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Accueil du site > Actualités > Société > De la permanence des a priori...

De la permanence des a priori...

... même chez ceux qui en sont les victimes !

Surfant négligemment sur les infos, j’ai été interpelée par une petite vidéo sur LaTéléLibre consacrée à une manifestation joliment intitulée kiss-in contre la lesbophobie, manifestation organisée à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie à l’appel du Comité IDAHO, d’ACT UP PARIS et des Panthères roses. Il s’agissait par l’organisation d’un kiss-in, et non sit-in donc (on en déduira le mode de manifestation), de revendiquer la visibilité des lesbiennes victimes d’une double discrimination : celle faite aux homosexuels et celle faite aux femmes. A noter que dans le même temps, des militants étaient interpelés devant l’Elysée alors qu’ils manifestaient pour la reconnaissance de cette journée par l’état français (simple oubli ou intention délibérée ?). Et que d’autres, reçus par Rama Yade parvenaient à obtenir la promesse de reconnaissance future de cette journée et de l’engagement du gouvernement dans la lutte contre l’homophobie à l’échelle internationale.

Etant moi-même lesbienne, j’étais curieuse de découvrir cette vidéo. Pourtant, acquise de fait à la lutte pour l’égalité des droits et contre la discrimination des homosexuels, je n’ai pu m’empêcher d’être perturbée par certains messages renvoyés par les manifestants, messages maladroits à mon sens, voire contre-productifs.

Que les choses soient claires d’entrée de jeu : je ne dénie certainement pas cette lutte. Bien au contraire je salue le courage de ceux qui la mènent et les remercie pour les avancées qu’ils ont permises (dépénalisation, dépsychiatrisation entre autres), avancées dont je bénéficie dans ma vie de tous les jours. De plus, je trouve parfaitement légitime qu’ils revendiquent de nouveaux progrès car même si nous bénéficions en France et dans la plupart des pays occidentaux d’une chance certaine par rapport à la plupart des homosexuels sur le globe, il est encore inacceptable que nos droits ne soient pas celui de n’importe quel citoyen et que des discrimnations existent encore. Car malgré ce que peuvent en penser certains réacs (j’assume le terme) qui ont en plus le culot de se dire non homophobes, cette différence, alors qu’elle n’est que du domaine de l’intime, reste stigmatisée de façon excessive et conduit à nous faire déconsidérer dans de nomreux domaines : social évidemment avec le simulacre du PACS plutôt qu’un simple mariage et le "problème" de l’homoparentalité, mais aussi ordinaire avec les brimades sinon les violences qui nous sont exercées quand nous nous soit-disant affichons ! Soyons honnêtes : je suis quelqu’un de parfaitement ordinaire avec des attentes parfaitement ordinaires. Je me lève le matin pour aller bosser, je fais mes courses très banalement, je rève de tomber sur l’âme soeur pour fonder un foyer et en attendant je vis des relations plus ou moins longues comme n’importe qui. Il se trouve juste que les personnes par qui je suis attirée et dont je tombe amoureuse sont du même sexe que moi. C’est loin d’être un choix, juste le constat d’un fait inexplicable (allez demander de même à un hétéro pourquoi il est hétéro ???, ou à n’importe qui pourquoi il préfère le chocolat à la vanille, ça n’a pas de sens !). J’ai fini par considérer ce fait comme ma normalité, tout aussi digne d’être vécue que toutes les autres normalités : il s’agit avant tout de sentiments ! Quand je dis "fini par considérer", c’est que comme tout homo j’imagine, je me suis trouvée confrontée à une opinion générale qui fait que nous restons quoiqu’on en dise anormaux, et qui fait encore souffrir de nombreux jeunes dans la découverte de leur sexualité. De façon plus quotidienne, je trouve normal de pouvoir embrasser ma copine dans la rue et insupportable d’être prise à partie par des bien-pensants qui se sentent provoqués alors que ce geste est parfaitement anodin chez les hétérosexuels. J’estime être quelqu’un de modéré et tiens à ce que mes propos n’agressent pas ceux qui n’adhèrent pas à mon point de vue. Simplement je souhaite faire comprendre en quoi je me sens normale malgré mon appartenance à une minorité et en quoi j’estime normal à ce titre d’être traitée comme la majorité.

Si nous nous interrogeons sur ces notions de minorité et majorité d’ailleurs, il semble qu’elles soient encore trop le fait de différences stigmatisées (appartenance ethnique et religieuse, identité et orientation sexuelle pour les plus importantes) quand tant d’autres paramêtres nous rendent différents de n’importe qui d’autre, même à l’intérieur de communautés bâties sur ces spécificités. Comme si les hétéros qui éteignent la lumière pour faire l’amour n’étaient pas aussi choqués par ceux qui pratiquent la fellation ou l’échangisme que par les homos ! En quoi définissent-ils leur normalité d’hétéro dans ce cas ? Pour étendre le débat, j’ai tendance à penser que tant de différences existent qu’elles font de chaque individu une singularité absolue, parfaitement incompréhensible dans son intégralité. Alors oui, les interrogations d’un homo sur son orientation sexuelle ne sont pas accessibles à un hétéro, mais il n’est pas réductible à sa seule sexualité. Pourquoi cette différence serait-elle préséante sur le fait qu’il est un quadragénaire salarié en face d’un retraité ex-profession libérale ? Celà découle à mon sens de la difficulté de définition du soi dans notre société qui par ailleurs nous offre tant de visibilité sur l’autre et tant de liberté individuelle. On s’alarme depuis quelques temps de la communautarisation. Cette tendance traduit à mon sens le confort de trouver des repères et une niche protectrice permettant aux individus à se conformer à un groupe, voire un sous-sous-sous groupe sans trop s’embarrasser de questions existentielles. Le danger est que non seulement elle conduit à une définition du soi par rapport à l’autre au sein de la communauté, mais surtout en opposition à l’autre en dehors !

Et là où je veux en venir, c’est qu’il est tellement difficile de s’affranchir de ces repères, que ceux qui les subissent dans certains domaines finissent par les reproduire. Ainsi les affichettes qui m’ont génée dans cette manifestation : "Nos seins sont pour nos amantes, pas pour les bébés" ou encore "nos jouissances sont à nous, pas aux pornos hétéros". Comme si la lesbienne était par définition une multi-partenaire, renforçant les a priori de ceux qui ne considèrent notre différence que sur le plan sexuel, faisant de nous des perverses. Attention, je n’ai rien contre le libertinage à l’occasion, tout comme la plupart des hétéros il me semble. Mais je ne crois pas être exceptionnelle en tant que lesbienne en déclarant mon rêve de monogamie. Deuxième point, comme si l’homosexualité était incompatible avec la maternité. Là je suis carrément consternée ! Alors que la parentalité consitue l’une des revendications les plus fortes dans la communauté homo ! Et dernier point, cette opposition à l’hétérosexualité et à l’homme. J’ai tendance à voir dans ces maladresses l’empreinte d’une forme d’ultra-féminisme dans un combat certes indispensable mais complètement daté où il s’agissait de faire comprendre que la femme ne se réduisait pas à la notion de mère ou d’objet sexuel du mâle dominant. Le fait est que si l’on se penche sur la "communauté" lesbienne, on s’aperçoit vite que deux tendances cohabitent en se supportant difficilement l’une l’autre. D’une part celles qui adoptent une attitude "camionneuse", étendard de la visibilité lesbienne, et d’autre part les plus féminines, mieux tolérées parce que moins visibles. Il s’agit à d’un racourci un peu rapide, mais il traduit assez bien ce besoin de confomisme au sein de sous-sous-groupes... Les deux restent légitimes : mise en visibilité de nos existences d’une part, et banalisation de nos différences pour une meilleure "intégration". Mais voilà, là où le bas blesse, c’est qu’on finit par reproduire nous-même des intolérances, des schismes quand on voudrait s’en affranchir par ailleurs.


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2 réactions à cet article    


  • Serpico Serpico 24 mai 2008 13:50

    J’avais un a priori (positif) : je pensais que les homosexuels étaient les plus sensibles aux discriminations quelles qu’elles soient.

     

    La réalité est proprement renversante : certains sont encore plus réac que la moyenne. Beaucoup, quand ils sont dans la vie politique, ne sortent de leur réserve que pour exhiber une xénophobie de dimensions cosmiques.

     

    Finalement, je me dis que l’être humain ne gagne des batailles pour sa paix personnelle que pour mieux lancer des guerres contre celle des autres.


    • simplementflo 24 mai 2008 15:21

      Malheureusement oui, on pourrait croire qu’être victime de discrimination entrainerait de facto à une réflexion sur la relativité de la notion de différence et de normalité, mais dans la réalité chacun se bat pour sa paroisse... Les homos ne sont ni pires ni meilleurs que les autres en ce sens.

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