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Démocratie Digitale

Démocratie Digitale

 

La démocratie est un concept vieux de la Grèce antique. C’est un régime politique par lequel le peuple élit des représentants qui gouverneront selon sa volonté et dans son intérêt. Abraham Lincoln exprime très bien ce concept en le formulant ainsi : la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. On comprend ainsi que l’intérêt général doit être prioritaire dans la prise de décision d’un gouvernement. Ce système politique tend petit à petit à se généraliser et est associé le plus souvent à la meilleure alternative aux systèmes autoritaires.

La démocratie directe correspond à une gouvernance directement exercée par le peuple, sans utiliser d’organes représentatifs en tant qu’intermédiaire. Cette forme d’organisation reste très minoritaire à cause du processus décisionnel très cher, et difficile à mettre en place pour une population croissante et trop nombreuse. Ainsi les démocraties actuelles correspondent à un modèle de démocratie représentative, où le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire de représentants élus.

Ce système politique implique cependant certaines dérives et faiblesses.

D’abords, le système de représentation implique l’existence de partis politiques. Ces partis représentent une certaine idéologie politique, sociale et économique, pensée et débattue par les adhérents. Si celle-ci devrait servir l’intérêt général, elle est souvent biaisée par une forte représentativité de certaines classes sociales au sein du parti. Ainsi c’est une idéologie servant également l’intérêt de cette classe sociale. Lorsqu’un candidat issu d’un parti est au pouvoir, quelle priorité va-t-il donner aux différents intérêts qu’il représente ? Prenons un cas extrême, les Etats-Unis : Les campagnes de la dernière élection présidentielle entre Barack Obama et Mitt Romney ont coûté 2,6 milliards de dollars. Et celles-ci ont été principalement financées par des fonds privés. Ce financement est évidemment intéressé et du point de vue du financeur, doit représenter un poids dans les futures décisions susceptibles de le concerner. On a ici un nouvel intérêt individuel qui intervient dans le processus de décision et complètement étranger à l’intérêt général. On peut constater que le système représentatif implique donc des conflits d’intérêt fondamentaux dans le processus de décision d’un représentant.

Un problème récurrent en politique et desservant complètement l’intérêt général est la corruption. Présente à plus ou moins grande échelle selon les gouvernements, elle est dans tous les cas un danger pour la population puisque l’intérêt général n’est plus prioritaire dans le processus de décision. Ce manque d’éthique de la part de nos représentants traduits une distance trop grande entre la vision politique de ceux-ci et les attentes de la société. De plus, il est presque nécessaire de tricher en politique pour obtenir le pouvoir. Un joueur jouant selon les règles aura des options limitées comparé à des adversaires tricheurs, et ceux-ci les exploiteront pour prendre un ascendant dans le jeu politique. L’éthique se perd à mesure que l’on monte dans les hautes sphères, et nous considérons presque cela comme une fatalité. Ainsi le manque de transparence et la complexité du monde politique donnent encore à nos représentants une marge de manœuvre et des échappatoires assez importantes pour infecter le système démocratique et rester au pouvoir.

La langue de bois : Très souvent utilisée par les hommes politiques, cette manière de ne pas répondre aux questions embarrassantes illustre bien cette distance prise par rapport au peuple. Le choix de plaire plutôt que d’assumer ses propos caractérise le débat politique stérile présenté sur les médias. Pour se faire élire, attaquer la crédibilité d’un adversaire lors d’un débat est évidemment plus efficace que se concentrer sur les réelles différences qui caractérisent 2 visions différentes. Au lieu de stimuler l’intellect du public, nos hommes politiques se concentrent sur nos émotions et sentiments irrationnels, technique certainement plus efficace pour leur image mais sans pertinence considérant notre intérêt réel.

Une autre réalité de notre système démocratique est que les personnes élues ne représentent pas réellement une majorité. Prenons une élection présidentielle. Supposons 6 candidats différents dont 2, représentants les principaux partis. Si ces 2 partis obtiennent respectivement 30% et 25% des voix au premier tour, en comptant 20% d’abstention, théoriquement le second tour ne concernera même pas la moitié de la population, le vote blanc n’étant généralement pas pris en compte dans les résultats (En réalité l’abstention est bien plus élevée…). Ainsi les électeurs ayant voté pour un des 4 autres partis non retenus voteront au deuxième tour pour le candidat « le moins pire ». D’où l’expression populaire : La démocratie n’est peut-être pas le meilleur système, mais c’est le moins pire.

Mais quand pourrons-nous assumer d’affirmer que c’est le meilleur système ? Comment peut-on surpasser nos faiblesses ?

L’émergence d’internet a provoqué un profond bouleversement dans nos sociétés. Il n’est fondamentalement pas positif ou négatif, seulement inévitable. En quelques décennies internet est devenu le vecteur principal de l’information, et contrairement aux anciens médias, nous avons aujourd’hui la possibilité d’interagir entre nous, affranchis des limites spatiales et temporelles que nous avions auparavant. On a observé une multiplication et une diversification des communautés, celles-ci s’organisant de plus en plus grâce à internet. L’émergence et la diffusion de l’information est accélérée par l’intermédiaire de ces nouvelles communautés. Cette nouvelle connectivité et interactivité permettent de créer des synergies inédites, sources d’innovations comme l’open source. Le domaine économique s’est également rapidement approprié ce nouvel outil : il existe déjà des monnaies numériques alternatives, avec des marchés alternatifs. Le domaine social en a également profité : de nombreux mouvements ont survécus et se sont même agrandis, organisés et ont pu amorcer des changements fondamentaux dans les sociétés, comme les révolutions arabes. Enfin nous avons développé à travers Wikipédia la plus grande base de données éducative jamais créée. Mais qu’en est-il du domaine politique ?

Internet a permis de décupler le nombre d’interaction au sein de la société, instauré un nouveau dialogue social et peu importe à quel point on le trouve pertinent, c’est une tendance réelle. Cependant nos gouvernements tendent plus à vouloir encadrer et contrôler ce dialogue plutôt qu’à y prendre part, et ce sont probablement les faiblesses de notre système politique actuel qui ralentissent son évolution. En réalité internet modifie fondamentalement l’équilibre des pouvoirs existant entre le peuple et ses représentants. Et ceux-ci tendent tout naturellement à résister à ce changement. Nous perdons confiance en nos représentants, et ce à juste titre, car ce sont les rares personnes desquelles nous sommes toujours aussi loin : Nous en sommes déconnectés.

 Il est pourtant évident que l’utilisation d’internet pour améliorer le débat public et organiser un meilleur processus de sélection de nos représentants serait bénéfique à notre système démocratique. La société aurait la possibilité de donner son opinion, de participer activement à la gestion de ses intérêts. Aujourd’hui, pour le peuple, à part ses rares opportunités de voter, le moyen le plus concret de se faire entendre et de s’exprimer est de manifester dans la rue. La meilleure manière de rétablir la confiance de la société envers la politique est de lui proposer plus de transparence et l’assurance que son intérêt est prioritaire, en lui donnant le pouvoir de s’exprimer. Il est vrai que l’organisation de scrutins coûte cher, mais ce n’est plus le cas lorsque l’on vote par internet. 

Les partis politiques se réformeraient et se chercheraient une nouvelle fonction dans le système. Au lieu de propager leur idéologie, ils auraient à disposition l’opinion de la société qui les forcerait à se remettre en question, à proposer des débats constructifs et pertinents dans leur propos. Il ne serait plus question de remettre en cause la crédibilité de l’adversaire mais plutôt de montrer la validité de son idéologie et permettre sa progression.

La nouvelle transparence que nous obtiendrions nous ferait choisir nos représentants en fonction de leur capacité, et non plus de leur charisme. Le bagage nécessaire pour se faire élire ne serait plus les fonds de campagne ni la popularité de l’idéologie du parti mais une vie éthiquement exemplaire et transparente. L’ambition servirait davantage l’intérêt du peuple que le sien. De plus nous aurions à disposition toutes les informations nécessaires pour prendre une décision et donner une opinion en connaissance de cause. Celles-ci seraient accessible universellement et c’est tout l’intérêt d’internet dans notre système démocratique. Le manque de transparence et de clarté dans le discours seraient gages de rejet de la part du peuple. Les manœuvres politiques ne seraient plus d’aucun intérêt pour nos représentants. La corruption disparaîtrait naturellement d’elle-même car les risques seraient trop élevés. En tant que citoyen, nous aurions la possibilité de donner notre opinion et d’influencer les décisions nous concernant directement, tant au niveau local qu’au niveau national.

Il existe déjà des partis politiques qui utilisent le vote électronique, cependant beaucoup le voient d’abords comme un moyen de réduire les coûts du parti plutôt que le réel outil démocratique qu’il représente. Une des initiatives les plus remarquables et les plus engagées dans cette voie nous vient de Buenos Aires. El partido de la Red est centré autour d’une plateforme internet où les adhérents votent et débattent autour des lois votées par le gouvernement de la capitale. On trouve une initiative similaire en Colombie sous le nom d’Ecodemocracia, avec une plateforme similaire. Ces militants représentent une nouvelle génération qui souhaite s’impliquer en politique, non pas par ambitions individuelles mais avec la volonté de partager collectivement la responsabilité citoyenne que chaque individu doit exercer dans nos sociétés. Et plus qu’un parti, c’est surtout un véritable mouvement démocratique. C’est en utilisant nos nouvelles ressources numériques que ce mouvement propose de nous ré-intéresser à la politique, de participer à la vie politique. Plus qu’un vote, c’est d’une nouvelle voix dont nous pouvons bénéficier.

Il existe évidemment beaucoup d’interrogations sur le plan éthique et opérationnel, comme la sécurisation des données et de la plateforme, la validité d’un référendum ou encore l’accessibilité à ce nouvel outil. Certains diront même que c’est un nouvel outil de manipulation. Mais contrairement aux autres médias, c’est nous même qui pratiquons le contrôle et la censure. En réalité ce ne sont que des problèmes à anticiper, des aprioris à dépasser, et surtout une nouvelle responsabilité dont nous devons prendre conscience. Ce n’est pas d’un système parfait dont nous parlons, mais d’un système que nous pouvons construire collectivement, dans lequel nous aurions un rôle actif, revendiquant notre droit d’exercer notre devoir citoyen.

Dans un monde de plus en plus globalisé, avec des systèmes législatifs de plus en plus complexes, et un pouvoir exécutif de plus en plus opaques, au subtil langage démagogique, nous nous sommes ennuyés, nous avons perdu confiance. A une époque où l’information devient de plus en plus accessible, où nos capacités de communication sont presque illimités, où l’information voyage de manière instantanée, nous avons la possibilité de tisser de nouveaux liens politiques à travers la toile. Nous avons le pouvoir de nous organiser non plus en tant que simple utilisateur d’internet, mais en tant que citoyen actif, dont l’opinion représente une réelle valeur pour l’intérêt collectif. L’expression « la force du nombre » n’a jamais été plus pertinente qu’à notre ère, mais elle n’implique plus fondamentalement une révolution poussée par des mouvements de foule, mais surtout une évolution naturelle poussée par une inertie sociale organisée à travers l’intelligence collective de la société.

 

 

Matthieu Dubrulle


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7 réactions à cet article    


  • Philippe Stephan Christian Deschamps 18 juin 2015 13:03

    salut mat et bienvenu sur se média
    .
    si tu ne connaissait pas voila c"est fait
    http://www.carrefour-du-futur.com/interviews/
    .
    sociocratie
    .
    holacratie
    .
    sophocratie
    .
    a bientôt


    • hunter hunter 18 juin 2015 13:18

      « digital » en anglais se traduit par numérique en français, merci !

      Sinon le papier en lui-même.....il y a quelques trucs pas mal, mais c’est long verbeux, et plein de poncifs de cette catégorie de gens qui s’enthousiasment pour les nouvelles technologies.....

      Et dans le cas où ça se mettrait en place, ce qui pourrait être pas mal après tout, qui va gérer les serveurs, qui va interpréter les flux de données....Fesse de bouc, microsoft, la pomme ou gogole ?
      Et tout ça, ça tourne sous quel OS ! MacOs, windaube....android . ?

      Bref passer d’une bande d’escrocs politicards à une autre bande d’escrocs issus directement des multinationales prédatrices de la sphère numérique, je ne vois pas l’intérêt !
      Dans les deux cas, c’est le citoyen qui se fait mettre bien profond, comme d’hab’ !

      Dans le cadre de votre proposition, les citoyens devraient mettre en place toutes les structures infos, (sous softs libres ) sans les confier à un état, ni à un bouquet de multinationales !

      Non seulement ils n’en ont pas les compétences techniques, mais en plus, ils s’en battent les c......s ! bref irréalisable !

      Donc, comme toutes ces billevesées issues de cerveaux formatés dans les « écoles de commerce. ».... ( mes copains libanais et feujs dans les 70s ne faisaient pas d’écoles de commerce, mais c’etait des champions du biz...) voulant sans doute se la jouer un peu « geek », pour impressionner les vioques du site (dont je fais partie)....bah c’est grosso modo comme d’allumer une belle torche, et de la jeter dans le puits...ça fait « pschitttt », et ça fume !

      Adishatz

      H/


      • Matthieu Dubrulle Matthieu Dubrulle 18 juin 2015 16:12

        @hunter

        Salut hunter.
        Premièrement, la mise en place d’un tel projet passera d’abords par une petite communauté, avec des petits serveurs. C’est un processus qui prendra du temps, ce qui permettra aussi de s’assurer que le pouvoir privé ne profite pas exclusivement de cette évolution.
        A noter que l’intelligence collective bénéficie également à tout type d’organisation, même aux entreprises. C’est un accélérateur d’innovation, une assurance de stabilité sociale au sein de l’entreprise, et je m’arrêterai là. La démocratie direct peut s’appliquer dans le secteur privé, c’est un concept qui influence également le secteur économique.
        Pour ce qui est des citoyens, je pense au contraire que certains d’entre eux ont les compétences techniques, qu’ils sont même capable de les mettre en commun et de créer collectivement des choses assez impressionnantes. D’ailleurs si certaines initiatives existent déjà c’est que c’est tout simplement possible.
        Pour terminer, je pense que ce seront des jeunes idéalistes et motivés qui porteront ce type de projet, peu importe leurs études, et non pas des « vieux » désabusés par le système actuel.
        Si tu veux voir ce qui se fait en France, tu verras que ce sont déjà des projets prometteurs : http://democratieouverte.org/


      • hunter hunter 18 juin 2015 19:14

        @Matthieu Dubrulle
        Salit Matthieu,

        Réponse intéressante quant aux éventuels process pour l’architecture, mais honnêtement, je n’y crois pas !

        Sans doute que ma vieillerie m’a appris qu’il n’y a plus grand chose à attendre de l’être humain, enfin surtout celui de type « occidental développé » !

        Les compétences, oui tu as sans doute raison, elles existent forcément, mais reste à savoir si ceux qui les ont seront portés par un projet, trouveront un cadre favorable pour les mettre en place, y trouveront un soutien chez les autres citoyens.....je souhaite que tu aies raison Matthieu, tu as encore la force de ta jeunesse, la puissance de l’espoir, et je respectes, oui j’admire même.....

        Alors oui peut-être, pourquoi pas ?

        Mais pour être tout à fait franc, un tel process implique que les gens se préoccupent d’autre chose que de leur petite vie de consommateur, et crois-moi camarade, crois-en l’expérience d’un vioque, ça en prend pas vraiment le pli !

        En relisant récemment le camarade La Boétie, j’avais l’impression qu’il venait d’écrire le bouquin, alors qu’il a pondu ça il y a près de 500 piges.....

        Enfin je te souhaite bonne chance dans tes projets, et souhaites aussi qu’un tel truc puisse vraiment se mettre en place, mais à mon avis faudra attendre encore 50 à 100 000 ans !
        L’humanité doit grandir, elle n’est pas prête !

        Mais aura-t-elle le temps de mûrir....pas sur, avec toutes les conneries qu’elle pratique dans son enfance ( Right now ), elle se sera autodétruite, avant d’arriver à grandir....

        Take care.. ;et Adishatz, comme on dit chez moi (« salut » en Occitan )

        H/


      • soi même 18 juin 2015 14:04

        Et le moteur à plume avez vous à dire ?


        • Marc Chinal Marc Chinal 18 juin 2015 15:35

          La démocratie avec ou sans numérique, que vaut-elle face aux conflits d’intérêts ?
          .
          Intéressez vous au monde post-monétaire smiley
          Là, la démocratie réelle directe, l’éducation, seront à leur juste place.


          • Sarah Sarah 18 juin 2015 18:12

            « La démocratie est un concept vieux de la Grèce antique. » : vrai


            « C’est un régime politique par lequel le peuple élit des représentants qui gouverneront selon sa volonté et dans son intérêt. » : faux


            « Ainsi les démocraties actuelles correspondent à un modèle de démocratie représentative » : donc, ce ne sont pas des démocraties.


            « Une autre réalité de notre système démocratique... » : la France n’est pas une démocratie mais une république.

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