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De la névrose au djihad

La névrose n’empêche pas de voir la réalité et d’agir ou de se maîtriser. Elle produit du désagrément et des sentiments le plus souvent négatifs, ressentiments, obsessions, idées fixes. Mais le surmoi veille au grain et dicte la conduite. Le comportement névrotique n’a rien d’une hallucination ou d’un délire qu’on peut rencontrer chez des sujets psychotiques. Bien au contraire, le névrosé a parfaitement conscience de la réalité dans laquelle il vit mais il la vit comme un fardeau ou du moins avec des épisodes marqué par le déplaisir voire un certain malaise. Comme disait Desproges, le névrosé sait que deux plus deux égale quatre et ça l’emmerde sacrément, alors que le psychotique est persuadé que deux plus deux égale cinq et ça le rend heureux. J’ai employé à dessein le mot déplaisir. Car la névrose nous situe dans un conflit bien connu des psychanalystes et propre au sujet qui se trouve écartelé entre deux principes, celui de réalité et celui de plaisir. Cette réalité étant un ensemble de déterminations imposées dans l’existence. Les unes naturelles, les autres liées à la cohésion sociale et à la loi de la cité. Les unes proviennent de l’extérieur, comme par exemple le « temps qu’il fait ». Un ciel pluvieux ou nuageux peut agacer, sans pour autant engendrer une névrose. Les autres sont des normes intégrées et fonctionnant avec comme instance le surmoi.

En général, les névroses ont pour ressort le désir et bien souvent le désir narcissique. Le regard porté sur les autres suscite une forme d’envie nous ramenant à notre condition qui est alors appréhendée de manière négative. Il n’y a que deux options pour gérer une névrose. Soit prendre un comportement déviant. C’est le cas de la délinquance et de toutes les formes d’incivilités liées souvent au défoulement utilisé comme exutoire pour se débarrasser des désirs contrariés voire narcissiques. Mais ces solutions s’avèrent illusoires. Comme du reste la stratégie de contournement employée par les pervers narcissiques qui sont des névrosés plus profonds que la moyenne. La seconde option consiste à accepter les règles de l’existence. Et comme le dit si bien la formule, il faut se faire une raison. Le sujet n’a pas le choix. Il doit accepter le déplaisir dans certaines tâches ou situation de l’existence. Mais il peut aussi, avec un travail sur son psychisme, pratiquer une sorte de pragmatisme stoïcien en acceptant les inconvénients de l’existence. Mais aussi chasser les névroses fabriquées intempestivement avec les mécanismes de désir narcissique. La solution à la névrose repose bien souvent sur l’acceptation de soi. Avec la prise de conscience des conditions du réel et de notre liberté. Par exemple, au travail, on peut ne pas supporter son patron ou ses collègues ou encore le travail à effectuer mais on comprend que c’est un choix lié à la liberté et la responsabilité et qu’il faut accepter cette situation car en changer serait pire au final ou alors se résoudre à faire un grand changement dans sa vie comme nombre de personnes l’ont fait, en changeant de pays, de travail, d’employeur, de conjoint.

Maintenant, nous pouvons comprendre le passage de la névrose à la psychose. Ces traits du psychisme sont difficiles à cerner. On sait que l’individu psychotique est dans un déni de réalité. Il ne parvient pas à se forger une représentation accordée au monde et part dans un délire interprétatif comme dans la paranoïa ou un déni interprétatif comme dans la schizophrénie. Certains individus sont psychotiques depuis un âge jeune. D’autres acquièrent des traits psychotiques après avoir suivi un parcours « normal ». Et l’on se demande alors si parfois, le névrotique est tellement envahissant que le psychotique se met en place comme un système de défense. L’individu se sent agressé par le monde. Alors il se protège dans le déni de réalité mais quand l’inversion se produit, cette défense devient une attaque et c’est peut-être dans ce sens que l’on peut expliquer le passage vers un délire religieux qui ne se réduit pas à une seule confession puisque toutes les religions contemporaines se prêtent à des usages délirants. Que l’on soit islamiste « décomposé » ou témoin de Jéhovah ou fondamentaliste créationniste, le rapport au réel est falsifié.

Au sein de ces dérives religieuses, la plupart des individus sont plutôt dans des mouvances quiétistes. C’est le cas des salafistes, des catholiques traditionnistes, des juifs orthodoxes refusant de porter les armes, des témoins de Jéhovah, des amish. Mais quelques dérives sont agressives. On se souvient des attentats aux Etats-Unis perpétrés par des activistes d’obédience fondamentaliste mais une bonne part des attaques terroristes provient des activistes islamistes qui eux, se réclament d’un groupe se présentant comme un Etat sans en être vraiment.

La névrose caractérise l’état psychique d’une bonne partie de la population dans les pays avancés. Les causes de cette pandémie névrotique sont diverses et si ça trouve, la névrose est un état naturel de l’homme en société. La névrose c’est comme le cholestérol, il ne faut pas dépasser un certain seuil. Certes, l’âme humaine se prête avec son essence désirante aux dérives névrotiques mais on ne peut exonérer les médias de masse qui eux aussi, renforcent ce trait en diffusant des news et autres images qui excitent les gens, engendrant peurs, haines, émotions, envies.

On pourrait penser que le développement névrotique des sociétés est un fait moderne. Il n’en est rien. Les initiés à la philosophie antique savent que des écrits relatent ces mêmes faits, preuve s’il en est que l’âme désirante humaine est une constante à travers les temps. Mieux encore, le livre X de la République de Platon offre une analyse saisissante des processus « poétiques » déployés pour « enfumer » les masses et perturber le bon fonctionnement de la raison, ingrédient indispensable pour vivre en harmonie dans une société ordonnée. Platon condamne en fait l’imitation. A notre époque, l’information joue le rôle de l’imitation qui induit des leurres cognitifs dans les consciences. C’est le surmoi, instance raisonnable s’il en est, qui est affecté par ce flux d’images émotionnelles. D’où le fait névrotique qui semble servir de terrain au délire idéologique permettant de décerveler des jeunes privés d’un lien social convenable et en quête de sens pour se lancer un défi dans l’existence.

De la névrose occidentale au djihad. Ou à d’autres exutoires. Tel est le sort d’un certain nombre d’âmes qui ne parviennent pas à surmonter les névroses et finissent pas se perdre en chemin. D’autres ne se perdent pas mais n’ont jamais tenté quelque chose d’aventureux. Ils sont les derniers hommes du troupeau et vont là où le système les amène. Que reste-t-il de l’humanité ? Je n’en sais rien mais vous en savez peut-être un rayon ou juste quelques bribes.

Je ne crois pas avoir bien développé ce thème de la névrose mais je dois avouer que mon inspiration a des limites et que ce thème ne me passionne guère. Les questions métaphysiques et théologiques sont bien plus intéressantes.


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9 réactions à cet article    


  • confiture 11 décembre 2015 12:12

    Bien vu, même si on peut dire que certaines névroses provoquent le productions d’articles


    • Jeussey de Sourcesûre M de Sourcessure 11 décembre 2015 12:58

      @confiture

       « certaines névroses provoquent le productions d’articles »... 

      C’est même un symptômes névrotique souvent décrit comme « compulsion de répétition ».

    • clostra 11 décembre 2015 19:15

      Il me semble que vous n’abordez pas le djihadisme sous l’un des angles qui nous éclairerait.

      Il me semble que derrière se trouvent des prescriptions religieuses qui vont jusqu’au sacrifice de sa propre vie d’une part et d’autre part, il y a des jeunes en quête de spiritualité comparable en effet au désir de voyage, de départ, d’un ailleurs etc prêts à entendre les messages qui vont dans ce sens. Ceux-là n’ont pas la notion du don de leur vie au sens propre.

      La particularité du djihadisme n’est pas le dépassement comme on peut l’observer chez de jeunes skippers, escaladeurs, prêts à donner leur vie pour se soumettre à leur passion qui sous entend qu’ils soient quelque part invulnérables, du moins souhaitent-ils (se) le prouver. La préparation est minutieuse pour éviter l’accident. Une sorte de rite de passage.

      La particularité du djihadisme est la réalisation d’un désir, la croyance dans la réalisation d’un désir qui le dépasse largement, une sorte de croyance - qui est revenu leur dire que ce fameux désir était réellement réalisé ? hystérie collective ? croyance, certainement. (je pensais au « jeu du foulard »)

      Et derrière une oeuvre collective (et religieusement justifiée) éliminer les « mécréants » susceptibles de faire plus de mal encore à l’humanité, dans leur vision du monde qui suppose que le mécréant soit incapable d’évoluer, y compris sous son influence.

      A la mort on leur oppose la destruction, pour ne pas être détruits. Oeïl pour oeïl dent pour dent. Curieuse idée dans un pays dit de culture chrétienne, qui prône de tendre l’autre joue.

      L’autre joue ... en neurophysiologie, il y a de forte chance qu’un gifle sur la joue droite n’aient pas le même effet qu’un gifle sur la joue gauche. Par extension, tendre l’autre joue peut faire diversion, c’est vrai (« je n’en reviens pas ! l’imbécile en redemande ! »), désarçonner l’adversaire ? ou simplement lui faire une autre proposition (« si on parlait » ?). J’avoue avoir été très surprise dans une série grand public (famille d’accueil) d’entendre que la réponse devait être proportionnelle ... c’est-à-dire bien « oeïl pour oeïl dent pour dent ». La réponse ne doit pas être proportionnelle ni même de même nature : elle doit être différente, elle doit permettre d’être proprement humain, de permettre la réflexion, d’ouvrir ce nouveau champ.

      Facile à dire n’est-ce pas. Quand derrière, des forces (protectrices pour les adeptes ?) visent le pouvoir, la puissance, la reconnaissance ?

      On est tout de même assez loin de la névrose, totalement en dehors du champ de la psychose.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 11 décembre 2015 20:33

        @clostra

        Vous pouvez bien dire qu’on est loin de la névrose et de la psychose mais vos propos et interprétations ne font que décrire des processus névrotiques et psychotiques.

        Mais je comprends. Il y a un principe universel qui conditionne le commentateur d’Agoravox : l’auteur d’un article se trompe nécessairement et le commentateur sait corriger l’erreur car il est de beaucoup plus savant que l’auteur.


      • clostra 11 décembre 2015 23:36

        @Bernard Dugué
        (parfois je me demande pourquoi cette phrase d’une histoire qu’on se racontait en 68 me revient comme à propos : « oui mais moi j’ai été malade cet hiver » - réponse d’une petite souris à un éléphant qui lui fait remarquer qu’elle est toute petite)

        Vous savez quoi Bernard, quand vous êtes comme ça j’ai envie de vous prendre dans mes bras. free hug

        Alors reprenons par des questions :

        est-ce que le skipper ou l’escaladeur est un névrosé ?

        est-ce que - je cherche des grandes choses - quelqu’un qui résiste est un névrosé ?

        est-ce que la névrose est finalement ordinaire, très ordinaire ?

        est-ce qu’un gamin qui joue au foulard dans la cour d’école est névrosé ?

        avec ça on doit pouvoir s’entendre.


      • clostra 12 décembre 2015 13:10

        @Bernard Dugué
        à la réflexion, quelque part vous avez raison. En effet, j’ai dit « désir » alors que je voulais dire « plaisir », plaisir d’une expérience nouvelle, différente, plaisir que donne une sensation. De l’ordre du sensationnel.


      • Zip_N Zip_N 11 décembre 2015 19:56

        Auteur, ce sujet fait aussi partie de votre nouveau genre ?

        Si les américains avaient pas interdit la prohibition d’alcool le monde serait devenu encore plus musulman ?


        • zygzornifle zygzornifle 13 décembre 2015 11:11


          Dans le Coran, le terme « GUERRE » est employé 9 fois
          Celui de « SUPPLICE » 12 fois, « INFIDÈLE » revient 47 fois
          Le verbe « TUER » et ses conjugaisons 65 fois,
          Le terme « FEU » (de l’enfer pour les mécréants) 150 fois,
          « MÉCRÉANT » 155 fois et la palme revient au terme
          « CHÂTIMENT » avec 354 citations…
          Pas une seule fois le verbe « AIMER » ne figure dans le Coran.
          Et oui !!!!! AIMER n’est pas musulman mais chrétien !!!!

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