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Accueil du site > Actualités > Société > Durkeim où es-tu ?

Durkeim où es-tu ?

Il n’est pas un jour sans que quelqu’un ne se prévale du libéralisme, de la loi du marché et autres raccourcis, et chacun les définit à son clocher. Pour ma part je n’ai pas d’autre définition que celle de la qualification et la quantification de nos relations sociales. Durkheim mettait l’accent sur la nécessaire individuation forte. J’occupe ma place singulière et j’assume ma contribution en fonction de ma capabilité et je suis reconnu pour.

L’on parle de modernité et de libéralisme là où il faudrait presque parler de nouveau totalitarisme par le travail.

Le remodelage, imposé par la « modernité », circulation des capitaux, des marchandises et des connaissances presque instantanées suivant leur nature, a accru l’efficacité des moyens de production et laisse le débat ouvert sur son origine que s’attribue le système libéral, sous-entendant par-là qu’un tel résultat ne peut-être atteint que si les hommes sont libres et autonomes. Or il est facile de comprendre que l’efficacité dont se prévaut le libéralisme économique ne peut pas résulter du fait que chacun fait ce qu’il veut. Et donc l’autonomie de ses acteurs est parfaitement délimitée par l’obtention d’un résultat contrôlé par un pouvoir disciplinaire « requalifié » et quantifié « scientifiquement » avec minutie qui est en définitive d’une efficacité « aliénante » renforcée par la compétitivité et l’insécurité de l’emploi.

Aujourd’hui le phénomène le plus marqué est une forme de croyance en un « culte de l’individu ». Culte de l’individu, car la société, ces membres, présente et réduit l’individu à un être devant s’accaparer seulement toutes choses, avec lesquelles certes il va peaufiner sa singularité (personnalisation). Mais si cette singularité ne trouve pas les moyens de la reconnaissance, d’une identification collective différenciée, si personne ne peut s’y reconnaître, alors elle n’est qu’une « impersonnalisation », et il ne restera sur terre qu’un regroupement d’individus sans « âmes ».

Ceci conduit à une individuation faible, anomique, par le désir affiché de vivre le sentiment commun « d’un égoïsme ». (Gérard Mermet a qualifié ceci d’égologisme.)

Également « culte de l’individu » incité et favorisé par des consommations de biens et de services individualisants de masse. Cette pseudo-personnalisation, qui devrait être l’affirmation des capacités de l’individu tout en étant au service du groupe, mène en définitive également à une individuation faible, car elle n’est plus issue d’un sentiment émotionnel relationnel, mais induite par une démarche à finalité mercantile qui organise les émotions, en partant de la connaissance que nous avons d’elles.

D’une certaine manière, cela nous conduit à un ensemble de comportements stéréotypés débouchant sur une individuation faible, qui limite la source d’autonomie de pensée et d’action par une forme de « croyance dans la loi du marché » qui exerce sa répression « uniformisante » grâce à la consommation et nous amène à tendre, à pratiquer ce que Durkheim appelait une solidarité mécanique, mais avec l’image d’une solidarité organique.

Si bien que la perception toujours présente, rassurante et sécurisante de la famille est réclamée par les citoyens. Mais l’État, ancré dans une idéologie libérale, renvoie cette demande à l’initiative personnelle privée. (Sauf au cours de cette élection présidentielle mais ce n’est que propagande électorale). De fait les individus se retournent vers la valeur refuge qu’est la famille et également les amis (dont les moyens sont inégaux), mais aussi vers ce qu’ils reconnaissent comme assurant leurs ressources : « l’entreprise ».

De telle manière que nous assistons à la cohabitation paradoxale de choix politiques libéraux et d’une demande sociale sécurisante pour compenser l’isolement dans lequel la forme d’autonomie contrainte imposée par l’organisation libérale a plongé la famille. Il s’ensuit une dichotomie du raisonnement engendrée par la recherche d’un égoïsme valorisant et d’un lien familial affectif sécurisant et vital.

L’entreprise a engendré les formes politiques socialisantes, les idéologies de l’Occident moderne, et l’idéologie du travail comme valeur essentielle. Fondée à partir de l’être né libre, puis sur la hiérarchisation de « classes », propriété privé, elle s’est installée aujourd’hui dans la rationalité « pseudo-scientifique ». Ce « modèle » se veut moderniste. Cette évolution de la structure de la société capitalistique est d’autant plus importante que c’est en son sein, en son esprit que prend corps une extrapolation de la notion d’autonomie, dans laquelle il faut distinguer celle synonyme d’indépendance économique que poursuit toute personne, de celle qui sera imposée par la structure que nous qualifions (le libéralisme par ex). Pourtant un terme synonyme d’indépendance, comme "autonomie", entraîne de fait une dépendance, une servitude.

Le grand danger est de se cacher la stratégie du chantage à l’emploi qui refoule les peurs et fait des salariés les serviles forcés d’une théorie économique qui se double d’une sottise électoraliste (travailler plus pour gagner plus).

Il s’agit en fait d’une fausse réconciliation qui implosera comme nous le voyons au travers de formes de violence individuelles ou collectives dans des entreprises qui ont procédé à des licenciements, car elle repose sur un marché de dupe.

Or, aujourd’hui le morcellement tant politique que syndical n’offre aucune perspective, et la violence s’est déplacée sur ses anciens terrains.

Je vise plus particulièrement celles qui se constituent comme réponse à une individuation faible et développent leurs propres territoires de reconnaissance et d’actions, telles les zones (réponse zoo-anthropologique). Également tous les circuits financiers parallèles, par exemple de ceux qui se situent en haut de l’échelle sociale, car l’individuation faible ne produit pas seulement ses effets que sur une classe sociale qui y est plus exposée par la pauvreté. En définitive, tous ceux qui subissent ou profitent de cet affaiblissement de l’individuation. A tel point que l’on peut presque dire que l’activité économie se « criminalise », ce qui ne représenterait qu’une gradation supérieure par rapport à la définition de Jean-Marie Albertini qui considère que l’économie n’a besoin que des vices des hommes.

Est-ce cela le libéralisme et la loi du marché ?


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6 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 7 juin 2007 13:21

    « Durkeim où est-tu ? » : une faute dans le titre.


    • Jason Jason 8 juin 2007 08:59

      Deuxième essai :

      Faute dans le titre, mais article autrement charpenté que celui plus haut, de euh...


    • Marsupilami Marsupilami 7 juin 2007 17:56

      Bonne réflexion sur le pseudo-individualisme moutonnier et consumériste, que je partage totalement.

      Mais manque quand même le « h » de Dürkheim dans le titre. Ce qui n’est pas très grave vue la qualité de l’article.


      • NPM 7 juin 2007 18:02

        Comprend rien. « mais induite par une démarche à finalité mercantile qui organise les émotions » Vous avez des émotions lorsque vous achetez vos yaourtes, vous ???

        En plus, si c’est le choix qui vous génes, sachez qu’en URSS, ce n’était pas le cas, et toujorus pas à Cuba. Donc, si c’est si super de vivre en pauvre, pourquoi 30% des cubain ont fuit malgrés les risque (50.000 morts tout de même ) leur ile ?


        • ZEN ZEN 8 juin 2007 08:06

          Article plein d’intérêt,qui ouvre des pistes intéressantes mais peut-être un peu touffu et pas toujours assez explicite sur les points essentiels. Il manque aussi des liens vers des études contemporaines sur ce sujet : Dumont, Ehrenberg,Melman, Boltanski.....Le concept d’« anomie » chez Durkheim aurait pu être mis en valeur.

          Bien à vous.


          • Jason Jason 8 juin 2007 08:56

            Article très intéressant auquel on aimerait voir jointes des références afin de continuer la réflexion. Mais c’est un peu la nature de ces articles de ne contenir que l’essentiel, quitte à avoir des raccourcis qu’il faut démêler.

            Je voudrais mentionner la nature perverse du Marketing qui ne crée l’individualisme qu’à travers l’accès au marché par la personne. Hors du marché, l’individu n’existe pas. Voyez le regard des SDF. L’économie s’est emparée de l’étiquette « individuel » dans sa quasi-totalité.

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