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Dire du mal

Un petit plaisir si mesquin

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Si vous saviez ...

Nous venons de passer de délicieux moments en compagnie de voisins qui nous ont priés de passer prendre l'apéritif. Instant charmant au demeurant que je n'évoquerai pas ici, il faut préserver un peu d'intimité, même lorsqu'on a décidé de faire de son existence le sujet d'inspiration direct ou indirect d'un billet quotidien. L'autofiction a des limites que la pudeur exige !

Mais, sans déflorer la teneur exacte de ce qui nous fut conté avec verve et drôlerie, grivoiserie parfois, sens prononcé de la gaudriole à quelques moments surprenants, il faut reconnaître que notre longue conversation fut, pour l'essentiel, consacrée au doux et pervers plaisir de dire du mal d'une autre voisine. Voilà bien un sport national, une bonne et saine habitude qui entretient l'amitié et unit dans la médisance ceux qui se font, l'espace d'un moment convivial, langue de vipère !

Le propos vachard sur l'absent, quel plaisir ! Voilà un sujet de conversation parfaitement consensuel qui évite les rives incertaines de la politique, les chemins escarpés de la culture, les voies trop balisées du sport ou de la télévision. Là, on est dans son connu, on se comprend sans trop en dire et on se délecte de traîner dans la boue ou de salir celui qui doit avoir les oreilles qui sifflent !

C'est alors l'hallali, la mise à mort verbale de celui qui est exposé à la vindicte du voisinage. L'absent a toujours tort, et ils sont si nombreux, que rien ne peut le sauver du naufrage dans lequel tous ces braves gens l'entraînent à son corps défendant. Chacun y va de son anecdote, d'un épisode peu glorieux où le pauvre joue naturellement le mauvais rôle.

On le fait alors bien plus riche qu'il n'est vraiment, de défauts et de perversions, de fourberies et de roueries. Chacun en rajoute, en fait des tonnes puisque tel est le propos, il faut noircir celui qui se trouve en ligne de mire de ces mauvaises langues impitoyables. Pas de pitié, aucune clémence, il ne trouve pas grâce à leurs yeux.

Parfois pourtant , l'un d'eux vient atténuer la charge. Une qualité surgit soudain dans la liste des turpitudes du pauvre homme. Mais ce n'est qu'un répit illusoire, elle n'est destinée qu'à renforcer les travers qui l'accompagnent et se font d'autant plus déplorables qu'il est capable parfois de se montrer sous un jour acceptable. Alors, c’est à nouveau le déchaînement des griefs, chaque propos trace encore plus un portrait noir et sans espoir du pauvre absent !

Dire du mal, ça fait du bien et ça ne mange pas de pain ! La réplique est facile, si elle laisse dans le pétrin le pauvre qui est tombé sous les feux croisés de tout son entourage, elle unit pour quelques instants ceux qui ont participé à la curée. Demain, ce sera le tour d'un autre ! C'est ainsi que se fondent les amitiés solides, sur le dos d'une pauvre victime expiatoire.

Dire du mal c'est se comparer et se rassurer. Bien sûr, il n'est pas question de songer un seul instant à être objectif. Ce petit jeu pervers et méchant ne cherche nullement à s'approcher de la vérité. Il s'agit simplement de souder un groupe par une cérémonie sans pitié. C'est un jeu équivoque où chacun au final parle des présents et de soi même au travers d'un truchement bien commode.

Dire du mal c'est surtout ne pas dire du bien. Il ne faut pas être pris au jeu de l'éloge que l'on ne conserve précieusement que pour le dernier moment venu. La charité chrétienne exige, à n'en point douter, de garder le meilleur pour la fin et le pire durant cette longue vallée de larmes. Il n'est pas question d'être avare en reproches et en rumeurs, en moqueries et en sarcasmes, en piques et en vacheries, en diffamations et en affirmations infondées.

Dire du mal, c'est se persuader un bref instant que l'on parvient à être soi même au-dessus de la mêlée, qu'on échappe à la médiocrité de la condition humaine. Dire du mal, c'est s'élever au-dessus de tout ça ! Dire du mal pour exister un tant soit peu, y compris de la pire des manières qu'il puisse être !

Médisancement vôtre.


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22 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 6 novembre 2012 11:08

    Médisance ou Calomnie ? ? ?...


    • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 11:24

      Jean-Pierre Llabrés


      Vaste question.
      La calomnie est destinée à faire mal et doit nécessairement sortir du cadre de l’intime

      La médisance ne donne pas dans la nuance mais reste circonscrite à l’environnement immédiat.

      C’est du moins ainsi que je vois la chose.

    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 6 novembre 2012 11:31

      La médisance consiste à tenir des propos malveillants sur quelqu’un, révéler ses défauts (vrais), avec l’intention de nuire.
      La calomnie c’est atteindre quelqu’un dans sa réputation, son honneur, par des accusations que l’on sait fausses.


    • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 11:35

      Jean-Pierre Llabrés


      Voilà une définition juridique qui éclaire ma lanterne. Merci.

      Je retiens quand même une partie de ma nuance initiale, même si je doute que l’intention de mentir soit toujurs réelle y compris dans la calomnie.

    • ZenZoe ZenZoe 6 novembre 2012 12:40

      Ah, casser du sucre sur le dos des autres !
      Je n’ai pas été la dernière lors de nombreuses sessions mémorables à la photocopieuse ou ailleurs. Un chef de service, un collègue absent, et hop, tout y passe, on sombre dans l’analyse psy, on fouille profond, et ça fait du bien, et ça rapproche les médisants ... mais pour un instant seulement.
      Au bout d’un moment, on finit par remarquer un petit goût amer qu’on a sur la bouche. On retourne dans son bureau, on n’arrive pas à retrouver le rythme, on se sent tout drôle, péteux pour tout dire.
      Le chef de service, pas de problème, il peut être viré et on sera ravi - mais le pauvre collègue ! Tiens, le voilà justement. Bonjour, tu vas bien ? Et on se sent faux-cul, et on se met à penser que, quand on n’est pas là, les autres doivent faire pareil pour nous non ?
      J’ai finalement arrêté de dire du mal des autres il y a des années - et ça fait du bien finalement. Entre l’air vicié et l’air pur, plus d’hésitation.


      • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 13:11

        ZenZoe


        Quelle sagesse !

        Je ne suis pas certain d’y parvenir toujours ...
        Je vous admire

        Merci pour ce témoignage

      • Jason Jason 6 novembre 2012 13:34

        Je m’en tiendrai à cette phrase d’un homme politique ou courtisan du XVIIIème :
        « je préfère la médisance des gens d’esprit à la circonspection des sots ».

        Médire soulage, mais donne mauvaise conscience. A utiliser avec modération.


        • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 13:38

          Jason


          Je suis circonspect !

          • LE CHAT LE CHAT 6 novembre 2012 15:38

            ça me rappelle les Vamps !

            qu’est ce qu’on fait aujourd’hui Gisèle ?
            comme d’habitude Lucienne , si on disait du mal des gens ....


            • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 16:55

              Le Chat


              Elles sont en lien en début de texte !

            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 6 novembre 2012 18:25

              Ca sert à rien de dire du mal des autres ,ils s’en chargent eux meme ...


              • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 20:46

                Aita Pea Pea


                Rares sont pourtant ceux qui disent du mal d’eux-mêmes !
                Je ne crains pas la chose et me sert plus souvent qu’à mon tour ...

              • lulupipistrelle 6 novembre 2012 18:56

                En général ; les personnes qui « assassinent » des connaissances communes, ne se privent pas de vous dégommer dès que vous avez tourner le dos. 


                • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 20:48

                   lulupipistrelle


                  Rassurez vous j’ai le dos large et bien habitué à ce genre de plaisanterie.

                • lulupipistrelle 6 novembre 2012 18:57

                  vous avez tourné..


                  • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 20:49

                     lulupipistrelle


                    J’en ai même perdu la face !

                  • egos 6 novembre 2012 21:27

                    Avez vous écouté Raffaele Simone sur France Culture courant octobre (le 19) ?

                    il y disait du mal d’Internet

                    http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-raffaele-simone-2012-10-25


                    • C'est Nabum C’est Nabum 7 novembre 2012 15:33

                      egos


                      Non

                      On ne peut être partout !

                      Merci pour le lien

                    • Punkonfou Punkonfou 7 novembre 2012 10:42

                      Bravo vous êtes le digne représentant de notre si belle société car le mépris est une valeur essentielle dans le développement des relations sociales !!!! Et puis lorsqu’on" évite les rives incertaines de la politique, les chemins escarpés de la culture" il est vrai qu’il n’y a plus d’autre sujets !!! Vous êtes l’instrument de la norme sociétale actuelle, la continuité des émissions radio et tv abrutissantes faisant la promotion du ridicule, de l’immoralité, de l’humiliation, et le fait de croire que de médire sur les gens que vous ne connaissez pas d’ailleurs est un exutoire pour vous montre bien le degré d’imprégnation de ces si belles valeurs chez vous mais aussi chez les autres...


                      • C'est Nabum C’est Nabum 7 novembre 2012 15:36

                        Punkonfou


                        Qui êtes vous pour faire pareille charge contre une personne que vous ne connaissez pas Je vous plains sincèrement

                        Allez lire quelques billets avant de me méprisez ainsi.

                        Je ne vois pas en quoi je mérite un tel comportement. Vous êtes sans doute un être supérieur, restez dans vos hauteurs !

                      • Punkonfou Punkonfou 8 novembre 2012 10:42

                        Tiens...pourtant ce n’est pas qui est écrit un article sur ventant les médisances et la critique facile qui ne mènent à rien mise à part à vous valoriser sans un contexte où vous ne savez quoi dire de plus intelligent que des médisances perfides qui n’ont comme but véritable que de vous faire paraître, vous et ceux qui vous écoutent et médisent, supérieur à la personne que vous critiquez...je ne suis en rien supérieur à personne je trouve une justesse et une morale dans chacun de mes mots et de mes actes alors le fait que je vous dise que « Vous êtes l’instrument de la norme sociétale actuelle » ne fait pas de moi quelqu’un de supérieur à vous mais part d’une analyse de votre texte...


                      • C'est Nabum C’est Nabum 8 novembre 2012 11:35

                        Punkonfou 


                        Alors je trouve l’analyse injuste et votre condescendance déplacée.

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