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Accueil du site > Actualités > Société > Controverse autour du concept de résilience

Controverse autour du concept de résilience

A l’occasion de la sortie des Mémoires de Simone Veil, Ma vie, il est utile de rappeler la relation souvent étroite établie entre le concept de résilience et la survie dans les camps. Samuel Tomkiewicz, à propos de son livre L’adolescence volée (éd. Calmann-Lévy 1999), déclare « Je devais survivre, accomplir une mission, devenir médecin. »

Cet homme dont l’adolescence a été volée a consacré sa carrière aux adolescents difficiles. Il s’est efforcé de leur enseigner le respect d’eux-mêmes pour qu’ensuite ils respectent les autres. C’est ce qu’il appelle l’"attitude authentiquement affective" (AAA).

La définition de la résilience et la polémique sémantique :

Quand le mot "résilience" est né en physique, il désignait l’aptitude d’un corps à résister à un choc. Quand il est passé dans les sciences sociales, il a signifié la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative.

C’est la définition de la résilience que donne Boris Cyrulnik dans son livre, Un merveilleux malheur. Et par ce titre en forme d’oxymore il veut dire que l’on s’émerveille devant des enfants qui ont triomphé d’un immense malheur. On change un malheur en merveille en donnant un récit à nos souffrances. La rêverie est en effet un refuge attendu avec impatience pour échapper, le temps d’une parenthèse, à la terrible réalité. Le film La Vie est belle de Roberto Benigni est un exemple de ce que le mensonge érigé en force vitale peut accomplir comme résultat : la préservation d’un enfant plongé dans l’univers des camps de la mort. Mais les mécanismes de défense que l’individu met en place peuvent s’avérer destructeurs pour lui-même. On voit dans le film un officier allemand fuir la réalité dans une obsession du jeu d’esprit, de devinettes dont la recherche des réponses le conduit à la folie.

Psychiatre, psychanalyste, et auteur de bandes dessinées, Serge Tisseron, dénonce l’abus du terme "résilience" qui en fait aujourd’hui le paradigme d’une idéologie du bonheur. De nombreux thérapeutes, et même des gourous veulent faire croire que la résilience serait la réponse magique pouvant se subsituer aux traitements classiques, que le salut passerait par des pratiques auto-engendrées d’estime de soi ou de développement personnel.

Une polémique est née entre les deux psychiatres par tribunes du Monde interposées. Le 17 juillet 2007, Boris Cyrulnik publie l’article "La Résilience et les perroquets de Panurge". Cyrulnik dénonce la banalisation du terme "résilience" qu’il a popularisé dans le monde des sciences sociales. Le mot a pris le même chemin que ces autres qui ont perdu leur sens à force d’être employés en toutes occasions : "faire son deuil", "génocide", etc. S’en est suivi une levée d’oppositions pour contester la valeur de ce terme devenu une baudruche sémantique dangereuse qu’il faudrait combattre. C’est ce que Cyrulnik dénonce : ce panurgisme intellectuel qui nous pousse à suivre ou à contester un penseur sans se donner la peine de savoir de quoi il parle, sans revenir au fondement de ce qui a justifié sa naissance. C’est aussi dangereux que d’employer, sans en connaître le sens et la portée, le mot de "génocide". Il y a eu des perroquets qui ont gonflé le sens du mot, d’autres qui s’y opposent désormais. Le mot devient signe d’appartenance à un de ces deux clans et l’occasion de duels verbaux au cours desquels chacune essaie d’avoir le dessus sur l’autre. La réalité du concept, conclut Cyrulnik, se trouve dans les livres, les laboratoires et chez les praticiens. "Là vous pourrez préciser votre idée et la renforcer, comme l’ont fait ceux qui ont élaboré les mots "inconscient", "génétique" ou "résilience". Mais ce travail est un plaisir lent que n’apprécient pas les perroquets de Panurge."

Serge Tisseron, vient contredire cette conclusion dans un "point de vue" du Monde du 30 juillet intitulé "Du bon usage de la résilience". Pour ce psychiatre, le mot résilience ne peut plus se soumettre à une unique définition scientifique. Ne faut-il pas d’autre part réserver cette désignation aux cas les plus graves ? Il revient sur les éléments mêmes de la définition : que veut dire "réussir sa vie" ? que veut dire "dépasser un traumatisme" si ce dernier resurgit à la génération suivante ? Il dénonce l’emploi du terme à toutes les sauces, jusqu’au développement durable qui est en passe de le récupérer à son tour ! Il rappelle enfin l’idée de Julius Segal, l’un des pères fondateurs de la résilience, qui est de "donner du sens aux épreuves traversées".

Pour sortir de cette querelle personnelle, le mieux est de replacer la résilience dans son histoire et de citer d’autres auteurs :

L’histoire de la résilience :

- Enquêtes sur les enfants : Dans les années 60, des chercheurs ont été stupéfaits de constater que des enfants grandissant dans des conditions terribles se développaient normalement. L’étude de la résilience ne portaient alors que sur des enfants (sur les 698 enfants nés en 1955 sur l’île Hauai, de l’archipel des îles Hawaï). Les enfants maltraités ont été étudiés dans les années 70-80. Mais les travailleurs sociaux comme les chercheurs repéraient surtout les personnes qui répétaient la maltraitance qu’elles avaient subie. Mais des études démontrèrent qu’il s’agissait là d’une erreur de perspective car en étudiant ce que deviennent des enfants maltraités une fois adultes, on constate que seule une faible proportion devient délinquante ou maltraitante.

Catherine Lehoux-Fleury (Sans père, ni repères... éditions Bouchène, 2003) ne dit pas autre chose. Si certains destins semblent marqués du sceau de la plus noire fatalité, et si l’idée d’une reproduction intergénérationnelle quasi-automatique de la maltraitance reste encore vivace, son récit vient nous démontrer le contraire : il est toujours possible d’échapper au pire...

- Puis les enquêtes ont porté aussi sur les adultes. Le professeur Gustave-Nicolas Fischer et ses étudiants ont étudié les adultes qui ont subi des traumatismes importants (guerre, camp de concentration, cancer, SIDA, deuil...). Le titre de l’ouvrage qui en a résulté, Le Ressort invisible, évoque les ressources insoupçonnées qui ont été mobilisées par ces personnes pour surmonter leur épreuves.

Plus récemment, dans leur beau livre SurVivantes, Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad expliquent comment les Tutsis qui possédaient une chèvre ou un lopin de terre ont pu mieux survivre aux traumatismes du génocide. Ces maigres biens furent pour eux une raison de continuer à vivre et un lien maintenu avec la réalité.

La reconstruction affective :

Pour Jacques Lecomte (Guérir de son enfance, éd. Odile Jacob, 2004) "l’individu n’est pas enchaîné par la forme des liens de son enfance, mais peut remodeler progressivement le type de relations affectives qu’il entretient avec son entourage". C’est le fondement même du concept de résilience. La relation affective peut se reconstruire aussi par la haine.

- La haine, moteur de résilience :

Franz-Olivier Giesberg, célèbre patron de presse, a écrit L’Américain (éd. Gallimard, 2004). Voici ce qu’il dit : "Je n’ai jamais cru au Père Noël. On ne peut croire au Père Noël dans une maison où la femme est battue comme plâtre plusieurs fois par semaine." Son récit autobiographique retrace l’histoire de son enfance marquée par une mère fervente catholique jusqu’à l’abnégation et le sens du sacrifice. Elle acceptera toute sa vie son sort de femme battue. Ne pensant qu’à une seule chose, la vengeance, le fils condamnera son père au silence à perpétuité, ne lui adressant plus la parole. Franz-Olivier Giesberg s’est construit sur la haine portée à son père. Aujourd’hui, il lui a pardonné. Et s’il a eu besoin d’écrire son histoire, c’est pour se délivrer du chagrin de n’avoir jamais donné à son père l’occasion de lui parler. A l’opposé de la haine, l’amour peut être moteur de résilience.

- La résilience par l’amour :

Boris Cyrulnik le dit dans Parler d’amour au bord du gouffre (éd.Odile Jacob, 2004) : il existe toujours une possibilité de remanier les apprentissages. Et c’est particulièrement le cas lors de la rencontre amoureuse qui peut tout autant déclencher un processus de résilience que délabrer un conjoint dont l’attachement semblait pourtant bien tissé. Les représentations négatives de soi acquises au cours de l’enfance peuvent s’en trouver modifiées. Autre facteur de résilience, l’entourage, la famille, le groupe qui, lorsqu’ils savent panser et intégrer le traumatisme, font en sorte de ne pas le laisser se développer.

La résilience est devenue, ces dernières années, un concept très en vogue. Pour les uns, il serait la pierre philosophale qui transforme le plomb de la souffrance en or interpersonnel. Pour les autres, il reproduirait la thèse darwinienne de la survivance des mieux adaptés. Quoi qu’il en soit, on sait à présent que la résilience est un phénomène reconstructeur et donc aussi porteur d’espoir pour l’humanité.


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31 réactions à cet article    


  • etonne 26 octobre 2007 11:11

    Bonjour je crois que “L’adolescence volée” est de Stanislas Tomkiewicz et non pas Samuel


    • La Taverne des Poètes 26 octobre 2007 11:31

      Vous avez raison, c’est bien Stanislas. Mais la faute est imputable à l’une de mes sources, la revue Sciences humaines (n°99 de novembre 99) qui a écrit Samuel !

      Ce lien confirme que c’est bien Stanislas http://www.amazon.fr/Ladolescence-vol%C3%A9e-Stanislaw-Tomkiewicz/dp/2702129714

      Merci de votre vigilance.


    • La mouche du coche La mouche du coche 26 octobre 2007 20:03

      La Taverne nous a fait un magnifique article ! smiley


    • Gazi BORAT 26 octobre 2007 11:14

      « Résilience et camp de la mort »

      Je me suis toujours méfié de ce terme « fourre-tout » qui a fait la fortune de Mr Cyrulnik..

      Le dépassement des traumatismes est un processus complexe et certains exemples tirés de l’exemple souvent cité des recapés des camps de la mort me le confirme.

      Deux me viennent à l’esprit :

      Bruno Bettelheim, qui décrivit son expérience à Dachau dans « Survivre » finit par mettre fin à ses jours..

      Primo Levi, qui témoigna dans plusieurs ouvrages de son expérience à Auschwitz se suicida lui aussi..

      Ces deux écrivains auraient dû en principe, par leur activité de témoignage, dépasser le traumatisme mais celui-ci semble les avoir ratrappé à la fin de leur vie..

      Ma grand-mêre, déportée politique, a été internée à Ravensbrück après avoir participé à une grêve (« refus de travail ») dans un kommando de travail « Siemens »..

      Elle a lutté, par d’autres moyens aussi contre son sort dans des circonstances que l’on imagine..

      Pour ce qui est des dérivatifs à l’horreur, elle a rapporté du camp une sorte de carnet, écrit finement avec un morceau de crayon au péril de sa vie (il était interdit d’écrire quoi que ce soit) un recueil de RECETTES DE CUISINE obtenues auprès d’autres détenues..

      Le fait était apparemment courant et je l’ai lu critiqué par Germaine Tillon qui considérait que cela était destructeur et démobilisateur. Connaissant bien la personnalité de ma grand-mêre, je suis en désaccord avec son jugement de ce fait.

      Une fois revenue en France, elle n’a quasiment jamais parlé de sa déportation, a toujours fait preuve de gaieté et d’un caractère de « bonne vivante » et je n’ai eu longtemps des échos de son internements par des camarades à elles que je rencontrais lors d’activités de l’association (la FNDIRP ) à laquelle elle appartenait.

      Elle avait cependant gardé des manies, comme de surchauffer son appartement et de toujours remplir ses poches de morceaux de pain..

      Elle s’est mise un jour à en parler au début des années quatre-vingt et ne s’est plus arrêter d’évoquer jusqu’à sa mort, cinq plus tard, ce qu’elle appelait « le camp » en racontant des anecdotes très courtes, comme des flashes d’images et souvent d’un contenu assez horrible..

      Si l’on tient compte de sa manière d’être de 1945 à 1980, on pourrait parler de « résilience » mais à la fin, selon ce que j’en ai vu, elle semble avoir été rattrapée par ce traumatisme qu’elle avait sans doute cherché à refouler..

      Ceci évidemment n’est pas une rigoureuse observation clinique, mais quelque chose que j’ai ressenti d’une personne dont j’étais très proche..

      gAZi bORAt


      • La Taverne des Poètes 26 octobre 2007 11:35

        Finalement, vous seriez plus d’accord avec Serge Tisseron qui dit que parler de résilience est délicat puisque parfois les traumatismes ressurgissent (et même quelquefois à la génération suivante) ?


      • La Taverne des Poètes 26 octobre 2007 11:37

        ERRATUM : Dans l’introduction, il faut lire « Stanislas Tomkiewicz » et non pas « Samuel Tomkiewicz ».


      • Gazi BORAT 26 octobre 2007 12:29

        @ la taverne des poêtes

        Je suis de toute façon d’accord avec Serge Tisseron sur le fait que les traumatismes ne disparaissent jamais.

        Serge Tisseron est avant tout un spécialiste des « secrets de famille » dont le plus beau « coup » est quand même la découverte du secret de famille d’Hergé : à savoir que le père et l’oncle du dessinateur ont été des enfants cachés d’un membre de la famille royale belge.

        La famille Remi a confirmé le fait après la publication de son premier ouvrage de psychanalyse consacré à Tintin..

        Cette affaire cachée, a ressurgi (pour notre plus grand plaisir) de façon obsessionnelle tout au long de l’oeuvre d’Hergé (les jumeaux Dupondt, le capitaine Haddock au prestigieux aïeul, la Castafiore qui n’arrive jamais à prononcer son nom, et autres indices..).

        Sans aller aussi loin, je reste persuadé que l’individu traumatisé ne « résilie » jamais mais qu’il reporte simplement..

        gAZi bORAt


      • Marsupilami Marsupilami 26 octobre 2007 12:44

        @ Taverne

        Article intéressant, merci.

        @ Gazi Borat

        Pour ma part je ne me situe ni du côté de Cyrulnyk (qui en fait vraiment des tonnes) de celui de Tisseron. Je serais plus nuancé. Tout dépend aussi largement de la personnalité, du mode de fonctionnement psychologique de l’individu. D’après mon expérience, il est des êtres qui qui parviennent très bien à « résiliencer » leurs traumatismes, d’autres qui n’y parviennent pour de multiples raisons, et tout un infini nuancier entre les deux. Nous ne sommes pas égaux devant la résilience.


      • haddock 26 octobre 2007 13:24

        Ici le Capitaine Haddock qui vous parle depuis le château de Moulinsart où il fait actuellement un temps splendide , j’ indique , contrairement aux allégations de sieur Borat Gazi que je tiens à user de mon droit de réponse et du droit de réponse de mon aïeul Haddoque concernant cette affaire de résiliense . En effet et Nestor pourra le prouver à n’ importe quel moment , il est toujours à notre service et son contrat n’ a jamais été résilié . J’ ai moi-même une forte capacité d’ équilibre face aux tensions , les seuls blessures ayant laissé des séquelles ce sont les troubles auditifs occasionnés par la divine Casta Bianca sur les bijoux de famille . Atteint de stérilité suite à ce traumatisme , je traine dans les Tavernes environnantes , me soignant au whisky pour faire face à l’ adversité .

        Pour que ce témoignage serve à l’ humanité .

        Capitaine Haddock .


      • Gazi BORAT 26 octobre 2007 14:05

        @ capitaine Kodack

        Bianca Cast(R)afiore chantant l’air des Bijoux (de famille).. éminemment freudien tout cela !!

        gAZi bORAt


      • ddacoudre ddacoudre 29 octobre 2007 22:17

        Bonjour gazi borat.

        Tu sais l’on a toujours une tendance à vouloir trouver le processus miraculeux qui va nous apporter la solution que l’on espère au problème rencontré. Dans l’art de la rhétorique qui leur est bien connu, un grec Antiphon d’Athènes, nommé le guérisseur, était connu comme l’inventeur de « l’art de l’apaisement », il était reconnu comme guérissant les malades avec des mots par l’usage de la rhétorique, par le langage.

        Dans un article que n’a pas publié Agoravox, j’explique à d’autres fin comment circulent les émotions en partant de nos sens, et naturellement notre propre expression devient une information répercutée par nos sens. Mais rien ne garantie que cela fonctionnera sur toutes les personnes car chaque cas en est un de spécifique et nous ne sommes pas égaux face aux traumatismes de la vie, et tous les traumatismes sont un pour chacun.

        Il faut faire la part des choses avec l’efficience du traitement variable et l’effet mode, dont parle l’article, qui banalise au point de dévoyer le sens d’un mot et de lui accorder des valeurs « miraculeuse ». Il en à été de même avec la psychanalyse à laquelle on été attaché beaucoup d’espérance pour aller chercher dans l’inconscient la source d’un comportement occasionnant un trouble, d’aucun, y compris son mentor, on voulu y voir le moyen d’une réponse à toute chose pour son malheur.

        Je te joins quelques extraits de l’article que j’avis rédigé sur les mécanismes de la manipulation et qui rejoignent ceux de la résilience. Mais ce n’est pas aussi simple que ce que j’explique.

        Extrait. La communication qui est le moyen du vivent et du cosmique pour entrer en relation et échanger des données ou des « énergies » et une spécialité des humains (peut-être parce que nous ne déchiffrons pas les autres), qui repose sur la connaissance des mécanismes cérébraux qui fixent les souvenirs et crée les associations en partant d’une perception sensorielle.

        Lors de la perception d’un événement angoissant ou violent ou heureux, au cœur du lobe temporal une petite zone s’active, c’est l’amygdale entre les deux hémisphères cérébraux (gauche et droit) pièce centrale de notre cerveau émotionnel. Il relies de très nombreuses autres zones cérébrales participant aux traitements des informations et provoquent les effets physiologiques. Déjà nous comprenons que dans ce processus, très court qui se mesure en millisecondes, la raison en est absente, et donc cette amygdale guide nos décisions davantage que notre conscience, nos émotions. Les mécanismes de la conscience aussi sont l’objet de recherche et interviennent en rétroaction sur les effets physiologiques, mais cette supposition manque de preuves tangibles.

        Sauf nous tous qui l’admettons de manière empirique en la séparant en notion de bien ou mal, considérant qu’une personne de disposant pas de ce discernement ne possède pas de conscience.

        Naturellement il ne s’agit que d’une appréciation culturelle de nos mécanismes humains, puisque tout sujet soumis a une émotion à des zones cérébrales qui s’activent parfois avec divergences, mais ce n’est pas de cela que je veux traiter.

        Lorsque dans la vie, à la télé, au cinéma nous voyons ou regardons un événement qui exprime la peur ou la joie, l’image parvient à la rétine de l’œil de l’observateur. Ensuite par le nerf optique l’information circule jusqu’au corps grenouillé latéral du thalamus situé au centre du cerveau sous les hémisphères cérébraux.

        Le thalamus traite l’image de l’événement puis communique certaines informations au cortex visuel, qui redistribue de l’information à différentes zones corticales, dont surtout l’amygdale. Celle-ci a également reçu par d’autres voix des informations auditives de l’événement. Or l’amygdale est sensible à la cohérence des signaux s’ils sont congruents, ce qui active plus fortement l’amygdale que s’ils sont incongrus. Exemple un crie de peur ou un rire fou accompagné d’une musique approprié inquiétante ou joyeuse activera plus l’amygdale.

        L’amygdale effectue alors le traitement émotionnel sur la base des informations sensorielles, Elle active un certains nombres de réseaux neuronaux dans l’hypothalamus, le tronc cérébral et d’autres régions corticales, déclanchant une réponse du système nerveux périphériques. Ce système comprend le système nerveux somatique (ou sensori-moteur) et le système nerveux végétatif des grandes fonctions comme la respiration, la circulation sanguine, la salivation.... Ainsi donc par le biais de la noradrénaline, le système orthosympathique de l’observateur de l’événement émotionnel accélère son rythme cardiaque, contracte le muscle de l’iris, ceux du visage pour qu’il indique la nature de l’émotion ressentie. L’émotion a été immédiate, en fait l’émotion est née avant même que l’observateur ne prenne conscience de son origine.

        L’exigence pour notre survie d’être extrêmement réactif face à une situation dangereuse impose une « voie rapide » sélectionné par l’évolution.

        Cette voie rapide appelé aussi « vision aveugle » en souvenir de sa découverte durant la guerre 14/18 grâce aux soldats qui blessés à l’arrière du crâne et ne possédant plus de cortex visuel continuaient de se baisser pour éviter les balles. Les études menées indiquent que cette voie ne passe pas par le cortex mais semble relier le pulvinar, un noyau du thalamus à l’amygdale quand la rétine est fonctionnelle.

        C’est pour cela que nous ne prenons conscience de nos états émotionnels que par les réactions physiologiques qu’ils engendrent en réponse aux informations sensorielles extérieures et en rétroaction intérieures.

        Quid du libre arbitre qui suppose que l’on maîtrise les événements extérieurs et nos comportements, au mieux nous les cacherons aux autres mais ils nous aurons affecté.

        Fort de ce savoir qui se précise grâce aux appareils d’imagerie médicale car il est connu empiriquement depuis des lustres au travers des notions de dieux qui commandent toutes choses.

        Connaissant cela peut-on conditionner une personne, la réponse est connu scientifiquement depuis Pavlov, c’est oui !

        Les scientifiques disposent d’une banque de donné de 900 images choisies (mais d’autres font d’autres choix) pour déclancher des émotions chez les personnes qui leur servent de (cobaye).Ils peuvent ainsi à loisir étudier les zones ou s’active la perception d’une image induisant la peur, la joie etc.

        Alors nous devant notre télé, notre magasine illustré, nos films pourquoi y échapperions nous.

        Mais le conditionnement se manifeste dans un rapport de l’événement angoissant ou heureux associé à un objet neutre, un mot, un lieu, une chose, de telle manière que lorsque l’objet neutre se manifeste ressurgie aussitôt le souvenir angoissant ou heureux.

        Peut-on se déconditionner ?

        Houf ! Oui !

        Mais avec une certaine limite parce que il semble impossible de balayer définitivement les souvenirs émotionnels. Pour se déconditionner il faut présenter à la personne l’objet neutre qui est associé à l’émotion, seul. De la sorte si vous ne voulaient pas voter pour le gouvernement, vous écoutez les faits divers et quand vous savez que le faiseur d’opinion va dire que le gouvernement se réuni pour traiter l’évènement vous zapper. Si vous tomber sur la même information c’est loupé, vous retentez le lendemain.

        L’autre voie est médicamenteuse, ces médicaments sont utilisés pour des personnes atteintes de phobies graves ou de syndromes post-traumatiques. Les infos ne nous conduisent pas jusque là sauf dans quelques cas par la pub.

        La source en est « Le Cerveau des émotions »par le professeur Joseph LeDoux du centre de neuroscience de l’université de New York.

        Cordialement.


      • Gazi BORAT 30 octobre 2007 07:50

        @ ddàcoudre

        Cette problématique qu’induit la « voie rapide » est passionnante et essentielle..

        Elle apporte des éclairages, non seulement dans les phénomènes de « résilience » mais aussi plus largement dans l’opposition éternelle entre le « ratio » et « l’affect ».

        Dans le mécanisme des traumatismes, elle peut expliquer pourqoi, par exemple, un simple stimulus provoquera un phénomène de panique chez l’individu réactivera facilement un traumatisme ancien chez l’individu, même s’il dispose des outils logiques pour le neutraliser.

        L’émotion passe ainsi par une voie plus rapide que la réflexion qui elle, plus lente, arrive, comme la Cavalerie des westerns, toujours trop tard..

        Dans le débat qui nous occupe, je pense que nombre de cas de résilience reposent sur la substitution ou l’association au traumatisme d’autres mécanismes bricolés par l’individu et relevant, eux aussi, de cette « voie rapide »..

        Merci de me corriger si j’ai commis un contre-sens à votre commentaire..

        gAZi bORAt


      • ddacoudre ddacoudre 1er novembre 2007 13:14

        Bonjour gazi boat.

        Non tu n’as pas fait de contre sens mais je n’ai lu aucune étude qui expliquait que la réminiscence d’un souvenir traumatique ou heureux ne pouvait pas passer par la voie rapide.

        La voie rapide est justement une perception aveugle, qui fait prendre par exemple une ceinture lové au sol pour un serpent, et il est évident que si un traumatisme est lié à l’objet serpent il surgira.

        Cordialement désolé pour le retard.


      • LE CHAT LE CHAT 26 octobre 2007 11:24

        on parlera bientôt de résilience au sarkozisme pour les socialistes qui se feront pas débaucher.. smiley


        • La Taverne des Poètes 26 octobre 2007 23:48

          Le Chat, la meilleure résilience serait de résilier le bail de Sarko à l’Elysée. « Au revoir président ! »


        • La Taverne des Poètes 26 octobre 2007 11:38

          ERRATUM : Dans l’introduction, il faut lire « Stanislas Tomkiewicz » et non pas « Samuel Tomkiewicz ».


          • TALL 26 octobre 2007 12:29

            Il est rarissime de lire que la haine puisse être quelque chose de positif pour celui qui la ressent, car c’est politiquement hyper-incorrect. Mais c’est pourtant très vrai. A condition de bien la canaliser dans sa forme d’expression, sinon c’est suicidaire.

            Bravo pour ce courageux et lucide paragraphe, Taverne !


            • TALL 26 octobre 2007 12:43

              Une des règles principales étant évidemment de ne pas l’afficher dans notre société occidentale à culture chrétienne. Mais ceux qui ont connu la haine se reconnaissent néanmoins vite. Je peux te dire à ce propos que Poutine est, à mes yeux, un véritable tigre.


            • La Taverne des Poètes 26 octobre 2007 12:53

              Merci Tall. Mon idée était de faire le panorama des points de vue sur la résilience. Celui de ce célèbre patron de presse qui a grandi dans la haine de son père devait donc être intégré dans le propos. C’est un article que j’ai beaucoup tardé à rédiger car le sujet me paraissait ardu et délicat à traiter. L’objectif était d’être complet, et intelligible pour le lecteur moyen, sans prendre de risques sur un terrain où la psychiatrie domine.


            • TALL 26 octobre 2007 18:26

              Ton article m’a aussi fait penser à un argument important en faveur de la peine de mort, et qu’on ne cite que fort peu, car il est politiquement très incorrect et va tout-à-fait à l’encontre de l’humanisme et du christiannisme preignant notre culture occidentale. C’est celui que la mort de l’assassin procure une aide à la résilience de l’entourage de la victime.

              Car on a beau dire, si on se met à la place d’un père dont la petite fille a été violée et tuée, il est aisé de comprendre que ça doit faire ch.. quelque part que l’assassin toujours. Même en prison.


            • TALL 26 octobre 2007 18:27

              ... que l’assassin vive toujours ...


            • ddacoudre ddacoudre 30 octobre 2007 22:15

              bonjour tall

              Ta remarque et inintéressante sur la peine de mort vue comme une possibilité de résilience, sauf que la vengeance est une construction culturelle car on ne la trouve pas dans les comportements instinctifs, mais l’on sait qu’elle entraine une résilience sans fin.

              C’est à dire que dans notre société judéo chrétienne comme tu l’as souligné elle entretient une haine permanente pour justifié d’avoir désiré la mort d’autrui.

              Ainsi le sujet vie autour du traumatisme et n’entre de ce fait pas véritablement en résilience.

              Le christianisme qui avait une bonne connaissance du sujet par sa judéité y a renoncé pour instaurer en résilience le pardon


            • faxtronic faxtronic 26 octobre 2007 13:02

              Article tres interressant. Cela me fait penser a l’image de la tique qui attend durand des années enfermées dans sa coquille dans l’herbe, pour finaliser s’accrocher a un hypothetique mammifere passant par la et enfin se reveiller.

              Cet enfermement interne peut etre inconscient, ou bien au contraire conscient, pour resister aux rigueurs du temps ou en attendant mieux.


              • ZEN ZEN 26 octobre 2007 14:37

                Bon article, Taverne

                Je suis aussi très réticent vis à vis de cette notion de résilience et de ses récentes récupérations.

                Gazi B. a tout dit, exemples émouvants à l’appui, avec son habituel bon sens et sa culture. Les profondeurs du psychisme humain nous restent largement énigmatiques , malgré l’éclairage psychanalytique, qui est à mon avis, le seule habilité à lever un coin du voile, au cas par cas...


                • Marsupilami Marsupilami 26 octobre 2007 14:54

                  @ Zen

                  « malgré l’éclairage psychanalytique, qui est à mon avis, le seule habilité à lever un coin du voile, au cas par cas... ».

                  LE SEUL ? Allons allons, un peut d’ouverture à la multiplicité. Le freudaines seront bientôt analysées par l’émistémologie du futur comme des mythes du XXe siècle.

                  On peut « résiliencer » ailleurs que sur un divan. Je dirais même plus : il vaut mieux le faire ailleurs pour éviter de ressasser le passé pôpa-môman, le sale Œdipe et les fins de moâ douloureuses...


                • Gazi BORAT 29 octobre 2007 07:10

                  @ marsupilami

                  D’accord pour plus de diversité dans les approches mais pas d’accord pour le rejet sans nuance de l’oeuvre de Freud.

                  Le reproche que je ferais à la psychanalyse, c’est son hégémonisme et le centrage unique sur l’histoire du sujet, plaçant, dans le meilleur des cas le contexte, quand elle ne l’évacue pas complêtement..

                  La psychanalyse des débuts, bien que balbutiante, devait être plus efficace.

                  La découverte de pulsions inconscientes par le sujet devait alors produire un choc qui aujourd’hui doit être amoindri par la diffusion universelle des concepts et modèles issus des théories freudiennes.

                  Tout notre environnement en est saturé. Publicité, communication, scenarii de cinéma s’alignent et utilise ces modèles et aujourd’hui, un sujet se présente chez le psychanalyste en ayant déjà effectué lui-même un diagnostic dont il demandera confirmation à l’analyste et consultera tout au long de sa cure des ouvrages spécialisés..

                  L’idéale condition d’ « expression libre de la parole » est moins possible" qu’elle ne l’était à l’époque de Dora ou du président Schreiber..

                  gAZi bORAt


                • ZEN ZEN 29 octobre 2007 08:20

                  @ Gazi B

                  « Le reproche que je ferais à la psychanalyse, c’est son hégémonisme et le centrage unique sur l’histoire du sujet, plaçant, dans le meilleur des cas le contexte, quand elle ne l’évacue pas complêtement.. »

                  Il y a une diversité de pratiques psychanalytiques. La prise en compte du contexte (familial, culturel:ethnopsychanalyse) est prise en compte par les analystes les plus sérieux et les mieux formés.

                  L’« hégémonie » n’est plus de mise : je connais de psychanalystes qui orientent des sujets vers des psychothérapies courtes ou longues, ou vers de simples traitements médicamenteux.

                  Il est vrai que la demande est saturée par de vagues notions psychanalytiques qui courent les rues et les mauvaises vulgarisations, mais il y a loin des pseudo-savoirs à la pratique réelle, qui les bouscule totalement. On ne trouve jamais en cure ce qu’on vient y chercher...C’est toute la différence entre la demande et le désir..

                  Pour Marsu, c’est un irréductible..Il a peut-être été le témoin d’une psychanalyse mal faite, par un charlatan autoproclamé « psy »..

                  Bien cordialement


                • Gazi BORAT 29 octobre 2007 09:14

                  @ zen

                  D’accord avec vous sur la nécessité de diversifier les approches et de prendre en compte d’autres dimensions de l’individu mais nous ne sommes plus ici dans la stricte orthodoxie...

                  Le reproche que l’on peut faire à Freud, c’est d’être mort trop tôt.. car tout au long de sa vie il a toujours veillé à ne pas « figer » ses théories, ce que n’ont pas toujours fait ses successeurs..

                  Le marché du « mal-être » est, et a toujours été économiquement très porteur et certaines luttes idéologiques, comme actuellement la guerre Psychanalyse contre TCC, ne sont souvent que des guerres économiques...

                  gAZi bORAt


                • Anka 26 octobre 2007 18:37

                  Article très intéressant.

                  Ce concept de résilience me paraît pourtant toujours aussi étrange. Il tendrait à minorer l’importance du déterminisme, et pourtant il ne semble que s’inscrire dans son sillage, en renforcer le poids paradoxalement. A l’image de cette tendance pathétique qu’a notre temps à vouloir tout analyser, contrôler, penser en termes de psychologie, avant -au lieu- d’agir. Ne nous encourage-t-on pas à « caresser nos plaies » ?

                  Je trouve cocasse que Cyrulnik critique les « perroquets » qui simplifient et banalisent. Il a eu la volonté de vulgariser, ce qui peut être louable, et a regretté que l’on ne s’empare pas de ce concept. Cela fut fait. Quelles autres conséquences pouvait-il en attendre ?

                  Concernant les études faites sur des individus dont l’entourage aurait favorisé la douleur ou la reproduction de violences par exemple, je me demande comment elles ont été menées et en quelle mesure ce que l’on en attendait n’a pas joué un rôle important. (Un peu comme une enquête de sociologie peut-être faussée, rien que par la présence du sociologue, si l’on ne s’en protège pas) Si vous aviez les références de ces études, je serais preneuse.

                  J’exclue de mon propos les douleurs engendrées par les guerres, tortures et massacres. Gazi Borat citait les cas de Bettelheim et Lévi, qui n’ont en effet pas fini de nous interroger (et de nous émouvoir). Je songe à la bande dessinée « Maus », d’Art Spiegelman, dans laquelle la relation entre le narrateur-auteur et son père illustre ces questions. Les concernant, je ne me prononcerais pas, elles restent pour moi à l’état de questions. Il me semble toutefois que le concept de résilience est inopérant pour ce qui est de les penser, de les questionner.

                  Qu’apporte-t-il de plus à la reflexion, à l’action, ce concept ? Très sincèrement et sans animosité, je vous avoue que je ne vois pas... Et pourtant, je le redis, votre article m’intéresse, ne serait-ce que parce qu’il y a là quelque chose qui m’échappe.


                  • ZEN ZEN 26 octobre 2007 19:04

                    Si Cyrulnik a forgé ce concept, c’est, je crois à partir de sa propre expérience personnelle, sa propre tragédie familiale, que j’ai entendu évoquer de sa propre bouche, mais dont je n’ai plus le souvenir maintenant.

                    D’où son intérêt pour les cas apparentés au sien, non pas par morbidité ou narcissisme , mais pour aider à trouver dans des cas apparemment désespérés des voies de sortie, des rétablissements improbables , des énergies bridées ou refoulées. Ce concept reste néanmoins problématique et difficile à expliquer d’un point de vue freudien, par exemple.


                  • Gazi BORAT 29 octobre 2007 06:59

                    @ Zen

                    « ...difficile à expliquer d’un point de vue freudien, par exemple... »

                    La psychanalyse y répond en partie, par des concepts comme la sublimation que l’on retrouve dans bien des cas de résilience que cite Cyrulnik.. mais je persiste à croire que ceci n’est que temporaire ou superficiel et tend à s’effondrer lorsque, avec l’âge par exemple, les mécanismes de défense que se crée l’individu tendent à s’affaiblir..

                    gAZi bORAt

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