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Accueil du site > Actualités > Société > Du pédagogisme et de l’économisme

Du pédagogisme et de l’économisme

Le terme pédagisme est très à la mode pour critiquer en France les politiques de l'Education Nationale et le constat du fait suivant : un plafonnement dans les progrès de l'éducation qui touche en réalité tout le monde occidental. Ce plafonnement a touché les Etats-Unis à la fin des années 1960 et l'Europe occidentale au début des années 2000. Désormais, ceux que l'on appelle les "bobos" et qui ont fait des études supérieures constituent 40% d'une tranche d'âge en France et plus de 50% aux Etats-Unis...

Beaucoup d'entre-eux ont été victimes des politiques de dumping social liée au libre-échange : dégradation du niveau de vie, précarisation de l'emploi... Cette classe moyenne constitue un corps électoral éduqué près à remettre en cause les politiques libérales liées à la globalisation. Aux Etats-Unis, les plus âgés d'entre-eux ont voté Trump, les plus jeunes ont voté Sanders. "Occupy Wall Street", le "Brexit" "Les Indignés" espagnols, "Nuit Debout"... concrétisent les nouvelles aspirations à une déglobalisation. L'Histoire est toujours en marche.

L'économisme (pensée qui explique le monde par les forces économiques) n'est pas le moteur de l'Histoire ; le levier de l'Histoire est l'éducation : les Révolutions anglaise et française interviennent quand 50% d'une classe d'âge savent lire et écrire. Mais actuellement nous n'en sommes plus là : les pays occidentaux sont fracturés entre une population qui a fait des études secondaires et une population qui a fait des études supérieures.

Le nombre de diplômés du supérieur plafonne alors que nous avons besoin de médecins, d'ingénieurs, de chercheurs et d'enseignants biens formés pour répondre à nos besoins. Les politiques éducatives sont variées pour faire face à ces défis

Le projet de Fillon est de mettre en concurrence les écoles publiques et privées et les écoles publiques entre elles. Autonomes, les établissements devront mettre en place des projets et recevront des crédits en fonction des "résultats". Ce système mis en place au Royaume-Uni et aux Etats-Unis depuis 30 ans n'a pas montré son efficacité tout simplement parce que les écoles privées sélectionnent leurs élèves et virent les "brebis galeuses" (élèves ayant des problèmes de comportements et un niveau scolaire bas) qui se retrouvent dans le "public" qui a obligation de les accueillir. Depuis quelques années, le gouvernement américain a décidé de recruter des grosses têtes qui sortent de Harvard pour enseigner dans les établissement publics des ghettos pauvres des minorités ethniques (ils ont des contrats de 2 ans en échange du remboursement d'une partie de leurs frais d'études). Bilan : ils n'obtiennent pas de meilleurs résultats de leurs élèves que les profs ou les instits de base.

Un des seuls pays qui a fait des progrès en matière d'éducation dans le monde occidental est la Finlande. Tout le monde le dit, mais on oublie d'entrer dans les détails.

La Finlande consacre plus de 8% de son PIB à l'éducation, la France un peu plus de 6%. Ce pays a une tradition de soins apporté à l'éducation, comme les pays Scandinaves et l'Islande, depuis la Réforme protestante du 16e siècle. L'effort d'éducation finlandais a porté sur les écoles maternelles et primaires, périodes fondamontales pour les apprentissages et le développement des enfants. Avec quelles méthodes ? Une synthèse de toutes celles qui respectent le développement de l'enfant, sa personnalité et favorisent l'autonomie, car aucune méthode n'est meilleure qu'une autre. Les Finlandais se sont inspirés, entre autre, des grands pédagogues français : Freinet, Piaget, et de l'italienne Montessori (elle-même influencée par la française Gisèle Pelvey).

La créativité des travailleurs finlandais, qui trouve sa source dans une éducation soignée, est significative : ce petit pays avec 5,4 millions d'habitants et une population active de 2,66 millions a créé Nokia, un leader mondial des télécommunications...

Nul besoin d'économisme pour expliquer ce résultat.


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9 réactions à cet article    


  • pierre 28 novembre 11:46

    « a créé Nokia, un leader mondial des télécommunications... » qui a quasiment disparu depuis


    • Pépériclès Pépériclès 28 novembre 20:32

      Faux.
      Nokia a fait l’erreur de s’associer avec Microsoft (ses produits sont mauvais) et n’est plus numéro 1 sur le marché des mobiles, il est derrière Samsung. Mais son activité est diversifiée, en dehors des mobiles, et toujours présente sur les terminaux mobiles.
      En 2014 Nokia a privilégié ses activités d’équipementier téléphonique et de cartographie. L’entreprise créa un fonds d’investissement pour les entreprises liées aux voitures connecté et a acquis les activités d’équipements de télécommunications de Panasonic. En 2016 Nokia fait une OPE sur Alcatel-Lucent et possède 76,3% des actions d’Alcatel-Lucent.es. En mai 2016, Nokia annonce son retour sur le marché des téléphones mobiles avec un accord signé pour la vente de ses produits par HMD Global et FIH Mobile.
      Si vous avez bien lu mon article, ce petit pays a une population active inférieure à 3 millions d’habitants et Nokia intéresse un grand groupe américain comme Microsoft, rivalise avec le coréen Samsung, le Japonais Panasonic et l’allemand Siemens ! Dois-je vous rappeler les chiffres des populations actives de ces géants que sont les Etats-Unis, la Corée, le Japon, l’Allemagne ?


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 29 novembre 09:57

      @Pépériclès

      En avril 2016, une vague de 10 000 à 15 000 suppressions d’emplois est annoncée.

      En mai 2016, Nokia annonce son retour sur le marché des téléphones mobiles avec un accord signé pour la vente de ses produits par HMD Global et FIH Mobile Ltd.

      La réalité, c’est que Nokia n’existe plus qu’à travers une image de marque prestigieuse rachetée et exploitée par la concurrence (comme Bugatti ou Rolls Royce l’ont été par BMW ou Alfa-Roméo par Fiat).

    • Pépériclès Pépériclès 29 novembre 18:56

      Bien sûr. Cela prouve que la mondialisation accélère l’accumulation du capital dans les mains d’une minorité de rentiers par le jeu d’une concurrence débridée : actuellement, dans le monde, les 80 personnes les plus riches possèdent l’équivalent du patrimoine des 3,5 milliards d’habitants les plus pauvres.
      Autre échec, celui de Fagor-Brandt, qui se voulait un exemple d’entreprise auto-gérée, du moins pour ses travailleurs-sociétaires espagnols. Ce groupe s’est ruiné en voulant devenir une multinationale en jouant la concurrence internationale ; il s’est replié sur ses activités en Espagne en bradant ses activités à l’étranger. Fagor-Brandt France a été racheté par un milliardaire algérien.
      La solution semble la déglobalisation par la création de productions locales et des filières courtes. Les outils sont déjà en place et encouragés par certaines collectivités locales dans le monde : FabLab pour réparer ou construire des objets en imprimantes 3 D ; énergies renouvelables produites par les entreprises et les particuliers (leur développement est exponentiel) qui permettra de se passer des multinationales de l’énergie ; production en bio, agriculture raisonnée, permaculture sur des petites surfaces (plus productives que les cultures industrielles), filières de recyclage des déchets ; nouveaux statuts d’entreprises : AMAP, SCOP... L’enjeu est de créer des emplois pour répondre à nos besoins en évitant de consommer les gadgets des multinationales qui créent des besoins sans limites. Pour cela c’est à tous ceux qui travaillent et qui travailleront de reprendre en mains les techniques confisquées par une minorité de rentiers : d’où un besoin de formation ou d’éducation, comme vous voudrez.


    • alinea alinea 28 novembre 22:32

      Ah bien je vois que vous avez bien intégré que l’éducation, ce n’est pas fait pour épanouir l’esprit, mais pour être compétitif sur les marchés de la technologie.
      Bon , nous n’irons pas très loin avec ça !!
      Je ne voulais pas du tout répondre ça mais je suis tombée sur le premier com et sa réponse ! du coup j’en ai oublié ce que je voulais dire, qui n’avait probablement aucune espèce de pertinence dans ce lieu !!


      • Pépériclès Pépériclès 29 novembre 01:55

        Rien ne vous empêche de faire un article sur l’épanouissement de l’esprit que donne l’éducation. On peut s’épanouir tout autant en cultivant son jardin, en faisant du sport ou en développant l’empathie vis-à-vis d’autrui qu’à écouter Rameau ou lire Kant. Ce n’était pas le but de l’article.
        Mon article cherchait modestement à démontrer que les progrès de l’éducation entraînaient des bouleversements économiques, politiques et sociaux. Ces progrès ne provoquent pas nécessairement l’épanouissement de l’individu mais développent de l’insatisfaction, de la frustration devant les insuffisances du monde. Cependant ils nous permettent aussi d’avoir des outils pour y remédier. Par ex. sans progrès de l’éducation il n’y aurait pas eu de conscience environnementale (René Dumont...) pour remédier à l’agriculture industrielle grâce des agricultures alternatives : l’agriculture bio mobilise beaucoup de chercheurs, d’expérimentation et ne va pas de soi (René Dumont était agronome lui-même).
        Les performances économiques des pays à faibles ressources naturelles de subsistance et à environnements difficiles, comme le Japon, la Finlande, l’Islande... ne sont que la conséquence des soins que les parents de ces pays accordent à l’éducation de leurs enfants (avec des méthodes différentes, car ces sociétés sont différentes) . Ces pays n’ont guère que la qualité de leur travail pour assurer leur survie...et une cohésion sociale forte : les Islandais n’ont pas hésité à ne pas rembourser leur dette publique et à virer leur vieille classe politique qui continuait à libéraliser l’économie nationale...
        Ce que vous appeler compétition peut s’appeler aussi émulation ou mimétisme : les nations s’inspirent les unes des autres et acclimatent des techniques, des idées, des plantes étrangères. Par ex. les progrès de l’éducation de l’Europe protestante du Nord au 16e siècle ont été suivi des progrès de l’éducation dans les pays catholiques qui voulaient combler leur retard au 17e siècle...


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 29 novembre 10:04

        Un autre néologisme en « isme » est le mot « écologisme » qui stigmatise la tendance des ayatollahs de la protection de l’environnement à culpabiliser les victimes des injustices sociales en leur reprochant d’être des consommateurs pollueurs.


        Je comprends les critiques que vous pouvez émettre sur ce genre d’attitudequi révèle un système de pensée totalitaire, mais je comprends moins pourquoi vous optez pour l’un d’eux en écrivant : « L’économisme n’est pas le moteur de l’Histoire ; le levier de l’Histoire est l’éducation ». C’est un peu comme les encyclopédistes qui remplaçaient dieu par l’être suprême.




        • Pépériclès Pépériclès 29 novembre 19:02

          « L’Etre suprême » est un terme inventé par Robespierre et ses amis déistes, pas par les encyclopédistes.
          J’attends votre argumentation, car jusqu’ici vous n’avez rien démontré.


          • Pépériclès Pépériclès 29 novembre 19:08

            Le terme pédagogisme était une boutade à l’encontre de tous ceux qui pensent qu’il faut revenir aux vieilles méthodes d’éducation autoritaires et qu’il existe des solutions toutes faites pour élever nos enfants.

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