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Accueil du site > Actualités > Société > Criminalité et délinquants ne sont pas des mots innocents

Criminalité et délinquants ne sont pas des mots innocents

(suite de "Flic" : un mot en insécurité)

 Il y avait dans les missions de la police, la lutte contre la délinquance.
 Mais le mot est usé et manque de ferveur à la tâche. La lutte n’est plus d’actualité, la lutte c’est mou du genou. Outre la dimension répressive de la "lutte", le sens du mot y inclut ce qui est du domaine préventif et informatif, tandis que le combat appartient aux ardeurs des phases terminales.

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(racaille)
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(incivilités)

Il faut remplacer la lutte par le mot combat, et la dimension urgente et dramatique devient aussitôt une évidence.
Alors même si l’énergie était la même dans la lutte, le politique, suivi par le médiatique, évoque désormais un combat contre la délinquance.

 Cette police exponentiellement rebaptisée ne pouvait décemment continuer à patrouiller sur des secteurs. Le paysage devait aussi changer. On parle aujourd’hui de territoires. Un dealer ne vend plus dans son quartier, mais il a le contrôle d’un territoire.
 Le maintien de l’ordre - association de mots pourtant impopulaire, synonyme de procédé fasciste il y a vingt ans pour certains - est désormais un objectif d’envergure inadaptée au choix de société qui semble s’affirmer. Maintenant, les criminologues agréés parlent de pacification.
 Les vieux flics ont connu dans les faits de délinquance communs, le trafic de drogue, le recel de vol, et autres atteintes aux biens du même ordre. Ils sont priés de se mettre à la page, de ne plus parler de "deal" ou de "fourgue" mais d’économie souterraine. C’est vrai que ça a tout de suite une autre résonnance. Ça fout les pétoches au citoyen-électeur parce que c’est souterrain. C’est localisé au même endroit invisible que les réseaux dormants, quelque part entre chez lui et pas loin.
L’économie souterraine, ça se chante comme la dissimulation d’une organisation tentaculaire et bien rodée, donc – aussi - le message d’un constat d’échec. Autant d’angoisse et de fantasme pour une population élevée à la soupe sécuritaire, qu’il y a d’adrénaline dans le flagrant délit pour un flic. La sécurité, c’est désormais le vertige des deux infinis.

 Certains services de police sont qualifiés par les mêmes criminologues-communicants d’offensifs. Lors d’un débat télé, j’avais demandé à une éminence de l’ONDRP* pourquoi il utilisait ce langage de guerre (j’avais spontanément pensé à la grenade offensive, association d’idée, allez comprendre…) et pourquoi il fallait que le mot "répressif" tombe lui aussi en désuétude, alors qu’il était précisément et exactement adapté au travail policier.
La répression ne satisfait plus la rhétorique, elle n’a plus de relief, elle a trop servi aussi, le mot s’émousse, il faut passer à l’offensive. Il n’a pas répondu.

 Mais contre qui ?
 Aujourd’hui on dit surtout les jeunes. La seule précision apportée est en bande ou mineurs. S’ils sont plus de trois, on parle de bande organisée, s’ils sont mineurs, il est d’usage à intervalles réguliers (le temps d’oublier) d’évoquer des couvre-feux. Le couvre-feu est une mesure prévue par la Constitution en cas d’état de crise ou état de siège. C’est dire que ça ne rigole pas, là.
 On dit aussi racaille si on est président de la République. On peut dire crapauds si on est flic et qu’on aime bien les baragouins d’initiés.
 Avant, en situation de troubles à l’ordre public par exemple, on parlait de casseurs. Ou encore - avec un brin de paranoïa - des autonomes, anarchistes ou autres dénominations appartenant à un folklore politique. Par ailleurs on parlait de délinquants. Tout simplement. Ou de voyous. Au moins, ces gens-là avaient un qualificatif.
Aujourd’hui ce sont des jeunes… c’est dire le potentiel de dangerosité de cette tranche d’âge. (même si c’est une permanence dans le temps de voir les adultes redouter et s’effaroucher de leurs propres rejetons… une France vieillissante n’arrangeant rien.)

 Le métier de policier se concentre autour de mots forts, et se précise dans son appellation, tandis que sa clientèle de prédilection s’imprécise faute de mots. A cause d’une amnésie du langage pour désigner ceux qui tombent sous le coup de la loi, l’ambiance vire anxiogène. Si le délinquant est flou, s’il n’est personne, c’est qu’il peut être tout le monde.

 Il y avait également - et il y a toujours - des pointures, des criminels sanguinaires, des fous, des braqueurs qui n’avaient peur de rien et qui tiraient à l’arme lourde si leur plan était contrarié. Aujourd’hui on dit arme de guerre en cas de vol à main armée. Mais ce sont toujours des pistolets mitrailleurs, kalachnikovs, etc, bref, de mémoire de flic, personne n’est jamais monté au braquage avec des pistolets à eau. Mais il semblait opportun d’introduire le mot guerre dans la désignation de l’arsenal du grand banditisme - qu’on préfère d’ailleurs appeler crime organisé, même s’ils ont toujours été assez doués pour l’organisation, et ça depuis très longtemps. Le vol à main armée bénéficie aujourd’hui de la libre circulation européenne, mais la pratique reste la même.

 Le décèlement précoce est une notion nouvelle, également énoncée par la criminologie new-wave.
L’objectif de cette méthodologie est d’identifier les délinquants avant qu’ils ne le deviennent (exemple : les non-délinquants en bas-âge) ET les infractions avant qu’elles n’aient eu lieu (par exemple, avec la très populaire vidéosurveillance, pardon : vidéoprotection). Autrement dit, procéder à un contrôle permanent d’à peu près tout le monde, et – c’est un point de vue - le très cartésien monsieur-tout-le-monde aime à dire « quelle importance si on n’a rien à se reprocher !... »
 C’est une drôlement bonne idée, non ? Mais il va falloir faire cohabiter dans la loi et la procédure pénales, le décèlement précoce avec la présomption d’innocence. Et aussi avec les libertés constitutionnelles, les droits de l'Homme, et tout ce genre de dispositions à la sauce Vème république.


*ONDRP : Observatoire National de la Délinquance et de la Réponse Pénale


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24 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 16 mars 2011 10:23

    il faut peut-etre enfin faire un vrai bilan de l’insecurité en France, voici un petit article pour commencer....

    http://2ccr.unblog.fr/2010/12/10/stop-a-linsecurite/


    • foufouille foufouille 16 mars 2011 11:03

      ne pas oublier le forcené


      • nilasse nilasse 16 mars 2011 11:09

        très bon analyse,ça nous change des conneries dogmatiques et rhétoriques habituelles.


        • JACOB 16 mars 2011 11:29

          lutte, combat...peu importe, au delà des mots il faut agir.
          L’UMP est dans le BLABLABLA depuis des années sur l’immigration qu’il favorise (200 000 nouveaux immigrés légaux chaque années) l’insécurité, l’islamisation, l’identité.
          les électeurs commencent à comprendre que l’UMP comme le PS d’ailleurs parle beaucoup mais fait le contraire parce qu’il est dans le mondialisme. Nous en subissons les conséquences.


          • nilasse nilasse 16 mars 2011 12:00

            l’islamisation supposée de la France semble vous faire souci,mais bizarrement pas sa judéisation dans les strates du pouvoir. pourquoi donc ? d’ailleurs quel est le rapport avec l’article ? a part votre sionisme frisant la démence et vos poncifs d’extreme droite,avez vous quelque chose d’intéressant a dire jacob ?


             smiley)

          • epapel epapel 16 mars 2011 21:44

            Présence de la population de culture musulmane en France métropolitaine :
            1900 : 10 mille
            1960 : 1 million
            1985 : 3 millions
            2010 : 6 millions

            2050 : 35 millions ?


          • bénédicte desforges bénédicte desforges 16 mars 2011 22:39

            Quel rapport avec le sujet ?
            Si vous avez un contentieux avec l’islam, vous n’êtes pas au bon endroit.
            Et surtout... à coté de la plaque.


          • epapel epapel 17 mars 2011 11:49

            Je n’ai aucun contentieux avec l’Islam mais je sais que sur un territoire donné l’Islam ne peut cohabiter avec d’autres cultures que s’il est minoritaire, dès qu’il est majoritaire il tend progressivement et inéluctablement à éliminer les autres qui terminent le plus souvent à moins de 5% exceptionnellement 10% toutes confondues.


          • bénédicte desforges bénédicte desforges 17 mars 2011 12:07

            Ah ? Et ils les éliminent comment ?
            Ils les mangent ?


          • easy easy 16 mars 2011 13:03

            L’usure des mots est universelle.


            • Cocasse cocasse 16 mars 2011 14:25

              (par exemple, avec la très populaire vidéosurveillance, pardon : vidéoprotection)

              Aujourd’hui on en est à « vidéo-tranquillité »
              Le coté « préventif » de la surveillance servirait à étouffer dans l’œuf toute tentative de rébellion, même un petit message antipub.

              Vous parlez des « jeunes ».
              Quand on parle d’agression, on dit parfois des « jeunes des banlieues ».
              Il ne faut surtout pas dire « jeune d’origine immigrée », bien que ce soit la plupart du temps le cas, pour les agressions venant d’une bande des cités. Le dire a couté un procès à Zemmour.
              Tout indication concernant l’origine est bannie, au risque de mettre à mal le « multiculturalisme », la « diversité », dont personne ne veut vraiment.


              • Bovinus Bovinus 19 mars 2011 16:31

                Cocasse, le problème des gens dont vous parlez, qu’on les appelle « jeunes », « délinquants », « sauvageons » ou carrément « anthropophages » n’est pas leur origine, ni leur religion. Leur problème est avant tout un problème de milieu, de culture, d’éducation. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, qu’ils sont condamnés au mieux qu’à une vie d’esclave, au pire, à la passer derrière les barreaux ; par ailleurs, ils n’ont rien à perdre. Alors, ils se servent comme ils peuvent. Si vous ou moi étions à leur place, nous ne ferions pas mieux.

                Dans ces conditions, parler de multiculturalisme ou de diversité revient à faire de la désinformation, à laquelle, d’ailleurs, vous participez, en parfaite connaissance de cause.


              • Cocasse cocasse 16 mars 2011 14:45

                4 endroits rêvés pour se faire dépouiller et tabasser :

                - une Zone de non droit. (L’heure du gouter y est sonné par un tir en l’air à la kalash, ou dans les mollets d’un poulet)
                - une Cité sensible. (elle couine dès qu’on lui effleure le clito au fond d’une cave)
                - une Banlieue défavorisée. (le béton des HLMs s’écroule sous le poids des tags et des mollards)
                - un Quartier populaire. (Caillassage de CRS et bucher de bagnoles, tous les derniers vendredi du mois, après la prière de rue)

                 smiley


                • foufouille foufouille 16 mars 2011 15:16

                  tu oublies le petit village ou les gendarmes sont occupes a mettre des PV
                  les momes sont blancs et font ce qu’ils veulent
                  ensuite celui qui proteste est un « forcene »


                • Cocasse cocasse 16 mars 2011 15:20

                  Le Forcené, cela peut très bien être quelqu’un de correct d’ailleurs, du genre victime d’une situation qui a dégénérée, par exemple, qui protégeait sa ferme. Et là, on ne le saura jamais, car ce n’est plus qu’un forcené...
                  « Forcené », cela peut vous transformer un brave type conscient de son action ou revendicatif, en une sorte de cinglé bon pour l’asile.


                • Cocasse cocasse 16 mars 2011 15:23

                  Quand c’est des évadés du système qui vivent à l’écart dans un petit village, on dit aussi des « anarcho-autonomes ».


                • La râleuse La râleuse 16 mars 2011 15:19

                  Chère Bénédicte,
                  Quand je serai Présidente de la République, je vous nommerai 1ère ministre.
                  J’avais bien pensé ministre de la justice mais vous vous situez bien loin au-dessus.


                  • non667 16 mars 2011 16:27

                    les anciens se souviennent des sauvageons chers à jp chevenement !

                     dans une réunion de quartier à une mémé seule qui se plaignait du bruit nocturne fait par une bande de jeunes ,et de sa peur d’aller leur dire quelque choses , ils se réunissaient t au pied de chez elle dans une station d’essence qui avait un distributeur de boissons (coca ) le maire P.S. lui à fait la réponse bateau /ahurissante suivante : votre sentiment d’insécurité augmente mais les chiffres globaux de la délinquance son stable !
                    moyennant quoi il est intervenu auprès d’esso pour faire enlever le distributeur .

                    transformer le bruit en fantasme d’insécurité = perversion des mots pour pervertir les idées pour pervertir les esprits et les manipuler .


                    • epapel epapel 16 mars 2011 21:26

                      Les chiffres sont stables c’est tout ce qui compte, la réalité ne compte pas.


                    • ddacoudre ddacoudre 20 mars 2011 01:37

                      bonjour bénédicte

                      et oui la nov langue touche même la police, et le délinquant ou le criminel est devenue l’ennemi intérieur auquel il faut livrer une guerre, quand à ondrp avant 1975 il nous aurait expliqué que la chasse aux avorteurs était une offensive nécessaire.
                      il y a des gens qui ont un intérêt a servir et la sécurité est devenue un fond de commerce lucratif, il faut bien développer ce territoire économique.

                      la délinquance est le crime, exception des pathologies, n’est que social, dont il n’y a aucune chance qu’il disparaisse, c’est donc un tonneau de danaïde qui poussent les plus délirant à détecter dés le plus jeune âge la délinquance. comme s’il s’agissait d’une évidence. l’étude de Tremble qui est à l’origine de cette pensé, n’est pas fondé car elle repose seulement sur une population carcérale.

                      mais c’est indicateur de la folie qui nous atteint, qui est de nature à développer le crime ou le délinquant potentiel et le marquer comme l’on à marqué d’autres d’une rouelle ou d’une étoile.
                      il y a comme cela des obsessions qui nous habite et que la peur développe.
                      le fait d’avoir peur de nos enfant est bien inquiétant cela démontre la diminution ou l’affaiblissement du contrôle interne des individus, des familles, de l’école devant l’appel de l’exacerbation des désirs.
                      alors l’on en appelle au contrôle externe comme arme répressive qui au delà de la peur nécessaire du gendarme ne peut être la solution sociale à une société qui devient de plus en plus violente dans ses rapports sociaux en nourrissant haine et rancœur, il n’est alors pas facile d’être policier, encore plus pour ceux qui peuvent penser tarir le tonneau, incapable de comprendre que même si nous mettions un policier derrière chaque citoyen, il y aurait toujours des crimes et de la délinquance, sauf que ce serait obligatoirement des policiers qui en serait acteurs ou complices
                      ceci démontrerait effectivement que le crime n’est que social, et qu’il faut donc trouver là des solutions du moindre mal, plutôt que de faire des policiers des êtres salvateurs au delà de leur rôle « d’épouvantail » et du bras agissant de la loi.
                      sur le fond de ton article nous sommes entrée dans le monde des communicants qui c’est substitué au monde de l’efficacité, dans tous les secteurs, pourvu qu’il donne l’illusion de l’être.
                      cordialement.

                      cordialement.


                      • elec 42 elec 42 20 mars 2011 10:48

                        vive le bla bla, notre société essai toujours de trouver des circonstances atténuantes aux délinquants,ont ne parle presque jamais des victimes,aujourdhui,elles iront voter,ne vous éttonné pas du résultat !!!


                        • ddacoudre ddacoudre 20 mars 2011 19:24

                          bonjour elec 42

                          je ne pense pas que tu ais suivis l’actualité depuis 1994 voire 2002, ou a lors tu attends de la police autre chose que son travail, il me semble que tu as oublié les déclaration de notre président je serais le président des victimes. tu ouvres les statistiques sur ce sujet, depuis 1975 et tu pourras te faire une idée précise, maintenant si tu n’écoutes que la télé et la rubrique des fait divers tous les jours que dieu fait tu pourras redire la même chose sans jamais être satisfait, et quand tu ne sauras plus pour qui voter après avoir passé tous les candidats sans qu’il puissent vider le tonneau de danaïde,il ne te restera que le suicide.
                          cordialement.


                        • elec 42 elec 42 2 avril 2011 10:48

                          mr ddacoudre défend les bourreaux,faitent attention que les victimes ne deviennent pas pire que leur boureaux.

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