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Dans quelle civilisation entrons-nous au 21ème siècle ?

Le monde contemporain échappe-t-il à la pensée ? Cette question est éminemment philosophique mais l’on sait pertinemment que la philosophie, tout comme la médecine, n’a pas obligation de résultats. Pour la seconde, il n’y a qu’obligation de soins et pour la première, en vérité, nul ne sait quelle fonction s’impose au philosophe, si ce n’est l’obligation d’enseigner et de publier pour ceux qui en font une profession. Et bien évidemment, aux résultats, nul philosophe n’est obligé. D’ailleurs, on ne peut que constater la faiblesse des pensées philosophiques portant sur les sociétés contemporaines de l’ère hyper industrielle. Ce qui ne doit pas nous étonner car la société moderne est l’objet le plus complexe à penser, bien plus que l’humain ou la nature à l’époque des temps anciens. La technique s’est insérée dans le monde social avec une aisance et une ruse si efficace qu’elle échappe à la pensée, bien que sur ce point Ellul ait pu écrire des pages décisives. Il s’est peut-être produit des transformations radicales depuis 20 ans mais nous ne savons pas quel monde advient. Avons-nous pour autant compris les âges passés ? Rien n’est certain et il n’y a pas de philosophes plus respectable que celui qui doute, mis à part le sage qui sans doute, n’est plus vraiment un philosophe. Pour commencer, on misera sur l’hypothèse de plusieurs types de civilisation qui se sont succédées en Occident. Il y a en effet trois types de civilisations qui se sont développées en Europe, celles de l’Antiquité à l’époque mythologique et cosmologique ; celles du Moyen-Age à l’époque théologale et sotériologique ; celle de la Modernité, à l’ère de la raison, du progrès puis du scientisme et pour finir du « désir démocratique ». Je crois savoir que la démocratie fut d’abord une aspiration et qu’à l’ère des médias et de la marchandise, la démocratie est devenue une chose désirée, ce qui explique en vérité cette étrange disparition de la démocratie constatée par les observateurs mais qui reste inexpliquée, sauf pour ceux qui se satisfont des thèses simplistes, parfois complotistes. Les banques auraient volé la démocratie disent certains, mon banquier est un voleur ! Pendons-les et la démocratie va revivre ! Je dirais pour ma part, Instruisons-nous avant de juger !

Le fait qu’il y ait plusieurs types de civilisations ne nous rend pas la tâche plus difficile et c’est même l’inverse car l’étude des différences entre civilisation ou société permet de voir quels en sont les traits fondamentaux, les invariants ontologiques et les ressorts de même essence. On comprend alors qu’une civilisation se conçoit comme un ensemble d’humains vivant en société, échangeant et partageant quelques manières de voir, de penser, d’être en relation avec le monde et l’univers. Les hommes bâtissent et c’est le point de vue de l’œuvre, de la technique, de la science. Les hommes agissent en respectant des règles morales. Ils incluent alors autrui dans leur manière de penser. La philosophie contemporaine et la sociologie moderne ont certainement privilégié le domaine des positivités, cherchant à cartographier les ensembles humains, les systèmes, les statuts, les rapports de pouvoirs et domination. La pensée contemporaine a manqué l’homme avec son âme et son intelligence, préférant s’occuper des choses physiques, matérielles, temporelles, formelles et culturelles. L’aventure naturelle, celle du vivant puis de l’humain, se conçoit comme un destin cognitif, bien plus que comme évolution des espèces, des physiologies naturelles pour finir avec les aptitudes techniques des sociétés antiques, médiévales puis modernes. L’être humain pense et agit mais quand il s’agite, il abandonne ses facultés de penser.

L’Europe a connu au minimum trois civilisations typées, antique, médiévale et moderne. Question : ce qui arrive depuis quelques décennies nous amène-t-il à décider d’une quatrième civilisation en marche ? La modernité au fond n’aurait été qu’un moment transitoire durant presque quatre siècles. On peut la faire commencer avec le règne de Louis XIV. D’autres préfèrent commencer avec la période contemporaine et l’avènement des pratiques industrielles et démocratiques amenant l’avènement de l’individu. Auquel cas, cette modernité débutant vers 1800 n’aura duré que deux siècles et encore, tout dépend de la date choisie pour décréter l’achèvement de cette civilisation. Si cette modernité s’achève avec l’avènement de l’homme seul décrit par Claude Frochaux, alors on prendra la fin des années 1960 comme date signifiante, ou alors la fin des années 1970 si l’on se fie aux analyses de Lyotard sur la fin des grands récits et la post-modernité. Alain Touraine envisage des sociétés post-industrielles mais ce concept est trompeur puisque notre époque est plus hyper que post industrielle. D’aucuns évoquent une hyper modernité. Et c’est cela la grande énigme. Comment comprendre le 21ème siècle ? Comme un achèvement d’une modernité amorcée il y a quelques siècles ou bien comme le début d’une nouvelle civilisation ? En fait, il est difficile de saisir les grands changements et comme le disait Hegel avec l’allégorie de la chouette de Minerve, le penseur arrive une fois la bataille des instaurations effectuée. Aristote et Platon sont à la fin d’une époque et lui donnent un parachèvement éclatant. Pareil pour saint Thomas clôturant un Moyen-Age amorcée avec la fin de l’empire. Parfois, des événements violents signalent qu’une tension entre deux tendances sociétales se produit. C’est le cas de 1789 autant que de mai 68.

Que dire de 2012 ? Les sociétés sont résolument entrées dans l’époque de la fin des grands récits, même si après la chute du communisme, quelques auteurs ont imaginé des chocs de civilisation. La grande époque de la conscience historique reste la fin du 19ème siècle, période encadrée par la révolution de 1789 et celle d’octobre dans la Russie de 1917. Actuellement, on voit se dessiner désaffection vis-à-vis du destin historique commun mais aussi du politique. Avec les moyens de communication, l’individu se raccorde au village global mais semble-t-il, ne parvient plus vraiment à parler aux autres ni à imaginer un dessein commun, une utopie, un nouveau monde à inventer. En ce sens, la civilisation du 21ème siècle paraît différente de celle de 1900 mais pourtant elle s’en rapproche avec l’exploitation de l’homme ainsi que l’envahissement de l’émotionnel, phénomène que René Guénon avait anticipé en pointant cette tare occidentale liée à la science, le sentimentalisme, qui éloigne de la vie intellectuelle.




par Bernard Dugué (son site) mercredi 27 juin 2012 - 39 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Martha (---.---.---.189) 27 juin 2012 12:36

    C’est bô la philosophie. Celui qui en parle le mieux c’est Molière dans Le Bourgeois gentilhomme (à relire, c’est très facile sur internet, en trois clics, c’est drôle, pour toujours)...
     Philosophie qui tient de l’alambic présenté comme alternative à Chadoko, le chef suprême, obsédé par les machines à pomper...
     Le « 911 » nous a fait rentrer dans l’ère du mensonge, proche de l’univers de « 1984 » avec sa « novlangue » ou de celui évoqué dans « Le meilleur des mondes » où tout est devenu nickel, tout le monde décérébré, contents.
     Univers artificiels auxquels nous conduit, tout droit, la gabegie des affairistes et la démission généralisée devant ces dingues. Par où les saisir, pour empêcher leur nuisance ?

  • Par Jean-Fred (---.---.---.155) 27 juin 2012 12:19

    Mr Dugué, vous savez très bien qu’une orientation sociétale implique nécessairement des effets indésirables.
    Il n’existe pas de société parfaite, le scientisme matérialiste qui domine actuellement ne (re)connait pas la spiritualité, il est normal que l’Homme actuel se reconnait à travers des outils quantitatifs.

    La crise que nous vivons est une crise existentielle, la science telle que nous la connaissons aujourd’hui ne permet pas de répondre à toutes les questions et surtout ne fais pas mieux que les religions niveau justice/équité.

    Les théories scientifiques ont remplacé les dogmes religieux mais nous n’avons pas pour autant progressé dans l’échelle des valeurs.

    Notre civilisation est donc une civilisation de crise, il n’y a pas de stabilité possible car les bases ne tiennent pas fondamentalement. La confiance est brisée, le doute s’installe et la morale n’existe presque plus (le bien et le mal autrefois parfaitement identifié a aussi disparu).

  • Par astus (---.---.---.42) 27 juin 2012 14:47
    astus

    Bonjour Bernard,

    Le mot civilisation n’a plus aujourd’hui de signification claire avec le phénomène de la mondialisation.
    Je trouve personnellement préférable de rechercher un nouvel accord entre les cultures et les valeurs. Les cultures peuvent être définies par des modes existentiels suffisamment proches entre des personnes qui partagent une religion, des traditions, un territoire...etc. Et tout l’enjeu de ce siècle sera à mon sens de savoir si celles-ci peuvent en même temps s’accepter entre elles, malgré leur évidente diversité, tout en acceptant des valeurs plus générales qui concernent tous les humains, et qu’on pourrait alors qualifier d’universelles : le respect d’autrui, l’aspiration à la liberté, le principe d’équité ( notamment entre les sexes), par exemple.

    Amitiés.C. 
  • Par Code_7 (---.---.---.121) 27 juin 2012 14:45

    J’ai bien peur que le 911 ne soit pas la première « false flag » de l’histoire ... l’expression elle même remontant au début du siècle dernier, et la méthode utilisée depuis des millénaires.


    Orwell pensait que le pouvoir était une fin en soit, celui de contrôler les esprits étant l’ultime pierre de l’édifice. En cela nous pouvons féliciter nos médias de masse pour leur efficacité en tant qu’outil.

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