Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Eclairage sur le « business model » des grandes enseignes de cours à (...)

Eclairage sur le « business model » des grandes enseignes de cours à domicile

Cet article concerne le service de cours de soutien à domicile proposé par les grandes enseignes tels que Acadomia et Complétude. Il vise à partager l'info dont je dispose mais aussi à collecter, via les commentaires, des compléments d'information.

Pour commencer, il faut rappeler que le principe de fonctionnement des Enseignes est de se placer en tant que mandataire entre les clients et l'enseignant. Ainsi, ce sont les parents -et non pas l'Enseigne- qui sont les employeurs de l'enseignant.

Autre point clé du modèle : tous les coûts –le salaire et les charges de l'enseignant mais également la part facturée par l'Enseigne– bénéficient d'une aide de l'Etat sous forme d'un crédit d'impôts correspondant à 50% des montants concernés.

En 2008, alors que je travaillais encore pour une telle Enseigne, le prix de vente d'une heure de cours de soutien en Terminale se décomposait ainsi :

 

en euros via Enseigne Direct écart
salaire net 15 25 + 67%
charges (base forfaitaire) 7 7  
part Enseigne 16 n/a  
Total facturé au client 38 32  
Coût après crédit impôt 50% 19 16 - 16%

 

Comme l'indique ce tableau, l'essentiel du crédit d'impôt -autrement dit de l'effort de l'Etat- correspond à la part qui revient à l'Enseigne.

Cette part sert à payer des salariés dont les métiers sont essentiellement la communication, la vente et la gestion. Ces salariés n'exercent pas l'activité vendue, à savoir l'enseignement. Il y a bien quelques "conseillés pédagogiques", mais ils ne connaissent les enfants concernés qu'au travers d'entretiens téléphoniques avec les parents et les enseignants. Drôle de conception de la pédagogie...

Cette part sert aussi à verser les bénéfices aux actionnaires de ces Enseignes.

Il est assez clair, il me semble, qu'une telle Enseigne ne peut vivre que grâce au dispositif de crédit d'impôt. Or ce dispositif avait a priori pour objectif de favoriser l'emploi à domicile déclaré de travailleurs indépendants.

Dans ce tableau, on voit aussi que, lorsque les parents et l'enseignant traitent sans l'intermédiaire d'une Enseigne, le coût de revient pour l'employeur est de 15% inférieur pour un salaire net de l'employé de 65% supérieur. (Ce chiffre correspond au cas d'un salaire net de 25€/h : est-ce choquant ?)

 

Certes, du point de vue du client, recourir aux services de l'Enseigne apporte :

  1. un sentiment d'efficacité et de confiance.

  2. le confort de ne pas avoir à s'occuper des démarches administratives liées au Chèque Emploi Service Universel (CESU) ;

  3. le sentiment que l'on va avoir affaire à une équipe pédagogique formée selon des standards à la hauteur du savoir-faire de communication.

Mais quelle est la plus-value réelle de ces Enseignes ?

Point 1 : Le sentiment d'efficacité et de confiance sont suscités par une puissante communication. Dès lors que des parents souhaitent recourir à des cours de soutien, ils songent à contacter une Enseigne plutôt que de chercher un contact de professeur dans leur quartier : cette démarche est effectivement plus facile et rapide.

La confiance inspirée est-elle méritée ? Plusieurs reportages et documents (1) ont montré que cette confiance est régulièrement trahie. Cependant, la puissance de communication des Enseignes leur permet de dominer les critiques et de capter régulièrement de nouveaux clients et nouveaux enseignants quand bien même les anciens seraient mécontents du service.

Point 2 : Il est certainement confortable de ne pas avoir à se plonger dans les démarches de mise en place du paiement par CESU.

Cependant, on peut ajouter qu'il semblerait qu'un bon nombre de clients ne connaissent pas l'existence du CESU : ils ne savent pas qu'il pourrait bénéficier d'un crédit d'impôts de 50% sans passer par une telle Enseigne. Cela met en exergue le déséquilibre des moyens de communications utilisé par l'Etat pour diffuser de l'information concernant le CESU par rapport à ceux de l'Enseigne.

Point 3 : Sur ce point, il est essentiel de rappeler que l'Enseigne n'est pas l'employeur des professeurs : elle ne peut donc avoir aucun regard sur les méthodes pédagogiques ni organiser des formations d'amélioration des pratiques comme son image et sa comm' peuvent le laisser entendre.

 

Du point de vue de l'enseignant, il est possible les Enseignes apportent une plus-value en zone non urbaine. Par contre, en ville, l'enseignant à surtout l'impression que le marché autrefois facilement accessible en direct par les petites annonces et le bouche-à-oreille a été capté par les Enseignes à coup de slogans aguicheurs, le tout financé, rappelons-le, par à un dispositif gouvernemental qui visait à favoriser l'exercice indépendant d'une activité.

Or ce constat a été aggravé par la modification récente de la legislation sur le CESU. En effet, depuis le 1er janvier 2013, les cotisations ne peuvent plus être calculées sur la base forfaitaire d'un SMIC mais doivent être calculées "au réel". On peut débattre de la pertinence de ce choix (2) mais force est de constater que cette mesure désavantage le travailleur indépendant par rapport à l'Enseigne. (Le tableau suivant tente une simulation, mais il faudrait l'ajuster avec les montants exacts actuellement appliqués par les Enseignes)

 

en euros via Enseigne en direct
salaire net 15 25
charges (base forfaitaire) 7 7
charges (complément forfait - réel) 5 21
part Enseigne 16 n/a
Total facturé au client 43 53
Coût après crédit impôt 50% 21,5 26,5
variation / situation avant le 1/1/2013 + 13,2 % + 65,6 %

 

(1) Documentaire de janvier 2009 d'Envoyé Spécial concernant la prétendue sélection des professeurs, avertissement de la CNIL quant à certains contenus des fichiers d'Acadomia,

(2) La possibilité de payer des cotisations « au forfait » pour l'emploi à domicile était une mesure qui existait depuis plusieurs décennies -avant même la création du CESU. Elle visait à favoriser le travail déclaré. De fait, on constate une forte baisse du travail à domicile déclaré ces derniers mois et plusieurs articles de la presse interprètent ce phénomène par une reprise du travail au noir.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 23 septembre 2013 17:14

    Pourquoi l’école ne fait plus son travail ?


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès


Derniers commentaires