Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Décrire scientifiquement des métiers

Décrire scientifiquement des métiers

Les médias essayent de nous faire croire que l’argent est un but, alors que ce n’est qu’un moyen d’obtenir certaines richesses. Pour faire cela ils essayent de pervertir des métiers. Il y a évidemment des métiers plus pervers que d’autres. En même temps ils nous disent que tout le monde serait honnête sauf l’étranger.

Il nous est très difficile de décrire scientifiquement la logique de notre propre métier. Cela tend à nous remettre en cause. Je pense que mon métier d’informaticien nécessite l’achat d’ordinateurs. C’est parce qu’il y a beaucoup d’informaticiens en France qu’on est engagé dans le tout numérique, consistant à importer des ordinateurs venant d’Asie, pour détruire nos industries. L’informaticien fait donc un peu la loi. Mais il n’y a pas que lui qui la fait. Voici un extrait du livre "Les Principes de la Science Sociale" de Henry Charles Carey. Le trafiquant est, selon Henry Charles Carey, celui qui achète à bas prix pour vendre cher, selon le fameux rapport qualité/prix. Voici la réponse à cette fameuse question : Pourquoi un empire finit par imploser ?

« Pour les individus qui vivent du travail d’appropriation, l’accroissement du commerce n’est pas désirable, son développement étant partout accompagné de la diminution dans l’éclat et la magnificence de ceux qui veulent diriger les mouvements de la Société en vue de leur avantage personnel. L’homme d’Etat profite de son isolement à l’égard de ses semblables, et il en est de même de l’homme de loi, du trafiquant, du grand propriétaire d’une terre mal cultivée, et de tous les autres individus appartenant aux classes dont les moyens d’existence et de distinction sont dus à leur intervention, entre ceux qui produisent les denrées et ceux qui en ont besoin pour leur consommation. Tous ces individus recueillent un profit temporaire, en empêchant la continuité du mouvement dans la société ; et plus est grand leur pouvoir d’agir ainsi, plus est considérable la part proportionnelle du produit du travail qui leur revient, et plus est faible celle qui reste à partager entre les travailleurs.

Le courtier ne désire pas que ses commettants puissent se réunir et arranger leurs affaires sans son intervention. Le contraire est tellement vrai que plus les distances qui les séparent sont considérables, plus il peut facilement amasser une fortune à leurs dépens, achetant, pour lui-même à bas prix et à leur détriment, lorsque les prix sont bas, et vendant pour son compte, et de plus aux dépens de ses commettants, lorsque les prix sont élevés. Le propriétaire d’esclaves vit en empêchant l’association parmi ces individus qui lui appartiennent, exigeant d’eux qu’ils lui apportent les denrées qu’ils produisent, et qu’ils viennent à lui pour toutes celles qu’ils ont besoin de consommer. Le voiturier n’ignore pas que plus les obstacles sont nombreux entre le producteur et le marché où il vend ses produits, plus sera considérable la demande de chevaux ou de voitures, et plus sera forte la proportion des denrées qu’il retiendra à titre de compensation pour ses services. L’armateur se réjouit lorsque les individus sont forcés de se séparer les uns des autres, ainsi que cela a eu lieu dans la dernière guerre de Crimée ; ou lorsque la pauvreté les force d’abandonner leurs foyers pour émigrer vers des contrées lointaines, parce que cet état de choses amène la demande de navires. Il se réjouit également lorsque les récoltes sont abondantes, et que la quantité qui a besoin d’être transportée, s’accumule constamment, amenant une hausse dans le prix du fret. Les intérêts réels et permanents de toutes les classes d’individus sont uns et identiques ; mais leurs intérêts apparents et temporaires sont différents ; et c’est pourquoi nous voyons les individus et les nations s’occupant constamment de poursuivre les derniers, à l’entière exclusion des premiers. Aveuglés par l’idée du profit et de la puissance du moment, les grands hommes de la Grèce et de Rome, ne tinrent aucun compte de ce fait, qu’ils épuisaient constamment les forces de la société dont ils faisaient partie ; et suivant leurs traces aveuglément, ceux de Venise et de Gênes, de la France et de la Hollande, de l’Espagne et du Portugal, ont suivi une marche exactement semblable, et toujours accompagnée des mêmes résultats.

Il en a été de même, invariablement, par rapport au trafiquant, dont le plus vif désir a toujours été de maintenir à son plus haut point, et même d’accroître le besoin qu’ont les individus d’user des instruments de transport et de limiter même ce besoin à l’usage de l’instrument qu’il possédait lui-même. Plus ce but put être complètement atteint, plus devint complète aussi la centralisation du pouvoir, — plus devinrent splendides les lieux où les échanges devaient s’effectuer nécessairement, — et plus fut grande la prospérité temporaire du trafiquant ; mais plus rapide aussi fut sa décadence et plus complète sa ruine. Les Phéniciens et les Carthaginois, les Vénitiens et les Génois, les Espagnols et les Portugais, les citoyens des villes anséatiques, et leurs rivaux les Hollandais, se montrèrent en tout temps impitoyables dans leurs efforts pour forcer les habitants de leurs colonies à venir dans leurs ports et à faire usage de leurs navires. En même temps qu’ils cherchaient ainsi à accaparer le pouvoir comme moyen d’obtenir la richesse, tout ce pouvoir était employé dans le but de maintenir à son apogée la charge imposée aux autres peuples, par suite de la nécessité d’effectuer les changements de lieu. Ceci, en outre, leur donna des avantages pour l’achat des matières premières, en les leur faisant accumuler dans leurs ports, et les soumettant, conséquemment, comme aujourd’hui, à de lourdes charges et à des risques considérables, et des avantages égaux pour le reste de ces matières, lorsqu’elles furent fabriquées et prêtes pour la consommation. C’est ainsi qu’ils s’enrichirent momentanément, tandis qu’ils appauvrissaient considérablement tous ceux qui dépendaient de leur assistance, précisément, ainsi que nous le voyons aujourd’hui, par rapport aux individus et aux compagnies qui trafiquent avec les malheureux aborigènes de notre continent occidental, avec la population mexicaine, avec les Finlandais et les Lapons de l’Europe septentrionale, les indigènes des îles de l’Océan Pacifique et ceux de l’Afrique.

Épuisant les peuples avec lesquels ils trafiquaient, ils trouvèrent une difficulté perpétuellement croissante pour l’entretien du trafic, par suite de l’accroissement constant des famines et des épidémies, telles qu’on en voit sévir si fréquemment, de nos jours, en Irlande et dans l’Inde. A mesure que la population diminuait, on voyait diminuer en même temps le pouvoir d’entretenir les routes et les ponts qui la conduisaient au marché, soit pour vendre les misérables produits de ses terres, soit pour acheter les denrées nécessaires à sa consommation ; état de choses que l’on voit maintenant en action à la Jamaïque et en Irlande, dans l’Inde et au Mexique ; dans tous ces pays la variété dans les produits de la terre diminue constamment, en même temps qu’il y a tendance correspondante à la diminution dans leur quantité. Nulle part cet état de choses ne se révèle d’une façon plus éclatante qu’en Turquie ; C’est à propos de ce pays qu’un voyageur moderne s’exprime ainsi : « Dans chaque canton, la plus grande partie des classes agricoles cultive les mêmes articles de produit et suit la même routine de culture. Conséquemment, chaque individu possède en surabondance les articles que son voisin désire vendre. (7) » C’est là précisément la situation qui existe au Brésil et dans l’Inde, dans la Virginie et la Caroline. Sous l’empire de pareilles circonstances, — le pouvoir d’entretenir le commerce étant nul, — le pauvre cultivateur se trouve soumis « à la tendre compassion » du trafiquant, dont le pouvoir à son égard augmente, avec la diminution de la possibilité d’entretenir des relations avec ses semblables ; et de là vient que ce cultivateur est tellement asservi. Tels sont les résultats qui dérivent nécessairement de ce fait : l’homme devenu un instrument dont se sert le trafic ; mais que celui-ci ne réussisse pas à profiter d’une telle injustice, c’est ce qui est prouvé, par la décadence et par la chute définitive des sociétés dont la prospérité était due exclusivement à ce même trafic. »

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.5/5   (8 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès