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Accueil du site > Actualités > Société > Drôles de zygs !

Drôles de zygs !

Mercredi 16 mai, France 2 diffusait « Les Zygs, le secret des disparus », prouvant ainsi que la France sait produire d’excellents téléfilms. « David Nollande » était aussi d’excellente facture. Sauf qu’ici, les zygs évoquent un problème de santé et d’éthique bien actuel : le commerce des organes. Douste-Blazy, qui fit voter en 1994 la loi sur la bioéthique, poursuivait l’œuvre de Bernard Kouchner qui l’avait précédé au ministère de la Santé. Aujourd’hui c’est Kouchner qui prend la relève de Douste-Blazy aux Affaires étrangères. Comment ne pas y voir le signe que ce problème de santé et d’éthique est international ?

Les zygs sont des clones élevés clandestinement au profit de nantis auxquels ils doivent fournir des organes. Sans existence officielle, ils peuvent être « effacés  » s’ils posent trop de problèmes, ou « mis en jachère » au sous-sol. Si ces mots font froid dans le dos, le scénario n’a cependant pas sombré dans l’absurdité ou le fantasme. Il est vrai que Jacques Fansten, le réalisateur, a consacré six années à lire des ouvrages spécialisés et à interroger des scientifiques. L’élevage de clones dans une île ne s’apparente-t-il pas au phénomène du tourisme de transplantation qui, lui, est bien réel ? Il s’agit du déplacement géographique de personnes en quête d’un organe ou de chirurgiens pratiquant les greffes dans le seul but d’effectuer une transplantation aux dépens d’une personne vulnérable. Cette pratique touche les pays qui n’ont pas de cadre légal dans le domaine des greffes : l’Egypte, les Philippines... Les zygs, par la méconnaissance de leur condition de clones, par leur dépendance aux « fonctionnels » (nom donné aux humains qui les encadrent) qui ont droit de vie et de mort sur eux et même droit de cuissage, ne sont-ils pas des personnes vulnérables ? Enfin, leur consentement aux greffes n’est évidemment jamais sollicité.

Voilà pour la fiction, quelle est la réalité internationale d’aujourd’hui ?

En Chine, les organes des condamnés à mort sont utilisés à des fins de transplantation, très souvent sans le consentement des intéressés. Les prisonniers sont même la principale source d’organes de transplantation. Mais ce pays a évolué en 2006 en adoptant une loi qui interdit la commercialisation des organes et définit ce que doit être le consentement. Il développe aussi des alternatives comme les prélèvements sur donneurs vivants de la famille du receveur ou sur personnes en état de mort cérébrale. Luc Noël, responsable de la lutte contre le tourisme de transplantation au sein de l’OMS, pense que le commerce des organes en sera bouleversé. Il déclare cependant que la loi chinoise n’est pas assez rigoureuse concernant l’évaluation du consentement du donneur vivant.

L’Inde a voté une loi en 1995 interdisant le tourisme de transplantation mais cette forme de tourisme n’a fait alors que se déplacer vers des pays voisins : l’Irak, le Pakistan. Par ailleurs, l’Inde aura du mal à suivre la voie chinoise car elle n’accepte pas les prélèvements sur cadavres qui heurtent certaines croyances religieuses. Autre obstacle : l’Inde ne dispose pas encore de la technologie médicale sophistiquée permettant des transplantations réussies au moyen de reins prélevés sur des cadavres.

En Amérique latine, des propositions de vente de reins sont publiées dans les journaux. Ce sont bien entendu les gens les plus pauvres de la société qui ont recours à la vente de leurs organes. Se pose ici la question de la marchandisation des organes.

Les organes humains sont-ils des marchandises comme les autres ?

L’OMS et la France ont répondu clairement non à cette question. D’abord l’OMS qui, lors de son assemblée du 13 mai 1991, a approuvé les principes directeurs en matière de transplantation : " Le corps humain et les parties du corps humain ne peuvent faire l’objet de transactions commerciales. En conséquence, il devrait être interdit d’allouer ou de recevoir un paiement (sauf formes de compensation ou récompense) pour des organes. Il devrait être interdit de faire de la publicité autour du besoin ou de la disponibilité d’organes". Puis, la France adopta la loi du 29 juillet 1994 qui allait dans le même sens. A cette époque, l’organisation des transplantations dans l’Hexagone est confiée à un établissement public car, constate le ministre de la Santé de l’époque, Douste-Blazy, la France détient le record mondial du nombre d’hôpitaux où se pratiquent les transplantations. Or, face au succès montant de la greffe médicale, une association de droit privé comme France Transplant n’était plus à même de gérer cette activité de la façon la plus fiable possible. Il fallait aussi introduire des notions d’éthique pour réglementer ce marché où la pression de la demande était forte.

Que dit la loi française à propos du consentement ?

Le consentement est présumé au prélèvement d’organe après la mort : D’après la loi, toute personne majeure est considérée consentante au prélèvement de ses organes et tissus après sa mort sauf si elle manifeste son refus de son vivant. (Article L.1232-1 Code de la Santé publique). Il n’y a donc pas de registre d’inscription de donneurs. Par contre, il existe un registre national du refus, interrogé par les médecins avant tout prélèvement. De par la loi aussi, le médecin doit, après avoir vérifié que le défunt n’est pas inscrit au registre national des refus, s’efforcer de recueillir auprès des proches, le témoignage de la volonté du défunt.

La notion de don pour les prélèvements sur personnes vivantes : La loi (Article L. 1231 Code de la santé publique) réaffirme la notion de don et élargit, sous strictes conditions, le champ des donneurs vivants à toute personne majeure et capable ayant avec le receveur un lien étroit et stable. Mais, l’autorisation de prélèvement, à l’exception des pères et mères, doit être délivrée par un comité d’experts (dispositions précisées par décret).

Revenons à nos zygs : Le clonage est-il permis en France ?

Le clonage est-il permis en France ? La loi n°94-654 du 29 juillet 1994 (l’une des trois lois sur la bioéthique), interdit le clonage reproductif (article 16-4 nouveau du code civil) et le clonage thérapeutique : « La conception in vitro d’embryon ou la constitution par clonage d’embryon humain à des fins de recherche est interdite. » (Article L. 2151-3. du Code de la santé publique : « Un embryon humain ne peut être ni conçu, ni constitué par clonage, ni utilisé, à des fins commerciales ou industrielles. (Article L. 2151-4.) - Est également interdite toute constitution par clonage d’un embryon humain à des fins thérapeutiques. »)

Reste que le téléfilm pointe indirectement une autre question : la médecine à deux vitesses dans notre monde inégalitaire. Mais ce serait un autre débat.


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9 réactions à cet article    


  • Hervé Torchet 21 mai 2007 11:24

    Et pourtant, il faut bien dire que l’élevage d’organes (non sans doute de clones entiers) sera à terme une solution thérapeutique. Mais vigilance, vigilance, bon article.


    • Hesoneofus 21 mai 2007 14:05

      En effet excelent article et gros probleme de fond. Je permet toutefois de preciser, que la valeur marchande d uun organe n est pas le danger profond des question poser dans cette article. certes, l economie du monde d aujourd hui rendrais cela encore plus degoutant, mais on peut tres bien imaginer une societe ou les clones/organes ne sont produit que pour les celebrite, politicien,etc, sans condition de richesse. le probleme de fond de cette course au organe sain, vient a mon sens plus du rejet de la vie dans la fuite vers la mort qui encombre bcp d esprit occidentaux. La perte de spiritualite, apres des annee de l intouchable religion puis de bassinage athee, a engendrer une crainte terrible de la mort et de la veillesse. encore maintenant, le droit de mourir est condannee et on y prefere l acharnement therapeutique. Allez les vieux... mourrez nous les jeunnes , ont vous le rendra smiley


    • jamesdu75 jamesdu75 21 mai 2007 18:20

      Bonjour,

      J’ai vu la 1ere partie du téléfilm et tout sonné faux, j’ai pas eut le courage de lire la suite. Des tonnes d’incohérence, les acteurs jouaient au plus mal possible. Y’avait tout les ingredients des téléfilms habituel de france 2 (l’innaltérable bal musette avec le beret, les mechants qui montre, qu’ils sont mechant). Pour certains acteur, on se demande vraiement ce qu’ils faisaient dedans.

      « Je me cache derriére une armoire pour qu’on ne trouve pas »

      Ou alors aprés l’evasion du dôme, ils enfin libre et au lieu d’aller voir le poste de police le plus proche, non ils prennent un train de nuit en fraude.

      Mention special à Sonia Rolland, qui en depit d’avoir un jeu d’actrice inexistant, à une trés belle poitrine.

      Si vous voulez vraiement une bonne histoire sur la génétique, il est beaucoup beaucoup mieux de lire certaines nouvelles ou des bouquin comme Blade Runner, Le meilleur des mondes ect...

      Et si on reset au ciné, tant qu’à avoir une scénario bateau et un jeu d’acteur nulle. Il faut mieux regarder The Island ou A l’aube du 6e Jour. Sinon en créme de film de SF traitant de la génétique Bienvenue à Gattacca, Innocence et beaucoup d’autres.


      • La Taverne des Poètes 21 mai 2007 20:57

        J’ai baillé devant la première partie et j’étais un peu distrait, mais la seconde partie était excellente !


      • jako jako 21 mai 2007 20:16

        merci Poéte charge à Vous de redéfinir le language ici ( l’ortographe) il ne faut pas oublier aussi le vol d’organes sauvage et le chine qui profite des des condamnés à mort etc.............


        • Tiflopin 22 mai 2007 01:29

          Toute cette reflexion me semble aussi valable pour l’élevage que l’on pratique avec les animaux.

          Nous faisons culture des bêtes, ces êtres sensibles qui ne méritent pas d’être considérés comme nos objets uniquement crées pour nous servir.

          Certes il existe des diffèrences entre nos capacités (cérébrales ou motrice), mais aucune ne justifie que l’on exploite, maltraite, emprisonne et tue les animaux non humains. Si ce sujet, vous intéresse, je conseille de lire http://cahiers-antispecistes.org/spip.php?article42 et aussi « L’égalité animale expliquée aux humain-es » de Peter Singer. À télécharger ou commander ici : http://tahin-party.org/singer.html

          Ces reflexions sur la marchandisation de l’humain ou juste de parties de l’humain peuvent-elles aussi révéler des abominations que nous appliquons déjà sur les non-humains ?

          Florent


          • minijack minijack 22 mai 2007 05:12

            J’ai suivi les deux épisodes de ce téléfilm. Avec difficulté je dois dire parce que je n’ai pas trouvé, contrairement l’avis de l’auteur de l’article, que c’était une très bonne production française. C’est quelque chose qui aurait mérité beaucoup mieux que la télé, même en deux épisodes. Le cinéma aurait certainement fait beaucoup mieux.

            Par contre, l’idée développée par le scénario m’a passionné en tant que romancier parce que derrière l’argument se cachent de multiples aspects d’un questionnement philosophique sur l’avenir de la médecine et sur la vie humaine considérée comme « réserve biologique ».

            Et ce questionnement va effectivement très très loin, car qui peut dire si nous ne sommes pas sur Terre les Zygs d’autres Pogs ?...

            L’écrivain Charles Fort, célèbre collectionneur d’anecdotes paranormales aux USA en 1920, écrivait à propos des OVNIS : « On nous pêche ! »...

            Savez-vous qu’il y a des milliers de disparitions inexpliquées chaque année rien qu’en France ?... Des dizaines de milliers par an aux US et je ne sais combien ailleurs.... Et l’on dit aussi que chacun de nous aurait son sosie quelque part... Brrrr !! smiley


            • Krokodilo Krokodilo 22 mai 2007 17:04

              On peut aussi rendre hommage à Jean-michel Truong, un des rares auteurs de SF publié dans la littérature générale, qui a écrit « Reproduction interdite » sur le même thème, mais vingt ans avant les autres... Suspense policier, angoisse et questionnement éthique. Il écrit peu mais c’est chaque fois devenu un classique de la SF.


              • Le Médiolanais 27 mai 2007 23:26

                Bonjour,

                J’avais enregistré la première partie des Zygs sur le clonage avec Claire Borotra. Je l’ai regardé ce soir et j’ai apprécié cette série.Bien qu’un peu farfelue au départ. mais je reste sur ma faim, je ne savais pas que c’était en deux parties. Si quelqu’un peut me dire ou trouver à télécharger la 2°partie, je lui en serais reconnaissant. J’aimerais bien voir celle-ci. Merci d’avance

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