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Accueil du site > Actualités > Société > Divorce : les seniors aussi

Divorce : les seniors aussi

L’amplitude du phénomène du divorce dans la population générale n’est plus à montrer. Mais la surprise des statistiques vient du côté des seniors, qui n’hésitent plus à se séparer, mettant parfois un terme à une très longue période de vie commune.

Les chiffres sont éloquents : durant ces dix dernières années, le taux de divorce des 60 ans ou plus a augmenté de 28 % chez les femmes et de 39 % chez les hommes (source INED : Institut national d’études démographiques). Toutefois, cette croissance est bien moindre que chez les quinquagénaires, pour lesquels les taux ont presque doublé. On n’hésite plus à divorcer après plusieurs décennies de vie maritale : le taux de divorce après 30 ans de mariage est passé de 0,9 en 1972 à 4,6 en 2002 (source INSEE).

Bien que ces chiffres soient à nuancer, force est de constater que la tendance s’installe et se confirme, ce qui dénote un changement des mentalités et des modes de vie. Il semblerait donc que la résignation ne soit plus de mise, et ne soit plus le ciment des « vieux couples ». Libérés en partie des contraintes parentales, l’un ouvre un jour grands les yeux sur l’autre, pour constater qu’il n’est plus ce qu’il était. De plus, la patience est le plus souvent épuisée par des années de disputes, de bouderies, de conflits. Donc, après avoir essayé de colmater les brèches, après avoir attendu que les enfants aient grandi et se soient installés, vient l’heure des grandes remises en question.

Le constat d’un échec, après 20 ou 30 ans de mariage, est sans doute douloureux ; pourtant le divorce, souvent féroce, semble être vécu comme un véritable soulagement, avec, à la clé, l’espoir, ouvertement exprimé, pudiquement dissimulé, quelquefois illusoire, de pouvoir « refaire sa vie ». Cet espoir est porté par la bonne forme affichée du quinquagénaire moyen et l’allongement de l’espérance de vie. Cette préservation physique, rendue possible grâce à la cosmétique, à la chirurgie esthétique et à la pratique régulière du sport, est une réalité. Pouvoir séduire après 50 ans et, cerise sur le gâteau, continuer à avoir une vie sexuelle satisfaisante, c’est possible.

Cependant cet enthousiasme pourrait être tempéré par les chiffres, surtout pour les femmes : comme chez les plus jeunes, passé la cinquantaine, la probabilité de reformer un couple est toujours moindre pour elles. La structure du marché matrimonial leur est préjudiciable (à 60-64 ans, il y a deux fois plus de femmes sans partenaire que d’hommes, et quatre fois plus à partir de 75 ans). La rencontre avec la nouvelle « âme sœur » peut se révéler problématique. La solitude est souvent au rendez-vous sans compter les difficultés matérielles pour l’un ou l’autre des ex-partenaires, qui se trouve lésé au terme d’un divorce sans concession.

Quelles que soient les conséquences de ces divorces tardifs, c’est un fait, désormais, les seniors participent au grossissement du chiffre des célibataires à la recherche de leur « moitié », et, comme les plus jeunes, ils utilisent des sites de rencontres et autres stratégies à la mode pour parvenir à leurs fins. On pourrait donc dire que, si fracture générationnelle il y a, ce n’est pas sur le terrain des sentiments qu’elle se situe. Et d’ailleurs, il est touchant de penser que certains (de plus en plus nombreux) pourraient prolonger la quête illusoire et insatisfaite de l’Amour jusqu’à leur dernier souffle. Et au-delà peut-être...

Mais là, aucune statistique n’est disponible.


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3 réactions à cet article    


  • Chris (---.---.144.161) 9 janvier 2006 11:19

    Rien de très étonnant à ce phénomène : outre le fait que le divorce est moins culpabilisant aujourd’hui qu’il y a 20 ans (d’un point de vue religieux ou moral) il semble logique que des personnes bénéficiant d’une espérance de vie de 80 ans pour les hommes et 85 pour les femmes (ou quelque chose d’approchant) ne peuvent plus envisager leur vie de couple de la même façon. Nous vivons plusieurs vies dans une seule... C’est formidable de se dire qu’à 50 ans, tout est encore possible. Sur le plan professionnel, vous êtes « out » (pré retraites, chômage plus important, etc) mais sur le plan personnel, la vie est encore pleine de promesses. Je connais plusieurs femmes de 50 ans et plus qui ont divorcé et qui, aujourd’hui, sont à nouveau en couple et revivent une vraie histoire d’amour, sans complexe ni sentiment de culpabilité. Désormais, une femme veuve ou abandonnée à 50 ans est une femme relativement jeune, qui a encore la vie devant elle. Pour un homme, c’est encore plus vrai puisqu’on accepte mieux le poids des années chez eux. Décider de ne pas subir une vie de couple insatisfaisante pendant les 30 ou 35 ans qui restent à vivre, je trouve cela plutôt encourageant.


    • sabrina (---.---.177.22) 24 janvier 2006 14:31

      Le sujet est intéressant, mais il me semble que deux pistes auraient gagné à être explorées :

      La cause de ces divorces (qui en prend l’initiative ? Visiblement ces divorces sont pénibles. Ils auraient donc non pas pour cause l’envie de refaire sa vie avec un(e) autre partenaire, mais le désir de mettre fin à une vie commune jugée insupportable. Pour qui ? Pourquoi ?) Les conséquences de ces divorces. L’article est assez exhaustif : conséquences matérielles et financières pour « l’un des deux » (lequel ?) ; solitude programmée pour les femmes. Là encore, ce qui m’a un peu frustrée, c’est l’absence d’une analyse critique de ce phénomène. Pourquoi les quinquagénaire, homme, ont 4 fois plus de chances que leurs compagnes de « refaire leur vie ». Et puisqu’ils ne choisissent pas visiblement des femmes de leur âge (sinon il n’y aurait pas cet écart), qui choisissent-ils ?

      Autrement dit, j’aurais aimé que l’article souligne la relation les courbes des taux de divorce et l’évolution de l’égalité F/H (notamment dans les rôles pourvoyeur de ressources / domestique), d’une part, et qu’il souligne la discrimination, engendrée et nourrie par la culture, qui préside à la formation des couples, d’autre part (en d’autres termes le principal « capital » d’une femme reste dans l’imaginaire son physique, ce qui lui ferme le « marché » sentimental quand elle vieillit, alors que la société (et donc les partenaires éventuelles, puisqu’il faut bien faire avec ce qu’il y a) est bien plus indulgente pour ces messieurs.

      J’apprécie donc beaucoup cet article, mais je déplore qu’il se contente de suggérer certaines choses, sans se décider à les analyser jusqu’au bout. Pour moi le recours au divorce par les personnes âgées est bien symptomatique d’une époque, d’une évolution. Mais il s’agit de l’égalité F/H, ou en termes exacts, de l’évolution de l’inégalité F/H (les avancées et les réflexes rétrogrades). Pas de la « libération sexuelle » ou de son ersatz.


      • caroff jean-louis (---.---.97.214) 23 mars 2006 06:39

        j’ai 50 ans ,mon epouse 41 ans vient de demander le divorce,mon monde s’ecroule,il faut vendre la maison ,se partager les 3 enfants(5 9 et 11 ans) 1 semaine chacun,vivre en hlm,perdre sa qualite de vie ,finances tres en baisse et puis quel espoir pour un homme de revivre l’amour ainsi ,non, plus de temps a soi ,travail et enfants ,qu’esperer d’autre,le divorce apres 50ans c’est une horreur surtout pour des enfants encore tres jeunes et des parents plus tres jeunes

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