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Congestion

Y'en a marre ...

Vidéo nécessaire : 

Il faut tout gérer …

Voilà le verbe de la période actuelle. Il s'accommode à toutes les
 sauces, pimente l'ensemble des activités humaines, s'accole à tout un 
ensemble de notions qui vont du temps, aux émotions, du stress au
match, de l'énergie aux loisirs, du dossier à sa carrière. Tout passe
 dans cette étrange moulinette qui ne signifie pas grand chose et qui
 donne de l'importance à celui qui l'emploie.
 


Étrangement, c'est au détour d'une crise économique sans précédent que 
ce verbe à connotation financière a connu son envol. Le sport qu i
devrait être tout le contraire de cette manière boutiquière s'en est
emparé avec une frénésie incroyable. Le plaisir ne semble plus être à 
l'ordre de cette activité physique, les critères de rentabilité,
 d'efficacité et de performance ont fait du sportif un gestionnaire 
impénitent.
 


Vous n'imaginez pas la quantité de détails et de variables que 
l'individu en short doit gérer. Il doit dominer son angoisse qu'il 
convient d'appeler stress au risque de passer pour un vieux ringard.
 Il doit en outre gérer une multitude d'impondérables qui se regroupent
 sous l'étiquette de pression. N'allez pas penser qu'il s'agit de
 quantité d'air dans un ballon, ce sont tous les paramètres qui
 viennent gonfler cette pauvre baudruche qui se prend au sérieux.
 


Il lui faut encore prendre le contexte, l'âge du capitaine, la
 direction du vent, le soleil et le temps qu'il fait. Il ne doit pas
 omettre de mettre en équation la stratégie de l'adversaire, le
 classement, les réactions du public, les fautes de l'arbitre, les
 erreurs individuelles, les choix de l'entraîneur … Et tout cela, mon 
bon monsieur, se gère dans le sport professionnel, ce qui peut se
 concevoir, comme dans son homologue amateur, ce qui vous laisse
 pantois.
 


Mais l'intellectuel de l'activité physique n'est pas le seul à jouer
 de la machine à calculer dans ses activités. L'artiste fait de même 
avec sa carrière, ses choix de rôle et de metteur en scène, son
 répertoire et son environnement sonore et lumineux, son impresario et
 sa communication … Tout ceci se gère, vous devez bien vous en doutez,
 avec sérieux et application.
 


L'homme politique n'échappe pas à cette folie du moment. Il lui faut
 faire les bons choix, choisir son étiquette, ses amis, ses postures, 
ses costumes, ses apparitions et ses silences. Seuls les mensonges ne
 se gèrent pas, ils viennent naturellement en bouche comme une 
congestion verbale, inévitable et carrément consubstantielle à cette 
curieuse activité. Jusqu'au revers électoral qui peut parfois rentrer
 dans cette manière de prétendre avoir prise sur les circonstances.
 


Mais, il n'est pas temps de se gausser. Nous n'échappons pas au
 délire de l'époque. Nous gérons nous aussi, ma bonne dame, toute ce qui
 nous passe à portée de vie ! Le temps qui nous fuit entre les doigts,
 notre silhouette qui se refuse aux critères esthétisants, nos congés
 avec les RTT et le crédit temps, notre carrière avec les inévitables 
revers de la mobilité, les loisirs et tout ce qui fait de nous des
 êtres sociaux.
 


Finalement, nous, comme les grands de ce monde, les états et les
banques, les institutions et les clubs sportifs, tous ces experts en 
gestion tout azimut, en recherche de la maîtrise sur tout ce qui
 constitue notre environnement, nous prenons grand soin à chercher à dominer
l'ensemble des facteurs et des déterminants de nos existences. Nous
 sommes des êtres dotés d'une volonté inflexible de contrôle.



 Mais hélas, un petit aspect anodin, une broutille, un presque rien,
un détail échappe à l'ensemble des protagonistes de cette immense 
farce. Personne n'est désormais plus en mesure de gérer ce qui devait
 être autrefois, en des temps fort lointains, le secteur d'activité où
 devait s'exercer cette étrange capacité comptable ! Plus personne ne
 gère son budget, son argent, ses finances. C'est la débandade 
collective, la crise colossale, la fuite de toutes parts, le krach, la 
banqueroute, l'envolée de la dette, l'emballement des compteurs. Et
 là, je peux vous l'assurer, personne ne gère quoi que ce soit !

Gestionnairement leur. 


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15 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 19 décembre 2012 11:10

    Bien vu C’est Nabum : et toujours aussi agréable à lire !


    • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2012 11:35

       Alinea


      Je gère ma carrière !

      Non, je m’indigne un peu plus chaque jour ...

      • Cocasse Cocasse 19 décembre 2012 11:43

        Cool ton article, tu gères !
         smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2012 12:24

          Cocasse


          Le dossier est en de bonnes mains ! Merci 

        • volt volt 19 décembre 2012 12:46

          longtemps j’errais...


          « Laconisme du langage, nous ne sommes pas contre, comme une des figures de la rhétorique, mais dès que cela va devenir l’appauvrissement général du discours, on peut juger de la nature du projet. Vous n’avez qu’à, aujourd’hui, écouter parler, comme on dit, un cadre. » Sollers

          appauvrir les mots : rétrécir l’espace mental : réduire la respiration : augmenter la dépendance : manipuler à l’envi... 
          Il s’agit d’un usinage du nain à grande échelle, un seul ennemi : l’humain, dans la mesure où l’homme sans le mot n’est rien. Nous assistons, presque impuissants à la scène, et beaucoup en cherchent le sens... La mise en stock de la Terre ne saurait contourner son « matériel » humain (cf. Rimbaud : « leurs stocks d’études »...)

          Heidegger en entendant ce petit bout de phrase rimbaldien s’exclame « oui... c’est exactement ça ! »- il a aussi prétendu que l’obscurcissement de l’être et cet « accomplissement » actif du nihilisme à grande échelle avaient paradoxalement pour but la préservation acrobatique et maquillée de l’Occident comme question de l’être (il l’a dit en d’autres termes bien sûr, mais en gros c’est ça : penser déjà ce crépuscule intense comme mise en certitude de l’aube) - seul l’avenir très lointain décidera si le bosch n’était qu’un doux rêveur de plus ; cela sera à une époque tardive, après que la guerre contre la musique (phase finale) aura triomphé.

          Je n’ai jamais pu coucher avec une généticienne, c’est pas faute d’essayer.

          • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2012 13:24

            Volt


            Hélas je ne suis pas généticienne car j’aurai sacrifié volontiers mon honneur à votre désir secret.

            Que de références et de savoir. Je suis ébaubi par ce commentaire merveilleux. Nous n’avons pas la même prose c’est une évidence, la vôtre à de la tenue et du fond. Merci

          • Brontau 19 décembre 2012 16:48

             S’il se trouve des Co, des com, des con admirables, comme dans connaître, il en existe aussi de franchement insupportables : collusion, colonisation, cocardier, collabo ; ou compromission, compulsion, combinard, commentateur ; ou bien encore confiscation, conformisme, convenu, congénère.

             Tout un vocabulaire qui finalement ne messied pas à tous nos gestionnaires avisés (dont nous serions parfois -trop souvent ?- des sortes de coreligionnaires ?) de l’illusion et du néant.

             En tout cas, il est un con que j’honore, c’est le convivial, et ce qualificatif me semble particulièrement convenir, Nabum, à tout ce que vous nous confiez…


            • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2012 16:54

              Brontau


              Dans ce préfixe pourtant il y a « ensemble » ce qui est la plus belle des notions.

              Mais les mots comme les idées s’égarent et oublient souvent d’où ils viennent.

              Nous savons que seul, nous ne sommes rien ce n’est certes pas une raison pour nous singer les uns les autres dans des comportements tous identiques.

              Acceptons différences et diversités, variété et complexité. Ne soyons pas des moutons !

            • Brontau 19 décembre 2012 18:22

              Effectivement, ce cum, cet avec qui est à l’origine de notre préfixe, si merveilleux dans compréhension, est tellement humain ! Avec notre meilleur et notre pire…

               J’ai irrésistiblement pensé, en écrivant mon précédent commentaire au mot complicité. Où le classer ? Sublime quand il suggère l’entente d’amis, d’amants ; abject quand il définit la participation à un crime contre l’humanité.

               Comment un élément, un simple utilitaire dont l’origine le prédispose plutôt à l’expression de notions bienveillantes permet-il de forger des mots tantôt neutres, tantôt admirables, tantôt ignobles ou parfois les deux à la fois ?

               Au moins son homonyme, substantif, n’offre-t-il pas de ces terrifiantes contradictions, totalement homogène dans son acception péjorative, si ce n’est dans mon terroir où « quel con ! » est souvent affectueux, voire admiratif ! Mais c’est une autre histoire…


            • easy easy 19 décembre 2012 17:30

              Ban, j’en dirais que c’est logique

              La pyramide de l’Ancien régime ne s’est pas divisée en 50 millions de trapèzes horizontaux mais en 50 millions de triangles verticaux 

              La conséquence pour chacun est vertigineuse, chacun a tout à gérer pendant que pour l’ensemble de cette pyramide verticalement divisée, il n’existe jamais plus de responsable unique par niveau



              • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2012 17:33

                easy


                Votre pyramide me laisse pantois !

                Pythagoricien d’occasion je ne saisis pas la référence. Je vous prie de m’en excuser.

              • easy easy 19 décembre 2012 18:18

                Salut Nabum, qui a l’immense mérite à mes yeux d’éviter le logos dur

                Je parle de la classique pyramide du pouvoir

                Que ne comprenez-vous pas exactement ?
                Dites-le moi précisément que je sache quoi expliciter


              • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2012 19:31

                easy


                Cette histoire d epyramide m’échappe un peu.

                La pyriamide comme expression de la hierarchie ?
                La pyramide comme symbole Pythagoricien
                La pyramide comme véhicule vers ll’éternité ?

                Aute chose ...

              • easy easy 19 décembre 2012 21:08

                Bon, je pense avoir compris ce qu’ j’ai à expliciter

                Ici vous parlez du fait que chacun s’entend dire qu’il doit gérer (pression, stress)

                Autrefois, ni un gueux ni son seigneur ne s’entendait dire qu’il devait gérer
                Pourtant chacun gérait
                Mais chacun ne gérait que son niveau de responsabilité.
                Il y avait peut-être dix strates de responsabilité (pouvoir, hiérarchie des pouvoir, c’est pareil) et chacun, même un roi de dix ans, les assumait en ayant disons une fois pour toute été formé à l’enveloppe de ses responsabilités, de ce qu’il avait à gérer (ce n’est pas inné)

                Un roi gérait directement certaines chose et gérait aussi des délégations de gestion vers le bas de la pyramide du pouvoir
                Disons alors que la grosse masse, la gueusaille, n’avait pas grand chose à gérer du point de vue des responsabilités. Les gueux obéissaient et c’est tout (les commerçants, les bourgeois avaient déjà bien plus à gérer m’enfin eux non plus n’avaient quasiment pas à s’occuper des grandes décisions) 

                Gérer veut dire avoir, directement ou indirectement, charge d’âme autre que la sienne
                Et un gueux n’avait jamais que la charge d’âme de ses enfants.

                A la Révolution, EGALITE des droits
                ABOLITION des privilèges
                Tous CITOYENS EGAUX en droits, en devoir, en responsabilité.
                Cela avant tout vote.
                Car après un moindre vote pour élire un moindre chef, la responsabilité (charge d’âme) lui revient


                Avant tout vote donc, la pyramide du pouvoir s’est retrouvée répartie entre tous les citoyens, des millions (pas les femmes au départ, même pas tous les hommes non plus)
                Elle aurait donc été découpée non plus en strates de pouvoir à se répartir entre gens, mais en colonnes de pouvoir à se répartir entre gens (chacun étant susceptible d’occuper tous les niveaux de responsabilité

                Que l’on persiste à dessiner la répartition du pouvoir en allure de pyramide comme sous l’Ancien régime ou qu’on la redessine en forme cubique, peu importe, après la Révolution il y a des colonnes de pouvoir et non plus des strates

                Cette colonnisation (mise en colonne) est moins flagrante dès les premières élections puisque des maires, des ministres, des présidents sont nommés
                Le Pouvoir total est en millions de colonnes avant les élections et se restratifie après les élections

                Avant les élections chacun de nous peut la jouer candidat président (et de parler alors en « Je vais m’occuper de vos âmes pour les rendre heureuses ») Chacun de nous se retrouve donc nimbé d’une co-énorme responsabilité. Mais après les élections, chacun se replie dans la strate de pouvoir qui lui a été assignée par la masse.

                Chacun de nous vit donc des moments d’énormes responsabilités à gérer et des moments de moindre responsabilité. Mais dans tous les cas, chacun de nous apparaît tant à lui-même qu’aux yeux des autres comme étant susceptible voire capable de gérer la verticale entière à tout moment.

                Ca fait que dans toutes nos disputes ou tensions, dès que l’un de nous se plaint d’être mal géré, le dessus lui répond de mieux gérer

                Comme tout supérieur est constamment menacé par ses subalternes de mal les gérer, comme désormais tout le monde est censé pouvoir tout gérer, ce supérieur a tendance à anticiper le coup en coinçant ses subalternes avec « Vous devez mieux gérer votre aval. Car si vous gérez mal votre aval, il m’est impossible de bien vous gérer » 





                Ça fait maintenant trop de générations qui n’ont pas connue la féodalité. Plus personne ne peut imaginer ce que c’était de la vivre.

                Elle avait des inconvénients mais aussi des avantages

                Exemple indiscutable (d’autres seraient trop entachés de subjectivité)

                Au Japon (mais aussi en Angleterre), les gens avaient un esprit féodaliste.
                Et ils en vivaient bien, en tous cas pas moins bien. 
                Les gueux n’étaient pas propriétaires de leur demeure.
                Leur logement était de fonction, attaché à leur « emploi » ou plutôt assignation.

                Chacun avait disons boulot à accomplir et bénéficiait d’un logement afférent.

                Et bien en cas d’incendie ou de tremblement de terre, en cas de quelque problème sur la maison qu’ils habitaient, ils sortaient leurs affaires personnelles et ne faisaient rien pour sauver la maison. Sûrs qu’ils étaient que le proprio-seigneur-maître allait leur en reconstruire une neuve
                ZERO gestion de la maison pour les gueux. Pas de taxes, pas de loyer, pas de plombier à appeler, rien de rien. 


                J’ai connu des situations résidu de féodalisme qu’on appelerait paternalisme alors, au Vietnam. Et bien je n’ai jamais vu les gens être stressés, se voir obligés de gérer ou de mieux gérer

                Pour vous donner une idée qui devrait vous parler.
                Les gueux n’avaient pas de montre, pas même de calendrier. 
                C’était donc le maître qui devait les réveiller, leur donner le top du départ au boulot, le top de la pause, le top du retour. 

                Dans la plantation de thé de ma grand-mère, il y avait une sorte de gong qui donnait tous les tops au village des ouvriers et c’était le fils de ma grand-mère qui était chargé de ce timing. Les ouvriers n’avaient donc pas la charge de gaffer leur temps et personne ne pouvait les détouner de leur timing (en leur faisant perdre du temps) puisque tout le monde savait qu’on devait suivre le gong.
                 
                Du coup, au repos du soir, comme c’était un moment édicté repos total par le maître, chacun se mettait au repos total et il était impossible d’exiger de l’un d’eux de faire encore quelque petit boulot supplémentaire à la maison. Repos total de l’esprit, aucun souci, même les bobos de santé débouchaient direct chez le patron. Bin les gens étaient tout le temps de bonne humeur.
                Et aucune femme n’aurait eu l’idée d’accuser son mari de manquer d’ambition ou d’être paresseux
                Aucun n’était humilié ou ne risquait de l’être. Ils étaient décontractés du gland. 

                Ils n’avaient à gérer que leurs adultères 


              • C'est Nabum C’est Nabum 20 décembre 2012 06:37

                easy 


                Grand merci

                j’aime aussi la gestion qui m’incombe.

                Exposé lumineux.

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