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Accueil du site > Actualités > Société > De la nécessité d’avoir des règles

De la nécessité d’avoir des règles

Une fois posé le problème du fonctionnement du capitalisme, après avoir réfléchi à ce que veulent les hommes et constaté la difficulté de remplacer le système qui nous oppresse, on ne peut qu’essayer d’imaginer à quoi pourrait ressembler un autre système.

Pour commencer sur ce sujet, la question primordiale réside dans le rapport de l’homme avec la liberté, qui semble être à la fois son bien le plus précieux et un danger essentiel pour la vie en société.

Prenons l’exemple des sociétés primitives. certaines tribus ancestrales vivaient de peu de travail et de beaucoup de loisirs. Bien loin de nos huit heures quotidiennes de labeur, certaines sociétés avaient trouvé la possibilité de s’arroger une part non négligeable de leur temps pour les loisirs.
Mais que se passe-t-il (et c’est là toute la question) lorsqu’un petit malin survient dans cette société pour tuer le chasseur revenant chargé de nourriture, et lui spolier le fruit de son labeur ?

Il n’y a alors que trois solutions possibles pour cette société : soit elle laisse faire, et la loi du plus fort prend le dessus. Soit elle punit, et cela signifie des règles. La troisième possibilité c’est l’éducation, pour faire en sorte que ce tueur ne désire pas accaparer le fruit du travail du chasseur.

La première de ces solutions ne peut convenir à une société développée, car elle n’est en réalité que l’expression de l’animalité qui sommeille en chacun de nous, et conduit inévitablement à l’instauration d’une tyrannie à plus ou moins long terme. De plus, cette façon de voir les choses va à l’encontre d’un concept essentiel à la vie en société, celui de la justice. Et pour qu’une société soit juste, il est communément admis que les plus faibles soient protégés des plus forts, pour établir une sorte d’équilibre, ou d’harmonie entre tous les membres de la communauté. Cela revient inévitablement à remettre en cause le principe absolu de liberté auquel l’homme serait en droit de prétendre, et à instaurer une sorte de limite consensuelle à cette liberté, dans le but de satisfaire au « vivre ensemble ».

La deuxième solution prend en compte cette nécessité du vivre ensemble, et considère justement que des limites doivent être imposées pour permettre à une société dite « civilisée » d’exister. Sans la mise en place d’un système de sanctions et de récompenses l’homme serait sans volonté mais plein de désirs, et personne ne serait en mesure d’assumer les tâches essentielles au bon fonctionnement d’une société. La vie est ainsi faite que l’homme ne peut pas vivre sans souffrance, mais ne la désire jamais. Et si on le laissait faire, il ne travaillerait pas, voudrait tout et, de plus, s’ennuierait sans doute.

Partant de ce principe, et s’il faut se résigner à fixer des limites aux individus, il faut d’abord expliquer de quelle manière on peut procéder pour les établir, et aussi les faire accepter.

Mais dans un premier temps, il faut parler de la nature de ces règles, de ces limites : elles sont l’expression de la conception du Bien et du Mal dans une société (qu’elles soit choisie ou imposée), à travers un système de balancier graduant les sanctions. Cela implique l’élaboration d’une justice et la création d’une police, en même temps que l’établissement de récompenses destinées à motiver les actions des hommes. Et tout cela sous le contrôle d’un organisme « supérieur » détenant le pouvoir d’organisation du système dans son ensemble.

Ensuite, et pour évoquer les différentes manières d’établir des règles, il est important de parler de la représentativité, à savoir de qui décide des règles à adopter : un petit groupe (sélectionné selon quels critères ?) pour le bien de tous, ou tous ensemble pour le bien de chacun (sans sélection) ? Il est difficile de se prononcer car dans le premier cas, il est fort possible que le petit groupe soit tenté de chercher, naturellement, son propre intérêt. Et dans le deuxième, il se peut également que personne, naturellement aussi, ne soit d’accord avec son voisin.

Cependant, il est tout à fait imaginable que l’éducation soit la solution à ce dilemme, car si personne n’est capable de rechercher l’intérêt de son prochain avant le sien propre, nous savons que notre individualisme n’est que le fruit de notre éducation. Et qu’il est donc possible d’inculquer à nos enfants une autre manière de voir le monde que celle que nous avons reçu. Cela constitue la troisième possibilité au bon fonctionnement d’une société.


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13 réactions à cet article    


  • anty 16 novembre 2009 21:37

    à l’auteur

    Vous venez de découvrir le fil à découper le beurre.
    Bien sûr qu’à certains égards on peut envier le rythme de vie d’une société primitive
    et vue de loin cela parait tentant.

    Mais à mon avis ces gens devaient avoir beaucoup des problèmes à résoudre puisque de problème en problème ces sociétés ont évolué et bien plus tard cela a donné des civilisations modernes.

    Aujourd’hui il est de toute façon il est trop tard , nous sommes trop nombreux pour pouvoir vivre de cette façon(pas assez d’espaces et de nourriture) et puis nous mêmes nous sommes dans la lancée de cette évolution et à notre tour nous devons résoudre nos problèmes du moment pour nous et les générations futures.


    • anty 16 novembre 2009 22:07

      Ma vision de choses est différente...


      • caleb irri 16 novembre 2009 22:42

        @ anty

        mon propos n’était pas de défendre une quelconque vision primitiviste, car en réalité je suis plutôt d’accord avec le votre (de propos). c’était juste pour donner un exemple de société, simple et rapide à esquisser.

        pour le fil à couper le peur, j’en ai bien conscience, mais il faut bien commencer la réflexion par le début !


        • Moristovari Moristovari 17 novembre 2009 10:25

          Un raisonnement savant, cartésien, systématique, bien dans l’air de notre temps technologique où règne la logique mathématique. Mais la vie, et donc la philosophie, n’est pas un système fait de plus et de moins, de leviers et de pistons. La vie n’est pas un programme informatique.

          Utiliser le mot « loisirs » -mot moderne, connoté culturellement - pour décrire une partie de la vie de sociétés primitives, c’est osé, limite absurde, sauf dans une vision Rousseauiste de l’Histoire. Vision quelque peu dépassé selon les connaissances anthropologiques actuelles.

          « notre individualisme n’est que le fruit de notre éducation » l’individualisme est inné à l’être, et l’être humain ne partage qu’un seul corps. Les besoins de ce corps, ses désirs, s’opposent parfois, souvent, à ceux des autres. Là est la racine profonde de l’individualisme, en aucun cas acquise.


          • caleb irri 17 novembre 2009 22:45

            @ moristoravi et @ freebird

            pour le mot « loisirs » je vous l’accorde dès l’entrée (à moristoravi), il est sans doute mal choisi.

            mais pour l’éducation qui fait l’individualisme je ne veux rien enlever !
            que l’individu soit confronté aux autres peut le faire rentrer en conflit avec les autres, mais c’est justement là que l’éducation (acquis) doit jouer son rôle

            si l’on concède une différence entre l’homme et l’animal, c’est peut-être bien là qu’elle se forme : là où l’animal laisse parler son instinct, il y a individualisme, et ce malgré le fait que cela participe à la sélection naturelle. tandis que l’homme, lui, est un être censé pouvoir refouler ses instincts pour les remplacer par l’amour, le partage, le don de soi. lorsqu’une mère n’a pas assez à manger pour elle et son enfant, il est possible qu’elle laisse sa part au petit, et cela va à l’encontre de son intérêt propre ; et il n’en a pas toujours été ainsi. car on peut également rétorquer que si l’enfant meurt de faim, la femme pourra en « faire » d’autres, et cela peut sembler logique, suivant la culture de celui qui raisonne.

            cet exemple est sans doute un peu extrême, mais montre que l’éducation peut intervenir sur nos instincts par la morale, et cela n’est pas inné.

            à considérer notre individualisme comme inné, nous optons pour la facilité, et nous nous justifions par notre animalité primitive. mais nous sommes plus que ça, et devons l’assumer.


          • Moristovari Moristovari 18 novembre 2009 14:31

            L’exemple n’est pas très clair ; la caricature est trop nette, le contexte flou, la psychologie absente. Si une mère préfère, dans le cas où le choix s’impose à elle, sauver la vie de son fils à la sienne, ce peut être parce qu’elle ne se sent pas le courage de vivre avec le poids d’un infanticide le reste de sa vie, parce qu’elle préfère vivre heureuse un court moment que coupable à jamais - bref par égoïsme. Si elle l’abandonne à son sort, son jugement est différent - peut-être que sa propre vie lui semble plus importante que celle de son enfant, qu’elle sait ne pas pouvoir survenir à ses besoins - mais toujours égoïste.

            Quel que soit la grandeur morale de nos actions, l’égoïsme s’en trouve toujours à la base. Toute l’œuvre des moralistes, de Montaigne à Nietzsche en passant par La Bruyère et La Rochefoucauld, fut de découvrir l’égoïsme sous-jacent à tous les actes humains. Un égoïsme fait d’instincts - part animal - mais aussi de choix conscients - on peut ainsi consacrer plusieurs années d’études dans l’espérance d’un bon emploi, d’un bon salaire. Un égoïsme luttant toujours pour le plaisir, le bien-être personnel.

            L’éducation détourne justement ces tendances égoïstes pour qu’elles servent le bien-être de la société, pour permettre la vie en société. Depuis la simple politesse jusqu’à l’enseignement général inculquant une culture commune et jetant les ponts vers la vie active. Toute vie en société possède des codes, des rituels qu’il faut apprendre, car la société est nécessaire à l’individu, car l’égoïsme est toujours mieux assouvi en société qu’en solitaire. Ainsi la société et l’éducation se sont-elles formées naturellement, non contre l’Homme mais par et pour lui. Ainsi l’individualisme est innée et malgré ses dissimulations sous des idéaux fraternels - acquis - reste le moteur de nos actes.


          • bright13 bright13 17 novembre 2009 11:17

            quand on a ses règles c’est qu’on n’est pas enceinte....


            • bright13 bright13 17 novembre 2009 11:17

              désolé.... :(


              • Daniel Roux Daniel Roux 17 novembre 2009 12:55

                L’article est la description de notre société moderne telle qu’elle prétend être en théorie. Les enfants reçoivent une éducation fondée sur la morale pronée par la société. Il existe des lois, un code pénal et un code civil qui couvrent l’ensemble de l’activité humaine, de ses dérives éventuelles et des sanctions correspondantes.

                Tout le monde est d’accord pour affirmer que la loi est nécessaire à la cohésion de la société.

                Le hic est que la loi n’est respectée que par une partie de la population, la plus grande, heureusement.

                Les délinquants issus des classes les plus pauvres pour la plupart, pourchassés et passant une partie de leur vie en prison.

                Les délinquants provenant des classes les plus riches, bénéficiant d’une bienveillance extraordinaire de la part des pouvoirs public au point que des lois sont spécialement faites pour eux. Les quelques rares cas d’emprisonnement bénéficie même de geôles spéciale VIP.

                Les premiers sont sanctionnés et l’acceptent comme faisant partie des règles du jeu. Les second ne sont pas sanctionnés, ou très rarement, et trouvent cela tout à fait naturel puisqu’ils sont le pouvoir économique et politique.

                La dégradation des valeurs ne correspond pas à un changement de paradigme mais à une prise de conscience par le peuple de l’existence d’une aristocratie financière, cupide, exploiteuse et arrogante contrôlant des élus cyniques, se gobergeant aux frais de ceux qu’ils n’ont de cesse de présenter, paradoxalement, comme des assistés qui coutent trop chers. 


                • oncle archibald 17 novembre 2009 14:17

                  à l’auteur : la lecture du dernier alinéa de votre prose me laisse tolement perplexe et je m’interroge sur l’éducation que vous avez reçue .... Outre qu’il y a des individus exceptionnels capables de rechercher l’intérêt de leurs enfants, parents, voisins, voire d’inconnus, avant le leur, le message évagélique qui est à la base de bien des règles de vie en Société ne demande pas cela, mais simplement d’aimer son prochain « comme soi même » .. Enfin l’éducation prend certes une part importante dans le façonnement de notre « moi » mais les adultes peuvent aussi avoir envie de faire autre chose que ce que leur ont appris leurs parents, envie de ne pas tomber dans les mêmes travers qu’eux, bref .. vivre par eux mêmes dans un contexte choisi ... Et l’exercice de la démocratie est sans doute l’une des meilleures façons de vivre en société, de choisir les règles que l’on impose au groupe, y compris à ceux qui sont minoritairement d’un autre avis ...

                  En bref, comme le dit Anty un peu plus haut, vous semblez vouloir réinventer le fil à couper le beurre mais on, ou je, ne comprend rien à vos plans pour en construire un de nouveau qui couperait mieux ...

                  • caleb irri 17 novembre 2009 22:33

                    @ oncle archibald

                    « aime ton prochain comme toi-même » est une joli concept, sauf dans le cas où l’individu en question ne s’aime pas. regardez autour de vous, et constatez le nombre de dépressifs : aimeriez-vous qu’ils vous aiment comme eux-mêmes ?


                  • Freebird 17 novembre 2009 17:07

                    L’auteur réinvente la roue, en partant en plus d’un postulat archi-faux : « nous savons que notre individualisme n’est que le fruit de notre éducation ». Or, c’est précisément parce que l’individualisme est inné, pas acquis, que nous avons besoin de règles.


                    • Raymond SAMUEL paconform 28 novembre 2009 09:38

                      Bonjour,

                      Hasardeux de dire ce qui est inné et ce qui est acquis, (comme toujours). Dire que la mère qui octroie, à son détriment, un reste de nourriture à son enfant le fait grâce à l’éducation qu’elle a reçu, je trouve ce point de vue bizarre (mais au fait, pourquoi « la mère » ? est-il entendu que le père n’a pas d’affects devant son enfant mourant de faim ? et aussi que, éduqué ou non, il n’a pas conscience de son rôle de protecteur de la femme/mère et de ses enfants en bas âge, et de tous les enfants d’ailleurs, dans le cadre d’un groupe constitué (famille, tribu, village etc...) ?
                      La reproduction est innée, la nature a tout prévu (la sexualité, les organes de reproduction, les hormones qui déterminent les actes et les sécrétions etc...).
                      Ces réflexes ne cessent pas à la naissance de l’enfant. Oui, nourrir l’enfant avant soi-même, c’est prévu par la nature et ça n’est pas le fruit de l’éducation.
                      PAR CONTRE l’éducation est venu perturber largement les lois de la nature, et ceci très facilement. Les parents, par exemple, se sont laissé persuader qu’il est indispensable de se séparer de leurs enfants, de les confier à d’autres qui n’ont que leur conscience professionnelle et pas la prolactine. Il s’ensuit beaucoup de désordres.
                      L’éducation, c’est la langue d’Esope.

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