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Accueil du site > Actualités > Société > Du cercle vicieux de la consommation

Du cercle vicieux de la consommation

Cet article aborde la finalité du travail humain dans notre société de consommation.

La principale difficulté du système productiviste n’est pas, comme son nom l’indique, de produire, mais de vendre. La production de richesse (PIB) augmente de manière exponentielle — ou du moins quadratique —. En effet, la croissance est calculée et exprimée en pourcentage par rapport au PIB de l’année précédente. Cela implique donc que tous les biens produits soient consommés au même rythme. Pour permettre cela, depuis l’avènement de la production industrielle, des leviers de consommation ont été conçus. Par exemple : le marketing et l’obsolescence programmée. Dans cet article, nous chercherons à montrer en quoi une grande partie du travail de chaque individu est vidée de son sens par la combinaison de ces deux piliers consuméristes.

 Le marketing regroupe plusieurs outils et méthodes permettant d’attirer l’attention d’une personne sur un produit et de l’encourager à l’acheter : publicité, design (on peut déplorer qu’aujourd’hui le design ne soit souvent qu’un outil marketing), image de l’entreprise, etc. Cette discipline est née au XIXe siècle afin de compenser les problèmes causés par le rapide essor de l’économie : la production augmentait plus que la consommation.

 L’obsolescence programmée est le fait de concevoir un produit en limitant volontairement sa durée de vie. Ainsi, le consommateur devra régulièrement racheter un bien remplissant la même fonction et l’entreprise écoulera plus régulièrement sa production. L’obsolescence programmée a fait son apparition dans les années 20, mais ne s’est réellement développée qu’après la Seconde Guerre mondiale.

 C’est par la combinaison de ces deux leviers que l’on rentre dans un cercle vicieux de consommation. Prenons un exemple : un individu achète un réfrigérateur neuf. Posons qu’il a été conçu pour durer environ 5 ans. Au bout de ces 5 années, une panne se déclare. L’individu contacte donc le SAV ou un réparateur qui lui disent : « ça coûte plus cher de changer la pièce que d’en racheter un neuf » (sic). L’individu se laisse ­­donc d’autant plus convaincre de faire un nouvel achat que pendant ces 5 années, il a été littéralement bombardé de publicité lui vantant les mérites et les avantages indispensables de tous nouveaux frigos encore plus modernes qui facilitent et rendent la vie meilleure et heureuse. Il fera donc une nouvelle dépense.

 Cette combinaison est valable pour une très grande part de ce que nous achetons : stylos, voitures, vêtements, téléphones portables, ordinateurs, électroménagers, etc. Par conséquent, une grande partie du revenu de chacun est consacrée au renouvellement inutile de ses achats. Avec des biens conçus pour durer un maximum de temps, nous sortirions de ce cercle vicieux de consommation et nous pourrions donc travailler (beaucoup) moins. Nous pourrions aussi travailler tout autant (voir plus) si on le souhaite, mais différemment.

 Depuis sa mise en place ­— afin de maintenir une consommation exponentielle —, l’association marketing/obsolescence programmée n’a cessé de prendre de l’ampleur. Devant cette évolution qui est aussi fulgurante qu’insoutenable (quand elle est reliée avec le monde physique, une exponentielle s’arrête très rapidement), les consommateurs ne pouvaient plus suivre. Les salaires ne suffisaient plus pour un renouvellement de plus en plus rapide de produits toujours plus nombreux. ­­C’est pourquoi un troisième levier a été mis en place : le crédit. Ce levier a été étendu et facilité afin que la consommation suive l’exponentielle productiviste, avec les conséquences que l’on connaît (un exemple suffira : les subprimes), et celles à venir (bulle du microcrédit)…

 Note : pour approfondir sur l’histoire de l’obsolescence programmée, regarder le très bon documentaire Prêt à jeter disponible sur gratuitement sur internet (diffusé par Arte en mars 2011).


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16 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 14 novembre 2011 15:20

    « Cet article aborde la finalité du travail humain dans notre société de consommation. »

    La finalité du travail humain n’est-elle pas d’en alléger la pénibilité et d’améliorer le niveau de vie ?


    • epapel epapel 14 novembre 2011 22:22

      La finalité du travail, c’est de produire tout en occupant les gens.

      Alléger la pénibilité du travail tout en augmentant le niveau de vie, c’est la finalité des gens.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 15 novembre 2011 06:46

      La finalité du travail HUMAIN...


    • Robert GIL ROBERT GIL 14 novembre 2011 15:32

      Et si notre civilisation décidait de produire des produits durables, faits pour
      durer. Et non des téléphones jetables avec une pomme dessus. Et si à l’époque du
      déclin annoncé de la civilisation « du parce que je le veau bien », on repensait
      l’individu comme la source de toutes choses mais aussi sa fin en soi. À quand un
      nouveau précis de calcul économique qui permette de se passer des anciennes
      abaques du consumérisme aveugle devenus obsolètes ?.........

      http://2ccr.unblog.fr/2011/09/07/la-place-du-zero-dans-loperation-economique/


      • epapel epapel 14 novembre 2011 22:23

        Un bon début de roman de politique fiction.


      • devphil30 devphil30 14 novembre 2011 15:48
        A Bergerpi ,

        « Avec des biens conçus pour durer un maximum de temps, nous sortirions de ce cercle vicieux de consommation et nous pourrions donc travailler (beaucoup) moins. Nous pourrions aussi travailler tout autant (voir plus) si on le souhaite, mais différemment. »

        Je suis d’accord avec votre article mais pouvez-vous m’expliquer la phrase contenant 
         - le travailler moins car dans nos sociétés la consommation entretien la croissance et l’emploi => moins de consommation donc moins d’emploi ??? je me trompe ???
        - le travailler autant mais différemment ??? expliquez ???
        Dans mes questions , je sous entend la partie revenu suite à une baisse d’activité ou à un travail différent 

        Philippe 

        • bergerpi 14 novembre 2011 22:14

          Moins de travail, autant d’emploi : partageons le travail. 

          Sinon, il y aussi la solution du revenu de base puisque aujourd’hui, outres les délocalisations, le chômage vient aussi, et pour beaucoup, de l’automatisation : les machines travaillent pour nous. Pour une explication détaillée, je vous recommande chaudement cette vidéo : http://www.kultkino.ch/kultkino/besonderes/le_revenu_de_base_film_francaise &nbsp ;


          Travailler différemment. Par exemple : avoir un travail rémunéré à temps partiel et faire à côté une activité rémunératrice ou non qui nous intéresse beaucoup plus (art, sport, association, travail de l’esprit,...).

        • epapel epapel 14 novembre 2011 22:26

          Tant que le mode de rémunération ne changera pas et donc que ceux qui en ont fixé les règles auront le pouvoir, ça restera des paroles en l’air.


        • devphil30 devphil30 15 novembre 2011 09:49

          Le revenu de base universel est financé comment ??


          Dans les sociétés précédentes , les gens passaient beaucoup de temps à travailler pour produire leur nourriture , aujourd’hui ce n’est plus le cas mais comment concevoir que tout le monde puissent travailler moins cela nécessite le partage du travail.

          Est-ce que tous les métiers sont propices au partage du travail ?

          Le partage du travail induirait des déplacements plus nombreux ( 2 personnes sur un poste de travail par jour ).

          Dans une société mondiale à forte compétition , cela reviendrait à diviser les salaires par deux.

          J’aimerais comprendre la logique de fonctionnement , De Villepin à évoquer ce revenu universel mais comment le financer , déjà le chômage , les retraites posent problème alors concrètement comment mettre en oeuvre une telle mesure et ne conduirait elle pas la société à la décadence ( exemple de la décadence romaine ) par l’inactivité 

          Je ne suis pas un acharné du boulot en entreprise , j’ai aujourd’hui un revenu qui me permet de vivre et je me pose des questions sur le sens de la vie.
          J’aspire à percevoir un revenu universel me permettant de faire ce que j’ai envie , ne travailler que 2 ou 3 jours par semaine MAIS ..cela revient à nous transformer en rentier au frais de la collectivité qui elle se finance comment ?

          Philippe 



        • bergerpi 15 novembre 2011 10:42

          @ epapel : c’est pour cela qu’il faut sans plus tarder une révolution populaire dans notre système qui n’a de démocratique que le nom. Pour approfondir, je vous conseille de regarder ce débat entre Étienne Chouard et Yvan Blot sur la démocratie réelle, passionnant : http://www.dailymotion.com/video/xlz6kr_debat-entre-etienne-chouard-et-yvan-blot-sur-la-democratie-reelle_news


          @ devphil30 : 
          Sur le financement, tout cela est très bien expliqué dans la vidéo que je vous ai indiquée.
          « Dans une société mondiale à forte compétition » : il s’agit bien sûr de changer profondément cette société... Se battre pour une démocratie réelle (cf lien plus haut) permettrait aux peuples de décider eux même de leur avenir.

          Sur le sens de la vie : pour moi, il n’y en a pas de transcendant (cf Spinoza). C’est à chacun d’en donner un à la sienne :)

        • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 15 novembre 2011 10:50

          Par devphil30 (xxx.xxx.xxx.62) 15 novembre 09:49
          « Le revenu de base universel est financé comment ? »
          Un Dividende Universel peut s’auto-financer sur la base d’un effort d’épargne préalable.

          « De Villepin à évoquer ce revenu universel mais comment le financer »
          Galouzeau se référait à une allocation universelle financée par l’impôt.

          « J’aspire à percevoir un revenu universel me permettant de faire ce que j’ai envie , ne travailler que 2 ou 3 jours par semaine MAIS ..cela revient à nous transformer en rentier au frais de la collectivité qui elle se finance comment ? »
          Pas nécessairement.

          Le Dividende Universel.
          Synthèse capitaliste pour instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité.

          Ce projet de « Dividende Universel » se compose d’un Objectif Principal et de deux Objectifs Spécifiques qui découlent de l’objectif principal.

          Objectif Principal :
          Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique

          Objectifs Spécifiques :
          I)
          Transformer le « capitalisme ordinaire » en un authentique Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
          II)
          Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’un Dividende Universel évolutif qui, de facto, éradiquera définitivement le concept même de chômage.



        • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 15 novembre 2011 11:02

          Par bergerpi (xxx.xxx.xxx.231) 14 novembre 22:14

          Le Revenu du de Base (Allocation Universelle) présenté dans ce film demeure financé par un prélèvement fiscal (TVA) sur la richesse produite par l’économie réelle marchande.

          Il est impératif qu’il soit un Dividende Universel naturellement produit par les capitaux investis dans l’économie réelle marchande. Pour cela, il convient de cesser de considérer le Capitalisme comme LE mal absolu et de le faire évoluer vers un Capitalisme intrinsèquement Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable grâce à l’instauration d’une Allocation Universelle transitoire suivie de la génération d’un Dividende Universel permanent et évolutif, « fonds de pension national et privé », sorte de coopérative-capitaliste, solidairement et collectivement géré par une structure spécifique, indépendante de l’État et représentative des citoyens-électeurs-contribuables qui résoudra le problème du chômage et permettra l’Acquisition Citoyenne du Pouvoir Économique.



        • Ptetmai 14 novembre 2011 16:55

          @ devphil30 et autres
           
          Lisez donc « Travailler deux heures par jour »

          Cet ouvrage collectif n’a ps encore trop vieilli, même sil mériterait d’être réécrit et actualisé jour"


          • epapel epapel 14 novembre 2011 22:27

            Les Schroumpf, c’est tout aussi instructif mais plus rigolo.


          • Bobby Bobby 15 novembre 2011 09:33

            Bonjour,

            Un exemple clair de ce qu’il ne convenait pas de faire, nous a été donné pendant la seconde guerre mondiale. l’état U.S. à lancé un appel d’offres concernant un véhicule tout terrain, pouvant transporter 4 tonnes de matériel et devant tenir 10.000 Km. C’est GMC qui obtint l’adjudication... il existe encore des camions qui roulent aujourd’hui ! 

            L’heure est au « monopole obligé », qui prétend fabriquer des pièces et des accès procéduraux monopolistiques... aux fins d’obliger le consommateur à passer par la marque sans exception !

            Un des effets de « l’impérialisme marchand » comme le nomme si bien Jean-François Brient. On en voit les effets dans tous les domaines... pas un seul qui échappe !

            Les moyens de contrôle sont chaque jour plus sophistiqués au point d’être devenus une véritable industrie... dont on veut croire (et nous faire croire) qu’ils sont indispensables...

            Cela tient tout simplement du leurre. Il était déjà clair pour certains esprits éclairés au début du 16eme siècle (cf Sir Thomas Moore) que le temps de travail pouvait idéalement être réduit au moins de moitié... Ce ne sont que les profiteurs (le patronat) qui ont poussé la classe travailleuse à travailler plus... (pour produire plus de profits) et qui ont organisé tout autour de dogmes (faux) chantant à l’uni-son la gloire d’un état psychologique servile.

            Les programmes scolaires en sont aujourd’hui qu’un exemple frappant !

            Bien peu réjouissant !

            Quand lèverons-nous une fournée d’hommes, des vrais, capables de se passer de toute mythologie économique ou autre, et constituer ainsi une vraie démocratie, terme dévié de son sens depuis plus de vingt siècles ?

            « La sociologie est un sport de combat » selon Bourdieu, soit ! et bien, qu’attend-on pour bousculer
            0les mythes ? (que ce soit eux qui nous bousculent ?)

            Bien à vous


            • PtitLudo PtitLudo 15 novembre 2011 11:21

              Merci pour l’article. Effectivement « quand elle est reliée avec le monde physique, une exponentielle s’arrête très rapidement ».

              Pour illustrer cela à l’occasion de discussion je dis à mes interlocuteurs, sur une ligne droite tracez une ligne tous les 5 mètres, sur une distance de 50 mètres environ, soit 10 traits, puis au premier, commencez par marcher tranquillement.

              Ensuite à chaque trait, multipliez votre vitesse par 2, et là quelle surprise de voir que au bout de 2 ou 3 traits, on n’arrive déjà plus à suivre (suivant les capacités des individus) !

              Cette petite expérience illustre bien l’absurdité totale de la croissance infinie dans un monde physique fermé (la terre).

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