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Accueil du site > Actualités > Société > Des criminels déguisés en philosophe

Des criminels déguisés en philosophe

Lors du procès que nous engageons contre l‘Etat nous nous attendons à ce que la défense plaide l’économie de marché et le libéralisme pour expliquer l’extermination économique de millions de paysans français. Nos responsables politiques ont en effet pris cette habitude et se cachent souvent derrière ces prétextes pour essayer d’échapper à leurs responsabilités.

Nous souhaitons montrer au contraire que leur responsabilité est pleinement engagée.

Même si à l’association nous ne faisons pas de politique et que nous nous méfions par avance de toute idéologie, nous allons nous intéresser à la genèse de la « philosophie » libérale pour bien montrer qu’il y a vraiment un fossé entre ce que des philosophes comme John Locke ont écrit et l’utilisation qui en est faite par nos hommes politiques.

De la même manière que certains crimes ont été commis dans les pays communistes au nom du philosophe Marx, ou que certains aristocrates justifiaient les pires atrocités au nom du christianisme, nos élus sans aucun scrupule n‘hésitent pas en endosser les habits de bons apôtres de la pensée libérale pour exterminer économiquement les paysans.

1) Introduction : naissance du libéralisme

La pensée libérale se construit entre le milieu du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, sous l’impulsion des philosophes des Lumières, en opposition à l’absolutisme politique légitimé par des conceptions religieuses.
John Locke pose ce qui deviendra les fondements de la philosophie libérale moderne, en organisant et en développant ses thèmes principaux : théorie des droits naturels, limitation et séparation des pouvoirs, justification de la désobéissance civile, affirmation de la liberté de conscience, séparation de l’Église et de l’État.

2) Droit fondamentaux dits « droits naturels »


Locke énonce trois droits fondamentaux :


- droit à la vie et à fonder une famille,


- droit à la liberté (liberté d’échange en particulier),


- droit à la propriété.

Ces droits définissent un domaine d’inviolabilité de la personne humaine. Selon Locke, la propriété privée est nécessaire pour la conservation de la vie et l’exercice de la dignité humaine. Il a donc le droit de posséder tout ce qui est nécessaire à la subsistance.

MAIS… il y a une limite à ce droit d’inviolabilité de la propriété individuelle. Un propriétaire, même s’il est dans son droit, a le devoir de céder les biens inutiles à sa subsistance, dans la mesure où ces biens peuvent venir en aide à des individus démunis. L’appropriation privée des biens de la terre n’a en fin de compte sa véritable légitimité que si elle est au bénéfice de tous, car la terre est commune, et tout homme y a droit !

Pour Locke, l’Etat doit seulement être un instrument au service des citoyens et son rôle est réduit aux intérêts civils et temporels des hommes dont il doit protéger la vie, la liberté (la liberté d’échange en particulier) et les biens.

3) Influence : La révolution américaine

Impossible de parler de libéralisme sans faire référence aux pays anglo-saxons, en particulier de la première constitution américaine rédigée par Thomas Jefferson. L’idée centrale du texte est la liberté : pour la première fois, les idées des philosophes des Lumières sont mises en application, en particulier celles de John Locke. Il ne s’agit plus des libertés collectives des époques précédentes, mais de libertés individuelles qui sont proclamées haut et fort. La Déclaration est donc un texte universel, qui pose des droits.

Extrait : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. »

On retrouve dans la déclaration les droits fondamentaux, naturels établis par Locke :

1) la vie,
2) la liberté,
3) droit au bonheur… ?

A une petite différence près cependant… Pour la troisième, Locke n’a nullement parlé du droit au bonheur, concept un peu bateau et creux, mais du droit… à la propriété ! Et oui, Jefferson (comme la plupart de ceux qui ont rédigé la déclaration) étant esclavagiste n’avait pas envie de parler du droit naturel et fondamental qu’est le droit à la propriété à ces esclaves ! Ce droit à la propriété est pourtant à la base des droits fondamentaux définit par le philosophe Locke.

Pour ce qui est du deuxième : la liberté est de fait incompatible avec une société esclavagiste ! Cependant, l’esclavage aux États-Unis d’Amérique ne fut aboli que plus d’un siècle plus tard en 1865 suite à la guerre de sécession qui opposa les États du Nord aux États du Sud.

4) Les criminels

Dès le début, on peut mesurer le décalage entre d’un côté les idées des philosophes des lumières et l’application qui en en faite par le pouvoir : quand Jefferson enlève le droit à la propriété (pour tous !) des droits naturels il dénature et trahi complètement la pensée de Locke.

Pour revenir au cas qui nous intéresse, comment s’expliquer que nos responsables politiques qui se réclament de la pensée libérale aient empêché les paysans d’échanger librement leurs produits en subventionnant massivement les agri-managers (50 % des aides européennes vont à seulement 5 % des agriculteurs) ? On est donc à des années-lumière de la "main invisible" chère à Adam Smith qui régulerait l’économie. Cela s’appelle du dumping et c’est en totale contradiction avec le droit fondamental et naturel qu’est la liberté d’échanger !

Comment s’expliquer qu’à cause du système qui leur est imposé les agriculteurs s’endettent et n’ont plus d’autres choix que de vendre leur ferme et leurs biens pour pouvoir faire face aux créanciers ? Là, encore, c’est en totale contradiction avec les droits fondamentaux (droit à la propriété).

Que dire du droit à la vie et à fonder une famille quand des dizaines de milliers de victimes vivent dans la souffrance liée à la précarité qu’ils rencontrent au quotidien : personnes cassées psychologiquement, dépressions, alcoolismes avec d’autres addictions, suicides, conflits conjugaux, violences familiales…

Que dire du droit à fonder une famille quand beaucoup d’agriculteurs par angoisse de l’avenir restent célibataires ?

5) Conclusion

On le voit bien, ce sont l’ensemble des droits fondamentaux qui ont été bafoués impunément par nos dirigeants. Ils ne peuvent invoquer une quelconque philosophie pour couvrir les crimes qu’ils ont commis. La fin des paysans a bel et bien été planifiée** par l’Etat français ! C’est cela que nous souhaitons montrer lors du procès.


NOTES :
* (traité du gouvernement civil, chap 14) J. Locke.

** Il y a eu 11 plans quinquennaux en France depuis 1945. Dont les fameuses lois d’orientation de 1960-62 qui programmèrent la fin des paysans.


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11 réactions à cet article    


  • Iroquois Iroquois 12 juillet 2008 01:01

    Quelles solutions alors ?


    • arsfp 12 juillet 2008 11:46

      nous n’avons pas de solutions toutes faites.

      les choses doivent avancer à petits pas en concertation avec l’ensemble des citoyens. Les politiques qui ont été menées de la planification de l’extermination économique des paysans sont criminelles. je pense que si il y avait eu un référendum sur les loies d’orientations agricoles ou sur la pac cela aurait été rejeté par les citoyens.


    • zoé 12 juillet 2008 01:06

      Avez vous suffisament d’élements pour faire un lien entre la situation des petits agriculteurs francais et ceux d’Europe, dAsie, d’Afrique et des Ameriques ?
      Je trouve incroyable d’entendre à longueur de journée que la planète risque de ne pas pouvoir fournir de la nourriture pour la totalité de la population mondiale alors même que tout est fait pour décourager les petits agriculteurs. C’est kafkaien.

      êtes vous pour une totale liberté de marché ou une meilleure distribution de la pac ?

      Merci pour votre article et continuez à nous informer.


      • arsfp 12 juillet 2008 12:10

        "êtes vous pour une totale liberté de marché ou une meilleure distribution de la pac ?"

        à titre personnel, je suis pour :


        - l’annulation de la dette des agriculteurs


        - l’inviolabilité de leur maisons ainsi que de leur terre (pas d’expulsion ni d’expropiation)


        - un prix rémunérateurs qui puisse permettre d’échanger librement les produits


        - réforme agraire : distribution de lopin de terre à ceux qui souhaitent s’installer (les campagnes sont des déserts alors que les villes sont saturées), la terre est à ceux qui la cultive et non aux spéculateurs !


        - développer des amap.

        liste non exhaustive


      • Ha-n Ha-n 12 juillet 2008 01:59

        Le problème c’est paradoxalement que le libéralisme est adoctrinal quelque part, au contraire du marxisme et ce qui tient lieu de quasi-doctrine dans cet article, c’est au fond le constat Tocquevillien de mise en concurrence des individus ce qui ne constitue pas à mon sens un véritable corps de doctrine en raison de Tocqueville lui même qui était un royaliste de plus que le marxisme ou encore le christianisme ont des "visées transcendantes" en celà qu’elles aspirent à une oeuvre supérieure à l’intéret individuel en donnant une voie à suivre. Si on veut considérer quand même un doctrine libérale, Tocqueville nous montre ce qu’est  le libéralisme par rapport au marxisme ou au christianisme ; c’est une doctrine "de fait" tandis que les deux autres sont des doctrines "théoriques" ce qui fait une énorme différence. En fait ce que nous avons sous les yeux ressemble plus à du post-libéralisme qu’à autre chose mais celà ne remet pas en cause vos revendications.

        ps : pour citer Lénine : Que faire ?


        • Le péripate Le péripate 12 juillet 2008 06:44

          Quelques petites rectifications : ce n’est pas le droit au bonheur, mais le droit à la poursuite du bonheur ; les Founding Fathers n’étaient pas esclavagistes, esclavage qui était le fait d’une minorité féodale au sud, et une guerre tout de même a été mené pour que triomphe la morale ; les subventions massives ne sont en rien libérales, et c’est donc un contre-sens que de les critiquer sur la position libérale.

          Mais le droit de tout homme à échanger est bien une position libérale.


          • arsfp 12 juillet 2008 11:38

            "les subventions massives ne sont en rien libérales, et c’est donc un contre-sens que de les critiquer sur la position libérale."

            Je ne vois pas oû est le contre-sens ? Les subventions massives ne sont en rien libérales, là dessus on est bien d’accord. Dans ce cas, veuillez m’expliquer pourquoi des gens qui se prétendent libéraux y ont recours ?
            tout ce simplement parcequ’ils sont des usurpateurs ! ce sont des criminels déguisés en philosophe. CQFD


          • JL JL 12 juillet 2008 15:32

            Le Péripate comme d’habitude fait l’anguille et cherche la petite bête. L’auteur a bien écrit : ""Extrait : «  Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.""


          • Ha-n Ha-n 12 juillet 2008 12:37

            Non encore un petit contresens à mes yeux mais avec se petite importance. Je m’explique, le libéralisme tel qu’il est entendu aujourd’hui n’est pas une doctrine philosophique à proprement parler (je ne reviendrais pas là dessus, voir mon post précédent) mais plutôt une doctrine économique ce qui la rend beaucoup plus flexible car beaucoup moins dogmatique et l’erreur à été de juger notre système actuel comme seulement libéral ce qui est tronqué ; je le considérerait plutôt comme un système avant tout capitaliste économiquement soutenu par un libéralisme opportuniste... De plus, il ya de nombreux exemples dans l’histoire économique en ce qui concerne des actions "hors doctrine", je pense en partie à des trucs du genre New Deal, on peut être libéral ou néo-libéral et prendre des mesures socialistes et inversement, la plupart des gouvernements ne sont pas sectaires et doivent parfois évaluer proprement les situations...


            • arsfp 12 juillet 2008 13:13

              Le new deal peut se comprendre dans la mesure ou c’est une mesure ponctuelle qui a pour but de remettre sur rail une économie dévastée par la guerre.

              En ce qui concerne les subventions cela n’a rien à voir : c’est une mesure systématique qui a pour but d’asphixiéer les petits producteurs. ça va à contre courant complêtement du système imaginé par locke qui plaçait la liberté déchanger au centre de sa philosophie.

              Je vous rejoint sur le fait que nos dirigeants sont des opportunistes, je rajouterais qu’ils sont sans scrupule et que ce sont des monstres


            • JL JL 12 juillet 2008 15:35

              Sans compter que ces subventions sont payées par nous (taxes, impôts ...).

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