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Accueil du site > Actualités > Société > Crime et châtiment, entre la peur et la délectation !

Crime et châtiment, entre la peur et la délectation !

« La France a peur », nous lançait d’un ton sinistre et grave, Roger Gicquel en 1976 lors de la découverte du crime de Patrick Henry. Le journaliste au regard fatigué ne savait probablement pas qu’il venait de relancer une mode, venue du temps des gazetiers du XIXe siècle, permettant à tout un chacun de frémir, de se prélasser dans le pervers, le glauque et le malsain. La multiplication des modes de communication de nos jours ne donne plus l’apanage de la révélation et du traitement du fait-divers sordide à une seule star de la télévision, la diffusion de ce genre d’événement est devenue telle que tout le monde est inondé par l’information criminelle. Que l’on lise la presse quotidienne, les hebdomadaires, que l’on écoute les radios, ou que l’on regarde la télévision, on ne peut échapper aux détails, aux détours des enquêtes et aux supputations les plus aléatoires quelquefois au détriment de coupables temporaires rapidement jetés à la vindicte populaire avant qu’ils ne soient innocentés à minima. Tous les présumés innocents, mais présentés comme coupables, n’ont pas tous la « chance » d’être médiatiquement réhabilités en grande pompe comme les protagonistes de l’affaire d’Outreau. Et depuis quelques années, internet a un effet amplificateur sur le fait-divers. Mais, en relisant l’histoire depuis l’apparition de l’écrit et les journaux depuis plus d’un siècle, on retrouve en permanence les mêmes crimes et les mêmes débordements criminels, et aussi la même hystérie collective et le même engouement des foules.

Déjà Suétone se répandait en révélations, aujourd’hui on dirait scoops, sur les tendances assassines, incestueuses et pédophiles de Tibère et de Caracalla ainsi que sur celles tout aussi malsaines de quelques autres des douze Césars comme Néron ou Caligula. L’Ancien Testament n’est pas de reste et l’on s’y délecte et repaît d’inceste, de crime, d’adultères et d’exactions dignes de publication dans un quotidien à grand tirage dit de presse populaire ou en sujet phare d’un journal télévisé. Les textes sacrés seraient de nos jours, une fois réactualisés, matières à blogs sulfureux et à révélations croustillantes sur le net. Il serait possible, mais fastidieux, de faire une liste exhaustive et ennuyeuse de tous les pervers, malsains, malveillants et criminels depuis les temps antiques à nos jours en passant par Gilles de Rais, à qui est attribué jusqu’à 800 victimes (il faut absolument lire ou relire l’excellent ouvrage de Georges Bataille sur le thème) en continuant par les Borgia, le Régent, Louis XV et quelques autres pour ne rester qu’en France. Un passage par les Etats-Unis serait nécessaire pour étoffer le tableau des horreurs avec la liste des serial killers bien réels qui ont inspiré, souvent sans toucher de droits d’auteurs, les nombreuses séries télé américaines qui occupent nos soirées de « divertissement ».

Mais restons en France, où l’apogée narrative du fait-divers criminel date de la fin du XIXe siècle et plus précisément du Second Empire, intérêt renforcé par la suite dans la presse populaire, comme le Petit Journal, capable de tenir en haleine, des lecteurs de la presse quotidienne et hebdomadaire bien plus nombreux qu’aujourd’hui, dans un pays qui comptait alors moins de quarante millions d’habitants. Il suffit de citer la malle à Gouffé, le vampire de Muy, le fameux Ardisson, non pas Thierry, mais Victor qui déterrait les cadavres avant de s’adonner sur eux à des pratiques nécrophiles, du sergent Bertrand, « le nécrophile heureux », sans oublier de passer de l’autre coté de la Manche pour s’intéresser au cas de Jack l’Eventreur. Landru, tout comme plus tardivement le Dr Petiot ont eu leur heure de gloire et droit à une multitude d’articles de journaux entraînant des conversations tant mondaines que de bistro.

Les criminels inspiraient les auteurs de pièces de théâtre populaire, représentées sur le fameux Boulevard du Crime à Paris, s’inspirant de Lacenaire ou de Robert Macaire, bien avant le Second Empire. Et le public, de toutes catégories sociales, de se ruer dans ces salles de spectacles pour frémir à des pièces inspirées par les exploits de grands criminels. Frédérik Lemaître (l’acteur) et Lacenaire (le criminel) étant d’ailleurs devenus les personnages cultes du film de Marcel Carné, les Enfants du Paradis !

 Si la presse faisait de gros tirages lors de chaque fait-divers sordide, et des tirages d’autant plus gros que le crime était original, atroce et sortant de l’ordinaire, il ne faut pas oublier que ce genre de méfaits a permis, parallèlement à l’engouement médiatique de l’époque, le développement de la médecine légale, de la police criminelle et de la psychopathologie. Bien avant Les Experts et Esprits criminels, en série télé, ces scientifiques plutôt discrets ont scruté, analysé et décortiqué les crimes et les criminels avec des moyens rudimentaires en appliquant une méthodologie se voulant scientifique malgré les capacités réduites des moyens d’investigation modestes, si ce n’est rudimentaires, qui étaient à leur disposition.

 Contrairement à la presse populaire qui recherchait le détail qui faisait vendre (cela n’a guère évolué en mieux depuis la fin du XIXe siècle), de nombreux scientifiques ont disséqué les comportements et les corps, les modes opératoires et la personnalité des criminels qui faisaient l’actualité. Il est surprenant de constater que les rapports de police, les analyses de la criminalité sous le Second Empire et durant la IIIe République restituent des chiffres et des types de crimes tout aussi importants et variés que de nos jours, si ce n’est plus. La Belle Epoque était bien plus criminogène que le XXIe siècle, il faudrait s’en souvenir.

 Les travaux du Dr Paul Moreau, psycho-pathologiste, sur les « aberrations génésiques » portent dès 1880 sur « La fréquence des crimes d’attentats à la pudeur et viols » pour la période 1851- 1875. Il recense 22 147 cas, dont 17 657 ayant des enfants pour victimes ! Soit une moyenne de 896 cas par an, impliquant des enfants dans près de 80 % des cas. Malheureusement, tout comme maintenant l’auteur comptabilise les viols avec les attentats à la pudeur comme l’exhibition devant une pissotière ou un petit attouchement et on ne peut faire la part de ce qui est grave de ce qui ne mérite qu’une simple amende ou admonestation. De plus, il n’est pas certain que le pourcentage de 80 % d’enfants parmi les victimes reflète la réalité car, du fait de la chape de plomb du moralisme et du désir de préserver la réputation, il est certain que de nombreuses victimes adultes ne devaient pas porter plainte. Le film Le Juge et l’Assassin est de fait très proche des mentalités et des comportements de la police, de la justice et de la psychiatrie de cette époque.

Parallèlement, Ambroise Tardieu, médecin légiste étudie la fréquence saisonnière des crimes sexuels sur une période plus courte, dix ans de 1858 à 1869. Il publie dans Attentats aux mœurs des chiffres tentant de prouver que les atteintes sexuelles sont nettement plus fréquentes en mai-juin-juillet, soit une moyenne de 350 (cela passe du simple au double) qu’en novembre-décembre-janvier soit une moyenne de 170 selon ses travaux. Il semble donc que le crime sexuel soit lié au climat, du moins à la belle saison et que l’on violait moins en hiver sous le règne de Napoléon III. 

 Tardieu, comme les hygiénistes du moment dont Alexis Clerc, rapporte cette criminalité entre autres à l’alcoolisme, à la promiscuité dans un habitat insalubre favorisant l’inceste. De nos jours on s’inquiète de l’alcoolisation des mineurs et de l’insalubrité de l’habitat dans certains quartiers, mais il ne faut pas oublier que dans le contexte social de la charnière XIXe/XXe siècle, la criminalité était très importante, spécialement en milieu urbain dans un environnement social encore plus défavorisé que de nos jours. Sans revenir aux Misérables, à Sans famille et Ponson du Terrail, il n’est qu’à relire le petit roman méconnu de Léo Mallet Le Soleil ne brille pas pour nous qui évoque les maisons de correction, le crime, l’inceste entre un frère et une sœur dans un taudis du quartier Jeanne d’Arc dans le 13e arrondissement en 1926, une pièce à un seul lit.

De nos jours, la France n’a pas véritablement peur ; elle a plutôt tendance à se délecter des crimes les plus sordides. La peine de mort ayant été abolie au début des années 80, le public ne peut plus jeter sa vindicte sur le coupable qui monte à l’échafaud. Mais les exécutions n’étant plus publiques en France depuis 1939, la frustration a été moins grande qu’elle pourrait l’être pour des Américains, qui dans des cas bien précis peuvent assister à l’exécution dans certains Etats. Supprimer à la fois la peine de mort et le spectacle qui s’y associe en un même temps serait ressenti comme une frustration bien trop grande pour de nombreux Américains. C’est moins l’exemplarité de la sentence (mise en avant comme alibi au voyeurisme) qui attire, mais le plaisir de voir le coupable châtié.

N’ayant donc plus la délectation de l’exécution capitale, l’individu n’a plus que la possibilité d’une jouissance morbide en suivant la progression des enquêtes sur des faits-divers le plus souvent à connotation sexuelle. On peut d’ailleurs se demander si nous ne sommes pas tous à des degrés divers des criminels par procuration. Le criminel, surtout quand il agit dans la sphère du sexuel et s’attaque à des enfants, fascine, indigne, mais avant tout passionne. Peu osent avouer qu’il attire, qu’il est le négatif de nous-même, notre dark side of the moon. En effet, un article réussi, une prestation télévisée qui fait de l’audimat doit aller aux « limites du supportable », c’est-à-dire se complaire dans le détail qui accroche. Ce qui crée l’attirance, c’est le bas qui a étranglé l’adolescente, la petite culotte en dentelle retrouvée au fond de sa gorge, la pioche souillée de sang qui a fracassé le crâne de la dame du jogging. Beaucoup aimeraient voir la photo de la scie qui a découpé en morceau la prostituée ou la femme adultère. Il y a frustration à voir un journaliste parler de « l’affaire » devant le pavillon de banlieue de l’assassin dont les volets clos nous narguent, car à part le plan fixe sur une maison vide, il n’y a rien à voir. En extrapolant, on peut même supposer que nombreux seraient ceux qui aimeraient visionner si ce n’est le viol de la victime, mais du moins l’examen post-mortem du cadavre « pour de vrai », histoire de suivre l’enquête au plus près. Peu sont capables de ne pas défaillir à l’Institut médicolégal, mais beaucoup aimeraient voir la vidéo de l’autopsie !

 Il est malgré tout un peu facile d’accuser le cinéma et les séries télévisées d’inspirer les criminels. Cela est peut-être possible dans un petit nombre de cas, et devrait être analysé avec plus de sérieux que d’émotion. Il est par contre évident que le lecteur, le spectateur fait un lien artificiel entre le réel et la fiction, et d’autant plus que les auteurs de fiction s’inspirent de plus en plus de crimes ayant réellement eu lieu. D’ailleurs, alors qu’auparavant le côté création originale était privilégié et que la fameuse phrase, « Toute ressemblance avec des personnages ayant existé… », faisait illusion et évitait les poursuites, les faits-divers font de nos jours de plus en plus l’objet d’un téléfilm ou d’une « reconstitution » télévisée. Le public considère qu’il a le droit de savoir, et dans les plus infimes détails, non pour le plaisir de voir éclater la vérité, mais pour jouir de la narration du processus criminel. La jouissance étant d’autant plus grande que les révélations sur le crime sont truffées d’anecdotes scabreuses, d’éléments édifiants, de descriptions malsaines. Il y a fascination du mal, sans pour autant désir de passage à l’acte. Au contraire, l’atrocité des meurtres commis par des autres que l’on ne connaît pas rassure. Ils ne peuvent être nous, car ils sont trop différents, ce sont des monstres, c’est-à-dire des gens que l’on peut montrer, ou plutôt exhiber, se dit l’inconscient collectif. Or, que constatons-nous le plus souvent, en dehors de quelques psychopathes à gueule d’assassins, comme « on les aime » car trop prévisibles, de nombreux criminels, loin d’être patibulaires, ressemblent à Monsieur tout le monde, au voisin, à l’oncle, au père ou pire à nous-même.

D’ailleurs, le criminel « ethnique » n’a pas de visage identifiable. C’est l’appartenance à une catégorie qui le qualifie plus que sa personnalité ou son aspect physique. C’est un peu comme si le violeur de citée HLM, le membre d’un gang ethnique était un individu sans identité propre, une sorte d’Arabe ou de Noir interchangeable. « Ils se ressemblent tous ! », dit la vox populi. On ne peut se souvenir d’eux comme d’un Francis Heaulme ou d’un Marc Dutroux. Les auteurs de tournantes dans les caves, d’actes violents, tout le monde ignore leur visage, et d’ailleurs on ne voit que rarement leur photo. Ils font peur collectivement, rendant chaque individu issu de ces communautés suspect d’un passage à l’acte délictueux, violent ou criminel, comme potentiellement inscrit dans la nature du groupe. Qui se souvient du visage de Thierry Paulin ? Quant à Guy Georges, seule la cicatrice de son nez figurant sur son portait publié après son interpellation doit rester vaguement en mémoire.

 Le petit Gregory entre dans une histoire bien française à la limite du drame rural. La disparition de la petite Mady scénarise des Anglais au Portugal et pourtant elle a intéressé les Français. Les deux affaires ont été largement traitées dans les médias, bien que, depuis l’affaire de la Vologne, le public reste moins longtemps en haleine et se pâme à la va-vite avant de passer à autre chose de plus croustillant. Par contre, la tragédie atridienne de la petite fille française noyée en Israël, où interviennent père, grand-père, épouse-concubine, n’a pas été exploitée par les médias avec la même intensité de couverture, probablement par autocensure, pour éviter aux journalistes d’être taxés d’antisémitisme. Précaution ridicule et superflue car, à moins d’être d’un racisme crasse, il n’y a aucune raison d’incriminer la religion dans ce drame purement familial.

Cependant, le criminel sexuel blanc au patronyme français est toujours identifiable et reconnaissable, psychologiquement assimilable. Paradoxalement, il fait peur et captive, car il est un individu avec une personnalité, un mode de vie, voire un visage qui pourrait être celui d’une majorité de Français. Il est à la fois nous sans être nous. Il ramène à l’ambivalence qui conduit au sentiment de peur et d’attirance. Miroir et répulsion, Dr Jekyll et Mr Hyde !

Donc, rien de neuf sous le soleil, il y a toujours des crimes et des déviances, la seule différence de nos jours est la médiatisation à outrance de faits-divers, une sorte de matraquage sur une période très courte, contrairement à une époque où le crime devenait feuilleton et les péripéties et avatars se déroulaient sur des mois avec la même intensité. Notre société est celle de l’immédiateté et de l’oubli facile.

Mais revenons finalement à Suétone, qui de nos jours serait à la fois Gicquel, Hondelatte et scénariste pour Esprit criminels et nous parlerait des crimes de sang et de sperme de notre temps en s’attachant plus particulièrement à nos puissants et gouvernants. Alors, avec du recul et une certaine audace, il est possible de dire que Suétone fut le premier rédacteur de la presse de caniveau, si l’on ne veut pas donner la primauté du fait aux auteurs anonymes de la Bible.


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7 réactions à cet article    


  • Naja Naja 1er novembre 2008 13:47

    Bonjour,

    Je rejoins votre analyse sur certains points. Particulièrement celui-ci :
    l’atrocité des meurtres commis par des autres que l’on ne connaît pas rassure. Ils ne peuvent être nous, car ils sont trop différents, ce sont des monstres, c’est-à-dire des gens que l’on peut montrer, ou plutôt exhiber, se dit l’inconscient collectif. Or, que constatons-nous le plus souvent, en dehors de quelques psychopathes à gueule d’assassins, comme « on les aime » car trop prévisibles, de nombreux criminels, loin d’être patibulaires, ressemblent à Monsieur tout le monde, au voisin, à l’oncle, au père ou pire à nous-même.

    En revanche, je ne partage pas votre compilation de jugements péremptoires sur le plaisir ou la tendance que chacun aurait à "se délecter du sordide", "se prélasser dans le pervers, le glauque et le malsain".
    Que les côtés sombres de notre humanité puissent exercer une fascination, c’est certain. Je m’interroge ici sur le choix des mots employés  : le champ lexical exploré et l’insistance donnée à des termes comme "se délecter". Le tout donne à votre propos un ton résolument insultant dont on ne sait trop à qui il s’adresse. Visez-vous ceux qui un jour n’auraient pas immédiatement éteint leur télé ou tourné la page de leur journal face à une information portant sur un crime ? Ceux qui aurait conçu un intérêt à suivre les tribulations d’une enquête ou d’un procès ? Ceux dont vous supposez qu’ils ne prennent pas un recul équivalent au votre en le faisant ?
    En se laissant aller à des interpétrations semblables aux votres, il serait tout aussi facile de dire que la rédaction de votre article témoignerait d’une volonté d’exorciser hors de vous lesdites tendances de voyeurisme malsain. Ce que vous réaliseriez en prétendant vous placer dans une position de supériorité conférée par votre analyse de la plèbe se vautrant dans le détail croustillant. Or vous conviendrez sans doute qu’une telle affirmation serait infondée et relèverait de l’insulte.

    Enfin et surtout  :
    Si vous parlez du criminel, de son public et des média, il est un protagoniste dont le point de vue est totalement exclu de votre réflexion : la victime. Votre oubli résulte-t-il d’un choix conscient et assumé ? Si oui, je serais curieuse d’en savoir plus sur les raisons qui motivent votre omission volontaire.
    Car si l’on cherche à aborder objectivement les enjeux, effets et dommages de la médiatisation des faits divers, je trouve curieux de ne pas s’interroger ce qu’il s’y joue côté victimes. 
    En détaillant les méfaits d’un psychopathe et en lui octroyant un statut de star, ses proies n’existent plus en tant qu’êtres humains ayant subi une violente atteinte, citoyens ayant vécu une injustice. Elles ne sont plus que "lieu du crime" et c’est précisément la place que vous leur accordez ici. Il y a pourtant beaucoup à dire sur les conséquences du phénomène pour les innombrables victimes de crimes dont nos sociétés s’évertuent à dénier la fréquence et minimiser la gravité. Que ce soit par le public fasciné et/ou indigné ou bien par celui qui, en réaction, rejète de façon épidermique toute information sur le sujet, la population victime est bien la première que la brève médiatisation de quelques criminels permet d’ignorer en toute bonne conscience. Quand elle n’est sont pas carrément désignée comme responsable d’une hystérie collective supposée prendre naissance dans un prétendu excès de considération à son égard...
    La réalité est à l’opposé des déclarations compatissantes ou enflammées qui assortissent les affaires médiatisées. Et il est clair que le spectaculaire et le sensationnel permettent de masquer habilement les carences, insuffisances et le mépris auxquels les victimes anonymes sont confrontées.
    Le fait divers fait diversion, ce n’est pas nouveau. Sur le thème des crimes sexuels, son pouvoir semble rayonner jusque dans les analyses qu’il suscite.


    • Georges Yang 1er novembre 2008 16:37

      Merci de cet unique commentaire !

       

      J’ai volontairement omis les victimes, car, c’en est d’ailleurs la définition, elles subissent et ne sont pas acteurs.

      La victime, quand il ne s’agit pas d’un enfant, (cf. le petit Gregory et d’autres, inutile de les lister) n’apparaît que très tardivement comme personnage à la fois dans la presse écrite que ans les journaux télévisés. Or, depuis quelques années, elle devient un personnage « intéressant » car médiatisable, cela du fait d’un changement d’orientation psychologique de l’opinion publique vers une victimisation de la société.

      J’avais d’ailleurs écrit sur Agora vox sur ce thème : Victime, Piège ou métier d’avenir ?

       

      Quant à moi-même, bien sûr, je ne m’exclue pas. Il m’est arriver de regarder un journal TV, de lire des journaux.

      L’attirance morbide concerne chacun d‘entre nous, tout est une question d’intensité dans le voyeurisme, disons que je le suis à minima


    • Naja Naja 1er novembre 2008 18:52

      Merci de m’avoir signalé l’existence de votre article à ce sujet  :
      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=28598
      C’est un véritable bijou de mépris à l’égard des victimes !
      Il montre en outre que vous sautez à pieds joints dans le piège tendu par nos cyniques dirigeants politiques  : donner le sentiment que les victimes sont prises en compte et même glorifiées.
      Or je le répète, en réalité, c’est tout l’inverse. Toutes les victimes pâtissent des effets des médiatisations ponctuelles de faits divers. Non en étant illégitimement starifiées et sacralisées par la société comme vous le prétendez en vous complaisant dans une attitude cynique et arrogante. Mais bien en étant d’autant plus ignorées, raillées, dénigrées voire accusées. Vos deux articles en sont une illustration parmi d’autres. Le résultat des discours manipulateurs de notre président et de sa clique s’étale sous nos yeux dans l’énoncé de votre point de vue. Quelques une de vos perles  :

       "Pour parler de façon moderne, on ne peut dire : j’ai été violée dans un local à poubelles, point barre !"

      "Nous avons donc une starisation des victimes, le passage à l’Elysée ne sera bientôt plus qu’une étape obligée du système, si l’on espère toucher des droits substantiels et vendre son histoire pour faire un téléfilm. Etre victime peut rapporter une rente si on sait s’y prendre avec les médias, mais beaucoup resteront dans l’anonymat."

      " Quand on n’a jamais brillé dans sa vie, quand personne ne vous a remarqué avant la cause ayant créé vos malheurs, la tentation est grande de transformer un épisode pénible et douloureux de l’existence en aubaine."

      "Les médecins et psychiatres de jadis - et peut-être encore quelques-uns aujourd’hui - savaient qu’il fallait désacraliser le malheur et remettre les gens sur les rails et non les enfermer dans la plainte, la complainte et la revendication. Au rythme où nous allons, nous voyons émerger une pléthore d’associations de victimes."

      "Malheureusement, tout comme maintenant l’auteur comptabilise les viols avec les attentats à la pudeur comme l’exhibition devant une pissotière ou un petit attouchement et on ne peut faire la part de ce qui est grave de ce qui ne mérite qu’une simple amende ou admonestation."
      (En passant  : voilà qui est encore posé de façon totalement péremptoire. Les statistiques permettent de distinguer les affaires en fonction des infractions qualifiées par la justice. Et vu la quantité de plaintes pour viols déqualifiées en délit d’atteintes ou d’agressions sexuelles, confusion il y a effectivement, mais dans le sens inverse à celui que vous croyez devoir dénoncer).

      Visiblement donc, vous n’avez strictement aucune idée de ce dont vous parlez.
      De quel droit vous gaussez-vous de souffrances et de situations dont vous ne savez rien ?


    • Georges Yang 2 novembre 2008 15:33

      Relsez le premier article et dites moi où je glorifie le discours présidentiel ! Bien au contraire.
      Quant à la dernière citation prise dans le prmier article, elle concerne une étude faite sous Napoléon III et je regrette le manque de précision ; elle n’a rien à voir avec les statistiques de police récentes.
      Enfin , j’ai vécu dans un envuironnement bien plus violent envers l’individu, la femme et l’enfant en particulier en Afrique centrale et les faits divers français me semblent des broutilles par rapport à ce que subissent tant d’anonymes en Somalie, au Congo, au Kenya et au Moyen-Orient


    • Naja Naja 2 novembre 2008 18:53

      "Relsez le premier article et dites moi où je glorifie le discours présidentiel !"
      Relisez mon commentaire et dites-moi où j’ai écrit que vous glorifiez le discours présidentiel !
      J’ai fait remarqué que vous tombiez dans le piège tendu par son discours manipulatoire en croyant qu’il conduit à une glorification des victimes par la société, alors que c’est tout le contraire. C’est bien l’objet de votre article de 2007 : dénoncer la prétendue starisation des victimes, ses méfaits et pièges. Non ?

      Alors au final, oui, vous vous retrouvez à glorifiez le monarque à votre insu en réagissant précisément comme il l’attend. C’est à dire en supposant qu’il a ce pouvoir de changer les mentalités de ses sujets si profondément et rapidemment qu’en moins de deux ans, on serait passé du mépris et de l’ignorance à la sacralisation des victimes. De sorte qu’il n’y aurait plus de carences à dénoncer de ce côté, juste à faire redescendre les victimes du piédestal sur lequel il feint de les mettre. Et donc pas un euro à dépenser dans leur prise en charge, pas plus que dans des campagnes d’informations ou encore dans la justice. Si il vous lisait, Sarkozy se roulerait dans l’auto-satisfaction de ce voir si influent et si rusé.
      Je conçois que ce soit difficile à avaler pour vous qui visiblement ne le portez pas plus que moi en admiration, mais mieux vaut se réveiller tard que jamais, vous ne croyez pas ?


      "Quant à la dernière citation prise dans le prmier article, elle concerne une étude faite sous Napoléon III et je regrette le manque de précision ; elle n’a rien à voir avec les statistiques de police récentes. "
      La citation en question est prise du présent article. Je la re-cite :
      "Malheureusement, tout comme maintenant l’auteur comptabilise les viols avec les attentats à la pudeur comme l’exhibition devant une pissotière ou un petit attouchement et on ne peut faire la part de ce qui est grave de ce qui ne mérite qu’une simple amende ou admonestation."
      Je vous laisse composer avec votre mauvaise foi.

      "Enfin , j’ai vécu dans un envuironnement bien plus violent envers l’individu, la femme et l’enfant en particulier en Afrique centrale et les faits divers français me semblent des broutilles par rapport à ce que subissent tant d’anonymes en Somalie, au Congo, au Kenya et au Moyen-Orient"
      Et bien si les violences vues en Afrique et Moyen Orient justifient que vous qualifiez de broutille des viols sur enfants, séquestration, tortures, meurtres barbares et autre ignominies.... cela montre simplement que ce à quoi vous avez assisté n’a pas suffit à vous faire prendre conscience de la valeur du respect de la dignité humaine.
      Désolée pour vous.
      Au revoir.







    • SANDRO FERRETTI SANDRO 3 novembre 2008 14:17

      Bonjour, Geotges,
      Pour bien connaitre ce dont il est question ici, je ne peux qu’approuver le constat, et les pistes d’explications.
      Oui, les faits divers, d’hiver ou d’été, ont toujours existé, dans un ratio par rapport à la population générale difficile à cerner avant l’avènement des statistiques criminelles.
      Oui, il y a une fascination amour/ haine, une esthétique du malheur, une recherche de la morbidité comme expédient à la réalité quotidienne banale de certains.
      Aussi un attrait des choses du sang et du sperme, de l’humain / trop humain, mais comme indiqué, sans "mettre les mains dedans", comme le font flics, légistes, etc...
      Un interet bizarre qui procède de l’identification aux auteurs, une sorte d’assentiment par procuration, pour des actes que malgré tout, la plupart ne commettraient pas. Méme si, dans ce domaine comme dans d’autres, il est toujours difficile de dire "pourquoi il y a quelque chose plutot que rien", pourquoi un passage à l’acte qui fait 3 morts, plutot qu’une bonne biture ou le visionage d’un film porno, pour ne prendre que ces exemples.

      Sur les dégats que font ces "choses de la vie" sur ceux qui ont vu et mis les mains dedans, je renvoie à mon article sur Hugues Pagan, brillant auteur français de polar, ex flic.

      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=41342
      Cela parle aussi de cela.


      • Georges Yang 3 novembre 2008 15:10

        Merci Sandro
        Je suis de retour en France et l’ambiance y est morose, comme les citations de votre article en lien.
        Il me faudrait revenir au trivial, on n’en a pas toujours la forceou le désir ;
        A bientôt de se lire

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