastiquement les charges sur le travail, mais en réduisant de concert les dépenses publiques (notamment sécurité sociale, retraites, chômage). C’est le discours des « libéraux » à la française type Madelin et consort dans lequel les citoyens se débrouillent pour angager le service qu’ils veulent selon leurs moyens dans une société fortement privatisée.

      2/ On transfert une bonne partie de la ponction fiscale du travail vers le capital. Alors là, seule la gauche radicale (ceux qu’on appelle les trotsko sur ce site) le propose car cela suppose une remise à plat de notre mode de fonctionnement et les élites que vous décriez n’accepteront y jamais de s’y soumettre (vu qu’ils seront eux et leurs amis les premiers touchés)

      Quelle est votre préference ?


      • JL JL 24 décembre 2007 09:41

        @ Gilles : «  »les citoyens se débrouillent pour engager le service qu’ils veulent selon leurs moyens dans une société fortement privatisée«  »

        Prudhon disait : « La propriété c’est le vol ». Aujourd’hui, tout est privatisé. Si cela continue, même l’air respirable sera bientôt payant.


      • tvargentine.com lerma 24 décembre 2007 09:32

        La mise en application des 35h version Aubry aura bloqué toutes progressions des salaires.

        Cette loi aura surtout permis une augmentation de la productivité sans augmentation de la masse salariale et la mise en application d’une organisation du travail qui ne permettait plus de « travailler plus pour gagner plus ».

        Seul le cout de revient et sa productivité seront les critères de cette nouvelle organisation du travail appliquée à cause des 35h.

        Au lieu d’accorder 28 milliards d’exonérations en charges sociales il conviendrait plutot d’abroger cette loi et de supprimer toutes ses exonérations qui détruisent le système social français.


        • Argoul Argoul 24 décembre 2007 11:53

          Commentaires intéressants qui complètent bien les 3 notes. Je regarderai le site Mouvement.

          Sur la chute « finale », ne croyons pas trop en l’apocalypse,surtout capitaliste. Même en 1929, il a montré sa souplesse et son pouvoir de résilience... Qu’il y ait probablement un « krach chinois » à venir, c’est très probable. Que les subprimes soient la fin de tout, je ne le crois pas du tout. Voir Le Blog Boursier, site intéressant sur le sujet, notamment la note http://leblog-boursier.typepad.com/leblogboursier/2007/12/laction-des-ban.html

          Système fiscal français : vous avez raison, il y a plusieurs politiques possibles pour le même objectif. Le mien est plus modeste, faisons déjà comme ceux avec nous sommes en consurrence à l’intérieur de l’espace économique commun de l’Europe. Pourquoi ? parce que cela représente 75 à 80% de nos exportations et plus de 95% des Français qui travaillent à l’étranger.

          La concurrence fiscale est réelle, elle a pour conséquences d’alourdir le coût du travail en France et de décourager les spécialistes pointus d’être salariés à Paris. Diminuer peut-être pas les impôts mais diminuer surtout les charges sur les revenus du travail, augmenter en contrepartie un peu celles sur les revenus du capital, ce serait sans doute sage.

          Ce n’est pas dans l’air du temps (exonération des héritages, remaniement ISF). Mais peut-être faudrait-il aussi supprimer l’ISF, impôt archaïque cher à recouvrer, qui fait fuir les consommateurs fortunés, et qui n’existe plus guère dans l’UE ? Il faudrait aussi revoir ce qui est vraiment à la charge de la solidarité nationale, et ce qui est du ressort du caprice privé (voir 3 médecins différents dans la même semaine, est-ce à prendre en charge ?). La fiscalité est un vaste débat, dont le spcialiste est Thomas Picketty (de gauche). Pour que ce soit efficace et bien perçu par tout le monde, il ne faut pas trop la changer, mais bien définir et expliquer l’objectif. Cet objectif devrait être d’harmoniser la fiscalité française avec celle des autres partenaires de l’UE, en négociant avec eux. C’est ça AUSSI la « politique économique commune » qui nous manque. Une Banque centrale indépendante ne suffit pas.

          Sur les 35h, c’est ambivalent. Très apprécié des cadres et des mères de famille pour la souplesse des jours utilisables, elle l’est beaucoup moins des ouvriers et employés qui ont vu leur salaire stagner. La réorganisation du travail a augmenté la productivité (d’autant plus que c’était juste au moment des investissements informatiques massifs pour contrer le « bug » de l’an 2000). Mais cette productivité française forte a un coût : le chômage massif. Car la productivité est « par salarié au travail », pas « par travailleur potentiel » !

          Le problème avec la France est qu’il est très difficile d’abroger quoi que ce soit. Une loi votée devient comme un « tabou » politique. Cette répugnance idéologique fait que nous ne sommes pas souples... et que les classes moyennes se révoltent. Elles qui votaient plutôt à gauche auparavant (contre l’immobilisme chiraquien notamment), ont choisi cette fois-ci Nicolas Sarkozy assez fortement. La cause ? L’indigence de la candidate socialiste pour dire quoi faire et quand. Tout renvoyer aux débats « démocratiques » n’était pas politiquement habile (on le voit au PS, il s’agit du centralisme dit « démocratique » à la Lénine... - les gens ne sont pas idiots). Je le regrette, ayant commis sur Avox une note favorable en janvier sur Ségolène, mais c’est comme ça.


          • Gilles Gilles 24 décembre 2007 14:37

            Argoul

            « Cet objectif devrait être d’harmoniser la fiscalité française avec celle des autres partenaires de l’UE, »

            Bien d’accord et je croie que certains font du lobbying européen dans ce sens. Mais ce n’est pas gagné vu les disparités entre les systèmes fiscaux et sociaux (comparez France, GB et Danemark par exemple...). Des pays profitent aussi beaucoup de la concurrence fiscale (tiens, le Luxembourg paradis fiscal douteux, la Suisse, des pays de l’Est)et veulent continuer à jouer cette carte de la concurrence tant qu’elle sert leurs intérêts propres. L’idée serait d’une fiscalité minimum obligatoire pour chaque membre de l’UE mais le risque est de s’aligner sur le plus bas et que cela ne serve à rien d’autres que de tirer le social vers le bas. Car une semaine de travail max de 48 heures, un smic à 500 euros mini ou un impôt sur les bénéfices ed 10% mini, ça n’aura aucun impact positif en France, ni ailleurs

            « Il faudrait aussi revoir ce qui est vraiment à la charge de la solidarité nationale, et ce qui est du ressort du caprice privé (voir 3 médecins différents dans la même semaine, est-ce à prendre en charge ?). »

            D’accord aussi, mais évitez SVP ce genre d’exemple, à moins que vous ne puissiez le chiffrer et montrer que c’est réellement si répandu qu’on croit le comprendre en vous lisant. C’est le genre d’argument démagogique à courte vue et infondé lancé par ceux qui y voit là la preuve de l’inefficacité de la sécurité sociale pour en déduire la nécessité absolue de l’offrir au privé. D’ailleurs je n’ai jamais vu personne dans mon entourage allant voir 3 médecins différents pour la même affection. (c’est d’ailleurs presque impossible maintenant)


          • Argoul Argoul 27 décembre 2007 13:54

            J’ai un ami proche médecin généraliste. Il voit ce genre d’inquiet pathologique assez souvent... De même les comportements : « j’peux pas dormir » = une boite de pilules. Donc « j’ai mal à la tête le matin » = une autre boite de pilules. Donc « j’ai mal à l’estomac ». Conclusion : « ah, docteur, donnez-moi quelque chose ! » Ce n’est pas démagogique, c’est la triste réalité du cabinet généraliste. Et encore, j’édulcore.

            La France paraît plus que les autres vieillissante et hypocondriaque : « mais que fait le gouvernement » ? est l’antienne pour à peu près tout. Donc « ça soigne pas » si la visite au médecin n’est pas l’objet d’une liste de médicaments sur ordonnance.

            Curieusement, à niveau de vie égal, il y a moins de ça en Suisse... Il faut dire que si vous êtes remboursés intégralement des soins graves (et sans dessous de table comme pour les chirurgiens français sous peine de pourquites pénales !), une franchise de 100 CHF par an vous est appliquée, couvrant tous les petits bobos et médicaments de confort que la « solidarité nationale » ne prend pas en compte. Pour les très pauvres, des aides sociales personnalisées du canton pallient aux petits soins.

            C’est cela que j’exprime par ce raccourci (un peu rapide, vous avez raison) que vous citez. Mais s’il fallait annexer une encyclopédie à chaque fois qu’on dit quelque chose...


          • Argoul Argoul 1er janvier 2008 11:21

            Et d’ailleurs, sur les caprices des baby boomers gâtés par le tout médical tout gratuit, un lien tout frais ! http://jlhuss.blog.lemonde.fr/2007/12/31/paracetamol/


          • FYI FYI 24 décembre 2007 12:30

            Le changement viendra de la rue. N’en déplaise aux politiciens qui prétendent que ce n’est pas la rue qui gouverne. Qui a créé la République en France : Le peuple Qui a créé une société avec des droits sociaux : Le peuple .... Bref, le peuple en ce moment est embourbé dans ses soucis quotidiens et ce demande qui va bouger pour mettre un terme à ce carnage social et à la désinformation ...


            • FYI FYI 24 décembre 2007 12:31

              Le changement viendra de la rue. N’en déplaise aux politiciens qui prétendent que ce n’est pas la rue qui gouverne.

              Qui a créé la République en France : Le peuple

              Qui a créé une société avec des droits sociaux : Le peuple

              ....

              Bref, le peuple en ce moment est embourbé dans ses soucis quotidiens et ce demande qui va bouger pour mettre un terme à ce carnage social et à la désinformation ...


              • Pelletier Jean Pelletier Jean 24 décembre 2007 18:04

                @Argoul,

                merci pour cette séries de papiers forts intéressants et qui ont permis d’ouvrir un vrai débat. La perception et la compréhension des « classes moyennes » est sans aucun doute la clef absolue pour tout parti politique qui vise au contrôle de l’état. D’une certaine manière N Sarkosy s’en assez bien sorti jusqu’ici en appuyant exclusivement sur le levier « people » qui est l’un des points d’entrée .... Mais ce levier seul....ne suffira pas à contenir les revendications des classes moyennes, il a assez dit qu’il serait jugé sur ses actes. Soyons sûr qu’il le sera par les classes moyennes ... Jean.


                • Argoul Argoul 27 décembre 2007 12:27

                  Le « people » plaît aux petits-bourgeois, Roland Barthes dans ses « Mythologies » comme Edgar Morin dans « Les Stars » l’avaient montré dès 1957. La classe moyenne aime la télé, la starac, Disneyworld, le festival de Cannes, la famille Grimaldi... Bon, là où vous avez raison est que c’est du marketing et que cela ne remplace pas la politique. Mais prendre en compte les aspirations et valeurs des classes moyennes, ce n’est pas inutile si on veut être élu. Il ne suffit pas de colloquer entre soi comme au PS ou renvoyer seulement à un « désir » d’avenir : là, tout de suite, on fait quoi ? On dit que les ménages à 4000 euros par mois sont « des riches » ? Que le paysan qui a hérité d’une terre agricole sur l’île de Ré est désormais « fortuné » donc ISF ? Que celui qui travaille doit payer une tranche à 50% alors que celui qui vit de rente est plafonné au « libératoire » ? Vous le dites fort bien : la clé des élections en France est la classe moyenne. Alors pourquoi ce discours misérabiliste au PS ? pourquoi ces envolées sur « le peuple » (qui signifie « les ouvriers » en langage PS, donc marxiste) ? Aménager le travail, la fiscalité sur le travail, les charges sociales sur les revenus du travail, ce devrait être l’ambition des élus s’ils veulent garder les voix de la classe moyenne. Ne croyez-vous pas ?


                • Marc P 25 décembre 2007 00:13

                  « Selon Louis Chauvel, en 1955 le salaire d’un cadre était de 3,9 fois celui d’un ouvrier ; en 1965 de 4 fois - mais en 2000 de 2 fois seulement. Il montre que les inégalités de salaires en France ont nettement déclinées et se sont stabilisées entre 1954 et 2000. »

                  J’ai écouté Chauvel avec intérêt bien sûr il y a 8 jours je crois sur Fr Cult.

                  Bonjour,

                  Je m’interroge sur ces comparaisons...

                  En 1955 ou 1965, beaucoup moins de femmes travaillaient... les besoins et les postes de dépenses étaient extrêmement différents de ceux qu’on connaît aujourd’hui, certains inexistants ou presque..., les cadres étaient proportionnellement beaucoup moins nombreux...

                  Le sentiment d’inégalité et la peur du déclassement dont vous parlez étaient vécus très différemment de ce que nous vivons actuellement...

                  J’ai surtout noté que les interlocuteurs de Chauvel pas marqués très à gauche, au contraire, ne plaisantaient pas vraiment lorqu’ils ont dit qu’on avait raté l’occasion de supprimer l’héritage en mai 1968, ce qui aurait remis bien des compteurs à zéro entre les strates sociales... Bon c’est radical, mais l’effet de l’héritage aurait pû être atténué, c’est certain...

                  Pourquoi ne rendrait on pas disponible à chacun des logiciels présentant des simulations économiques ou budgétaires pour l’état par ex, sous forme de tableaux ou de diagrammmes avec des sortes de curseurs sur lesquels il nous serait loisible de faire varier les valeurs telles que la pression fiscale sur le travail, sur la finance ou autre, la TVA, à partir de la valeur actuelle... en affichant une croissance, un taux d’emploi etc... théoriques... idem avec la redistribution sociale, l’âge de la ertraite, le taux de natalité etc... Les ministères, les cercles de réflionx ou think tanks utilisent ces instruments de modélisation-simulation, pourquoi n’en serions nous pas dotés en tant que citoyens...

                  Le terme classe médiane ou du milieu (middle class)conviendrait mieux car la classe dite « moyenne » comprend certes ni les très pauvres ni les très riches, mais des ménages dont les conditions matérielles et de vies,l’aisance, sont extrêment variables... variant de la vie matériellement facile à la vie matériellement pénible...

                  Belle étude Argoul, bravo comme d’habitude...

                  Joyeux Noël !

                  Marc P


                  • stephanemot stephanemot 25 décembre 2007 05:08

                    La France s’est apauvrie et se nivelle par le milieu-bas. Je parlerai plus de classe médiocre que de classe moyenne.

                    Il devient plus difficile de se maintenir au-dessus du niveau de flottaison mais ceux qui y parviennent peuvent s’envoler rapidement (au figuré, puis au propre ; passé un certain niveau, la pression fiscale fait fuir à l’étranger). Ce niveau de flottaison devient de plus en plus exigeant à mesure que l’économie se plombe - l’Etat surendetté ne propose plus de solutions et contribue au contraire à alourdir le fardeau.

                    En bas, ça se distend de nouveau. La pauvreté se stabilise mais la misère progresse - la pauvreté se mesurant par des critères objectifs et la misère par un perçu beaucoup plus complexe à définir.

                    Au final, la machine est totalement grippée et personne n’est satisfait. Il n’y a pas de perspective positive dans une société figée.


                    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 25 décembre 2007 11:55

                      Excellente série d’articles, mais votre conclusion est par trop négative quant la la possibilité pour un centre-gauche de gouvernement de réduire l’écart que se creuse entre les revenus du travail et ceux du capital ainsi que les inégalités des droits réels et des chances.

                      Le PS doit se réformer en vue de la création d’une mouvement de centre-gauche. Or, que vous le vouliez ou non, SR a impulsé une évolution dans le PS et dans l’électorat du PS qui va tout à fait dans ce sens ; toutes ses interventions et toutes les études le confirment au même titre que moi-même qui vit les choses de l’intérieur du PS. Dire en particulier que SR pratique un centralisme démocratique de type soviétique me paraît exagérément critique, voire insultant ; que dire alors des éléphants du PS et de NS ? Il serait bon que vous tentiez d’examiner son action dans sa région qui l’a réélue régulièrement ; de plus elle est une des rares responsables à avoir refuser le cumul des mandats alors même qu’elle était, à tort ou à raison, c’est une autre question, assurée de sa réélection à l’assemblée nationale.

                      Rien ne se fera sans un PS rénové, il est donc paradoxal de démolir d’une manière si peu argumentée et si excessive, celle qui est, avec ceux qui l’entourent, objectivement, la plus a même aujourd’hui d’impulser cette évolution. Figurez vous que je ne vois pas sur ce point central, de différence de ligne entre Delanoé et SR . Il est alors tout à fait nuisible de vous tirer un telle balle dans le pied, en attaquant de cette manière méprisante une dirigeante politique dont les positions, au fond, semblent si proches des vôtres


                      • Argoul Argoul 27 décembre 2007 12:13

                        Je répondais à un commentaire, l’action au PS n’est pas dans les articles. Peut-être Ségolène saura-t-elle (enfin ?) prendre la tête au parti - mais elle n’y a pas réussi jusqu’à présent.

                        Le centralisme démocratique à l’intérieur du PS ? Beaucoup de militants « de base » le ressentent ainsi, je n’invente rien ni ne fantasme... Voyez le commentaire de Fraise des bois (militant du PS) sur http://argoul.blog.lemonde.fr/2007/02/26/le-grand-ecart-du-parti-socialiste/

                        Longue vie à un PS rénové ! Mais ça fait - quoi ? plus de 50 ans ? - qu’il n’arrête pas de se rénover le PS ? Avec toujours une génération de retard ? Prôner la nationalisation au moment même où ça dérégulait déjà en Amérique - préparant l’essor économique qu’on a vu... Etre désemparé devant la réunification allemande comme « trop tôt » alors que l’URSS était sur le point d’éclater... Imposer d’en haut les 35 heures alors que les syndicats allemands revenaient déjà sur les réduction du temps de travail... Colloquer - fin 2007 ! - sur l’acceptation de l’économie-telle-qu’elle-est (c’est-à-dire de marché mais on ne veut pas le dire) alors que le PC italien a changé de nom et que les socialistes Allemands ont eu leur Bad Godesberg il y a plus d’une génération...

                        La « rénovation » au PS, ça continue de me faire rire. Je ne vois qu’une mesure radicale : la scission. La gauche du PS avec Besancenot et la majorité du PS avec Bayrou. Cela rééquilibrerait la politique en France. Et libérerait Ségolène du Surmoi gauchiste manipulé par certains vieux éléphants qui n’ont plus d’autre chance de se faire entendre.


                      • Argoul Argoul 27 décembre 2007 12:16

                        Vous êtes parent ? Si oui, pourquoi avoir donné la vie si vous êtes aussi pessimiste sur l’avenir ? Sinon, pourquoi parlez-vous sur l’avenir ?


                      • FYI FYI 27 décembre 2007 14:09

                        Il parle d’avenir parce qu’il est vivant et sur cette Terre comme vous et moi, et il espère un monde meilleur où les gens seront plus heureux ? NAIF !!!

                        J’ai parlé que tout viendrait de la rue, ce n’est pas par provocation, mais par constat. Relisez l’Histoire et vous verrez que la représentation nationale n’est la que pour les « affaires courantes » et très rapidement se détourne de l’intérêt SUPERIEUR de l’intérêt général pour les leurs... C’est comme la police, elle n’a jamais fait avancer la cause d’un peuple ou d’une nation, mais elle est l@ pour assurer l’ordre dans un monde qui tourne correctement...

                        concernant les enfants, ils n’ont pas demandé à venir au monde, résultat ils subissent, donc effectivement il faudrait peut-être se poser la question, soit de leur dédommagement ou de leur conception. Provocateur je suis ?

                        Vous avez essayé de discuter de sujet comme le fait « agoravox entre nous » avec votre entourage ? Résultat, ils se mettent tous en mode veille, ou vous snobe, ou vous flingue ...

                        Dire des vérités n’est pas forcémment du pessimisme, c’est un constat, la dure réalité de ce monde mal fait. Et pourquoi ?

                        La masse qui compose cette planête à tort à un instant T, càd que la minorité qui dirige a toujours un temps T-n d’avance sur la masse, le temps que ce dernier s’en rende compte et pouf ils en sont prisonniers.

                        Il est tellement plus simple et facile de se mettre d’accord à 100 qu’à six milliards.

                        Concernant l’immigration, « il » ne critique pas l’immigration mais les conséquences de l’immigration. On n’en a pour preuve la réaction épidermique de nos amis hollandais et suédois ..... même les Suisses. En effet quand votre rémunération diminue de 30 %, pas le temps de faire dans l’angélisme, c’est un fait, c’est le terrain. La encore, le peuple c’est fait avoir.

                        En résumé le problème du peuple .... c’est le peuple. Comment faire pour se mettre d’accord sur 66 millions de personnes ? pas facile .......

                        Quand une civilisation aura trouvée la réponse, ça résoudra pas mal de problème, et nous n’aurons plus de ces décisions arbitraires d’une minorité qui offusque la majorité là sur le coup vraiment laborieuse.

                        Je termine par ceci, les révolutions ne sont pas la solution pour nos peuples, car néfaste en vérité, mais l’insurrection, la RUE :) ça n’existe pas un homme providentiel .... le peuple lui existe !!!

                        J’ai bien peur que notre salut vienne ..... du peuple américain...

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