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Accueil du site > Actualités > Société > Corrupteur et corrompu

Corrupteur et corrompu

Je suis toujours surpris de constater, dans la manière dont le sujet de la corruption est traité dans les médias, qu’il y a une situation qui est considérée comme honteuse, celle du corrupteur, et une autre qui est beaucoup mieux acceptée socialement, qui est celle du corrompu. Comme si, dans la pratique, celui qui a le pouvoir de décision sur une affaire ou une autorisation était un agneau nouveau-né innocent et celui qui propose le versement ou le cadeau était le seul et unique responsable de l’acte corrupteur.

Dans la pratique des choses, le "corrupteur" sait parfaitement que le versement additionnel ne lui rapportera aucune certitude d’avoir ledit marché, car, là comme ailleurs, il y a une concurrence sur le montant de cette "dîme corruptrice", et que la décision se fera globalement. C’est donc simplement un surcoût à prendre en compte dans l’adjudication qui produirait sans doute le même gagnant, hors "dîme corruptrice". C’est d’autant plus vrai que dans les affaires qui viennent en Justice, on s’aperçoit que ladite corruption est quasiment sous forme de pourcentage.Le corrupteur sait par ailleurs que dès qu’il a "failli" une fois, l’ensemble de la communauté saura qu’il "paye" et donc il intègrera son acceptation de cette pratique dans l’offre qu’il attend de lui.

De même pour le "corrompu", prétendu innocent : ce dernier connaît parfaitement le force de son pouvoir et de son autorisation, et en a quasiment chiffré par avance la valeur. Dans beaucoup de cas c’est d’ailleurs lui qui vous dira : "Comme d’habitude, vous vous adressez à tel bureau d’études", ou dans d’autres pays, vous indiquera sur quel compte il faut effectuer tel versement. Ce n’est donc pas dans l’improvisation que l’agneau nouveau-né va accepter tel ou tel cadeau, mais dans un système organisé où les processus de paiement sont bien huilés.Certains ont d’ailleurs une réputation établie dans leur domaine ou dans leur pays. On sait qu’il "en croque".

Qui paye, finalement, dans tout ce système ? Le consommateur et/ou le contribuable, qui verra le prix du produit ou du service majoré de ce prélèvement supplémentaire, ou la qualité du produit ou service fourni, inférieure à son coût officiellement payé, ou le budget de la communauté qui le finance, plus élevé qu’il ne devrait l’être ?

Pour moi, corrupteur et corrompu sont deux faces du même problème, et il n’y a pas un pécheur d’un côté et un innocent de l’autre, dans ce processus, non plus que de raison de différencier entre ces deux comportements qui se rejoignent et sont tout aussi inacceptables l’un que l’autre. Nos médias et notre système juridique ne semblent pas encore l’avoir compris...

Ce commentaire est d’ordre général, et ne saurait s’appliquer à qui que ce soit en particulier. Toute ressemblance avec les actes ou comportements de quelqu’un existant ou ayant existé ne pourrait être que fortuite.


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10 réactions à cet article    


  • (---.---.216.73) 5 juillet 2006 15:16

    Je ne m’étais jamais posé la question sous cet angle, n’avais pas remarqué. C’est probablement ce qu’il manque, des exemples. Sinon on est tenté de vous croire « sur parole », ce qui n’est pas impossible puisque l’on a souvent le même type d’ a priori sur les violeurs/violés (c’est de la faute du provocateur !)


    • Quentin (---.---.59.230) 5 juillet 2006 17:05

      J’irai plus loin. Pour moi, le coupable initial, c’est le corrompu. Simplement en cela, qu’il est corruptible.

      Un soumissionnaire quelconque va-t-il prendre le risque de proposer le bout de gras à un type dont il a des raisons de craindre qu’il hurle au scandale et, par là même, fasse irrémédiablement capoter l’affaire ?

      J’imagine que le corrompu potentiel pose des jalons afin de signaler sa « disponibilité » pour une « entrée en matière ».


      • moniroje (---.---.246.62) 5 juillet 2006 18:53

        Oui, tout à fait !! j’ai moi-même été souvent surpris de voir le corrupteur plus coupable que le corrompu : alors que le corrupteur étant obligé d’en passer par là me semblait plus victime.

        Un exemple vécu (et j’en connais pas mal !!) :c’était dans les années 90 ; je m’étonnais auprès d’un chef d’agence à l’étranger de notre société qu’il n’ait pu arracher un contrat que nous espérions tous : pourtant le client avait été choyé !! lors de sa visite à Paris : palace, whisky personnel, soirées au Lido et ailleurs et... revenu dans son pays, une Mercedes classe S offerte à ce monsieur par notre société pour nous faire travailler pendant au moins deux ans.

        Comment donc les canadiens avaient-ils pu nous arracher ce contrat ?? en offrant au client un appartement à Montreal...


        • Adolphos (---.---.59.170) 5 juillet 2006 19:29

          « il y a une situation qui est considérée comme honteuse, celle du corrupteur, et une autre qui est beaucoup mieux acceptée socialement, qui est celle du corrompu. Comme si, dans la pratique, celui qui a le pouvoir de décision sur une affaire ou une autorisation était un agneau nouveau-né innocent et celui qui propose le versement ou le cadeau était le seul et unique responsable de l’acte corrupteur. »

          « Nos médias et notre système juridique ne semblent pas encore l’avoir compris... »

          Il me semble bien pourtant que la coruption passive d’un détenteur de l’autorité est plus sévérement sanctionné que cette active..


          • Remi Morin (---.---.141.133) 5 juillet 2006 20:24

            Moi pour ma part j’ai vraiment la conviction que c’est un système complet de corruption systématique sur lequel repose nos belles économies.

            Celle que l’on voir, n’est que des règlements de comptes. La SAQ (Société des alcools du Québec) a demandé aux producteurs de vin français de hausser leurs prix vu la monté du dollars Canadien. En effet, comme les profits de la SAQ sont des pourcentages sur les vins, une baisse de prix est associé à une baisse de rentabilité... malheureusement ça s’est su, il parait que certain producteurs de vins se sont plains. Ainsi maintenant la SAQ a rectifié le tir et achète des vins plus cher sans le demander. Là tout est correct.

            C’est un petit exemple qui colle pas parfaitement à votre définition à deux joueurs... prennons un autre exemple. L’évènement qui au Canada est connu sous le nom de « scandale des commandites ». Des agences de publicité, en communication paient des pots de vins depuis toujours aux caisses de nombreux partis. Les leaders du parti sont tenu ignorant des détails, pour rester blanc en cas de crise, des hommes de bras gère le dossier et s’occupe des ristourne. Les « ristournes » sont des contrats bonbon, pour des tâches fictives (par exemple le même rapport a été soumis dans 4 projets différents totalisant un facture de plusieurs millions de dollars, des voyages dans des établissements inexistant, des facturation totalisant une moyenne de 20 heure de travail par jour uniformément pour toute l’année etc.)

            ici ça s’est su... c’était pour faire du ménage j’en suis certain.


            • Internaute (---.---.74.5) 6 juillet 2006 09:04

              La corruption n’est que le fait de briser la règle du jeu normal pour prendre un avantage certain sur ses concurrents, ou tout simplement pour se tirer d’affaire. La corruption est multiforme. Elle recouvre tout l’éventail moral. Elle peut être un acte de banditisme ou être moralement justifiable.

              Le principal facteur de corruption est l’établissement de règles du jeu qui sont insupportables pour la majorité. Le niveau que la majorité ressent comme « insupportable » est étroitement lié à sa culture.

              Les pays du tiers-monde sont pourris par la corruption pour deux raisons - obtenir le moindre papier, c’est à dire suivre les règles du jeu normal, est un véritable chemin de croix, et leur culture est bien plus une culture de la jouïssance qu’une culture du travail et du respect d’autrui.

              En France, nous devons faire trés attention à ce que notre société ne bascule pas brusquement dans la corruption généralisée. Une fois que le pas est franchi il est impossible de s’en sortir. Prenons un exemple concret, celui des amendes à la circulation et du permis à point.

              Pour tois petits bêtises insignifiantes, une personne normale saine et honnête est empêchée de conduire, donc de travailler, pendant deux ans. Cette même personne voit tous les jours des crimes importants restés impunis ou même encouragés par le gouvernement (prime payée par Matignon aux incendiaires de voitures en Novembre 2005).

              Comment doit-on réagir dans ce cas là. Le plus sain est de proposer 50 euros au flic qui va enclencher la procédure de retrait du permis. Aujourd’hui on est encore dans un contexte social ou il est fort à parier que le corrupteur sera détenu par le gendarme. Mais dans la mesure où il y a de plus en plus de gendarmes recrutés parmis les ressortissants du tiers-monde (lutte contre la discrimination oblige), on retrouvera les deux facteurs déterminants de la corruption que je viens de citer : lois insupportables et culture de la jouïssance.

              Quand la masse critique sera atteinte on ne pourra plus faire machine arrière.


              • Dirty Harry (---.---.218.193) 6 juillet 2006 11:10

                Le véritable coupable c’est le corrompu. C’est lui le plus souvent qui impose le paiement d’une taxe pour que les relations entre les parties puissent se poursuivre. Le corrupteur n’est qu’exceptionnellement actif.


              • parkway (---.---.18.161) 6 juillet 2006 11:03

                en réinventant la guillotine, on pourrait tous les mettre sur un grand pied d’égalité et raccourcir (sic) le problème !


                • parkway (---.---.18.161) 6 juillet 2006 11:21

                  a parkway,

                  non je déconne !

                  plus sérieusement, la logique du fric ne peut qu’amener à la corruption.

                  elle lui est corrélative (comme dit ma concierge).

                  Pour remi morin : vous en parlez de façon anodine, parce que je pense que vous y êtes habitué ;

                  j’ai moi-même travaillé pendant 20 ans ds les banques, où j’ai participé, avec l’accord non dit mais tacite de mes directeurs, à de multiples exactions (=vols) sur des entreprises dont les comptables n’étaient pas toujours très pertinents...je pourrais citer des exemples précis mais entre quatre yeux...

                  Les banques et les financiers sont les plus gros voleurs de la planète, mais c’est accepté par une majorité de gens imbéciles ou corrompus ou non concernés (plus rares).


                • parkway (---.---.18.161) 6 juillet 2006 11:46

                  suite à l’article de marsu et çadérange sur les corrompus , il faut ajouter à ma liste « les libéraux communistes » comme bill gates.

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