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Accueil du site > Actualités > Société > ELCO, un programme linguistique scolaire très discret...

ELCO, un programme linguistique scolaire très discret...

Cet acronyme signifie "enseignement des langues et culture d’origine".

Il s’agit de cours de « langue d’origine », destinés aux enfants issus de l’immigration, qui existent depuis une trentaine d’années dans certaines régions et pour certaines langues, dispensés hors temps scolaire mais dans l’établissement, par des enseignants payés par leur pays d’origine. Au primaire, et au collège.

Ils ont été institués pour faciliter l’intégration des enfants issus de l’immigration, tout en maintenant un lien avec leur langue et leur culture d’origine, mais semblent maintenant ouverts à tous les volontaires.

Huit pays ont signé des accords bilatéraux avec la France :

« pays signataires des accords ELCO, qui sont l’Italie, les pays du Maghreb, l’Espagne, le Portugal, la Turquie et la Yougoslavie. » (nota : la Serbie-Montenegro)

(Site officiel Eduscol, au milieu de la page)

A noter une certaine confusion, car selon la circulaire (en pdf) mentionnée sur cette page du site de l’Inspection académique de l’Essonne, « C’est le temps d’enseignement scolaire qui doit être privilégié (y compris le mercredi), l’utilisation du samedi restera donc exceptionnelle. » Temps scolaire ou extra-scolaire ?

On peut supposer qu’il s’agissait à l’origine d’un programme temporaire, mis en place à une époque où le besoin de main d’œuvre et d’immigration était grand, mais il semble bien qu’il se poursuive :

« Haut Jura : deux collèges proposent des cours de turc aux 6e à la rentrée

C’est une première sur l’académie de Franche-Comté : en septembre, les collégiens de Rosset et du Plateau pourront prendre le turc comme langue vivante. Espérons que ce genre d’initiative voit le jour dans d’autres villes.(…)

(...) Ces programmes officiels débouchent sur la même validation de compétence que celle que nous utilisons en langue vivante dans nos établissements. Les acquis des élèves doivent apparaître dans leurs livrets d’évaluation. »

(Turquie news)

Le programme ELCO est également cité dans un article du BLED (portail des Marocains résidant à l’étranger) qui traite de la difficulté qu’il y a à maintenir un lien entre les enfants issus de l’’immigration et leur langue d’origine.

« Les professeurs exerçant dans les écoles françaises dans le cadre de l’ELCO sont insuffisants. »

Mais il était prévisible que ce programme fasse naître quelques critiques, quelques doutes sur leur utilité en matière d’intégration ou de consolidation de la laïcité, ce qui expliquerait la discrétion qui règne à son sujet :

Une tribune libre franchement critique

« Les ELCO : 40 ans de propagande islamique au sein des écoles françaises

(…) Les services du ministère de l’intérieur ont appelé à plusieurs reprises l’attention des pouvoirs publics sur les risques liés aux ELCO : non respect du principe de laïcité ; encouragement du communautarisme ; diffusion du fondamentalisme. »

Un autre blog critique, celui de Nystagmus, qui rappelle que l’idée nous est venue du Canada, pays d’immigration par excellence :

« Toute ma scolarité, je l’ai faite dans le public. Et j’en suis fière et reconnaissante. C’est pourquoi je me sens si libre aujourd’hui de dire qu’elle fait parfois n’importe quoi. Et l’ELCO, c’est une hérésie républicaine. (…)

C’est ainsi qu’en France, à l’école de la République, des enfants d’origine turque apprennent dans des livres scolaires turcs, des programmes établis à Ankara. Et on s’étonne après que des gamins arrivent en cours d’histoire avec des idées bien arrêtées sur le génocide arménien.(…)

Voyez plutôt ce rapport de l’Éducation Nationale sur la laïcité à l’école, page 29 exactement :

« Plusieurs principaux nous ont dit avoir introduit ou conforté cet enseignement dans leur collège pour son rôle jugé utile de contrepoids laïque face à l’endoctrinement politico-religieux des élèves, ou encore apprécier tel enseignant pour sa capacité de médiation avec la population d’un quartier. »

Il ne s’agit pas de faire des enfants d’immigrés des citoyens à part entière. Il s’agit de tenter de contrôler une population qui, faute d’avoir été intégrée, vit en autarcie dans un ghetto où la République est absente.

(…) Rien n’empêche les enfants dont le français n’est pas la langue maternelle d’apprendre par leurs propres moyens la langue de leurs origines. Mais ce n’est pas à la République de s’en mêler. »

Une fois n’est pas coutume, je mets un lien vers un article qui me semble issu du Front National, que vous aurez deviné critique, lui aussi...

Même l’Inspection académique du Nord reconnaît les incohérences de ce programme, son « statut ambigu »

« "Les employeurs ne sont pas les payeurs". Ce sont les pays d’origine qui recrutent et rémunèrent les enseignants Elco, mais c’est le MEN (Ministère de l’Education Nationale, NDLR) qui les emploie, d’où une double tutelle : ils dépendent administrativement de leur ambassade, mais sont agréés et évalués par les services de l’inspection académique.

Les textes recommandent d’intégrer dans l’emploi du temps un enseignement d’Elco, qui ne doit pas pour autant s’effectuer au détriment des autres disciplines : double contrainte ! »

Un document assez complet de l’Académie de Montpellier, en pdf, évite toute langue de bois ou pédagol, pour dire les choses crument : « Elco et laïcité

1. Les programmes Elco, élaborés conjointement avec les pays concernés, ont l’aval du ministère de l’Éducation nationale.

2. Les textes rappellent que les contenus d’enseignement doivent être conformes aux principes républicains (mixité, égalité des chances, laïcité…).

3. Le fait religieux peut y être abordé, voire enseigné, en tant que fait culturel (cf. l’appellation “langues et cultures d’origine”), mais jamais à des fins de prosélytisme. Pour dire les choses plus simplement : parler de l’Aïd el Kébir ou du Ramadan, oui, apprendre des sourates du Coran, non. »

 Ce document conclut néanmoins que cet enseignement renforce la laïcité et qu’il faut le maintenir – ce qui ne saute pas aux yeux, reconnaissons-le.

À notre avis, c’est tout l’enseignement des langues qui est bloqué, rigide, structurellement lourd, complexe à gérer, sans but défini. Il fait cohabiter l’enseignement traditionnel des langues, de plus en plus tourné vers l’anglais (souvent aucun choix au primaire et en 6e) avec de nombreuses autres filières et structures comme EMILE, ELCO que nous venons de décrire, les sections européennes, mais aussi les bacs binationaux comme l’Abibac (franco-allemand), le Bachibac (Fr-Espagne) et l’Esabac (franco-italien) ), tous d’une redoutable complexité, comme on peut en juger en parcourant par exemple, les textes qui organisent l’Abibac franco-allemand...

On ne s’étonnera donc pas que la gestion de telles structures (programmes, professeurs, élèves, accords binationaux) soit kafkaïenne, prise en tenaille entre des buts incertains et des ressources variables, différentes selon les régions, les Académies voire les établissements, et soumises à des décisions politiques, elles aussi fluctuantes - renforcer l’allemand, privilégier l’anglais, etc.

On pourrait rétorquer que l’uniformité est stérile, que c’est un pas vers plus d’autonomie des établissements, vers la richesse de la diversité, mais ce ne sont que des arguties.

Le constat, c’est que les langues possibles pour un élève lambda sont conditionnées par de très nombreux paramètres, sauf celui de son choix, de ses goûts ! Sa volonté ne vient qu’après tous les autres facteurs, à la seule condition que la langue qu’il souhaite soit proposée et disponible dans son établissement !

L’enseignement des langues doit évoluer, c’est une affaire entendue, mais dans quelle direction ?

Comme on dirait dans le monde de l’entreprise, il faudrait un peu recentrer la question sur le client !

On parle souvent de simplification administrative, mais qui la voit mise en œuvre ? A notre avis, il faut fondre toutes ces structures disparates en un seul schéma général, simple, clair et souple, une refondation sur des bases modernes, adaptées au monde d’Internet, de la communication et de la mondialisation : liberté totale du choix de deux langues à valider, parmi toutes celles existant ou ayant existé (incluant donc le latin et le grec ancien), et complémentarité entre l’école et des structures extérieures à celle-ci : famille, associations parentales, pays partenaires (Instituts et/ou profs financés), établissements privés.

Il ne s’agirait en aucun cas d’une privatisation partielle de l’enseignement, car rien ne serait enlevé à l’école pour en transférer le travail au privé, et le coût aux parents : l’école continuerait d’offrir ce qu’elle souhaite ou ce qu’elle peut proposer, (le plus souvent l’anglais, et parfois quelques autres langues), tandis que les élèves souhaitant valider des langues non disponibles dans l’établissement devraient faire appel à des structures extérieures, quelles qu’elles soient, à charge pour eux de réussir au final un examen contrôlé exclusivement par l’Éducation nationale, à l’instar des nombreuses langues en option au bac.

« La Commission européenne a rejoint d’autres organisations internationales pour appeler à un meilleur financement de l’apprentissage des langues à l’école et à une meilleure promotion des opportunités de carrière et des professions d’interprètes et de traducteurs. »

Euractiv

A l’heure où les besoins en interprétation et traduction vont devenir aigüs, il est temps de débloquer le système, d’associer liberté et souplesse, car seule la souplesse permettra d’adapter les ressources aux besoins, pas la planification qui n’a réussi jusqu’à présent qu’à renforcer l’injustice que représente l’anglais lingua franca officieuse de l’UE.

Planifier la liberté des langues, n’est-ce pas une voie autrement ambitieuse ?

 Je reproduis donc ici ma proposition de réforme globale de l’enseignement des langues :

« Au primaire, choix entre quatre options :

1. anglais ou tout autre « grande langue » disponible

2. langue régionale

3. Programme Evlang d’éveil aux langues européennes, aux différents alphabets

4. Espéranto.

Pour l’anglais et les grandes langues, un enseignant peut tourner sur plusieurs écoles primaires. Pour Evlang, un enseignant intéressé peut s’en charger après quelques stages, car il utiliserait un riche support pédagogique. Pour l’espéranto, l’enseignement est largement plus facile que pour les langues classiques et le PDE (instit) tournerait là encore sur plusieurs établissements.

Au secondaire : libre choix de langues, parmi celles proposées dans l’établissement, ou à l’extérieur, dans les associations parentales (type aide aux devoirs), les boîtes privées, les Instituts de langues gérés et financés par les pays étrangers, ou les familles (ce qui serait une vraie valorisation des langues de l’immigration.

 Seule obligation : valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 pour tous les bacheliers), A2 dans une autre.

L’aspect culturel, inévitable critique des langues vues sous le seul angle de la communication, peut être élaboré par l’Éducation nationale, sous la forme d’un programme mis à disposition sur Internet, sous réserve d’être réaliste, correspondant à ce que les élèves savent réellement de la culture anglophone en terminale...

La validation du niveau restant dans tous les cas l’apanage de l’Éducation nationale. Les progrès technologiques sont tout à fait adaptés à une telle réforme, les fameuses TICE (technologies de la communication, visioconférences, etc.), comme on le voit dans cet article de La dépêche.

La question des langues n’est nullement pédagogique, mais politique : le tout-anglais ou la diversité, l’anglais obligatoire ou le libre choix de ses langues étrangères.
Sous couvert d’innovation pédagogique et de plan d’urgence pour les langues, d’enseignement de l’histoire dans une langue étrangère (laquelle ?!), c’est bien vers le tout-anglais qu’on nous dirige, de la maternelle à l’université. Rappelons que l’UE n’utilise que l’anglais dans ses relations avec le reste du monde (hormis un chouïa de français dans nos zones privilégiées), que notre président a un fort tropisme étatsunien, une politique atlantique affirmée, qu’il fait ses courses à pied en tee-shirt du LAPD, à moins que ce ne soit le FBI... Un détail ? Voire...

Libérez les langues vivantes ! »

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pour-une-autre-politique-des-63233

(à la fin de l’article)

D’autres précisions techniques et législatives se trouvent dans un précédent article :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pour-une-reforme-de-l-enseignement-34856

 

Textes de référence :

CIRCULAIRE N°  2001-222 « Habilitation des personnels chargés de l’enseignement des langues vivantes à l’école primaire »

B.O N°41 du 8 novembre 2001

http://www.education.gouv.fr/bo/2001/41/default.htm

Académie de Reims, renseignements divers

http://wheb.ac-reims.fr/ia51directeurs/spip.php?article46

habilitation des intervenants à école primaire

http://www.education.gouv.fr/bo/2001/41/default.htm


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4 réactions à cet article    


  • Numero 19 Numero 19 8 juillet 2010 10:17

    On ferait mieux de leur apprendre un français correct, vu le niveau de certains, ça serait déjà bien de maîtriser UNE langue. Ne serait-ce que pour trouver un emploi.
    La richesse culturelle, c’est déjà être capable de communiquer sans encombre.


    • Τυφῶν בעל Perkele Τυφῶν 8 juillet 2010 14:23

      J’ai la flemme d’extraire du sens de cette béchamel, alors ma contestation va aller sur un point précis de cet article :

      «  Seule obligation : valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 pour tous les bacheliers), A2 dans une autre. »

      De là, je vois un incroyable mépris pour les élèves et un manque d’ambition criant. Il est parfaitement possible de faire acquérir un niveau B2 voire C1 à un élève au cours de sa scolarité.

      De plus, j’approuve le message de Numero 19, vu le niveau lamentable où est tombée l’école de la république.

      Typhon


      • Krokodilo Krokodilo 8 juillet 2010 14:48

        Venant d’un expert en mépris, cette remarque est à prendre au sérieux ! Je parle d’une scolarité standard, avec des élèves d’une motivation standard... , sans cours supplémentaires, sans voyages linguistiques, sans soutien extra-scolaire, sans importation d’assistants natifs aux frais de la princesse, sans weekends à Londres, sans renforcement des horaires et du budget actuels.


      • Τυφῶν בעל Perkele Τυφῶν 8 juillet 2010 15:43

        « Je parle d’une scolarité standard, avec des élèves d’une motivation standard »

        Mais ça n’existe pas. Un élève peut montrer plein de motivation dans un domaine et pas beaucoup dans l’autre, ou l’inverse. Il y a des tas de moyens de faire grimper la motivation des élèves comme de la baisser.

        « sans cours supplémentaires, sans voyages linguistiques, sans soutien extra-scolaire, sans importation d’assistants natifs aux frais de la princesse, sans weekends à Londres »

        Il est parfaitement possible d’acquérir le niveau C1 sans rien de tout ça, je le maintiens.

        Autant, je vois ce qu’ont peut avoir contre les cours supplémentaires, autant, je ne comprend pas ce que vous avez contre les assistants. Pour bien apprendre une langue, il faut la parler, et de préférence avec des gens qui ne font pas de fautes. Les professeurs ont souvent un accent.

        « sans renforcement des horaires et du budget actuels.  »

        Sans renforcement des horaires ? Oui alors là, vu le niveau de dégradation actuel de l’éducnat, c’est de la mauvaise foi pure et simple.

        Néanmoins, c’est tout à fait possible, il suffit que les profs fassent cours.

        Typhon

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