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Le principe de permission implicite.
La neige dévoile bien des intentions malignes, des évolutions dans les mentalités, des précautions qui deviennent permissions. Cet aléa climatique, ce cadeau des cieux ou cette calamité pour les routes est devenue l'occasion de dévoiler les changements d'une partie de la société qui trouve prétexte de cette intempérie pour ne pas travailler.

Ce matin dans mon établissement scolaire qui accueille des adolescents de 12 à 16 ans, la neige a provoqué une vague d'absentéisme sans précédent. Pourtant, nous sommes en centre ville, les bus et les tramways fonctionnent à Orléans et bien rares sont les enfants qui viennent d'un peu plus loin. Le prétexte était trop beau, le flocon fait le larron !

Rassurez-vous, la belle astuce a également attiré quelques adultes. Car il en va ainsi désormais dans cette fonction publique qui perd de plus en plus la perception de sa dimension de service. Un chef qui arrive en retard, repart chez lui pour vaquer à d'autres soucis, des enseignants qui sont bloqués chez eux quand d'autres ont pris des précautions pour arriver à l'heure.
Alors, que dire aux élèves, quand dans le même temps, le Conseil Général au nom du désormais sacro-saint principe de précaution interdit ce jour les transports scolaires ? Dans l'inconscient des jeunes, la neige est devenue l'autorisation implicite de ne pas venir à l'école. J'avais intercepté des conversations le vendredi de réputés courageux se plaignant alors de l'absence des précieux flocons qui les avait contraints à venir …

L'information qui tourne en boucle, les flashs spéciaux pour 5 centimètres de poudreuse, les alertes et les interdits préfectoraux ont depuis longtemps eu raison de bien des volontés. Désormais, la neige laisse les moins courageux, les plus prudents, les cossards et les lascars à la maison. Nous le savons, nous ne pouvons que constater cette évolution qui n'accorde plus l'importance que l'école avait autrefois.
Combien d'anciens nous racontent qu'en ces jours d'exception, ils parcouraient quelques kilomètres à pied pour se rendre malgré le froid et le manteau neigeux au rendez-vous des cours ? C'est désormais un passé révolu. Même nos chers élus ouvrent le parapluie et demandent à leurs administrés en culotte courte de rester à la maison. Les jolis futurs travailleurs que voilà !

Je suis d'autant plus en colère que les plus grands sont à moins de six mois de leur entrée dans la vie active. Se rendent-ils compte que cette journée volée ne leur sera pas pardonnée quand ils seront en apprentissage ? Pourront-ils alors faire l'effort qu'ils sont incapables de produire aujourd'hui ? Quelle belle éducation collective nous leur proposons ainsi !
Le principe de précaution appliqué avec une extrême vigueur quand il s'agit des risques de circulation semble bien moins soucier tous nos dirigeants quand on regarde du côté de nos chères centrales nucléaires. C'est bien la preuve qu'il n'est qu'un prétexte pour poursuivre la lente dégradation des valeurs collectives, la déliquescence des consciences.

Je sais qu'on va encore me jeter à la figure le risque d'accident routier. Que se passe-t-il dans les pays touchés par des hivers rigoureux ? La vie s'arrête-t-elle pour autant ? Nous perdons de vue l'essentiel, nous sombrons dans un assistanat absurde qui démotive ou déresponsabilise chacun de nous. Je ne peux l'admettre sans me révolter contre cette mascarade qui nous transforme ce jour en gentils animateurs pour les derniers des mohicans.
Je veux enfin féliciter les familles qui ont pris sur elles de conduire leurs enfants en voiture au collège, j'en ai comptabilisé 6, les élèves qui sont venus à pied. Ceux-là échappent à la régression générale dans laquelle on veut installer notre nation. Car je ne peux croire que ce mouvement d'érosion de la conscience professionnelle ne soit pas le fruit d'un plan délibéré de ceux qui bradent notre société ! « C'est abuser, personne ne vient en cours ! » s'exclame en classe Pamida, qui né au Congo, découvre la neige et ses curieuses conséquences chez l'autochtone …

Enneigement leur.

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