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Accueil du site > Actualités > Société > Crise de 2007 : les leçons du Titanic

Crise de 2007 : les leçons du Titanic

Au final, le naufrage résulte de l’enchaînement d’une série d’erreurs dont aucune n’était grave en soi, mais qui, ensemble, expliquent la catastrophe :

  • défauts de construction minimes en apparence (rivets en fer, surface réduite du gouvernail, cloisons étanches pas assez hautes)

  • absence de précautions préventives (canots en nombre insuffisant, vitesse excessive en dépit des icebergs)

  • négligence (jumelles des guetteurs égarées)

L’extrait de Wikipédia qui apparaît ici en chapeau semble particulièrement frappant quant au parallèle qui peut être fait avec la crise actuelle.

Nous en sommes bien là : des produits financiers fragiles, présentés comme insubmersibles ; un contrôle insuffisant sur les agences de notation, les banques, les assurances ; l’obsession des rendements élevés à court terme ; le refus de voir la vérité en face et notamment nos bons vieux cycles économiques.

Alors que nous sommes aujourd’hui encore en plein coeur de la crise, il est utile d’y voir plus clair sur les raisons de son déclenchement et les possibilités d’en sortir par le haut.

La grande crise de 2007

La crise qui nous touche aujourd’hui s’est amorcée le 11 octobre 2007, avec un plus haut historique pour le Dow Jones.

Cet indice, malgré ses défauts, montre bien les différentes crises que nous avons connues au cours des dernières années : krach d’octobre 1987, éclatement de la bulle internet après janvier 2000, et maintenant la crise financière.

Il semble pour l’anecdote que depuis 1929, les mois d’octobre soient souvent propices aux crises !

Quand on observe ce diagramme sur le très long terme (de 1940 à aujourd’hui), on est frappé par ses différentes périodes d’évolution :

  • forte progression des années 40 au début des années 60

  • stabilisation des années 60 au début des années 80

  • croissance exponentielle des années 1980 au début 2000

  • depuis, l’indice connaît de fortes variations, mais qui commence à ressembler à un plateau.

Notre CAC 40 reflète assez bien ces évolutions, avec quelques décalages : la crise de 2000 a commencé chez nous en septembre 2000 (en retard par rapport aux USA). La crise de 2007, celle dans laquelle nous sommes aujourd’hui a en revanche commencé en juin.

Sur les causes, les subprimes sont souvent montrées du doigt. A mon sens, elles ne sont que la partie émergée de l’iceberg « obsession du gain à court terme ».

L’article publié sur le sujet par Rue89 circule sur le Net, et montre bien à quel point à chaque maillon de la chaîne, tout le monde a rêvé d’un gros profit à court terme sans vraiment s’intéresser aux fondamentaux.

D’autres mécanismes ont été à l’oeuvre, et en particulier, l’action des fonds de pension.

La concurrence entre ces fonds de pension les conduit à chercher de forts dividendes, offrant des rendements proches de 15%.

Dans ces conditions, les entreprises dont ils prennent le contrôle voient leurs bénéfices se diriger vers la rémunération des actionnaires au lieu d’alimenter les investissements et la trésorerie.

Cette approche du gain à court terme se traduit souvent par des licenciements, qui permettent encore une fois, par la baisse des charges de l’entreprise, de dégager à court terme des bénéfices substantiels.

Une fois que le citron est bien pressé (car l’absence d’investissements en hommes et en matériel se traduit toujours par une baisse de rendement économique de l’entreprise), il ne reste plus qu’à le jeter et à passer à un autre.

Dans la sphère financière, des niveaux de rendement élevés ont été ces dernières années une obsession continue, à tel point que les produits financiers purs ont fini par se substituer aux produits basés sur l’activité des entreprises de production.

Malheureusement, cette approche dangereuse se poursuit. Un article très instructif paru dans la revue « Challenges » du 4 septembre 2008, sous le titre « des stratégies pour vite s’adapter à la tendance », explique le charme de « miser sur la baisse des marchés ».

Extrait :

« Puisque les marchés sont à la baisse, autant en profiter. Première solution : vendre à découvert. L’opération consiste à vendre un titre qui n’est pas dans son portefeuille, puis d’empocher la différence au rachat quelques jours plus tard .... Plus raisonnable, l’achat d’un « fonds Bear ». (...) Tous les fonds bear parient sur la baisse des marchés. (...) Il y a quelques perles, comme le fonds X qui amplifie jusqu’à deux fois l’inverse de l’évolution du CAC 40. Son résultat est conforme : +42 % ».

Pour ceux qui n’auraient pas compris, le principe de la vente à découvert, qui est utilisé par les fonds bear, consiste à vendre le 1er novembre une action d’une société donnée, mais en ne la payant qu’au 1er décembre. Si entre-temps, l’action a baissé, le spéculateur a gagné.

On peut déjà s’interroger sur l’aspect moral de l’affaire (gagner sa vie sur les difficultés des entreprises). Mais peut-on raisonnablement imaginer que certains grands acteurs de ces fonds bear ne soient pas tentés d’instiller quelques informations, laissant à penser que les entreprises sur lesquelles ils parient à la baisse ont quelques difficultés ?

Certains d’entre eux n’ont pas résisté à la tentation, comme le montre l’article paru sur EasyBourse et concernant des gérants de ce type de fonds.

Aujourd’hui donc, la crise est bien là. L’action Peugeot est à -73 % depuis janvier 2008, l’action Michelin à -53 %. Des actions de portefeuille de « père de famille » se sont ainsi effondrées. Ceux qui ont investi en octobre 1990 chez Peugeot, ou en janvier 1994 chez Michelin n’ont rien gagné. Et il va de soi que ce n’est pas la qualité de ces entreprises qui est en cause. Même Toyota qui a mieux su anticiper la révolution verte, a tout de même perdu 40 % depuis début 2008.

Tirer les leçons du naufrage du Titanic

Dans le contexte précédant la collision du navire avec l’iceberg, on considère souvent que le 1er officier aurait pu l’éviter en tournant, certes, mais en accélérant au lieu de freiner.

En termes d’action économique, cela pourrait se traduire par l’accélération du mouvement vers les énergies renouvelables. On sait aujourd’hui que le photovoltaïque notamment pourra être compétitif avec le nucléaire à un horizon de 20 ans (et sans tenir compte des surcoûts liés à l’augmentation des exigences de sécurité nucléaire...).

De la sorte, nous pourrions éviter une autre crise, la crise énergétique, qui nous menace à brève échéance, quel que soit le phénomène conjoncturel de baisse du pétrole.

Solaire, hydraulique, éolien, biomasse, géothermie, énergie thermique des mers : toutes ces pistes nécessitent des fonds considérables, pour la recherche fondamentale, la recherche appliquée, le développement, l’industrialisation, le déploiement dans les villes (où en est la proposition de Bertrand Delanoé de couvrir Paris de panneaux solaires ?).

En ce qui le concerne, Barack Obama a les idées très claires sur le sujet  : créer des millions d’emplois verts.

En matière de transport, il s’agit de développer enfin un réseau ferré de fret européen conteneurisé, permettant d’éviter l’absurde transit en camions entre le Pologne et l’Espagne ! Lancer en parallèle un programme de voitures électriques (j’attends avec impatience la Bolloré B-Zéro ), en mettant en place un système rapide de changement de batteries en stations-services (on remplacerait sa batterie instantanément, comme une bouteille de gaz). Couvrir les routes par des panneaux photovoltaïques...

Dans le domaine du multimédia, déployer des réseaux publics de fibre optique à très très haut débit (pour le Wimax, pourquoi pas, mais après études médicales indépendantes ...).

Dans le bâtiment, généraliser des règles de construction bioclimatiques, favorisant les matériaux locaux, et pour l’ancien, créer des financements à taux zéro pour l’isolation.

Il faudrait d’ailleurs créer un dispositif spécifique pour favoriser l’isolation dans le logement locatif, qui pourrait prendre la forme d’un contrat entre le propriétaire et le locataire.

Le propriétaire s’engagerait à faire des travaux permettant d’obtenir une baisse substantielle, par exemple de la consommation de chauffage (via un prêt à taux zéro). En compensation, le locataire accepterait une augmentation de loyer correspondant au maximum à l’économie à réaliser sur ses dépenses de chauffage. La durée du prêt serait alors dimensionnée que la mensualité soit proche de l’économie mensuelle réalisée par le locataire.

Ce dispositif devrait être agrée par l’Etat, car il serait dérogatoire par rapport aux principes actuels de révision des loyers.

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer en conclusion un extrait du célèbre discours d’investiture de Roosevelt en 1933  :
« Cette grande nation résistera, comme elle a résisté, se relèvera et prospérera. (...) La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même — l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant. »

Les crises économiques sont avant tout des crises psychologiques de masse, et tout bon cavalier sait que pour franchir un obstacle, il faut savoir regarder au-délà. Construisons ce futur-là !


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7 réactions à cet article    


  • JPC45 8 décembre 2008 14:36

    des rendements de 15% pour les fonds de pension !!! encore un gogo qui gobe la propagande sans aucune vérification.


    • Gypse Gypse 8 décembre 2008 22:33

      Je vous remercie de me donner l’occasion de préciser les choses. Le rendement dont je parle est le rendement du capital investi par les fonds de pension dans le capital des entreprises.
      Une analyse très intéressante du sujet et de ces perversions est disponible en ligne


      Je vous confirme que les rendements recherchés par une partie significative des fonds de pension ces dernières années étaient de cet ordre-là. Lisez à titre d’exemple l’article sur le lien qui suit : 5,2 % de rendement sur un trimestre ; ou sur les performances de ce fonds de pension Belge.

      Je comprends votre interrogation sur les intérêts versés aux clients de ces fonds : ils ne se situent pas au même niveau, sachant qu’il faut couvrir les frais de structure.

      J’espère avoir répondu à vos interrogations.


    • JPC45 9 décembre 2008 06:27

      Vos liens sont interessants mais confirment mon expérience : sur votre fonds de pension suisse il est noté en effet 5,2% sur un trimestre mais depuis les 9 1er mois c’est 4,1% ce qui n’est pas la même chose.
      Pour le fonds belge il est indiqué que la cible long terme c’est 5%

      Pour avoir travaillé sur le sujet et avoir calculé des RoE dans le monde des assurances, je vous confirme que ce taux de 15% est une arnaque intellectuelle, pourquoi :
       *il existe des retraitements comptables pour calculer le RoE
       *dans le monde financier ce n’est pas les fonds propres qui sont utilisés mais la marge de solvabilité, qui représente 1/3 des fonds propres ce qui multiplie par 3 la rentabilité !

      Personne ne cherche une rentabilité à 15% dans le monde des fonds de pension, car c’est tout simplement intenable et ce n’est pas dans la culture des fonds de pension(du moins européens, je connais moins les américains) d’avoir de telles exigences.

      ce taux de 15% c’est une invention pour attirer les gogo actionnaires (et ça été repris par des organismes comme ATTAC) : mais connaissez vous une entreprise qui fassent du 15% ?


    • Marc Bruxman 8 décembre 2008 20:39

       

      La crise qui nous touche aujourd’hui s’est amorcée le 11 octobre 2007, avec un plus haut historique pour le Dow Jones.

      Non non, la crise actuelle a démarré fin 2005 au plus tot, mais à coup sur courant 2006. 

      C’est fin 2005 que l’immobillier aux US a commencé un retournement au départ très léger, mettant à mal toute l’industrie subprime. 

      Courant 2006 l’industrie "subprime" commençait à s’éffondrer comme un chateau de cartes et c’était apparent dès la fin de l’année 2006. Dans un premier temps, ce sont les investisseurs qui utilisaient du subprime pour faire du "home-flipping" qui se sont mis en défaut dès Début 2006 lorsqu’ils ont compris que la fête était finie. (Eh oui beaucoup de prêts subprimes étaient en fait pris pour investir et revendre en quelques mois, une simple fausse déclaration suffisait pour tirer partie de la hausse). Puis très vite, l’impossibilité pour les préteurs de revendre les propriétés en défauts a crée des saisies (foreclosures) alors qu’avant le mec qui ne parvenait plus à payer revendait en urgence sa baraque. Fin 2006, les préteurs subprimes avaient connus des pertes tellement importantes que cette industrie s’était arrétée. 

      Certains ont alors crus que la crise serait limitée à l’industrie subprime, ce qui a limité la propagation immédiate de la crise. En réalité, d’autres avaient publiés dès fin 2003 que le dégonflement de la bulle immobillière crée avant tout par l’irresponsabilité de l’état américain (des taux d’intérêts inférieurs à l’inflation, on ne répétera jamais assez que c’est débile et que ca conduit A LA RUINE !)

      La titrisation a servi de courroie de transmission à la crise vers le reste de l’économie et des banques. Mais si les taux d’intérêts avaient été maintenu à un niveau normal, il n’y aurait pas eu de bulle immobillière en premier lieu. La titrisation au final a joué son role, elle a réparti le risque dans l’intégralité de l’économie un peu comme une assurance en cas de catastrophe naturelle. Mais la la catastrophe était tellement grande que le système ne pouvait pas l’absorber. Mais avec des taux d’intérêts même de 2 ou 3% la hausse de l’immobillier aurait été beaucoup plus modéré et les gens n’auraient pas confondus maison et produit financier. Alors qu’à 1% si vous aviez des liquidités, il fallait être CON pour ne pas acheter tout de suite, amorcant ainsi une bulle titanesque. 

      L’autre bouffonerie responsable de la crise nous date des années 30. Aux US, votre maison en hypothéque est la seule garantie d’un prêt. Ce qui veut dire que si vous achetez une baraque à 500 000$ (prix courant en haut de bulle) mais que celle-ci ne vaut plus que 250 000$ (prix courant actuel) vous pouvez aller voir votre banquier, vous lui rendez les clés et vous avez un solde de tout compte. En France vous devriez encore 250 000$ malgré la saisie. Cela a encouragé beaucoup d’investisseurs à se dire que le risque au jeu du home flipping était quasi nul. La encore, c’est une régulation étatique qui est très fortement responsable de la crise et qui va continuer de l’être. Parce que avec des prix de l’immobillier qui ont baissés de moitié, les ménages américains ont financièrement intérêt à rendre leur baraque et aller louer ailleurs même si ils peuvent encore payer leur crédit. (Souvent la balance du crédit est supérieure à la valeur du bien).

      Toujours est il que la titrisation aura joué son role dans le courant de 2007, et que les mecs ont compris tout au long de cette année l’ampleur de la vague. Mais la crise était déja bien avançée et amorçée. A ce stade, plus rien ne pouvait la stopper. 

      Une action prompte courant 2006 de baisse des taux d’intérêts (remise à leur niveau inadapté d’a vant) avec gel temporaire de la titrisation (provoquant ainsi l’arrêt immédiat de la disponibilité de crédits douteux ce qui contre le faible taux d’intérêts) et une régulation très stricte des crédits immobilliers aurait peut être permis un dégonflage propre de la bulle par le mécanisme suivant : 

      • Le taux d’intérêt à 1% permet aux gens qui sont déja proprios de continuer à rembourser leurs crédits. Cela ne régle pas la crise, (à cause des Option ARM) mais permet de la retarder d’un ou deux ans. 
      • Le gel de la titrisation (à faire intelligemment pour ne pas bloquer la titrisation des bons crédits mais uniquement ceux des crédits à problèmes) bloque l’émission de nouveaux crédits foireux. Cela évite d’aggraver la crise. 
      • Il faut par un autre mécanisme, changer immédiatement et par surprise (quitte à prendre des libertés avec le droit) la législation qui permet de juste rendre les clés sans supporter la baisse du prix, pour empécher les investisseurs d’amorcer une baisse des prix. L’effet de surprise est la très important. On limite ainsi les forces baissières et on force les investisseurs peu scrupuleux à rester sur le marché quoi qu’il leur en coute. La plupart vont faire faillite, mais ils ne feront pas faillite tout de suite, on gagne la encore un ou deux ans de tranquilité. 
      • Un à deux ans de gagné c’est déja des dizaines de milliards de dollars en crédits remboursés. Et donc en pertes évitées.
      • Il fallait alors profiter du délai pour recapitaliser les banques par anticipation après une analyse minutieuse des dérivés en circulation. 
      Bien sur le pilotage d’une telle opération est tellement complexe qu’il y a de grosses chances de se "rater" et de déclencher la crise brusquement avec une violence inouie. C’est probablement pour cela que l’administration Bush ne l’a pas fait. Elle espérait surement que ca tienne jusqu’au présidentielles !




       


      • alberto alberto 9 décembre 2008 11:07

        Oui, l’Auteur, je pense aussi que la course à la rentabilité maximun à court terme au seul bénéfice de l’actionnaire est la cause principale du naufrage.

        Le problème est que les mêmes commandants de navires sont prêts à reprendre les commandes des mêmes navires pour recommencer les mêmes erreurs de navigation.

        Bien à vous.


        • dom y loulou dom 9 décembre 2008 14:09

          j’ame beaucoup vos idées... mais... je ne peux comprendre comment vous aussi vous omettez ce qui a forgé la crise, la maintient et assure le coulage du navire : ce sont les fonds perdus dans l’armement pour financer une guerre ignoble. Tout l’occident le paie tous les jours et ce n’est pas d’avoir mis des dettes incommensurables de banquiers verreux sur le dos des citoyens qui va arranger quoi que ce soit. Ni le fait que nos Numéros d’AVS soient pris en garanties de paiement !!!

          s’il fallait comparer avec le titanic cela donnerait à peu près cela.


          Le navire prend l’eau tandis que des malins se disant gouverneurs du bateau, les capitaines, enlèvent tous les jours des morceaux du bateau pour rembourser leurs dettes. Ils décorent également les pourtours du bateau de gros canons en forme de bîte pour parer à la paranoïa qui gagne l’étage supérieur au vu de la foule des passagers qui écopent pourtant bravement. C’est joli les canons mais du coup le bateau s’enfonce un peu plus et prend l’eau de toutes parts. "Nos stock-options sont à flot" disent les haut-parleurs et tout le monde semble ravi, la croisière est fascinante... "enfin de l’aventure" dit une gourde se dénudant un sein, le trouvant tout à coup trop gros, l’assemblée aplaudit et approuve manifestement, tous voudraient lécher son nichon. 

          Les passagers écopent de plus en plus vite voyant que leurs efforts sont vains, l’eau monte irrésistiblement. mais ils continuent, d’ailleurs les écrans leur disent que sans souffrance ya pas de paradis, alors ils sont braves et écopent encore plus vite. Même s’ils ne reçoivent plus de salaires pour les heures sup que cet écopage leur fait faire. Qu’importe, le bateau doit tenir. ils travailleront 24 heures sur 24 gratis.

          Les haut-parleurs disposés partout dans le bateau hurlent "tout va bien, on s’occupe de tout, nous avons un nouveau capitaine, il va tout changer" ... du coup les passagers compressés dans la partie inférieure par de joyeux drilles déguisés en robots et armés de bâtons, les passagers sont employés à endiguer la montée des eaux.

          Chacun reçoit à cet effet une équelle et écope lentement ce qu’il peut tandis que dans les écrans de mignonnes strip-teaseuses donnent du coeur à l’ouvrage. On les appelle les nouvelles princesses-pirlinpimpim et tous les passagers leur sauteraient bien dessus. Cela galvanise les troupes et ils écopent maintenant au rythme des chansons qui défilent. On dirait presque une vieille galère... aussi pour ce qui reste d’insubmergé au-dessus des flots furieux. Le reste se vit en sous-marin.

          Le bâteau est en trois parties... une submergée déjà... le fonds de câle, bradée il y a longtemps. Et puis vient le gros du bateau... en train de sombrer, contenant les passagers qui écopent à la qui mieux-mieux. La partie supérieure du bateau pourtant est festif, tant d’activités ludiques s’y passent qu’on croirait que le bateau est à flot ... aussi à voir la mine ravie des participants en tenue de soirée, cocktails à la main et bikinis sportifs, robes de soirée. Il y en a même qui se marient pour que le pape bénisse leurs apêtits sexuels. L’orchestre du titanik est rescusité pour l’affaire et les nobles se couvrent de bijoux et de diamants tandis que les écrans ici leur susurrent des mots d’amour. "Tout va bien, on s’occupe de tout !" est le leitmotif... les capitaines ont pris des poids qu’ils accumulaient tamponnées "grandes valeurs" et les ont jeté par-dessus bord pour alléger l’ensemble. Ils continuent de vendre joyeusement la coque du bâteau par petits morceaux à des investisseurs étrangers qui commencent toutefois à baisser les prix d’achat parce que, vu de plus loin... on voit bien que le bateau coule.

          Qu’importe, les capitaines sont rassurés par l’arrivée massive de colliers et de bijoux dont ils couvrent leurs femmes cachant, elles, les yeux de lunettes si noires qu’elles sont sûres de ne plus voir l’eau monter. - C’est la mode que voulez-vous, disent-elles, même si je n’y vois plus rien, au moins je sais pourquoi je suis myope.

          les capitaines donnent des ordres qu’on arrache plus de panneaux de coque à l’avant pour la vente... l’eau s’engouffre par flots entiers et les occupants de la câle sont tellement en haine que la partie supérieure se voit fermée d’accès à quiconque.

          Pourquoi ils ont la haine demande une ingénue ? Et bien hormis de voir leurs enfants attraper des maladies ou se noyer carrément il ont constaté que et moteur et rames ont déjà été bradés, vendus à l’étranger il y a des siècles... qu’il n’y a plus une lampe ni un seul boulon qui leur appartient en vrais, que le bateau était une illusion, ils commencent à comprendre qu’ils n’atteindront jamais la partie supérieure du bateau malgré le fait que les écrans leur promettent toujours que s’ils sont gentils ils pourront aller le visiter un jour, moyennant un prix dentrée exorbitant qu’ils ne peuvent s’offrir pour l’instant, les palais doivent être entretenus disent les capitaines. Tout le monde trouve cela normal. Et le bateau coule toujours. On vend maintenant les hublots de la partie médiane. L’eau s’engouffre de partout.

          Les passagers qui écopent espèrent toujours que le nouveau capitaine va ouvrir les portes de la partie supérieure afin de ne plus voir l’eau grimper dangereusement jusqu’à leur cou. Bravement ils font ce que les écrans leurs disent "ecopez plus pour vivre plus" et tout le monde s’échine tandis que les flots entrent par vagues déferlantes maintenant.

          et les capitaines enlèvent encore des parois de protection et encore et encore... qu’ils bradent sans vergogne maintenant, à croire qu’ils coulent le bateau exprès. Ils cherchent le manuel du petit batelier pour décrocher la partie supérieure du reste du bateau. "Que la fête continue" disent-ils... parfois eux aussi écopent un peu d’eau qui finit par atteindre aussi la partie supérieure et déjà de petites mains de passagers viennent portés par l’eau montante vers leur étage tapissé de soie.
           
          "Horreur" disent-ils... "ceux-là ne sont pas de la famille..." vite, on les renvoie en fond de câle... là où on ne les entend plus. De toute façon on entend que ce que disent les écrans et les haut parleurs. Quoique la voix de l’esprit des eaux essaie de diriger les passagers vers les bateaux de sauvetage en nombre insuffisants toutefois, alors il décide de leur donner en vitesse les rudiments de la nage dans l’espoir que le nombre l’entendra et qu’ils cessent de croire dans la nécessité du bateau.

          Mais les capitaines sont à sa recherche, ils commencent à tirer sur le bateau avec les canons nouvellement construits ouvrant encore des brêches dans la coque. Les bien habillés de la garden-party supérieure écopent aussi un peu, nonchalamment, ils jettent le peu d’eau qu’ils amassent avec de superbes tasses de porcelaine sur la tête des passagers en-dessous. Tout à fait inutile. Mais leurs soucis sont vite oubliés tandis qu’une cruche toute nue les invite à baiser sur les écrans. C’en est plus qu’il faut pour leur faire tourner la tête et déjà la partie supérieure s’est muée en un vaste baisodrôme vantant les plaisirs de l’existence.

          "C’est un monde formidable" disent les haut-parleurs et les passagers commencent à avoir quelques doutes. mais ils écopent toujours croyant dans la sincérité des jolies speakerines qui leur promettent des lendemains qui chantent sur des étages mythiques supérieurs. Etages qui n’existent pas sur ce bateau toutefois, ils existent dans les livres sacrés et on peut les croire, mais les décolletés des speakerinnes hypnotisent tant les passagers qu’ils se laissent volontiers entraîner par ces voix sirupeuses et des offres de crédit alléchantes. Alors ils s’endettent encore tandis que leurs enfants se demandent s’ils devront payer les dettes en nature quand tout le bateau aura été entièrement vendu.

          Et les eaux des océans n’ont pas de but particulier, ils ’sengouffrent dans chaque brèche, emportant encore quelque vague souvenir du temps où le bâteau était une nouvelle merveille du monde et que tous étaient fiers de l’avoir construit. L’essentiel au milieu des flots pourtant a été oublié : savoir nager.

          Ca fait longtemps que la partie supérieure ne s’y intéressait plus puisque les passagers maintenaient le navire.

          Un de ces enfants aux yeux brillants dit encore "pourquoi vous faites tout ça ?"

          et c’est l’esprit des eaux qui lui répond dans son coeur parce que les écrans continuent de lui servir des dessins animés idiots de bateaux qui volent dans les airs ... "parce qu’ils ont oublié, depuis le début, que ce n’était pas nécessaire, une civilisation aquatique aurait parfaitement fait l’affaire".

          L’enfant dit alors tristement "apprends-moi à nager s’il te plait"

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