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Décombres ?

Ces périodes de fin d’année et de début d’une autre, sont toutes presque uniquement consacrées aux bilans et aux visions d’avenir.

Les vœux publics succèdent aux vœux publics, chacun s'essayant à véhiculer de l’espoir tout en ne niant pas la réalité des difficultés. L’époque ne rend pas l’exercice très facile. Il ne serait pas en effet très « prudent » de simuler un optimisme béat alors que la grande majorité des citoyens est en proie à un sentiment beaucoup plus réservé quant à une « embellie » prochaine. On peut effectivement enregistrer à l’échelle nationale une tendance croissante du pessimisme face à l’avenir du monde et plus particulièrement de la France. Curieusement d'ailleurs ce pessimisme est plutôt "collectif" et moins perçu au niveau individuel. Comme si nous avions des craintes pour notre capacité collective à nous adapter aux changements avec le secret espoir de "s'en tirer" individuellement.

Certains pensent, sans doute à juste titre, que l’on est très loin d’avoir résolu les vraies questions et que le pire reste à connaître. Certes il y a toujours des Cassandre, mais il est non moins vrai que cette période relativement calme des « fêtes » ne peut nous laisser oublier les obstacles qu’ils nous restent à franchir pour sortir de ce qu’il est de bon ton d'appeler « La Crise » et qui n'est en fait qu'une décadence comme il y en eu bien d'autres dans l'Histoire.

Les gouvernements successifs, ici et ailleurs, pris par l’urgence, n’ont jusqu’à présent fait porter leurs efforts que sur les questions dites « urgentes », le sauvetage de la monnaie commune ici, les structures financières là. Ils n’ont pas pu ou voulu, jusqu’à présent, touché au fond, au "système".

La pensée « dominante » qui ne veut envisager le « salut » qu’à l’intérieur des structures actuelles, Européennes en particulier, demeure impossible à contester sans passer pour un « illuminé » Cette incapacité à remettre en question le fond n’est pas l’apanage de l’Europe. Aux Etats-Unis, même si Barak Obama emporte la première manche de l’impôt face à ses opposants républicains, il ne règle pas l’abyssal gouffre grandissant de la dette dans ce pays. La machine à fabriquer du « papier Dollar » va continuer à fonctionner à plein régime.

Cette séquence mondiale renvoie en fait à une question vieille comme le monde, celle des « inégalités » économiques, d'autres appelleront ça la "lutte des classes". La problématique n’est pas spécifique à la France bien sûr, même si nous avons notre approche personnelle héritée de notre Histoire, de nos passés révolutionnaires etc. Cette problématique existe dans le nouveau monde, mais aussi en Chine, dans tout l’Asie. Une nouvelle « révolution culturelle » en Chine n’est pas à exclure.

Schématiquement, nos sociétés se divisent entre un groupe qui traite l’autre de « riches égoïstes » qui se « servent sur les employés, les salariés » et l’autre qui considère les « pauvres assistés comme incapables de s’adapter à la réalité du monde » … La sensation que la marche du monde ne s’arrêtera pas sur commande et que des conséquences douloureuses déboucheront de ces bouleversements, existe. Une peur de l’inconnu pourrait justifier l'immobilisme. Avons nous collectivement des capacités de rebond, d'adaptation ? Voilà une première question.

Les tensions pourraient devenir très fortes, se polarisant dans un premier temps sur les structures politiques en place avec des alternances décevantes. Puis vers des radicalisations brutales ; nous pouvons ainsi nous inquiéter fortement de la percée des néo-nazi en Grèce, qui se retrouvent en peu de temps troisième force politique du pays, principal support des Grecs face à la montée de la délinquance et surtout support des forces de polices. Enfin ces tensions peuvent se résoudre parfois par la « révolution »

Il est également banal de constater que l’intérêt particulier devient prépondérant par rapport à un « intérêt général » repoussé au rang des archaïsmes d’avant facebook. Les médecins ne veulent pas subir de déflation de leurs revenus mais comprennent que les finances de la sécurité sociale vont mal, les entrepreneurs exigent le rétablissement de leur marge et de leur compétitivité mais comprennent que l'Etat doit équilibrer son budget, les riches comprennent qu'ils doivent être solidaires mais se demandent pourquoi ne pas être solidaire ailleurs et surtout qu'il est injuste de payer des impôts qui vont a des assistés et à un état glouton ... les pauvres vivent de plus en plus une forme de pauvreté que nous pensions révolues.

Le Président de la République a parlé de nécessité d'un Pacte. Celui-ci serait effectivement nécessaire afin de réussir à réduire les intérêts privés pour l'amélioration de l'intérêt commun. Il a raison mais n’a pas les moyens de l’instaurer réellement ; c’est un vœu pieux. Le dernier « pacte » remonte à la « Libération » et il fut fondé sur des décombres ; il est obsolète. Faudra-t-il attendre de nouveaux décombres pour reconstruire ? C’est un sentiment de plus en plus partagé. « Les sociétés s'entêtent à poursuivre des schémas connus au lieu d'inventer. Certaines sociétés cherchent à trouver dans l'autre (l'immigré ; le riche ; le pauvre ; le religieux...) la cause des maux au lieu de chercher un consensus qui se révèlerait sans aucun doute plus avantageux.

les Français ont à faire le deuil de la France telle qu’elle se définissait au XXe siècle et accepter de reconstruire une identité collective nouvelle. Les bouleversements seront profonds. Par exemple le concept de solidarité, j’aide l’autre donc je m’aide moi-même, est à reconquérir : le développement d’une solidarité dépassant les intérêts corporatistes de telle ou telle profession ou encore de telle ou telle formation politique pourrait nous aider. Sommes-nous capables de l'envisager dans un volontarisme calme ?

Malheureusement pour l'avenir de nos enfants ce « nouveau consensus » risque de rester une pure utopie. L’Homme aurait-il besoin des « décombres » pour construire du nouveau ?

En cette période de souhaits, le mien pourrait être en forme de réponse négative : je souhaite qu'il sache enfin construire du neuf sans attendre les "ruines"

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