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Crise politique française : l’heure a-t-elle sonné pour François Bayrou ?

Le thème du renouveau politique n’est pas une invention contemporaine en France. Ce désir de changement, englué dans une propension à vouloir conserver des privilèges acquis, a toujours constitué un élément constitutif de la vie démocratique en France.

Cette injonction paradoxale permanente peut être considérée, peut-être, comme le véritable moteur politique en France : ces tensions corporatistes exacerbées amènent les gens dans un état de transe qui les prépare à des révolutions intellectuelles souvent violentes.

Ces crises, généralement, créent une angoisse chez nos compatriotes : un sentiment d’abandon, aigü, qui les pousse à chercher dans la classe politique une figure préservée.

Cette désespérance appelle une nouvelle espérance, tout aussi irrationnelle, qui s’incarne généralement non pas dans un parti, mais dans un homme.

Il y eut le cas Jacques Delors parti dix ans à Bruxelles avant le premier septennat de Chirac.

Selon les sondages, il incarna à un moment cet homme providentiel, sans que personne ne se souvienne de son passage comme ministre de l’économie en 1981, puis il décida de se retirer, laissant Chirac avec sa pomme et ses multiples fractures sociales prendre l’Elysée presque par erreur.

Il y a maintenant le cas Ségolène Royal qui n’a à peu près rien fait sur le plan national depuis assez longtemps mais qui, par son identité de femme, semble donner une image de neuf, alors qu’elle est issue de la même nomenklatura, qui gouverne maintenant depuis quarante ans.

Il y a Nicolas Sarkozy qui a su adapter son langage aux accents de la modernité tendance Brice de Nice, en oubliant souvent de parler du fond, et enfin de Villepin qui, avec le CPE, semble s’être tiré une belle balle dans le pied.

Dominique de Villepin de Galouzeau, son grand-père, avait acheté une particule, avait pour lui les attributs de l’homme préservé : jamais élu, il n’avait jamais promis, donc jamais déçu. Il aurait pu se contenter d’un rôle d’observateur éclairé en courant les émissions à la mode, en cultivant son parler onusien et en laissant marcher droit dans le mur ses collègues de l’UMP, mais il n’en fut rien. Il décida de revêtir les habits d’un Premier ministre qui sert en France plus de cible de ball trap que de véritable chef d’orchestre.

Las, qui nous reste-t-il ?

Je ne parlerai pas des Fabius , des Jack Lang, des DSK (Dominique Strauss-Kahn) qui auront beaucoup de mal à donner d’eux une image préservée tant ils sont associés à des scandales ou labellisés au niveau politique. Leurs casseroles - pour Fabius ou DSK - sonneront comme des grosses cloches de cathédrale dès que la messe aura commencé.

Le pauvre François Hollande, lui, est gentil... trop. Il ressemble, comme Jospin, à ces gens sérieux qu’on invite pour finir un devoir difficile, mais qui nous ennuient profondément dès qu’on veut rire un bon coup... Ce sont des intelligences formatées qui sentent bon l’énarque à la fibre sociale sincère mais dépassée.

Je ne parlerai pas de Besancenot, d’Arlette ou encore des figures vertes ou rouges. Leurs grands écarts sémantiques, leur rhétorique sociale guerrière font d’eux des intermittents du spectacle de la politique, et feront de toute manière toujours peur aux bons pères de famille, qu’ils soient de droite ou de gauche. Au-delà de la sincérité de beaucoup de leurs membres et de leurs responsables politiques, ils resteront souvent inaudibles, car beaucoup trop colorés.

Il reste, dans le paysage politique, François Bayrou.

Je sais, cela vous étonne. Je m’étonne moi-même en le disant...

Or il y a eu une vraie métamorphose chez lui au cours des dernières années.

De la caricature des guignols du gentil benêt emprunté, il ne reste plus grand-chose.

Il fut le seul à qualifier Chirac de ridicule lors de sa dernière intervention télévisée - ce qu’à peu près tout le monde a pensé -, il est un des rares à ne pas agir sur les peurs sociales et/ou ethniques.

Il arrive de mieux en mieux à sortir d’un langage convenu en rejoignant Sarkozy sur le terrain du parler qui sent le vrai, la richesse du vocabulaire en plus.

Comble du comble, lors du dernier débat DADVSI, il adopta une attitude moderniste et avant-gardiste, au-delà de toute attente, en étant à peu près le seul à défendre le logiciel libre sans négocier aucune taxe d’aucune sorte en retour pour les lobbies culturels.

Il semble pouvoir être hermétique aux marchandages de tapis, mais il a contre lui l’héritage d’un passé bien encombrant.

Si lui a fait sa révolution intérieure, cela ne semble pas être le cas de certains dans sa famille politique.

En effet, certains de ses députés européens ou hexagonaux sont encore issus de la vieille école et fortement liés à des intérêts partisans évidents, comme Mme Fourtou et M. Dionis du séjour- mais on pourrait en citer d’autres.

Un ministre UDF siège encore au gouvernement, et il ne l’a pas exclu, contrairement à ce qu’il promettait un temps de faire...

De plus, Bayrou est isolé au sein d’une famille politique assiégée par l’UMP, au sens propre et figuré. Il lui sera difficile de garder sa ligne sans être menacé de perdre beaucoup de ses élus lors des prochaines échéances : il peut en effet se retrouver dans la même position que le PC vis-à-vis du PS, qui ne survit que grâce à l’aumône électorale du second .

S’il rejoint, lors des prochaines élections, les rangs de l’UMP en faisant liste commune, il perdra durablement une partie du crédit accumulé au cours des derniers mois et ne passera probablement pas le premier tour de la présidentielle à venir..

Sa seule chance est de lancer avec quelques personnalités de gauche (PS et pourquoi pas PC) et de l’UMP, une vraie recomposition politique, ce qui suppose pour un temps d’abandonner toute ambition présidentielle en 2007, tant les ambitions personnelles seraient un frein majeur à une telle recomposition.

Mais aurait-il le courage politique de trahir certains de ses amis pour s’embarquer dans une aventure incertaine, tout en sacrifiant pour le moment une de ses ambitions principales ?

Rien n’est moins sûr, et c’est peut-être bien là que les Français l’attendent pour le juger.




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