• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Société > De la décadence au suicide collectif
5%
D'accord avec l'article ?
 
95%
(23 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

De la décadence au suicide collectif

Qu’y a-t-il de commun entre le déni démocratique permanent, la lamentable prestation du pouvoir en place sur l’affaire Polanski, les révélations de « Bakchich » sur la scandaleuse affaire des « frégates de Taïwan »et celle des sous-marins pakistanais, et la promotion éclair imméritée du prince héritier dans les Hauts-de-Seine ? L’aboutissement de la décadence de notre civilisation originale qui prétendit promouvoir l’égalité entre les hommes et l’universalité de ses valeurs humanistes.

La France est en décadence depuis la débâcle militaire de 1870 aggravée par les conséquences de la guerre de 1914/18. Tel l’empire romain durant le 3ème siècle, notre civilisation a connu un sursaut dans les années 1960-70. Grâce à des circonstances exceptionnelles, de Gaulle comme les empereurs illyriens, conquiert le pouvoir grâce à sa personnalité et à ses compétences. Lui aussi mit fin à l’anarchie militaire qui sévissait aux limbes de l’empire.

Cette époque est caractérisée par une maîtrise, et parfois une avance technologique dans de nombreux domaines (recherche fondamentale, aéronautique, TGV, énergie atomique, etc..), une existence intellectuelle originale et vivante ( De Beauvoir et Sartre, Deleuze, Bourdieu et d’autres), un régime politique fort représenté par un homme exemplaire ( les citoyens le voyaient ainsi, mais de Gaulle tolérait les magouilles des coquins et les copains), les promesses d’une ère de paix avec les débuts de l’Europe Unie, le sentiment populaire de l’existence de valeurs morales et l’ascenseur social reposant sur la méritocratie républicaine.

Aujourd’hui, au début du 21ème siècle, la civilisation française est à l’agonie.

Pour comprendre cette dramatique situation, il faut renoncer à chercher un bouc émissaire étranger et à mettre notre décadence sur le dos de forces extérieures, comme l’Union des Etats européens ou américains, ou sur des forces naturelles potentiellement cataclysmiques.

Le développement de notre civilisation était la résultante des actions de l’ensemble des Français. Son déclin a la même origine. Toutes proportions gardées, la dynamique observée est semblable à ce qui se passe dans une entreprise. Une période d’expansion jusqu’à être florissante, puis le déclin jusqu’à sa disparition éventuelle. Les causes de ces évolutions sont à rechercher dans les actes des êtres formant cette mini société humaine qu’est l’entreprise et non pas dans ceux de ses concurrents.

Les différences sont multiples entre une civilisation et une entreprise. Les buts de cette dernière sont restreints et connus. Elle agit dans un cadre formel sur lequel elle a peu ou pas d’influence, les personnels qui la font fonctionner entrent et sortent à volonté, etc..

 Il y a toutefois quelques ressemblances dans le parcours de la naissance à la mort. Prenons le schéma classique de sa création par le grand-père, de son expansion par le père et de sa consommation par l’héritier. En caricaturant, le premier réalise à l’âge d’homme un projet personnel, en s’appuyant sur les dures leçons que la vie lui a données et en risquant son avenir et celui de sa famille. Le second, éduqué et influencé par un père dynamique et courageux, a suivi son exemple et s’est attaché à améliorer son œuvre ; Le dernier a bénéficié dès sa naissance d’un milieu aisé et d’une éducation protectrice. Comblé avant de désirer, rien ne l’intéresse que lui-même et son ennui. L’entreprise n’est plus alors qu’une source de revenus pour un héritier promu dirigeant malgré lui.

Cette phase conduit inexorablement au déclin de l’entreprise et c’est sur ce point qu’un parallèle peut être fait avec la décadence de notre civilisation.

Montesquieu (1) énumérait dix sept causes à la chute de l’empire romain et parmi celles-ci, le discrédit du pouvoir dont la production législative avait pour but principal de confisquer le maximum de ressources au profit d’une classe oisive et hédoniste sans fournir de réels services à la population. Ces pertes du sens du bien public et des réalités des difficultés économiques rencontrées par le peuple entraîne un discrédit général de la classe dirigeante accompagné du sentiment d’une perte des valeurs morales d’antan.

C’est à peu près ce qui se passe en France depuis les années « Giscard ». Les « affaires » donnent l’impression d’une classe dirigeante amorale au-dessus des lois. Une classe qui se goberge et se coopte alors que le peuple se débat désespérément dans des difficultés économiques, lutte contre les fermetures d’usines ( Lip et Manufrance à l’époque) et subit la hausse inexorable du chômage.

A cela s’ajoute ce que j’appelle « la fin de l’illusion démocratique ». L’impression que quoi que l’on vote ou que l’on fasse, rien ne change. La trahison des élus avec la négation du référendum sur le traité européen n’a fait que révéler cette réalité à tous.

Aujourd’hui, les événements en cours marquent l’aboutissement du déclin de la civilisation française. Depuis plus de trente ans, l’indifférence et les fins de non recevoir comme réponses aux doléances du peuple conduisent à un sentiment d’injustice et d’abandon. Comme de Rougemont (2) l’écrivait à propos de décadence, celle-ci commence quand l’homme ne se demande plus « Que puis-je faire ? » mais « Que va-t-il arriver ? ».

La décadence découle de la fin des illusions. L’illusion démocratique marquée au fil du temps par la concentration des pouvoirs conduisant à sa confiscation par un groupe uniquement préoccupé de lui-même, et l’illusion du dessein intelligent du Marché entretenue, malgré ses conséquences désastreuses du point de vue humain, par la même clique.

Entre l’anarchie des marchés et l’autoritarisme impuissant et grotesque d’un agité caractériel revendiquant tous les pouvoirs sans assumer aucune responsabilité ; entre les affaires mafieuses jamais résolues jetant un doute légitime sur la probité des dirigeants et les difficultés de la population ; entre les annonces de réformes prétendument palliatives, le vote de lois indignes souvent partiales et les attentes réelles des citoyens, s’installe le sentiment général d’une grande confusion malsaine.

Il apparaît clairement que le développement souhaité, par et pour, notre société vers l’apaisement des conflits de classes et la résolution des contradictions systémiques connues dans l’intérêt public, sont contrariés par la volonté d’un petit groupe organisé pour confisquer le pouvoir et interdire toute alternative remettant en cause les privilèges de l’aristocratie financière.

Si nous les laissons faire, ces gens là nous entraîneront dans leur fuite suicidaire en arrière.

Ne votez pas pour vos ennemis.


1) Montesquieu (Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence,1734)
2) Denis de Rougemont (L’avenir est notre affaire, 1977)
 
par Daniel Roux jeudi 8 octobre 2009 - 16 réactions
5%
D'accord avec l'article ?
 
95%
(23 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par linus20024 (xxx.xxx.xxx.70) 8 octobre 2009 15:37
    linus20024

    Le mot "décadence" sied bien à la situation que connait la France en ce moment. Un joli concentré de n’importe quoi.
    Là où il faudrait un peu de sérénité pour remonter la pente après la crise financière, on nous sert quotidiennement une espèce de spectacle politique grotesque où un agité caractériel, comme vous dites, ternit chaque jour un peu plus l’image de la France dans le monde par ses décisions ineptes. 
    La candidature de son fils cadet, jean, à l’EPAD est hallucinante. Le môme n’a que 23 ans et a les dents qui rayent littéralement le parquet. Aucun diplome à la mesure du poste convoité..
    Bonjour la méritocratie chère à Sarkozy.
    La France s’enfonce dans un trou noir.
    Que fait la presse ? Nada.
    Elle s’en fiche comme d’une guigne et préfère cracher sur internet, ce tout à l’égoût qui fait quand même un sacré boulot d’investigation, n’en déplaise à Denis Olivennes, patron de l’Obs.
    J’ai parfois l’impression que nous connaissons dans une moindre mesure, ce qu’ont vécu les US avec Bush Jr. 
    Un homme ou une femme politique digne de ce nom va t’il un jour sortir de ce cloaque ? 

  • Par Daniel Roux (xxx.xxx.xxx.6) 8 octobre 2009 16:52
    Daniel Roux

    La presse, c’est principalement des entreprises dont les riches actionnaires sont les mêmes que ceux des méga entreprises militaro-industrielles.

    Ces entreprises sont à la fois "promoteurs des élus" au pouvoir et dépendants des commandes de l’état, sans que ce système ne soit remis en question par qui que ce soit.

    Il n’y a donc pas de mystère dans la censure permanente à laquelle se livrent les médias. Les journalistes sont des salariés et les salariés sont sous l’autorité de leur patron. La sélection se fait donc sur des critères d’opinion ou de soumission. Les journalistes ne sont pas seuls en cause, cela se passe de la même façon partout où les embauches, nominations, promotions, récompensent dépendent du seul maître à bord, Sarko.

    Ce qui est un peu surprenant pour le public est l’absence de réaction de l’opposition. Personne ne demande de commissions d’enquête sur l’affaire des frégates ou sur celle des sous-marins pakistanais, dont on n’entend déjà plus parler.

    Rappelons-nous l’affaire des lycées d’Ile de France, une entente mafieuse entre presque tous les partis, dénoncée par une seule élue de la majorité (que devient-elle au fait ?).

  • Par Daniel Roux (xxx.xxx.xxx.6) 8 octobre 2009 18:30
    Daniel Roux

    Les lemmings ne votent pas et leur suicide supposé, n’est paraît il qu’un accident.

    Le problème que nous rencontrons, la confiscation du pouvoir par une oligarchie, est assez semblable à celui existant sous la monarchie au 18ème siècle. La solution trouvée fut assez radicale mais dès 1800, un empereur mégalo reprenait le pouvoir.

    La solution se trouve d’abord dans l’élaboration d’une constitution séparant les 3 pouvoirs par des barrières infranchissables. Le chef de l’exécutif serait élu par le parlement national lui même désigner par tirage au sort sur des listes régionales établies avec les critères de désignation des jurés.

    Les lois votées par le parlement serait applicables immédiatement après recours éventuel de l’exécutif devant le conseil constitutionnel. Les décrets d’application pourront seulement préciser les aspects juridiques et techniques des lois sans les remettre en cause sur le fond de façon détournés et seront eux aussi susceptibles d’être annulé par le parlement.

  • Par xbrossard (xxx.xxx.xxx.1) 8 octobre 2009 15:25

    CLAP CLAP CLAP !!!!!!

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox