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Accueil du site > Actualités > Société > Égalité ou liberté ? - Une idéologie mal aimée : l’égalitarisme (...)

Égalité ou liberté ? - Une idéologie mal aimée : l’égalitarisme (2)

D’après les libéraux, l’égalitarisme n’est pas acceptable parce qu’on ne peut revendiquer l’égalité réelle des membres de la société sans sacrifier leur liberté. Il faudrait choisir entre une société libérale, qui se contente de garantir une modeste égalité des droits, et une société plus égalitaire, mais aussi peu respectueuse des libertés individuelles. Une société vraiment libre, toujours d’après les libéraux, laisse les meilleurs distancer les moins bons. Une société vraiment égalitaire, à l’inverse, doit exercer sur ses membres une surveillance constante pour les maintenir au même niveau. Bref, il faudrait choisir entre le capitalisme libéral et l’URSS.

Que vaut l’argumentation libérale ? Beaucoup apparemment, puisqu’elle a contaminé pas mal de gens de gauche. Il y a quelques années, un de mes amis disait à peu près la chose suivante : « C’est bien joli, de parler de liberté. Mais il faudrait tout de même pas exagérer : à force de liberté, on finit par faire disparaître l’égalité ». Sans s’en rendre compte, mon ami reprenait un discours typiquement libéral, puisqu’il faisait de la liberté et de l’égalité deux notions opposées, et à ce titre incompatibles, ou du moins difficiles à harmoniser. C’est contre cette prétendue opposition que j’écris cet article.
 
La société soviétique n’était pas égalitaire
 
L’argumentation libérale se heurte d’abord à une première objection : une société de type soviétique est loin d’être égalitaire. Si les hommes sont inégaux, il y a de fortes chances que les plus forts dominent les plus faibles et leur ôte leur liberté. Comme je l’ai écrit dans un précédent article, une société égalitaire n’est pas une société dont tous les membres sont parfaitement égaux, mais une société où les inégalités sont suffisamment faibles pour qu’aucun groupe ne puisse en dominer un autre. Il en résulte logiquement qu’un régime tyrannique est un régime fortement inégalitaire. En URSS, il y avait d’abord une énorme inégalité politique entre les cadres dirigeants du parti et les masses qu’elles étaient censées mener vers le paradis communiste. Mais cette inégalité politique se doublait d’une inégalité économique, les membres de la Nomenklatura s’octroyant des privilèges financiers ou en nature. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette Nomenklatura a su si rapidement se convertir au capitalisme le plus sauvage : elle attendait avec impatience le moment où elle pourrait se servir sur la bête après l’avoir privatisée.
 
Libéralisme et liberté
 
La deuxième chose contestable, dans l’argumentation libérale, c’est l’idée qu’une société libre est nécessairement inégalitaire. Le sophisme, ici, consiste à confondre libéralisme et liberté. Pour un libéral, la liberté consiste à être le moins possible contrôlé par l’État. Il s’agit notamment, pour les chefs d’entreprise ou les actionnaires, du pouvoir d’embaucher ou d’investir quand on veut, où l’on veut, sans s’embarrasser de règles sociales ou environnementales. Or, cette liberté-là n’est-elle pas finalement le droit pour le plus fort d’écraser le plus faible ? N’est-elle pas réservée à une petite minorité ? Pour le plus grand nombre, il ne saurait y avoir de liberté sans égalité – égalité juridique, sans doute, mais aussi économique, sociale et culturelle. Car que devient la liberté, quand les plus riches et les plus diplômés confisquent le pouvoir économique et politique ? Un siècle avant Marx, Rousseau écrivait ces lignes au sujet de l’égalité juridique :
 
« Sous les mauvais gouvernements cette égalité n’est qu’apparente et illusoire, elle ne sert qu’à maintenir le pauvre dans sa misère et le riche dans son usurpation. Dans le fait les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien. D’où il suit que l’état social n’est avantageux aux hommes qu’autant qu’ils ont tous quelque chose et qu’aucun d’eux n’a rien de trop. »
(Du contrat social, fin du livre I).
 
Contrairement aux libéraux de son temps, Rousseau avait conscience que la liberté politique suppose l’égalité économique, et pas seulement l’égalité juridique. Cela ne signifie pas, encore une fois, que tout le monde doit avoir exactement la même quantité de biens matériels. Seulement, comme dit Rousseau, il faut que les inégalités soient suffisamment modérées pour que personne n’ait les moyens d’acheter quelqu’un d’autre. Exploitation et corruption sont filles de misère et d’opulence.
 
Derrière le vernis libéral, la puissance des oligopoles
 
Si les égalitaristes rejettent le néolibéralisme, ce n’est pas nécessairement parce qu’ils préfèrent l’égalité à la liberté : c’est parce que cette idéologie, en prétendant justifier les inégalités économiques, fait obstacle à l’émancipation des individus. La liberté revendiquée par les néo-libéraux est réservée aux plus riches. Elle est le droit de faire du profit sans contraintes étatiques ou démocratiques. Ce qui est en jeu, derrière les beaux discours sur la liberté (libre-échange, libre concurrence, etc.) c’est l’accumulation indéfinie du capital et sa concentration entre des mains peu nombreuses. La concurrence n’est qu’un moyen parmi d’autres pour constituer des monopoles. (Au fait, comment s’appelle ce célèbre jeu qui initie les enfants aux joies du capitalisme ? N’est-ce pas Monopoly ?)
 
Pour peu qu’on ait saisi ce caractère fondamental du capitalisme, on comprend mieux pourquoi la concurrence, dans les faits, n’est jamais « libre et non faussée » : pour les grosses entreprises, l’économie est une guerre continuelle, où chacune s’efforce de préserver ou conquérir une position dominante. Tous les moyens leur sont bons. Certains sont légaux : brevets, aides de l’État… D’autres sont illégaux, mais faciles à mettre en œuvre : entente sur les prix, corruption, etc. Aussi ne faut-il pas s’étonner si les politiciens les plus libéraux font de menues entorses aux dogmes les plus saints. Par exemple, ils sont libre-échangistes lorsqu’ils veulent pousser les pays pauvres à ouvrir leurs frontières. Mais, par un sortilège admirable, ils deviennent protectionnistes lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de telle multinationale influente.
 
Il en va de même pour la liberté de circulation des capitaux. Pour accroître leurs profits, les banquiers poussent à une déréglementation totale, jusqu’au jour où leur folie provoque une grave crise financière qui met toute la société en danger. Alors ils sont bien contents d’être renfloués généreusement par l’État. Une petite parenthèse socialiste, ma foi, ça ne fait pas de mal au capitalisme. Ainsi, après avoir fustigé ces salauds de pauvres, ces assistés qui nous bouffent nos impôts et arnaquent l’Assurance-maladie, les riches banqueroutiers reçoivent avec soulagement des centaines de milliards de dollars de l’État. Feignant d’être gênés, ils tentent de se justifier d’un ton plaintif. Dans leurs touchants discours, où il est question de « solidarité », ils nous rappellent que nous sommes « tous dans le même bateau ». Métaphore presque banale, mais juste, mais belle et instructive. Elle n’est pas sans évoquer le naufrage du Titanic, durant lequel les riches s’accaparèrent les canots de sauvetage.
 
La liberté n’est pas un gâteau
 
La « liberté » prônée par les libéraux n’est donc qu’un leurre, visant à cacher les rapports de domination. On pourrait m’objecter que les rapports de domination ne sont pas forcément contraires à la liberté de tout le monde. De quel côté du manche vous trouvez-vous ? Là est toute la question. Pour ceux qui se font exploiter, il est bien certain que le mot de « liberté » désigne surtout une fiction juridique ou un fantasme métaphysique. Mais pour les privilégiés, pour ceux qui donnent les ordres ? Ne jouissent-ils pas d’une liberté d’autant plus immense qu’ils sont peu nombreux à en profiter ? Cette objection serait imparable si la liberté était comme un gâteau, un bien matériel qui diminuerait au fur et à mesure qu’on le partagerait. On dit souvent, comme si c’était une vérité sacrée : « Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Il est d’ailleurs très amusant d’entendre cette maxime dans la bouche des partisans de l’égalité. S’ils étaient un peu plus intelligents, ils se garderaient bien de la citer, car elle est un excellent argument pour justifier les rapports de domination : si la liberté d’autrui restreint la mienne, alors j’ai tout intérêt à la réduire au maximum !
 
Le problème, c’est que cette maxime est pour le moins discutable. Car si je confisque aux autres leur liberté, je m’en fais des ennemis potentiels. Pour me protéger d’eux, je suis contraint de m’enfermer dans une sorte de prison dorée. Une société très inégalitaire est une société d’apartheid. Les quartiers riches sont plus ou moins interdits aux pauvres. Mais l’inverse est également vrai : des territoires entiers sont abandonnés à la laideur et à la misère, et les riches n’osent plus s’y aventurer. Et ce mot de « territoire » doit être pris ici en un sens très large. Ce qui est interdit aux privilégiés, ce ne sont pas seulement certains lieux : c’est aussi la fréquentation des basses castes. Le fait d’appartenir à un milieu favorisé implique des contraintes : il faut respecter certains codes familiaux et sociaux, rester dans l’entre-soi. Certes, la situation d’un aristocrate est plus enviable que celle d’un gueux, mais il ne faut pas croire qu’elle apporte une liberté absolue.
 
Il ressort de cette analyse que la liberté et l’égalité ne sont pas si opposées qu’on veut bien le croire. L’absence de liberté implique généralement des rapports de domination, donc de fortes inégalités. Inversement, de fortes inégalités entraînent nécessairement une absence de liberté, au moins pour le plus grand nombre. Et même la petite élite privilégiée n’est pas si libre qu’elle le prétend. Bien entendu, mon analyse n’est que provisoire. J’ai simplement mis en lumière quelques faiblesses de l’argumentation libérale. Pour la réfuter entièrement, il faudrait sans doute une analyse plus poussée, et se demander notamment en quoi consiste précisément la liberté ou un rapport de domination. Peut-être ces questions feront-elles l’objet d’un futur article.
 

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53 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 28 juillet 2010 12:54

    La LIBERTE VERITABLE : être seul sur une ile déserte !


    • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 14:39

      Réponse à Jeff88 :

      Un peu de solitude fait du bien de temps en temps, je vous l’accorde. Mais il me semble que le désir de vivre avec d’autres hommes fait également partie des désirs les plus fondamentaux de l’être humain. Vous-même confirmez cette règle, puisque vous avez écrit deux articles pour AgoraVox et posé bientôt deux-cents commentaires. Or, la liberté consiste à accomplir ses désirs les plus fondamentaux. Si mes hypothèses sont correctes, alors on ne peut pas dire qu’un homme seul sur une île déserte soit réellement libre.


    • King Al Batar King Al Batar 28 juillet 2010 13:32

      En fait il ne peut y avoir de société purement égalitaire ou purement libérale.

      Si l’on devait trouver des exemples, mais ils ne le sont pas vraiment, je dirai que la société la plus libérale est le modèle américain. Tout le monde est libre, dans la mesure ou il ne fait pas chier son voisin, au détriment total de l’égalité (on traite Obama de nazi quand il veut faire une sécu)
      La société purement égalitaire serait même si l’auteur le contestera, certainement le modèle communiste, qui n’a jamais trouvé d’application aussi efficace qu’on ne le decris dans le livre. En gros un tel système, fondamentalement paraitrait juste, mais n’est absolument pas réalisable concrétement.
      LA société fraternelle. C’est à dire une société ou tout le monde se sent frère, et use de cette force pour ne pas entravé ses liberté ni son égalité, entre ses membres pour mieux dominer ses voisins. Car si on est frère avec ses concitoyens, on ne les pas avec les autres. En fait la fraternité pure dans une société peut être considéré comme du patriotisme. Et une société qui se base uniquement sur le patriotisme serait une société voué à la guerre et la domination. Un empire quoi !

      C’est pourquoi, si l’on veut continuer à vivre dans un monde juste et équilibré. Il nous faut un peu de liberté un peu d’aglité, et le tout motivé par une fraternité. On ne peut pas se passe de l’un de ses trois elements. C’est le principe francais. Je suis libre, mais je m’alienne un partie de mes liberté individuelle au profit d’un égalitarisme, uniquement parce que les autres sont mes frères....

      Aujourd’hui en France, on constate que la liberté, et le liberalisme prenne le pas sur l’égalité, ce qui nuit fortement à la fraternité. Du coup chacun y va de son petit communautarisme (ethno tribal, profesionel ou social) pour tirer son épingle du jeu, alors que cela va totalement à l’encontre de la Republique Francaise une et indivisible.....

      On a perdu l’équilibre, mais il faut que nous le retrouvions. L’accroissement des ecarts de richesse y sont, à mon avis, largement pour quelquechose. Robespierre (malgrè tout ce qu’on peut lui reprocher) disait que l’argent, ou plutot la richesse, n’était pas une ressource naturelle, mais était quand même une ressource, donc en quantité limitée.... Celui qui detient un patrimoine supérieur au fait de pouvoir assurer gite et couverts durant toute la vie jusqu’à sa troisième génération était nuisible pour la société car ce qu’il s’accaparait en sus devrait être redistribué.... L’idée d’un plafonnement du patrimoine (même si elle est utopiste, et complétement iréalisable) est une idée qui me plait bien malgrè tout.


      • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 15:32

        King Al Batar,

        Je suis en partie d’accord avec vous, notamment avec l’idée d’un plafonnement du patrimoine. Entre parenthèses, cette idée n’est pas si utopiste que cela. Exemple : dans les années 70, avant l’arrivée de Reagan au pouvoir, les Etats-Unis avaient une ficalité très égalitaire, qui allait dans le sens d’un plafonnement des revenus, donc d’un plafonnement du patrimoine. Cf. à ce sujet cet intéressant article de Guillaume Duval, de la revue Alternatives Economiques.

        Maintenant, sur le fond, il reste un désaccord entre nous. Vous écrivez :

        « C’est pourquoi, si l’on veut continuer à vivre dans un monde juste et équilibré. Il nous faut un peu de liberté un peu d’égalité, et le tout motivé par une fraternité. On ne peut pas se passe de l’un de ses trois éléments. C’est le principe français. Je suis libre, mais je m’aliène un partie de mes libertés individuelle au profit d’un égalitarisme, uniquement parce que les autres sont mes frères....

        Aujourd’hui en France, on constate que la liberté, et le libéralisme prenne le pas sur l’égalité, ce qui nuit fortement à la fraternité. » 

        Je ne suis qu’à moitié d’accord avec votre idée. Certes, on doit un peu limiter son égoïsme pour permettre aux autres de jouir de leur droit et pour vivre avec eux en bonne entente (je préfère ce terme, plus neutre, à celui de « fraternité »). Mais cette limitation, à mon sens, conduit en fait à un surcroît de liberté. Au total, les gens sont plus libres dans une société égalitaire que dans une société inégalitaire. Cela se vérifie déjà sur un plan matériel : dans une société du chacun pour soi, les efforts ne sont pas mutualisés et on aboutit à un gâchis d’argent et d’énergie. Exemple : aux Etats-Unis, le système de santé est aux mains des assureurs privés. Résultat : il est très coûteux et pas très efficace.

        Dans le même ordre d’idées, je ne suis pas d’accord avec vous quand vous écrivez : « Si l’on devait trouver des exemples, mais ils ne le sont pas vraiment, je dirai que la société la plus libérale est le modèle américain. Tout le monde est libre, dans la mesure ou il ne fait pas chier son voisin, au détriment total de l’égalité (on traite Obama de nazi quand il veut faire une sécu) ». Eh bien non ! Aux Etats-Unis, on n’est pas libre « dans la mesure où on ne fait pas chier son voisin ». La dure loi capitaliste vaut aux Etats-Unis comme partout ailleurs (voire un peu plus qu’ailleurs). On est rarement libre, quand on est salarié, de prendre part aux décisions importantes concernant l’avenir de son entreprise. Le système économique est pour l’essentiel piloté par une oligarchie, celle qui siège dans les administrations des grandes entreprises et fait du lobbying auprès du pouvoir politique. Quant au pouvoir politique, il est clair qu’il est lui aussi aux mains d’une oligarchie qui est étroitement liée à l’oligarchie économique. Souvent, les mêmes hommes passent leur vie à faire l’aller et retour entre le big business et le gouvernement. Exemples : Paulson, Rumsfeld, Cheney, etc.

        Pour terminer, je suis d’accord avec vous quand vous dites qu’une société vraiment égalitaire n’existe pas. On peut cependant constater que certaines sociétés sont moins inégalitaires que d’autres (exemples : les pays scandinaves) et que ce ne sont pas forcément ceux où il y a le moins de liberté. On peut également se dire que beaucoup de choses qui nous paraissent normales aujourd’hui (l’interdiction de l’esclavage, l’égalité des droits entre hommes et femmes ou blancs et noirs) paraissaient à certaines époques des utopies irréalisables.

        Fraternellement, égalitairement et librement vôtre,

        J. G.


      • King Al Batar King Al Batar 28 juillet 2010 17:48

        Bonjour @ vous, et merci pour votre réponse.

        En ait quand je parle de pays de la liberté, les Etats Unis, je veux dire que c’est le pays ou normalement chacun peut librement creer sa société et devenir riche, car il y a une liberté d’entreprendre, donc de devenir riche et donc indépendant nettement supérieure à la notre. Nous on a des charges sociales de malades, des trucs dans tous les sens qui compliquent énormément ce qui devraient être simple.

        Quand vous parlez des pays Scandinaves je suis moyennement d’accord avec vous car leur population et leur démographie sont quand même complétement différentes, et on ne gère pas 60 millions de personnes comme on en gère 4 ou 5 millions comme le danmark ou la norvege ou meme 10 pour la suede (qui est cependant la 3eme superficie Européenne.)

        Mais sinon je pense que nous sommes d’accord sur plein de points.

        Si vous voulez que je rentre en détails sur le plafonnement du patrimoine (que je trouve extrèmement juste), je pense qu’on devrait totalement modifier le calcul de l’ISF (et je ne parle pas de bouclier fiscal.)
        Si vous lisez mon profil, vous verrez ma profession, et vous comprendre un peu pourquoi je vous parle de cela.
        D’abord l’ISF basé sur la fortune (donc sur le patrimoine) est très mal foutu car il permet de l’evasion fiscale, de nos jour nous sommes soumis à l’ISF dès que l’intégralité de notre patrimoine est supérieur à 750000 euros (approximativement). Aujourd’hui moi j’opterai sur un calcul lié uniquement au patrimoine immobilier. Je pense qu’il faudrai taxer les multipropriétaires tout simplement parce que l’on ne peut pas evader un bien immo. Il est tout a fait concevable qu’un particulier soit propriétaire de sa résidence principale, et eventuellement de sa résidence secondaire. Par contre que des particuliers soient multipropriétaire, et detiennent plus 4 ou 5 bien immos, c’est scandaleux quand on sait que d’autres sont condamnés à louer. De la même manière, il ne devrait pas être autorisé aux particuliers de louer des biens et de faire travailler la rente.
        J’ai beaucoup de mal avec ses concept (alors que je passe ma vie à les financer). Seul l’état devrait louer des biens immobilliers.
        Et on devrait surtaxé encore plus les propriétaire de bien immobilier etranger (type Saoudien, américain, anglais ou japonais) qui investissent chez nous.

        Cela aurait plusieurs conséquences. 1°) Moins d’évasion fiscale, si on s’en fout du patrimoine financier, mais qu’on augmente les taxes a partir de la quatrième résidence et que ca ne va qu’en augmentant, c’est plus simple à calculer.
        2°) baisse des pris de l’immobilier. Aujourd’hui les prix de l’immobilier de Paris, par exemple, sont fixés par les investisseurs étrangers. En effet si le pouvoir d’achat des francais est reduits, le propriétaire qui veut vendre trouve toujours un investisseurs etranger (type fond de pension américain) pour le faire. Si on les surtaxe, il ne le feront plus et vendront même leur bien. De plus ces etrangers paieront une partie de nos impots.
        3°) cela augmentera la capacité d’acquisition des Francais. En effet si les riches francais et etranger cèdent leur bien immo parce que ca leur coute cher, cela augmentera la quantité de bien à vendre, cela baissera donc les prix (lien offre demande) et permettra au francais de repeuplé une capitale autrement qu’en étant locataire.

        De plus je ne sais pas si vous connaissez les loies consernant la defiscalisation immobilière mais c’est un peu à gerber. Déjà pour commencer, les bien immobilier qui sont loués en meublé, ne rentrent pas dans le calcul de l’ISF smiley eh oui.... Bon pas besoin de dessin vous imaginez la suite....
        Et pir le Scellier, anciennement besson, anciennemnt robien, anciennement malraux etc... Le principe : les riches construisent les HLM en lieu et place de l’état. Petite explication aujourd’hui un mec qui est riche peut acheter un bien immobilier à construire à credit auprès de la banque. Ce bien sera destiné à la location mais les loyers seront plafonnés (d’ou le concept d’HLM), en echange de cette contribution, le mec peut deduire la moitié de la valeur de son bien (300 000 euros maximum) des ses impots sur 9 ans. Elle est pas belle la vie. le mec il achete a credit un bien immobilier qui lui appartiendra et grace auquel il percoit des loyers. Et en echange de cela il paye pas d’impots sur le revenu durant 9 ans. En plus si le bien est aux normes écolos, il paye encore moins d’impots (si toutefois il lui en reste) et il est en droit d’augmenter un peu le montant du loyer.... Bref on nage en plein délire là.... Le pir de tout c’est que ces mesure ont été appliqué par des gouvernements de gauche. Aujourd’hui on nous fait chier sur le bouclier fiscal, mais la mesure du bouclier ce n’est que la cerise sur le gateau....

        Bref on vit dans un système ou les riches ont vraiment la possibilité de s’enrichir sur le dos des pauvres locataires et ca c’est vraiment déguelasse. Le droit au logement, le droit à la propriété devrait être étendu. D’ailleurs pour Rousseau, l’apparition des inégalités date de la création de la propriété....


      • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 22:31

        Merci pour ces précisions très intéressantes sur l’immobilier. Effectivement, il y a de quoi gerber.

        Quant à la liberté d’entreprendre et de devenir riche aux Etats-Unis, je veux bien croire qu’elle soit plus grande qu’en France... en tout cas pour une certaine partie de la population américaine. Comme vous le savez sans doute, il y a là-bas des lois très dures contre les dealers et les consommateurs de drogue. Ces lois servent à mettre en prison une grande partie de la population noire (qui est aussi, généralement, la plus pauvre et n’a souvent d’autre choix pour s’enrichir que d’entrer dans l’illégalité). Les Etats-Unis sont d’ailleurs l’un des pays au monde où le taux d’emprisonnement est le plus élevé.


      • sleeping-zombie 28 juillet 2010 23:06

        @King : je te rejoins a 100% sur ta vision de l’immobilier. En france, tout est fait pour faciliter la rente immobiliere.
        Du coup, on se retrouve avec des prix monstrueux a l’achat et la location.

        Pour s’en convaincre, il suffit de comparer avec l’Allemagne : pendant les 50 ans d’après guerre, une immense part de la finance française n’a servi qu’a faire exploser les prix de l’immobilier en IDF (et ça commencé a faire tâche d’huile sur toutes les grandes villes vers 1990), et pendant ce temps en allemagne, ca servait a créer des entreprises (raccourci rapide).
        Résultat des courses : allemagne premier exportateur mondial, balance commerciale monstrueusement positive, prix de l’immobilier a Berlin même : entre 1500 et 2500 euros le m². Comparez aux 6000-8000 de Paris, et vous verrez que l’aristocratie francaise s’est recréée sur l’immobilier, tandis que l’allemande sur l’entreprise.
        Je dis « l’aristocratie » parce que, a mes yeux, on est en plein dedans. La seule qui nous sépare de l’ancien régime, c’est l’égalité devant la loi.

        Ps : et aussi un petit mot sur les aides sociales au logement. C’est peut-être très charitable de vouloir que les etudiants/chomeur dorment pas sous les ponts, mais c’est aussi ça qui permet qui permet de maintenir des loyers aussi déments. Parce qu’a ce stade-là, c’est plus de l’aide au logement , c’est de l’aide a la rente. D’ailleurs, si on regarde l’argent lui-même, il ne fait que passer très-très rapidement dans les mains de l’« aidé », pour atterrir tout de suite dans la poche du rentier.


      • William7 28 juillet 2010 15:55

        Un article excellent de bout en bout.

        Vous terminez votre article en disant :

         il faudrait sans doute une analyse plus poussée, et se demander notamment en quoi consiste précisément la liberté ou un rapport de domination. Peut-être ces questions feront-elles l’objet d’un futur article.
        ====================================================================

        Il me semble que l’on pourrait, comme Bourdieu montrer que la domination est « transfigurée en méritocratie » (il y avait un article excellent de Patrick massa à ce sujet dans un numéro de la revue contretemps), la dépossession rendue invisible par sa transfiguration en une inégalité de dons« (Lire Charlotte Nordmann, Bourdieu/Rancière. La politique entre sociologie et philosophie)

        L’idéologie de la méritocratie ne joue t-elle pas un rôle idéologique déterminant dans le refus de l’égalité ou de l’égalitarisme ?

        A ce sujet, je me suis toujours demandé si l’on ne pouvait pas mettre en évidence une aporie dans le raisonnement méritocrate. Une aporie sur laquelle il faut porter le regard ou attirer plus encore l’attention ? Il me semble que Boltanski le dit très bien dans son »De la critique« . Il dit, en effet, qu’une société méritocratique est facilement menacée par une forme de racisme ou de naturalisme biologisant. De fait, j’ai l’impression que les méritocrates oscillent souvent entre une vision biologisante expliquant la distribution différentielle des »talents« ou des dons » et une vision où le mérite constitue l’indicateur de la volonté et de l’effort ; lesquelles dépendent de la seule responsabilité de l’individu. On connaît les limites de ce type de réflexion, mais j’ai l’impression qu’elle est inaperçue. Soit, l’ordre social est la conséquence de l’ordre biologique qui le détermine (une forme de darwinisme social ??), soit la compétition n’est valide et valorisante que si l’on postule une relative homogénéité des intelligences a priori.
         
        Quelle gloire peut-on tirer de la première puisque c’est une forme de providence qui est à l’origine de l’ordre social ? Ensuite, comment mépriser les pauvres ou les « basses classes » s’ils ont les moyens de s’élever, mais que tendanciellement les structures sociales se reproduisent ? Nous devons donc constater que les règles du jeux sont clairement faussées et que nous vivons dans une société profondément inégalitaire.....Bien entendu, on peut nier cet état de fait et éventuellement remobiliser, alors une vision raciste et biologisante. En effet, si l’on ne veut pas se confronter aux contraintes sociologiques, aux système producteur des inégalités, les méritocrates sont-alors contraints de remobiliser les différentiels de talents ou de dons ? Ils tournent en rond non ?
         
        je crois qu’on touche (outre le fait qu’on peut certainement enchevêtrer ces schémas) en fait, à ce qui était exprimé dans l’article de la revue contretmps (rejoignant alors Bourdieu dans ses méditations pascaliennes) « Les ressources intellectuelles pour s’opposer à la violence symbolique que représente la tentative de faire du Self-made man la figure de l’excellence humaine ne manquent donc pas. Il n’en reste pas moins que l’esprit public n’en semble guère affecté. »
         



        • dawei dawei 28 juillet 2010 17:31

          Concernant la méritocratie et la distribution differentielle des dons, prenez vous en compte l’effet pygmalion ?
          http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Pygmalion


        • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 17:33

          Merci pour vos louanges.

          Sinon, je suis d’accord avec votre analyse bourdieusienne. Cela rejoint d’ailleurs mes préoccupations, car j’écrirai dans quelques semaines un article sur l’égalité des chances - idée qui n’est pas sans affinités avec l’illusion méritocratique.


        • dawei dawei 28 juillet 2010 16:58

          La plus grande ecroquerie des néoliberaux c’est de s’etre présenter comme une alternative aux soviétiques en dénonçant l’appauvrissement général de la population, le totalitarisme oligarchique, la societe suradministrée, la perte des droits civiques, une démotivation du travailleur intrinsèque au régime (pourquoi bosser plus pour le meme salaire ?) , et un choix ultraréduit entant que consomateur ... et à la place on a
          l’appauvrissement général de la population (les pauvres de plus en plus pauvres entrainant la classe moyenne avec elle), le totalitarisme oligarchique (une minorité détient le pouvoir politique économique, social et judiciaire), la societe suradministrée (faut voir le nombre ubuesques d’employer aux écoutes secrètes aux states), la perte des droits civiques (patriot act, loi liberticides au non de l’insecurité et de la lutte contre le « terrorisme »), une démotivation du travailleur intrinsèque au régime (pourquoi bosser plus pour le meme salaire ?) , et un choix ultraréduit entant que consomateur : à peine une dizaine de grands groupe se partagent tous les marchers existants y compris publiques (nestlé, suez, veolia, vivendi, boloré, arnaud...), .... à la place d’acheter Loreal, on achète Garnier qui est exactement la meme firme , quand il y a concurence il y a entente sur les prix (exples avec nos opérateurs...) on signe meme des lois antiboycot supprimant le seul pouvoir qui nous reste entant que citoyen réduit à l’état de simple consommateur http://www.israel7.com/2010/06/loi-anti-boycott-large-consensus-a-la-knesset/
          http://jssnews.com/2010/06/10/la-knesset-va-voter-une-une-loi-anti-boycott/
          http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2401965&rubId=55351

          Bref à la place de la peste, on a ... la peste et le choléra !!!


          • dawei dawei 28 juillet 2010 17:23

            J’oubliait :
            les ultralibéraux nous ont promis l’acces à la propriété,or les prix sont maintenus a des niveaux extremes (notamment par la speculation immobiliere), et dépend du bon vouloir de la banque (ce qui est normal en soi) mais quand les revenus et la sécurité de l’emploi sont mis à mal, les crédits ne sont pas accordés, de plus le prix des constrcutions bétons sont maintenus également exessivement chers grasse aux monopoles de Lafarge et Bouygues. De plus ce droit à la propriété est complétement précaire dans le monde neéoliberal car l’Etat peut récupérer tout tes biens si il te juge trop subversif (le patriot act enleve tout bien et droit aux personnes considérés comme nuisant aux stratégies géopolitiques ) J’oubliait aussi le nerf de la guerre : la propagande médiatique, l’unifomisation de l’opinion , la suppression croissante des lieux de vie collectifs et sociaux (réduction des association, fermeture des cafés , des écoles, des salles de concert...) etc ... qui n’ont absolument rien aux periodes les plus sombres des soviétiques.


          • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 17:40

            Je suis d’accord avec presque tout ce que vous écrivez. On peut seulement dire que dans une dictature de type soviétique, les manipulations sont souvent trop grossières pour fonctionner. D’où le recours inévitable à la violence policière et militaire. Dans nos démocraties réelles (au sens où l’on parlait du « socialisme réellement existant », pour l’opposer à l’idéal socialiste), la violence est moins forte, en grande partie parce que les techniques de manipulation sont plus sophistiquées. (Ici, je m’inspire de Chomsky).

            On peut cependant noter que cette sophistication a ses limites. A un certain moment, le système politique et économique devient tellement aberrant qu’il faut faire des lois de plus en plus « sécuritaires » (c’est-à-dire qui sécurisent le pouvoir en place et terrorisent les opposants potentiels), comme le Patriot Act que vous mentionnez à juste titre, mais aussi toutes les lois liberticides qui ont été votées en France depuis environ 10 ans.


          • Lemiamat 29 juillet 2010 11:41

            "

            J’oubliait :
            les ultralibéraux nous ont promis l’acces à la propriété,or les prix sont maintenus a des niveaux extremes (notamment par la speculation immobiliere), et dépend du bon vouloir de la banque (ce qui est normal en soi) mais quand les revenus et la sécurité de l’emploi sont mis à mal, les crédits ne sont pas accordés, de plus le prix des constrcutions bétons sont maintenus également exessivement chers grasse aux monopoles de Lafarge et Bouygues. De plus ce droit à la propriété est complétement précaire dans le monde neéoliberal car l’Etat peut récupérer tout tes biens si il te juge trop subversif « .

            Ca me fait doucement rire.... tout ce que vous dites est absolument antiliberal... neoliberal et Etat dans la même phrase, fallait oser.
            Les ententes monopolistiques que vous décrivez sont dûs aux règles strictes en matiere de création et gestion d’entreprises.. moins de règles »idiotes« (y en a des biens), plus d’entreprises => plus de concurrence => prix en baisse.
            Pour l’immobilier, les règles »idiotes" sont la contructibilité des terrains (merci Mr le maire), règles d’urbanisme.... La rareté des terrains (et donc leur prix) est maintenue artificiellement...


          • dawei dawei 29 juillet 2010 16:41

            Ca me fait doucement rire.... tout ce que vous dites est absolument antiliberal... neoliberal et Etat dans la même phrase, fallait oser.
            Et oui, vous avez bien compris, sans le dire, l’Etat existe encore dans le néoliberalisme mais surtout pour nuire aux citoyens des classes moyennes et inférieures et faciliter au maximum la tache des plus puissants .
            Juste pour rappeler que le néoliberalisme est un paradis aussi infernal que le sovietisme est en a paradoxalement beaucoup le bruit et l’odeur.

            Ce que je dis n’est absolument pas antilibéral ni prosoviétique, je mets seulement le « néoliberalisme » au même niveau voire plus bas encore que le sovietisme. Il y a un juste milieu entre les deux comprenant du liberalisme, du socialisme, du nationalisme, de l’écologique, du democratique ,du republicain, du conservatisme, du progressisme, de l’utopie et surtout du bons sens. Etre à 100% immergé dans un régime monolitique n’a jamais été trés bon, et n’a jamais tenu trés logtemps y compris les pires dictatures.


          • ThierryCH 28 juillet 2010 17:59

            « La société soviétique n’était pas égalitaire ».

            Certes, non.
            Mais l’égalitarisme était bien l’intention, au départ, non ?
            Sinon j’aimerais bien qu’on m’explique concrètement ce que c’est que l’égalitarisme.


            • William7 28 juillet 2010 20:39

              D’ailleurs, dans le marxisme et chez Marx lui-même, n’y a t-il pas à plusieurs reprises la critique de ce qui est appelé le « communisme vulgaire » ? Maintenant, je ne sais plus si « communisme vulgaire » = égalitarisme radical. Je suppose que oui. Il faut réviser ses classiques. smiley


            • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 22:24

              Bonsoir, Thierry CH.

              Comme je le disais à propos de mon précédent article, il y a plusieurs formes d’égalitarisme, de même qu’il y a plusieurs formes de socialisme, de libéralisme, de christianisme ou de patriotisme... En ce qui me concerne, moi, je crois avoir expliqué ce que j’entends par égalitarisme : non pas une doctrine qui promeut la disparition des différences, le nivellement par le bas ou l’égalité mathématique des richesses, mais une théorie selon laquelle les rapports de domination (entre gouvernants et gouvernés, hommes et femmes, « races », classes sociales, etc.) sont non seulement inutiles, mais nuisibles. En gros, ce que j’appelle égalitarisme se rapproche assez du courant libertaire (même si, au sujet de l’Etat, je ne sais pas trop quoi penser : je ne suis pas sûr que sa disparition totale soit souhaitable).

              Quant à l’intention des bolcheviques, je crois qu’il faut distinguer entre ceux qui étaient sincèrement favorables à l’égalité, et ceux qui ne l’étaient pas. Ce qui est sûr, c’est que la tendance autocratique l’a emporté assez rapidement sur la tendance autogestionnaire et ultra-démocratique présente à l’origine dans les soviets. Cela est dû, en partie, aux circonstances (guerre civile, position très minoritaire des bolcheviques dans la société russe de l’époque, etc.), mais cela tient aussi à la croyance en un rôle historique de l’élite révolutionnaire, chargée de faire le bonheur du peuple malgré lui.

              Tout cela montre qu’il ne suffit pas d’avoir de « bonnes intentions » : il faut aussi se donner les moyens d’arriver à ces fins. Toute démocratisation de la société doit elle-même se faire de manière démocratique. En tout cas, l’échec des régimes dits « communistes » ne prouve pas l’absurdité de l’idée égalitaire, pas plus que la dictature de Robespierre n’a prouvé l’impossibilité d’instaurer un régime républicain.


            • ThierryCH 29 juillet 2010 11:40

              Bonjour William7

              Je vous remercie pour les conseils de lecture.
              De votre côté, avez vous potassé Comte-Sponville ?
               smiley

              Plus sérieusement, la question est bien de savoir si il peut y avoir un égalitarisme qui ne soit pas « radical » et si cet égalitarisme qui ne serait pas radical pourrait encore avoir pour nom égalitarisme (ce qui est deux façons de poser la même question).


            • ThierryCH 29 juillet 2010 13:59

              Bonjour J. Grau

              Et merci pour votre réponse.

              Je pense bien comprendre, globalement, ce que vous voulez dire quand vous expliquez que égalité et liberté, et j’adhère aux formules que vous employez pour résumer ce concept. Mais en fait, si votre article me laisse un peu perplexe, c’est parce que je n’arrive pas à bien à comprendre quelle serait la société qui correspondrait à votre thèse.

              Ainsi, comment faire disparaître les rapports de domination que vous évoquez ? Quels sont précisément ces rapports de domination ? Quel est le niveau acceptable d’inégalité (dans votre article vous évoquez des « inégalités suffisamment faibles ») ? Comment se traduit l’égalité dans le domaine économique ? ...etc.

              Car je pense que c’est finalement bien là la question importante : l’organisation de la société c’est avant tout un problème pratique, même si des valeurs et des principes (éventuellement en -isme, avec toutes leurs nuances) peuvent nous guider.

              Ainsi, si le projet soviétique a échoué, c’est bien parce que confronté à la réalité des rapports humains, il ne tenait plus debout. Finie l’égalité, en effet, puisque l’égalitarisme devait être imposé, malgré eux, à tous ceux qui n’y adhérait pas ... (ceux là pour autant étaient-ils moins bons hommes que les autres ? Qui pourrait en juger ?).

              La Terreur (le rôle exact de Robespierre est controversé) n’est qu’un épisode de la Révolution. Son absence n’aurait pas empêché l’installation d’un régime démocratique, voire républicain, qui aurait certes eu un visage un peu différent. Aurait-il été moins démocratique pour autant ? La France est-elle plus démocratique que ses voisins ?
              La Terreur, comme le Bolchevisme, s’est opposée radicalement aux individus ; c’est cela qui était contestable et qui a signé son échec. Le projet initial des constituants n’était pas celui-là.


            • ethos ethos 28 juillet 2010 19:31

              Il m’apparaît que l’auteur confond deux types de libéralisme : le libéralisme philosophique et le libéralisme économique. Rien n’oblige une personne qui adhère au libéralisme philosophique d’adhérer également au libéralisme économique.

              Pour la différence entre les deux types de libéralisme, voir : http://wapedia.mobi/fr/Lib%C3%A9ralisme

              Eric Folot


              • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 22:07

                Ethos,

                Je ne crois pas qu’il y ait une différence fondamentale entre libéralisme philosophique et libéralisme économique. Adam Smith, avant d’être un des pères du libéralisme économique, était un philosophe. Il en va de même pour des auteurs comme Hume ou John Stuart Mill. D’ailleurs, l’article auquel vous me renvoyez affirme bien les racines philosophiques du libéralisme économique (et politique) :

                « Le libéralisme repose sur un précepte moral qui s’oppose à l’assujettissement de l’individu, d’où découlent une philosophie et une organisation de la vie en société permettant à chaque individu de jouir d’un maximum de liberté, notamment en matière économique. Pour la plupart des libéraux, la dichotomie entre « libéralisme économique » et « libéralisme politique » n’existe donc pas, puisqu’il s’agit de l’application d’une même doctrine dans des domaines différents. »

                En revanche, comme le dit le même article, le libéralisme est un courant très varié, et c’est pourquoi certains libéraux (d’un point de vue politique) peuvent très bien être partisan d’une forte intervention de l’Etat dans l’économie (exemple : Keynes, qui se disait lui-même libéral, même si d’un point de vue économique sa théorie soit relativement peu libérale). Inversement, des libéraux (sur le plan économique) peuvent faire l’éloge de régimes qui étaient fort peu libéraux sur le plan politique (Singapour, le Chili de Pinochet...).

                Quant à moi, je m’attaque surtout à un courant du libéralisme : le néolibéralisme, inspiré de Hayek et Friedmann. Je m’attaque en particulier aux idées reçues véhiculées par ce courant et aux applications politiques qui en sont faites.


              • ThierryCH 29 juillet 2010 14:13

                J. Grau,

                Pourquoi dès lors démarrer votre article en attaquant les idées que vous qualifiez de libérales en les opposants aux idées que vous qualifiez de égalitaires ?
                Outre que cela me paraît contradictoire avec la thèse que vous défendez (égalité et liberté vont de pair), vous oubliez que libérale et liberté, comme libertaire, ont la même racine.
                La définition du terme libéral, que vous citez ci-dessus, est d’ailleurs tout à fait claire : « Le libéralisme repose sur un précepte moral qui s’oppose à l’assujettissement de l’individu... ».
                Soit j’ai mal compris, soit c’est là exactement ce que défend selon vous l’égalitarisme.
                Vous venez de préciser votre propos en parlant du néo-libéralisme. Cela veut-il dire, selon vous, que certaines choses sont bonnes à prendre dans le libéralisme (ou dans certains courants du libéralisme) et fongibles dans une société « égalitaire » ? 


              • Jordi Grau J. GRAU 29 juillet 2010 16:55

                A ThierryCH

                Je ne vois pas de contradiction dans ma thèse. Ce que je critique, ce n’est pas la liberté, mais une certaine conception de la liberté, qui ne me paraît pas correspondre à la liberté véritable. Et il ne suffit pas d’invoquer l’étymologie pour prouver quoi que ce soit : ce n’est pas parce que « libéral » vient de « liberté » que le libéralisme est réellement porteur de liberté. Ne confondons pas les mots et les choses.

                Cela dit, je veux bien mettre dans l’eau dans mon vin, et reconnaître que tout n’est pas à jeter, loin de là, dans le libéralisme. Ce courant a joué - et joue encore, dans une certaine mesure - un rôle important dans sa critique du despotisme politique, religieux, patriarcal, etc.

                Ce que je reproche au libéralisme, ce n’est pas de défendre la liberté individuelle, c’est d’opposer liberté individuelle et liberté collective, et de considérer que la collectivité est une construction artificielle au service des individus (sans doute que je simplifie un peu, mais c’est en tout cas la tendance de beaucoup de libéraux). A mon sens, il n’y a pas de contradiction entre la vie collective et la vie individuelle : les deux se nourrissent l’une de l’autre. La liberté individuelle est d’autant plus forte que l’individu peut avoir une vie sociale intense, et partager avec ses semblables un maximum de ressources financières, techniques, scientifiques, etc.

                Contre ce partage, les libéraux ont tendance à sacraliser la propriété privée, y compris la propriété privée des moyens de production, alors que je considère qu’une grande partie (mais non la totalité) des ressources matérielles et immatérielles devrait être gérées collectivement (ce qui ne veut pas nécessairement dire par l’Etat).

                Libéralement vôtre,

                J. Grau


              • ThierryCH 29 juillet 2010 18:30

                Il y a dans vos propos beaucoup de choses auxquelles spontanément on ne peut qu’ adhérer, tant elles semblent justes.

                Mais, comme je le disais plus haut , je reste perplexe sur la traduction pratique de vos thèses, que vous n’abordez pas.

                Sur le champ économique par exemple, et pour rebondir sur votre remarque concernant la propriété privée, que pensez vous par exemple de la conclusion de cet article ? 

                http://www.pauljorion.com/blog/?p=12782

                Pour ma part, j’ai peur qu’une organisation économique qui serait conforme aux principes que vous défendez soit moins efficiente (dans le sens : capacité à produire des biens et des services en limitant le plus possible le recours aux ressources), qu’une économie d’inspiration libérale (et non ultra ou néo libérale : je n’exclus pas, bien au contraire, la régulation qui prévient les excès, y compris l’inégalité excessive et l’exploitation).

                Mais il est vrai qu’il est difficile d’avoir une opinion à ce sujet, puisque vous vous limitez pour le moment à des principes sans parler de leur application concrète.


              • ThierryCH 29 juillet 2010 18:36

                Pour dire les choses autrement, ce que vous dites est juste, moral, mais est-ce vrai ?

                Ce qui est vrai, c’est ce qui fonctionne.

                Dire que la liberté et l’égalité se renforcent, c’est juste, ou en tout cas c’est juste, moral, de le vouloir, mais est-ce que ça marche toujours ?

                Dire que la vie collective et la vie individuelle se nourrissent l’une de l’autre, c’est juste, ou en tout cas c’est juste, moral de le vouloir, mais est-ce que ça marche toujours ?


              • ThierryCH 29 juillet 2010 18:43

                Par ailleurs, pardonnez moi de multiplier ainsi les messages, je réagis sur votre toute première phrase : qui peut juger de ce qu’est la liberté véritable ?
                Vous avez vos valeurs, d’autres ont les leurs.
                Vous aspirez à certaines libertés plus qu’à d’autres, mais c’est votre sensibilité individuelle qui parle.
                Si l’égalitarisme revient à favoriser certaines libertés (que vous appelez « véritables ») il y a bien restriction d’autres libertés.
                Est-ce juste ? Moral ?
                Est-ce que cela fonctionne ?


              • Lord WTF ! F.F Von F.S A.K.A Long Wurst Franz 29 juillet 2010 18:58


                Petite intrusion : vous écrivez : Vous avez vos valeurs, d’autres ont les leurs. Juste.

                 

                C’est pour cela que plutôt que dire "la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres" et vice versa, plutôt faudrait-il dire « la réalité des uns s’arrête/commence où commence/s’arrête celle des autres  » en considérant que la dite réalité individuelle est avant tout une construction singulière et relative en définitif.

                 

                D’où la nécessité du consensus ou de l’équilibre plutôt que du compromis via la majorité.


              • ThierryCH 30 juillet 2010 08:22

                Merci de votre intervention.

                C’est justement ce qui me ferait dire que tout l’art de la vie en société c’est d’être capable de trouver des compromis, car à mon sens le consensus n’est pas possible (des contre-exemples ?).


              • Jordi Grau J. GRAU 28 juillet 2010 22:37

                Bonsoir franck2012.

                Je ne pense pas que la société soit fondée sur un contrat social, comme le pensaient Rousseau et d’autres philosophes. Le fait de faire partie de la société s’impose à nous dès la petite enfance : par notre instinct peut-être, par notre éducation sûrement, nous sommes tous des animaux sociaux. D’ailleurs, comment pourrait-on fonder une société stable sur un contrat entre individus qui auraient la possiblité de le rompre à tout moment ?

                Il y a cependant quelque chose de très juste chez Rousseau : c’est l’idée qu’une société ne peut pas être juste - donc bien acceptée par ses membres - si une partie de ses membres s’octroie des privilèges injustifiés et prétend profiter des avantages de la vie en société sans en subir les inconvénients. Ces parasites, clairement, contribuent à disloquer la société.


              • sleeping-zombie 28 juillet 2010 23:15

                Tres bonne suite de ton précédent article.

                J’aime tout particulièrement ta critique d’une maxime, que j’ai hélas trop souvent entendue, « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».
                J’ai été contre dès mes 16 ans, quand je me suis rendu compte que les uns et les autres ne sont jamais que les mêmes personnes (vu qu’on est toujours l’autre de quelqu’un). Et que finalement, ça revenait juste à se poser la question « la liberté est-elle un concept collaboratif, ou compétitif ? ».

                Une fois la question posée sous cet angle, c’est évident que c’est collaboratif, puisque ’liberté’ ne désigne jamais qu’un rapport social. car, n’en déplaise a jef88, un homme seul sur une ile déserte ne sera pas libre, il sera seul. Et ça seule liberté sera de crever de faim ou de maladie.

                Il serait grand temps qu’on reformule comme ça : la liberté des uns commence là où commence celle des autres.

                Tiens, au fait, si tu sais pas quoi faire la semaine prochaine, tu pourrais aussi dézinguer l’usage, devenu commun, de la « classe moyenne » ? d’ailleurs on le met au pluriel maintenant.. « les classes moyennes ». Quelque chose me dit que toi aussi ce terme te hérisse, et que tu expliquerais bien mieux que moi le pourquoi...


                • Jordi Grau J. GRAU 29 juillet 2010 00:21

                  Salut Sleeping zombie, et merci pour ton commentaire.

                  Moi aussi, ça fait longtemps que je n’aimais pas cette maxime (« Ma liberté s’arrête... »). Et j’avais aussi eu l’idée de la reformuler comme toi (« Ma liberté commence... »). Apparemment, nous ne somme pas les seuls. Avant nous deux, Cornelius Castoriadis avait déjà eu la même idée. On la trouve, je crois, dans L’institution imaginaire de la société.

                  Quant aux classes moyennes, je ne pense pas écrire d’articles sur elles. A toi de jouer. Je dirai seulement que cette expression est très floue, et que ce flou peut être très utile sur le plan politique. Elle peut servir à des gens en fait très privilégiés (parce qu’ils gagnent nettement plus que le salaire médian) de considérer leurs revenus comme tout à fait normaux (parce qu’ils correspondent au revenu moyen de la population). Cette expression peut, à l’inverse, donner l’illusion à des gens pas très loin de la pauvreté qu’ils appartiennent aux même monde que la petite minorité des privilégiés. De manière générale, il s’agit de faire croire qu’il n’y a plus de clivages sociaux entre le haut et le bas de l’échelle sociale, parce qu’il y aurait une continuité parfaite, assurée par les « classes moyenes ». Or, le paradoxe, c’est que l’ascenseur social fonctionne aujourd’hui nettement moins bien qu’à l’époque où on parlait encore de lutte des classes....


                • perlseb 29 juillet 2010 13:10

                  Je ne suis pas d’accord avec votre interprétation de la phrase :
                  « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

                  L’auteur explique par ailleurs :
                  "si la liberté d’autrui restreint la mienne, alors j’ai tout intérêt à la réduire au maximum !« 

                  Cette phrase fait appel, d’une certaine façon, à la conscience et au respect de l’autre. Elle veut dire que je ne dois pas me sentir libre à l’infini mais que je dois regarder si mes actes ne nuisent pas à d’autres. La liberté est un droit qui comporte des devoirs (envers les autres), d’où l’utilisation du verbe »arrêter« et du verbe »commencer« . Elle n’insinue pas de réduire la liberté des autres, ou d’augmenter la mienne (ou vice-versa), bien au contraire (ne me sortez pas la phrase du »ni pour, ni contre" de Coluche, c’est possible ici : à 2 inégalités possibles, il faut opposer l’égalité) : elle explique que les autres ont autant droit que moi à la liberté (principe d’égalité) et par conséquent, je ne peux pas leur marcher dessus.

                  C’est cela la société : vivre ensemble suppose que l’on respecte les autres (ce qui n’est pas le cas dans une société inégalitaire). Donc cette phrase est on ne peut plus juste pour une personne qui revendique l’égalité.

                  La liberté d’embaucher des gens au SMIC est une fausse liberté, c’est un abus de pouvoir. Comme personne ne voudrait librement être SMICard subalterne, la liberté d’embaucher des SMICards est contraire à la notion de liberté telle qu’expliquée par la phrase. Cette phrase prône donc l’égalitarisme. (On arrive toutefois à faire que des personnes, privées de leur dignité et donc de leur liberté, puissent vouloir le SMIC : SDF, RSA,... L’inégalitarisme se nourrit de la misère et de la peur des gens : pourquoi croyez-vous que l’on est en crise et que notre niveau de vie va chuter alors que nous sommes en surcapacité de production ? N’est-ce pas complètement aberrant en soi ?).


                • Jordi Grau J. GRAU 29 juillet 2010 17:04

                  A Perlseb

                  Je sais bien que la maxime « Ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui » est en général prise dans le sens où vous le dites. Il s’agit, en effet, de limiter son égoïsme afin que chacun puisse jouir de ses droits. Cela, je ne le nie pas. Ce que je reproche à cette maxime, c’est d’être trop brève et unilatérale. Si elle n’est pas complétée et rectifiée, elle laisse penser que la vie en communauté implique une diminution globale de la liberté des individus. La liberté est représentée comme si elle était un gâteau qu’il faut partager avec les autres. Dans ces conditions, il n’y a que deux solutions pour avoir une grosse part de gâteau : soit rester seul, soit dominer les autres et leur imposer ses désirs.

                  C’est cette idée que je combats, pas l’idée que chacun doit faire quelques efforts pour respecter autrui. Selon moi (mais je ne suis pas le seul à penser ainsi), les efforts qu’on fait pour respecter autrui, s’ils impliquent à très court terme une restriction de la liberté, apportent assez rapidement une augmentation de la liberté de chacun. En effet, le fait de vivre en bonne entente avec ses semblables est un des principaux buts de l’homme. De plus, cette bonne entente favorise un échange des techniques, des savoirs et des richesses, et une coopération qui profite à tout le monde. Encore faut-il, bien entendu, que ces échanges et cette coopération ne soient pas imposés et organisés par une élite dominante.


                • Lord WTF ! F.F Von F.S A.K.A Long Wurst Franz 29 juillet 2010 02:44

                  Liberté vs Egalité :

                  mécaniquement les deux se réduiront dés lors qu’un modèle socio-culturel, politique, économique, etc…se complexifiera :

                  ici réduction veut tout simplement dire que plus un système est élaboré, plus les liens d’interdépendance et interrelations seront nombreux (dépendance vs liberté&égalité) : disons que plus une société est complexe, moins nous pouvons aspirer à être libres ou égaux (ici je parle de liberté/égalité idéale et totale) : c’est ainsi et c’est la tare fondamentale de ce que l’on appelle Civilisation : qui implique autant l’accroissement démographique et donc évolution vers des sociétés de masses ; le développement technologique : soit spécialisation et division du travail : avec pour conséquences structures organisationnelles, de pouvoir et autorité aboutissant finalement à un modèle hiérarchique : structuration de l’ensemble des composantes de la société humaine : individus, relations sociales, économiques, politiques, etc…

                  Et cela est aussi simple que logique : la Civilisation a pour premier objet le Contrôle : sur et de l’Environnement mais aussi sur et de l’Homme : le contrôle se manifestant autant par la Domestication que par la Domination : à nouveau et de l’Environnement et de l’Homme.  A nouveau cela est aussi simple que logique : le processus de civilisation induit la création d’un modèle ou système prédictible, ordonné et contrôlable : dans le but évident de réduire l’Incertitude. L’Incertitude relevant de l’Information : ce processus conduit automatiquement aux concepts de Pouvoir et Savoir : et au final à considérer autant accès au Pouvoir et/ou Savoir autant que qui détient Pouvoir et/ou Savoir. Pour gérer l’Incertitude, il faut un moment ou l’autre aliéner (un peu ou beaucoup) de sa liberté : de fait, inégalité dans les champs du Pouvoir et/ou Savoir : inconcevable que tous aient accès ou détiennent Pouvoir et Savoir simultanément (mise à part dans les scénarios H+ où tous sont connectés : conscience collective).

                  Ne nous leurrons pas : les sociétés les plus égalitaires ou libres sont aussi les plus primitives : pour des raisons pratiques : démographie et violence de l’Environnement tempérant violence organisée de l’Homme : les inégalités autant sociales que sexuelles y sont aussi moindres : de même que l’absence d’institutions fixes ou structures de pouvoir figées limite toute hiérarchisation sociale : pour finir point question de disparité économique : tous sont à la même enseigne : pour exemple : un chaman généralement est aussi chasseur, tout comme les autres membres de sa tribu.

                  Dans le contexte Civilisation : et bien entre division du travail et spécialisation : ma survie dépend des autres : je désapprends à être auto-suffisant et je confie ma survie ou subsistance à des producteurs spécialisés, ensuite aux distributeurs, vendeurs, etc… : dés lors je deviens vulnérable que ce soit auprès de ces producteurs autant qu’auprès de ceux qui les protègent ou contrôlent ou organisent la structure menant du producteur au consommateur : je me dois d’accepter autant autorité que règles, lois, etc…ainsi que prix et taxes.

                  Arrivé à notre stade : je dois ajouter en plus du contrôle de la production, distribution, transport, administration, législation, etc…le contrôle de l’Information : bref toute société civilisée est fondée sur le Contrôle, la Coercition et le Pouvoir : soit la dépendance et l’aliénation et la soumission (le caractère volontaire ou non de ces états n’étant pas la question ici) : sans reconsidérer l’ensemble du paradigme Civilisation : pendant des siècles encore, nous pourrons tergiverser sur l’éternel conflit Liberté vs Egalité  : impossible non pas d’avoir l’une aux dépens de l’autre mais plus simplement d’avoir les deux !

                  Reste donc au final le choix (pendant qu’il est encore temps) soit de redéfinir la Civilisation et de limiter autant Contrôle que Coercition : pour le Pouvoir redéfinir ses dimensions et sa répartition, soit de considérer l’éclatement de la société de masses en structures de taille moindre et plus auto-suffisantes (ici autant dans les domaines économique, que politique ou autre).

                  En définitif : il nous faut repenser la Culture : étape nécessaire si nous ne voulons que les scénarios cauchemardesques anti-humains que j’ai souvent évoqué dans mes coms ne deviennent notre Réalité demain : conseil : entrée dans une phase d’a-volution temporaire et volontaire et pour une fois considérer ensemble ce que humain ou Humanité veut dire…

                  après tout, après quoi donc courrons-nous pour ne pas nous permettre une pause après tant de millénaires ?

                   

                   

                   

                   


                  • Gabriel Gabriel 29 juillet 2010 09:00

                    Cher Baron, je sanctionnerai la clarté et la véracité de votre analyse que d’un seul mot : « RESPECT ! » 


                  • Jordi Grau J. GRAU 29 juillet 2010 09:47

                    Long Wurst Franz

                    Bravo pour votre exposé. Je partage en partie vos idées. Cela me fait penser aux meilleures pages de Rousseau ou, plus près de nous, à André Gorz (Les métamorphoses du travail, éditions du Seuil).

                    Reste à voir si l’évolution techologique de notre société conduira nécessairement à un renforcement des structures hiérarchiques. On pourrait penser, au contraire, que la complexification des techniques exigerait des individus mieux formés intellectuellement et plus autonomes.

                    Par ailleurs, l’interdépendance des travailleurs induit-elle forcément une organisation pyramidale du travail ? Vous connaissez le vieux slogan soixante-huitard : « Ton patron a besoin de toi. Tu n’as pas besoin de lui. » Si, par patron, on entend les actionnaires-propriétaires des grandes entreprises, ce slogan me paraît assez juste. La première chose qu’il faudrait faire, pour orienter la civilisation dans un sens plus égalitaire, ce serait de se débarrasser de cette classe de parasites. Quant aux managers, ils sont sans doute utiles, mais pourquoi auraient-ils forcément plus de pouvoir que les autres travailleurs ? Dans les entreprises autogérées, les managers sont élus, donc révocables par les travailleurs, qui sont en même temps propriétaires. Pourquoi ne pas étendre ce modèle à toutes les entreprises ?

                    Enfin, la complexité de notre civilisation est parfois purement artificielle, et pourrait sans dommage diminuer. Je pense ici aux produits financiers, dont la complexité et l’opacité sont en grande partie responsable de la crise des subprimes. Il en va de même pour la constitution de sociétés écrans, destinées à masquer les activités des entreprises. Tous ces artifices techniques et juridiques pourraient être supprimés avec un peu de bonne volonté politique.


                  • Waldgänger 29 juillet 2010 11:24

                    Je suis un peu d’accord avec l’auteur, mais trouve néanmoins le post de Ferdinand remarquable. La mise en procédures rigides du travail et de l’ensemble des activités humaines en général ne dépend pas à mon sens que d’un processus perçu de manière neutre et objective, dont l’organisation du travail actuelle ne serait qu’une adaptation.

                    La mise en procédures, en protocoles, sont aussi des produits culturels


                  • King Al Batar King Al Batar 29 juillet 2010 11:42

                    Encore une fois Ferdinand ce que vous avancez est d’une lucicité et d’une clarté aussi impréssionant qu’effrayante.....

                    En fait la seule liberté qui nous reste, au milieu de toutes ces dépendance, c’est celle de consommer. Encore faut il, pour cela, avoir des revenus qui nous le permette.....

                    Cordialement,

                    Le Sale Batard !


                  • Waldgänger 29 juillet 2010 11:42

                    (une partie du commentaire précédent a sauté)

                    Souvent, des cas particuliers dans le monde du travail seraient bien mieux traités par un recours à la souplesse d’esprit et à l’adaptabilité des humains aux situations particlières, mais ces conceptions ne semblent pas à la mode, soit par des explications synchroniques, qui m’ont l’air d’être plus dans la logique de Ferdinand, soit par des processus diachroniques qui tiennet des évolutions historiques. Je n’ai pas d’idées préconçues, je pense que la prédictabilité étant devenu le modèle culturel dominant, c’est la forme priviliégiée dans l’imaginaire collectif, qui fait que toute autre forme d’organisation en devient dévalorisée. Ce qui fait alors l’organisation du travail actuel, c’est peut-être autant un fantasme, une anticipation de la répétitivité et de la prédictabilité totales des situations que de leur réalité présente. Le jour où cela se produira, une grande partie de l’humanité sera devenue inutile.

                    Le pouvoir se montre aussi à la maîtrise des procédures et de son processus d’élaboration. Tout ce qu’il reste à celui qui est au bas de l’échelle, c’est de les appliquer et de laisser la fameuse incertitude chère à Ferdinand à ceux du haut de la société. Le pouvoir des chefs se situerait donc à un double niveau, pour reprendre les catégories de Ferdinand, d’une le savoir, dans le sens de l’imprévisible, du non mécanisé, et de l’autre d’avoir la haute main sur le processus de procéduralisation et ses modalités pratiques.

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Jordi Grau

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