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Des milliards d’individus intoxiqués

Quelques Egyptiens du Sinaï bouffent du tramadol pour se donner de l’énergie. Quelques Russes sont accros à une nouvelle drogue crocodile qui les bousille en trois ans. Le crack fait des ravages dans les métropoles du monde. Avant, il y eut l’opium, l’éther, l’héro, les amphétamines, la cocaïne, la codéine et des tas de substance qui ont procuré quelques ivresses psychiques, détournant les âmes de leur condition quotidienne. L’usage des substances psychotropes n’a rien de nouveau. Il s’est juste intensifié au cours des dernières décennies dans le contexte d’une culture hédoniste incitant à prendre plaisir autant que l’existence le permet. L’usage massifié des drogues est contemporain de la consommation de masse. De plus, les types de drogues consommées sont corrélés aux différences de classes, nonobstant le cas spécial de l’herbe qui fait rire et parfois flipper. La coke est réservée aux gens plutôt aisés et pour les travailleurs, ce sera une drogue légale en vente dans tous les magasins, l’alcool. Ce qui n’interdit pas aux bourgeois de pratiquer l’alcoolisme mondain ou à un ouvrier de s’offrir de temps à autres un rail de coke. Par delà ces différences caricaturées tel un cliché de tabloïd, un principe réunit toutes les drogues, c’est le fait que ces produits sont toxiques et qu’ils le sont d’autant plus que le sujet n’y est pas tolérant et que les quantités consommées sont importantes. Il faut une sacrée constitution à Keith Richard pour être encore en vie après avoir bouffé tant de saloperies. Les drogues psychotropes n’altèrent pas seulement les neurones. Elles finissent par dégrader lentement le fonctionnement de l’organisme si elles sont consommées en grande quantité. 

L’existence n’a pas forcément besoin de ces substances procurant des sensations artificielles pour être vivable et même agréable. Néanmoins, un amateur d’apéros vous dira que sans cet éthanol circulant dans le sang, l’existence semble terne et la vie en société devient un peu lourde à supporter. Certains ont besoin de quelques verres de vin pour être décomplexés, d’autres non. Ainsi est faite la nature humaine. Une nature particulière puisque l’homme, contrairement à l’animal, vit dans deux mondes reliés mais distincts, celui qui l’entoure et celui de la conscience. Le monde de la conscience est traversé de désirs illimités qu’il est assez facile à activer mais un peu moins à satisfaire. La vie psychique a fait que l’homme ne peut pas se contenter de manger, boire et dormir. Il est un être jeté ou joué dans le temps. Il doit occuper le temps. Et parfois, il court après le temps ou bien il s’emploie à tuer le temps. Pour ce faire, il est aidé par des moyens technologiques très élaborés. Un smartphone ou une tablette numérique permet de faire des tas de choses tout en étant occupé dans une tache. C’est un outil indispensable pour courir après le temps. Par contre, si l’on veut tuer le temps, il existe des tas de solutions. Regarder la télé, jouer à un jeu vidéo ou arpenter un centre commercial en léchant les vitrines et pour ceux qui ont un compte en banque assez rempli, sacrifier aux achats compulsifs. Dans les sociétés hyper industrialisées, le mode de vie conduit nombre d’individus vers une fuite dans la course à la consommation, en quête de biens et services censés satisfaire les âmes désirantes qui se retrouvent en manque dès qu’un désir a été satisfait. Rien ne semble arrêter cette machine à consommer si ce n’est la solvabilité. Bien évidemment, cette vision est excessive et ne vaut pas pour tout le monde. On trouvera des individus plus détachés, moins nécessiteux en biens de consommation, capables de mener une existence vertueuse et perçue comme intéressante, avec le contrôle des pulsions matérialistes. 

En usant d’une vision phénoménologique, même sans avoir étudié Husserl, on peut comprendre que la société hyper industrielle inonde le marché de tas de produits dont on peut dire que les uns poussent à la consommation et les autres intoxiquent le psychisme. Le monde hyper industriel est celui de l’intoxication de masse. Les historiens diront peut-être un jour que le capitalisme a fonctionné parce qu’il a réussi à intoxiquer les consommateurs et pas seulement les masses, les classes aisées aussi, prêts à tout, à voter pour un gouvernement dictatorial qui les sécurise, à sacrifier à la vénalité dans leur univers professionnel pour se payer la dernière berline truffée de gadgets, se faire construire une piscine, s’offrir un week end dans un relais luxueux. Venez, braves gens, sur le marché universel, venez, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. L’envie est un sentiment toxique pour le psychisme. Il perturbe le bon fonctionnement du système épicurien qui place d’individu dans une sérénité car il a réglé ses comptes avec les artifices. D’autres produits intoxiquent le système esthétique et intellectuel. Les produits culturels produits par les industries avec ces stars insipides du top 50 intoxiquent les âmes, les éloignant de la musique qui fait décoller l’âme. Les radios généralistes dont vouées à intoxiquer les gens en diffusant cette daube chantée dont même pas les porcs ne voudraient. Les informations de masses sont toxiques pour l’entendement, éloignant les gens de l’usage de la raison, falsifiant les interprétations, suscitant les anxiétés, les inquiétudes. Le cinéma est souvent prétexte à un trucage de la réalité. Il suffit pour s’en convaincre de voir le résultat de la diffusion en salle du film contagion, juxtaposé par la divulgation de données lacunaires sur un hypothétique supervirus produit dans un laboratoire néerlandais. L’homme qui ne lit plus les livres est assujetti au système de la falsification et du mensonge. L’homme qui ingurgite sans contrepoison les informations de masse est asservi par les dominants, y compris ceux qui prétendent le sortir de sa situation. 

Le système mondialisé intoxique en masse les individus. Les informations de masse sont un véritable poison pour l’usage de la raison. Les produits fabriqués par les industriels perturbent le psychisme en excitant les envies. Une analyse lucide de la situation conduit à penser que l’humanité ne sortira jamais de cet état d’intoxication dont elle se rend complice. Il faudra apprendre à vivre dans un monde où la plupart sont intoxiqués et en redemandent, ne pouvant se passer de cette propagande insipide, de ces produits culturels frelatés, de ces prothèses technologiques donnant l’impression d’avoir une emprise sur les matérialités. Ou alors à suggérer un exorcisme de masse afin d’expurger les âmes de ces démons qui les intoxiquent. Alléluia !

A notre ère, le citoyen est de plus en plus consommateur et le consommateur devient de moins en moins citoyen. Le citoyen est de plus en plus intoxiqué et l’intoxiqué devient de moins en moins citoyen. Amen !

par Bernard Dugué (son site) lundi 12 décembre 2011 - 27 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par ЕкатеринаSelenaOndirignee (xxx.xxx.xxx.20) 12 décembre 2011 11:23
    ЕкатеринаSelenaOndirignee

    Cet homme était visionnaire :

    "Jean, le premier devoir d’un citoyen est de s’occuper des affaires publiques. Un peuple qui s’en détourne et s’endort dans les plaisirs est mûr pour le despotisme et la servitude".

    Disait le père de Jean Moulin à son fils.



  • Par Zangao (xxx.xxx.xxx.83) 12 décembre 2011 12:44
    Zangao

    Les états participent au trafic des drogues. Cela n’est plus un secret, c’est juste une vérité non dite, et, comme tout le monde y trouve son compte ce n’est pas demain que le voile sera levé.
    Une seule solution, ne pas y toucher, la sule lutte possible est celle qui est faite a titre individuel.

  • Par lsga (xxx.xxx.xxx.105) 13 décembre 2011 14:34
    lsga
    Article inéressant, malgré de nombreuses contre-vérité :


    Cocaïne :
    Dans les pays latins, la cocaïne est la drogue du travailleur par excellence. En Amérique du Sud (Colombie, Bolivie, Vénézuela, Pérou ...) elle est très bon marché et d’excellente qualité en faisant un produit largement consommé dans les classes populaires. 

    Animaux :
    Les animaux se droguent également. On pourra prendre l’exemple des moutons qui adorent les coquelicots, le pavot, et les plants de cannabis ; ou encore les biches et les sangliers qui préfèrent toujours l’eau alcoolisée qui leur ai laissé volontairement par les chasseurs ; ou encore les singes qui laissent des fruits moisir pour qu’ils s’alcoolisent avant de les consommer (interdit aux enfants !) ; ou encore l’exemple incroyable des oiseaux qui fument (les pies inhalent volontairement les fumés de feux) ou se posent sur des fourmilières pour se faire piquer (l’acide formique est psycho-actif, le geai bleu notamment est un grand adepte des bains de fourmis...)

    Société De Consommation :

    En réalité, nous consommons beaucoup moins de drogues aujourd’hui qu’au 19ème siècle, en quantité comme en diversité. Nous consommons moins d’alcool, moins de cocaïne, moins d’héroïne, moins de hachich, moins de tabac, moins d’éther, moins d’infusion (les ’absinthes’), moins de datura, moins d’opium, etc. Le 19ème siècle a été incontestablement le siècle où l’on a le plus consommé de la drogue en occident depuis l’Empire Romain et le début du christianisme. Souvenons nous que Freud était sponsorisé par une marque de Cocaïne, souvenons nous du dawanesque (mélange haschich datura) et de la pipe d’opium de Théophile Gautier, souvenons nous des ’piqués’ des salons bourgeois qui s’injectaient de l’héroïne en public, etc. etc. 

    Société Réactionnaire


    Contrairement à ce que vous affirmez, depuis Pierre de Coubertin qui remis au goût du jour le culte du corps et Hitler qui voulait interdire la cigarette, notre société réactionnaire et productiviste n’a eu de cesse de contester à ses salariés le droit à l’ivresse et à la fête. Alors que l’on eu pu espérer que la médecine devienne un outil pour apprendre à se droguer de manière raffinée et civilisée (pensons au personnage de John dans le film ’The Trip’ avec Peter Fonda), la médecine est devenu l’alliée du capitalisme et n’a de cesse de contrôler l’aptitude à la production du salaria et à lui imposer un sevrage strict. Ainsi aux USA, pas d’embauche sans prise de sang ou contrôle d’urine. 

    Bref, en fait, je ne suis pas du tout d’accord avec votre analyse, qui est fausse sur tous les plans

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