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Accueil du site > Actualités > Société > Education : Auxerre ou PSG ?

Education : Auxerre ou PSG ?

Les temps sont durs et les positions idéologiques se crispent. Le terrain de l’éducation est un de ces champs de bataille idéologique privilégiés, tout simplement, car il engage de manière décisive l’avenir. Les deux modèles en « concurrence » sont le système public et « gratuit » d’un côté, le système privé et payant de l’autre.

Commençons par faire une remarque non idéologique, mais pragmatique concernant le système privé (nous cantonnerons dans cet article à l’enseignement supérieur). Si nous observons ce qui se passe dans les pays du monde ayant un système majoritairement privé, nous constatons que les coûts des études ont explosé ces dernières années ; il n’est pas rare aujourd’hui de voir des études à 30 000$/an. Ce phénomène est très sensible aux USA, en Grande Bretagne, mais aussi en Chine…

Essayons de voir pourquoi un tel phénomène. En réalité, les universités privées sont devenues, comme les entreprises, des machines à fric. Certaines gèrent des milliards de dollars. Pour récolter encore plus, elles font donc appel au star system que l’on trouve, entre autre, dans le milieu du football. On achète les meilleurs ! Ceux qui ont connu l’époque de feu Jean-Luc Lagardère et du Matra Racing savent de quoi il en retourne : des salaires exorbitants pour de bien piètres résultats ! C’est aujourd’hui la stratégie adoptée par le PSG (décidément, on ne comprend pas vite à Paris !). Pour les universités, le star système marche comme suit : on embauche les meilleurs chercheurs (qui, bien souvent sont bien meilleurs en cooptation parmi leurs pairs que dans leur discipline de prédilection) et on garantit au « client », sous ce couvert, le meilleur enseignement possible. Mais qui a dit que quand bien même on aurait le meilleur chercheur, ce dernier serait aussi le meilleur enseignant ? Par ailleurs, on promeut « l’enseignement par la recherche », alpha et oméga actuel de l’université. Mais avant de chercher, ne faudrait-il pas en savoir un peu ? On confond donc allègrement enseignement et recherche, on est dans un système de fuite en avant où il faut toujours plus d’argent pour faire, soi-disant, toujours plus d’exploits, mais, en réalité, on a lâché la proie pour l’ombre, on s’est trompé de « core business », celui de former nos jeunes. A l’instar du football, un tel système n’est pas soutenable.

Passons au système public qui, lui aussi, a ses défauts. Vivant bien à l’abri des péripéties du monde réel, le monde universitaire public ne se réforme quasiment jamais. Il a certes bien marché à une époque, c’est-à-dire, principalement, au sortir des deux guerres mondiales, soit à l’issue de deux effondrements de notre pays et où il a fallu que certains prennent conscience de l’abîme qui était sous leur pieds. Puis, comme le moteur qui ronronne, mais n’en vieillit pas moins, avec une gestion publique délétère, la décadence s’installe lentement, mais sûrement. Vous n’êtes pas d’accord ? Regardez l’enseignement secondaire, public s’il en est puisque le coût moyen dans le privé est de 40€/mois (7 paquets de cigarettes !), soit quasiment rien, qui « donne » un BAC qui ne vaut pas plus à quasiment tout le monde. Ce n’est pas une dérive, cela ? Et si nous revenons à l’enseignement supérieur, force est de constater que le privé a le vent en poupe tout simplement parce qu’il y a une crise de confiance dans le public pour des raisons que tout le monde connaît, mais que personne ne veut avouer.

Comment alors se sortir de l’ornière dans laquelle se trouve notre pays et comment éviter l’écueil du système privé qui, avec son inflation des coûts, de facto, interdit aux plus défavorisés, mais aussi, à terme aux classes moyennes, l’accès à l’enseignement supérieur ? La solution me semble assez simple et consiste à mimer ce que fait l’équipe de football d’Auxerre depuis des décennies maintenant avec un certain succès. Remarquons que peu nous importe le classement de Shanghai. La qualité d’une université se juge à ce qui a été inculqué en quantité et en qualité aux étudiants pendant le cursus. Peu importe les publications dans les revues à comité de lecture qui, encore une fois, tiennent plus de la coterie que de l’objectivité. En effet, tout élève entrant à l’université n’a pas vocation à devenir un brillant chercheur, fort heureusement. Par contre, il peut devenir un bon ingénieur, un bon avocat, etc. Et c’est cela que nous voulons, collectivement.

Le juste milieu entre privé et public pourrait se trouver dans le processus suivant. Les études seraient gratuites pour les étudiants qui recevraient chaque année un chèque de l’état correspondant au coût budgété pour un niveau donné. Chaque étudiant irait voir l’université de son choix avec ce chèque, qui ne pourrait servir à autre chose qu’à acheter de l’enseignement et l’université ne pourrait exiger de l’étudiant aucune autre somme. Le choix par l’université, qui n’a bien entendu pas un nombre de places illimité, se ferait alors sur des critères « marchands » d’offre et de demande. Par contre, les universités seraient privées et pourraient, le cas échéant et dans une limite fixée par l’Etat, se faire financer par des sponsors. Par ailleurs, l’Etat exercerait un contrôle strict du service rendu en matière d’enseignement par chacune des universités, en évaluant le niveau d’entrée et le niveau de sortie des étudiants sur des critères objectifs et anonymes (examens…). Chaque université serait ainsi notée. Soyons clair, une université qui n’aurait pas assez de candidats dans ce système et donc pas assez de revenus, pourrait faire faillite, tout simplement, comme une entreprise, ce qui est logique.

Avec un tel système, potentiellement, à l’instar d’Auxerre, on peut même jouer en ligue 1. Et cela en formant ses propres joueurs au lieu d’aller les acheter ailleurs ! Encore faut-il en avoir la volonté. Le système est bien évidemment soutenable et si l’on cherche bien, par rapport au système privé qui se met en place un peu partout dans le monde, le système proposé ici est compétitif à la fois en termes de coût et de qualité.

A bon entendeur…


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3 réactions à cet article    


  • Tristan Valmour 28 septembre 2011 10:06

    Bonsoir

    Je ne suis pas d’accord avec vous, et je vais m’en expliquer

    Les universités privées de culture anglo-saxonnes (USA, RU, Asie comme Singapour) ne sont pas toutes devenues des machines à fric. Les présidents de ces universités sont certes des gestionnaires dont le rôle principal est d’aller chercher de l’argent. Celui-ci est apporté par les étudiants, par les anciens étudiants qui font des dons, et par des sponsors qui donnent ensuite leur nom à la chaire d’un professeur. Il faut également savoir que ces universités privées SONT AUSSI LARGEMENT FINANCEES PAR LES ETATS.

    Cela étant posé, on peut distinguer deux catégories d’universités privées. Celles qui effectivement ont pour charge de faire du fric, de réaliser des bénéfices. Il y a par exemple aux US des investisseurs qui rachètent une licence d’enseignement aux établissements supérieurs d’enseignement catholique moribonds. Généralement, ce sont les étudiants mal classés au concours qui vont dans ces universités. La France connaît le même phénomène avec des établissements supérieurs privés (surtout dans le domaine du commerce) où l’on délivre un diplôme bidon contre de l’argent. Ils empruntent de l’argent et se retrouvent à la fin de leur parcours avec un diplôme qui ne vaut rien, parce que les employeurs connaissent les mauvaises universités. Mais il y a des universités privées dont la tâche est de produire un enseignement de qualité, qui coûte effectivement cher, non pas parce que le salaire des professeurs est très élevé, mais parce que lorsqu’on enseigne, il faut aussi publier, donc effectuer des recherches. Cela coûte cher. On présente d’abord un avant-projet pour lequel on reçoit un petit financement (qui est presque automatiquement accordé), puis cet avant-projet réalisé, on passe devant une commission qui est chargée de déterminer quels seront les avantages pour l’université à réaliser ce projet. A savoir aussi que de nombreux enseignants montent une entreprise privée pour commercialiser le fruit de leur découverte, et donnent des conférences.

    Quant aux « stars » de la recherche (Harvard, Stanford, Mit, etc.), comme vous dites, eh bien, elles enseignent très peu. Ce sont des membres de leur équipe (des doctorants par exemple ou des « professeurs associés »), qui assurent le plus souvent les cours. Les étudiants ne voient quasiment pas ces « stars », et si leur nom apparaît sur le programme, il faut considérer l’équipe qui est derrière. Ce qui signifie que les étudiants préfèrent de plus en plus aller dans de petites universités privées où les professeurs assurent eux-mêmes l’enseignement. Il y a d’ailleurs de nombreuses universités, privées ou publiques, qui proposent un enseignement de qualité dans un certain nombre de domaines précis et qui sont à la ramasse dans d’autres. Le fonctionnement n’a rien à voir avec les Grandes Ecoles françaises.

    La différence entre université publique/privée se fait davantage sur le statut de l’étudiant. Dans les universités publiques, celui-ci s’apparente à l’étudiant français, qui a peu son mot à dire, et cela est vrai du community collège au state collège. En revanche, dans les universités privées, l’étudiant est considéré comme un client. Cela signifie que le syllabus doit être très précis parce qu’il s’agit d’un contrat entre l’université et l’étudiant, et que les avocats des différentes parties interviennent pour défendre les uns ou les autres en cas de litige. Tout y est écrit, y compris le mode d’administration des contrôles, le type de sujet qui sera proposé, etc. D’autre part, il faut effectivement ménager l’étudiant-client, c’est-à-dire faire attention aux remarques qui annotent la copie, éviter de donner une note inférieure à C, etc. Contrairement à ce que l’on pourrait déduire, dans les bonnes universités privées, l’étudiant-client n’achète pas pour autant son diplôme, c’est juste une mentalité et des relations différentes entre professeurs et étudiants, difficiles à concevoir en culture française. Les étudiants français n’ont pas leur mot à dire, ils ont peu de recours, ils s’écrasent face aux professeurs. Les étudiants américains, anglais et asiatiques (d’inspiration anglo-saxonne) ont un pouvoir différent, donc cela entraîne des relations différentes. En plus, ils sont notés par les étudiants. Cela n’a rien à voir avec le sujet, mais les étudiants anglo-saxons mangent et boivent en cours, entrent et sortent comme ils veulent, et certains arrivent même en pyjama (enfin, c’est arrivé une fois, mais ce serait inconcevable en France).

    Vous n’avez pas non plus parlé de la concurrence entre professeurs, que ce soit dans les universités publiques ou privées. Celle-ci est très rude, on convoite aisément la place de son voisin, avec tous les coups tordus qu’on peut imaginer. Mais encore une fois, cela est dû à la mentalité anglo-saxonne, pas à la différence public/privé.

    Quant au système universitaire public français, le problème, c’est le manque d’argent, pas le manque de compétence. Les profs français sont d’ailleurs très appréciés et ils sont pillés par les collègues anglo-saxons. Honnêtement, dans l’ensemble, les profs français font du bon travail avec très peu de moyens.

    Le système d’examen d’entrée à l’université, comme ce qui se fait dans le monde anglo-saxon, est très mauvais, et vous souhaitez à tort l’importer en France. Effectivement, ce système d’examen favorise les étudiants friqués qui ont les moyens de se préparer une préparation avec des sociétés comme Kaplan. D’autre part, il faut savoir qu’on peut suivre des cours dans une université américaine très cotée si on a raté l’examen d’entrée, à la condition que des membres de sa famille aient auparavant fréquenté ladite université. D’autre part, les examens d’entrée américains sont des tests psychométriques qui ne garantissent absolument pas la qualité d’un étudiant. Le système français au contraire, donne la chance à des étudiants, trop peu nombreux certes, de se ressaisir et donner la pleine mesure de leurs capacités. Il faut donc davantage encadrer les étudiants français et entretenir leur motivation.

    Avec votre système, non seulement vous tuez la recherche (mais vous avez bien annoncé que vous vous en fichez, c’est votre droit), mais aussi vous allez favoriser de beaux syllabus attractifs sur le papier, avec un contenu nul. Quant à l’évaluation par l’Etat, je doute de l’efficacité de ce système. Les universités US sont évaluées tous les 10 ans environs, et franchement, elles ne sont pas toutes de qualité. Pourtant, elles sont toujours là.

    J’aime bien les évaluations et le mérite, à condition de définir objectivement les critères, ce qui n’est pas et n’a jamais été le cas.


    • Geneste 28 septembre 2011 13:12

      Vous dites beaucoup de choses vraies dans votre texte. Néanmoins, mon sujet n’est pas celui que vous traitez pour l’essentiel. En effet, le système anglosaxon à 30 000$/an aujourd’hui n’est pas soutenable. Je pense avoir souligné la raison pour laquelle le système coûte cher alors que vous reconnaissez vous-même que les profs étant mal payés, ce ne sont pas leurs salaires qui font le coût. Ma première proposition est donc de décoréller enseignement et recherche. Cela a d’autant plus d’importance que la recherche aujourd’hui est avant tout technologique et que la durée de vie d’une technologie est de 5 à 10 ans. A quoi bon apprendre cela à l’université ? Par contre, une théorie, elle, vit une bonne centaine d’années, cf. la théorie de la relativité par exemple, etc.
      Le deuxième point que je traite dans mon texte est celui de l’évaluation de l’université. De quel niveau viennent les élèves et à quel niveau ils sortent ! C’est cet effort qu’il faut évaluer et récompenser le cas échéant, ce que personne ou presque ne fait alors que socialement, c’est un point particulièrement important. Le but de l’enseignement, de mon point de vue, n’est pas de donner un métier, mais de donner aux éleves les points suivants :
      - Apprendre à apprendre
      - Avoir un niveau (c.-à-d. une culture litéraire, scientifique..)
      - Avoir une idée de comment on applique le savoir théorique à la vie pratique

      Et c’est tout ! Le reste, c’est la vie comme on dit en France.

      Vous remarquerez que je me suis bien gardé de parler de la qualité des profs, que je n’ai pas abordé le débat université grande école, etc. Vos commentaires, intéressants au demeurant, ne concernent donc pas mon texte pour l’essentiel.

      Par contre vous affirmez certains points qui me semblent très discutables. Je ne vois pas comment un système d’examen (qui existent par ailleurs partout) peut favoriser les gens friqués. Si vous ne suivez pas de cours supplémentaires, vous pouvez quand même réussir et je connais bien des cas de gens brillants qui n’ont pas pris ces cours supplémentaires et ont quand même réussi. Le système universitaire, d’ailleurs, lutte contre ce système parallèle et avec un certain succès me semble-t-il.
      Quand vous dites que mon système tue la recherche, vous sortez du cadre strict de l’article. J’ai juste dit que le système de recherche dans les universités ne doit pas être payé par les étudiants qui viennent pour chercher une prestation d’enseignement. En plus, je ne vois pas pourquoi on paierait pour chercher, on devrait plutôt se faire payer pour cela.
      Quant à l’évaluation, il faut bien que quelqu’un la fasse et qu’il soit relativement impartial. L’Etat me semble être le meilleur acteur possible, à condition, bien entendu, qu’il s’en donne les moyens et je vous concède qu’en la matière il est en général très mauvais. Espérons donc une amélioration de ce côté là.
      J’en viens au mérite. Le mérite, selon moi, se mesure par l’efficacité, laquelle se mesure par le niveau moyen d’entrée, le niveau moyen de sortie et l’énergie qu’il a fallu fournir pour arriver au résultat. Il n’y a pas d’objectif à fixer, il est tout trouvé.
      Je remarque, pêle-mêle une contradiction dans votre texte. Les stars de la recherche n’enseignent pas, mais pour enseigner il faut chercher(?). Mais les stars chercheuses sont dans le système universitaire. Qu’y font-elles ? Rappelons que du niveau BAC à BAC+5 on ne fait qu’apprendre ou presque et que cela suffit bien à la peine des étudiants. En plus on apprend en général des choses connues depuis longtemps et ce n’est pas tant l’apprentissage qui est difficile que la maîtrise du sujet et l’imprégnation de l’étudiant par un état d’esprit.
      La compétition entre les profs, dont vous parlez, me semble être une bonne chose. C’est d’ailleurs une bonne chose en tout. Pourquoi certaines personnes seraient-elles en concurrence, dans leur travail, avec des personnes payées un bol de riz par jour quand d’autres seraient exmptées de compétition ?
      Je terminerai sur votre vision de l’étudiant client. Je trouve cela détestable. L’étudiant, de mon point de vue, est un citoyen à qui la nation paie, via la redistribution et l’impôt, une opportunité de connaître disons un domaine de l’activité ou de la connaissance humaine de façon approfondie de façon pour qu’à son tour, quand l’étudiant sera dans la vie active, sa productivité augmentée par ses études, il puisse contribuer au bien commun.


    • Kalki Kalki 28 septembre 2011 12:52
      • fait que l’éducation, va disparaitre, en fait il n’y a pas besoin de professeurs ...

      Du libre échange à l’éducation libre, et inversement

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