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Accueil du site > Actualités > Société > Elle s’appelait Fabienne

Elle s’appelait Fabienne

L'heure de sa sortie ...

Au-delà du drame …

Elle s'appelait Fabienne et était institutrice en école maternelle à Albi. Comme des milliers d'autres, en ce dernier jour de l'année scolaire, elle rêvait de vacances non sans un petit pincement au cœur au moment de quitter les enfants à qui elle avait consacré tout une année. Elle a été assassinée par une mère d'élève, une pauvre démente irresponsable, produit, en réalité, d'une société qui a perdu tous ses repères !

Je ne la connaissais pas et n'aurai pas l'indélicatesse honteuse d'agir comme nos chers politiques qui lui ont tressé des couronnes de lauriers en guise d'hommage posthume. Ce n'était ni la meilleure d'entre nous ni une femme exceptionnelle. C'était une institutrice ordinaire, une jeune mère de famille qui faisait sans doute consciencieusement son métier, comme tant d'autres.

Qu'il me soit permis d'adresser ici mes plus sincères condoléances aux siens et à ses collègues, à ses élèves marqués à jamais par cette abomination, à leurs familles, concernées au plus haut point par ce traumatisme qui risque d'affecter durablement leurs enfants. Les mots sont de bien peu de réconfort quand la douleur se mêle à l'incompréhension et à la colère. Ils le sont d'autant moins dans l'inévitable et impudique agitation qui doit avoir lieu autour de toutes ces personnes .

Ce crime abject est pourtant, me semble-t-il, un symbole indéniable d'une société à la dérive. Il convient vite de sortir du contexte particulier pour réfléchir en quoi ce fait divers est marqueur d'une époque. Je souhaite avant tout ne pas blesser une famille qui a bien assez de sa peine et la prie, d'ores et déjà, de m'excuser pour cette intrusion distanciée.

Tout d'abord, ces faits inacceptables se sont déroulés dans une école maternelle, une classe enfantine comme on disait à l'époque. Il fut un temps où c'était un bonheur simple que de prendre en charge ces petits pour les conduire sur le chemin de la socialisation. Nul conflit majeur au milieu des comptines et des rires d'enfants, des jeux et des quelques travaux de langage et d'écriture. L'école des petits était encore un espace préservé de la compétition et des tensions à venir, un sanctuaire, un havre de paix.

Qui peut affirmer encore que cela demeure toujours le cas ? Des enfants y arrivent dans de tels états que la violence a fait son intrusion, ici aussi. Nos constatons que des familles entières sont désormais incapables de réguler les excès de très jeunes enfants, livrés souvent à eux-mêmes, aux images violentes de la télévision et au naufrage éducatif de parents en déroute. Ceux-ci ne sont pas majoritaires, heureusement, mais chacun peut avoir en tête des cas particuliers.

Qu'une mère, aussi perturbée soit-elle, puisse passer à l'acte devant son propre enfant, devant ses petits camarades, malheureux spectateurs horrifiés d'une scène abominable, démontre à l'évidence que toutes les limites sont dépassées, que plus rien n'est signifiant dans cette société qui fait étalage au quotidien de la violence. Il n'est qu'à entendre le vocabulaire de quelques familles pour comprendre à quel point nous avons déjà basculé dans une barbarie sans nom.

Que cette mère ait choisi précisément le dernier jour de l'année scolaire, ce moment festif, s'il en était jadis, relève, là encore, des brisures sociétales du moment. Les vacances sont désormais vécues par nombre de parents comme une contrainte, un problème majeur qui les confronte à l'épineux souci de la garde des enfants. Dans les familles, désormais éclatées, la rupture générationnelle rend délicat ou impossible le fait de confier sa progéniture aux grands-parents ou bien à des parents disponibles. Les vacances sont donc une nouvelle difficulté qui exacerbe les tensions.

Je n'en veux pour preuve que le sempiternel reproche qui est fait maintenant aux enseignants à propos de ces congés. Jamais autrefois les parents ne se seraient permis de mettre en cause cet aspect du métier car chacun vivait agréablement ce moment partagé. La pression qui pèse sur les familles a bouleversé ce rapport ancien et les vacances deviennent, pour nombre d'entre elles, un terrible fardeau, source d'angoisses et de difficultés multiples.

L'école, elle-même, est devenue une zone de frictions, de désaccords, de récriminations. Les parents, en consommateurs exigeants , revendiquent des droits, veulent imposer leurs conceptions, ne sont jamais d'accord avec les contenus et les commentaires d'un enseignant réduit au rang d'objet de consommation. Tout est prétexte à conflits entre la famille et un maître ou une maîtresse pris en tenaille par des demandes parfaitement contradictoires. Sans cesse, il faut rendre des comptes, expliquer, justifier, s'excuser, moduler, retirer. Punir est une terrible prise de risque ; évaluer, une source de conflit. La vérité n'est plus bonne à dire ; tous les jours l'enseignant marche sur des œufs face à des adultes en constance récrimination.

Devant les portes de l'école, les conversations ne sont désormais que chapelets de reproches, invectives et plaintes. Ce climat n'explique pas le drame d'Albi, bien sûr ; il explique un basculement du lien ancien qui unissait la nation à ses maîtres. D'autres responsables se sont attachés à pourrir totalement le système, diffamant, à longueur de déclarations et à des fins électoralistes, ce métier déjà si vilipendé . Monsieur Sarkozy, à ce titre, en amplifiant tout particulièrement une fracture, est responsable d'un climat délétère ! Cette démente n'aurait-elle pas pu y trouver une certaine justification de son geste ? Il ne fait pas bon semer ces mauvais vents de tempête : certains esprits en sont gravement affectés !

Bien sûr que mes propos dépassent largement ce qui s'est passé à Albi ! Je m'attache à restituer ce drame dans un contexte de délitement de notre relation collective à l'école. Il me semble important de pointer du doigt des modifications en profondeur que les observateurs sincères ont constatées depuis bien longtemps. C'est parfois un fait divers qui peut faire émerger ces mouvements des grands fonds quand on prend la peine de sortir du cadre. Le risque est si grand de blesser que je vous prie, à nouveau, de m'en excuser,

Respectueusement sien.


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152 réactions à cet article    


  • unandeja 7 juillet 2014 13:10

    « pauvre démente irresponsable, produit, en réalité, d’une société qui a perdu tous ses repères » ....c’est une façon de déresponsabiliser la coupable de son acte. Je ne sais pas quel est son degré de conscience de ses actes mais je dirai que cela ne change rien au final....le résultat reste le même . A avoir une jeune institutrice, maman de 2 enfants (dont une fille de 6 mois) qui disparait, ça laisse environ 15gosses qui ont assisté en directà l’assassinat de leur maitresse.

    Tout acte a des conséquences, que l’on soit dément ou non....cette femme est une meurtrière et devrait être éliminée....Quand un chien mort, on l’abat....quand un homme tue, on le laisse vivre...au nom de quoi tuerait-on des animaux mais pas le genre de décehts meurtriers qui a abattu Fabienne ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 13:29

      unandeja


      Votre réaction pour légitime et sincère qu’elle soit contribue aussi à la barbarie d’une société qui ne peut tuer au nom de la loi.

    • unandeja 7 juillet 2014 13:52

      Je ne conteste pasle côté barbare de mon point de vue....disons que je considère que la meutriere n’a plus à être traitée en tant qu’humaine puisqu’elle ne se comporte pas en tant que telle (ce qui est barbare et rien ne m’en donne le droit de juger ainsi...sinon ses actes).

      Je pense que celui qui ôte la vie volontairement, sauf cas particuliers devrait payer de la sienne...mais c’est aussi une porte ouverte à d’autres dérives....


    • scylax 7 juillet 2014 13:59

      La peine de mort est une bêtise. D’abord car beaucoup d’assassins tentent de se suicider. Et surtout car une fois mort, ils ne souffrent plus.

      La solution c’est l’enfermement à vie, dans des conditions infra-humaines, c’est à dire pire que celles du moindre SDF.

    • bibou1324 bibou1324 7 juillet 2014 14:08

      Autant la peine de mort peut paraître logique (un problème ? On s’en débarrasse. Et pour pas cher en plus), autant votre commentaire n’appelle qu’à la vengeance. Ca apportera quoi, à la famille des victimes, de savoir que leur bourreau souffre à cause d’eux ?


    • Politeia 7 juillet 2014 14:15

      L’auteur fait le constat d’un monde trop violent, trop rapide, trop déshumanisé et qu’est qu’on a dans les premiers commentaires : Un appel au meurtre et un appel à la torture !


    • non667 7 juillet 2014 14:44

      à nabum
      ’une société qui ne peut tuer au nom de la loi.
      au nom de la loi badinter 
      la loi est sensé protéger le faible contre le fort = le contraire de la loi de la jungle
       la loi badinter défend les meurtriers 
      acquittés à priori.
      l’inversion des valeurs ,perversion des esprits  ! bref du socialisme façon ps !


    • non667 7 juillet 2014 14:45

      à nabum
      ’une société qui ne peut tuer au nom de la loi.
      au nom de la loi badinter 
      la loi est sensé protéger le faible contre le fort = le contraire de la loi de la jungle
       la loi badinter défend les meurtriers 
      acquittés à priori.
      l’inversion des valeurs ,perversion des esprits  ! bref du socialisme façon ps !


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 7 juillet 2014 18:24

      Il s’agit d’une malade mentale.
      La désagrégation voulue de l’école se retrouve dans les autres services publics, dont les services psychiatriques.

      Certains malades sont dans la nature, soit ils sont en prison, ce qui ne change rien au fait que les moyens n’existent plus pour les soigner.
       Rapport sur Psychiatrie et prison.


    • lermontov lermontov 7 juillet 2014 18:35

      Je peux en parler car je cotoie fréquemment ce ’monde’ : beaucoup de malades mentaux parmi les sdf. Le darwinisme social dans toute sa splendeur, la pensée chère à Werner en action.

      Je suis venu ici originellement pour parler de ce milieu qui n’a pas de voix pour bien démontrer que l’exclusion est un processus délibéré et que la société actuelle s’élève là-dessus. Je vais m’abstenir parce que, ici, c’est la société en réduction et franchement c’est gerbax. De toute façon, démontrer quoi ? Dès l’instant où tu échafaudes une société où fric et pouvoir sont l"enjeu et où la compétition est la règle, il ne faut sortir de saint Cyr pour deviner que c’est l’extermination du faible qui est en sortie. Et cette p*** de société démoniaque s’en tire grâce à la théorie de la main invisible : des individus sont effacés mais c’est de la faute à personne, il n’y a personne qui appuie sur la gâchette. Ben tiens, la négation du politique qui présuppose que l’homme est maître.

      Bise, fifi, et merci pour l’énergie, les infos et la résistance.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 7 juillet 2014 19:44

      lermontov,
      Sur Agoravox, c’est la même chose qu’ailleurs, l’important c’est de faire circuler des infos.
      Les économistes de l’école de Chicago ont compris que les idées propagées par des leaders d’opinion, peuvent changer le monde. On voit le brillant résultat !

      Alors, ne lâchons rien ! Faisons pareil, soyons les colibris de Pierre Rabhi, apportons chacun la goutte d’eau que nous pouvons...
      On n’enferme pas les idées : « Le pays des souris ».


    • lermontov lermontov 7 juillet 2014 21:06

      Bah, j’ai cherché ce qu’est le néo-ultralibéralisme et j’ai trouvé : spencérisme, aka darwinisme social.

      "Le darwinisme social est une doctrine politique évolutionniste apparue au XIXe siècle qui postule que la lutte pour la vie entre les hommes est l’état naturel des relations sociales. Selon cette idéologie, ces conflits sont aussi la source fondamentale du progrès et de l’amélioration de l’être humain. Son action politique préconise de supprimer les institutions et comportements qui font obstacle à l’expression de la lutte pour l’existence et à la sélection naturelle qui aboutissent à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes (« survival of the fittest »= « la survie du plus apte »).

      Envisagé à l’échelle de la compétition entre les individus, il préconise la levée des mesures de protection sociale, l’abolition des lois sur les pauvres ou l’abandon des conduites charitables. Herbert Spencer, un des idéologues, pense ainsi que « toute protection artificielle des faibles est un handicap pour le groupe social auquel ils appartiennent, dans la mesure où cette protection a pour effet [...] de le mettre en position d’infériorité face aux groupes sociaux rivaux. » " [source Wikipedia]

      Le spencérisme a fortement influencé Adolf Hitler lui-même ; il a en fait croisé ce spencérisme avec l’eugénisme (théorisé par Galton, le propre neveu de Darwin !)

      Si tu as vu, l’autre jour j’ai pointé la connivence de pensée entre les commentaires d’un fada comme Werner et le nazisme ; Même loghorrée (le nuisible, l’inassimilable), même solution (l’éradiquation) ; le seul truc qui diverge est le critère discriminant (la fable de la race pour l’un et l’utilité économique pour l’autre).

      Je précise quand même que Darwin n’est en rien dans tout cela et a réfuté les thèses de Spencer et Galton.


    • Goldored 7 juillet 2014 22:26

      @ unandeja
      Montrons ainsi l’exemple ! Soyons violent et assassin au nom de la lutte contre la violence et le meurtre.
      Idiot. Abjecte. (Y a-t-il moins de meurtres, moins de schizophrènes dans les pays pratiquant la peine de mort ? Non bien sûr !)
      ’mode ironie on)
      Votre compassion pour les malades mentaux fait plaisir à voir.
      Vous êtes quelqu’un de fort généreux ! (mode ironie off)

      « Le sang se lave avec des larmes. Pas avec du sang ».
      Victor Hugo.


    • PaxBZH PaxBZH 8 juillet 2014 09:52

      Tuer des personnes pour faire comprendre à d’autres personnes que tuer n’est pas bien. Triste raisonnement.
      D’autant plus que la personne en question n’est plus en possession de ses moyens.
      Je précise tout de même être très en colère après ce qui s’est passé, d’autant plus que je suis compagnon d’une enseignante mais décidément non, la peine de mort n’est pas un raisonnement mais une absence de raisonnement.


    • unandeja 8 juillet 2014 10:04

      @Goldored....le but de cette peine n’est pas de « montrer l’exemple »...comme vous dites, dans les pays qui la pratiquent, le caractère dissuasif ne fonctionne pas vraiment...le but est plutôt d’éliminer une menace de la société....si cette meurtrière sort sous contrôle dans 5 ans et qu’elle recommence. Comme la jeune fille à Colombes l’an passé qui a été violée et tellement tabassée que les gendarmes ont dit qu’elle n’avait même plus de visage....son agresseur était un délinquant surveillé en permission de sortie. Ce genre de cas arrive assez souvent, heureusement dans des gravité moindres la plupart du temps.

      Est-ce inhumain de tuer celui qui a perdu toute humanité ?...je n’en suis pas sur....surtout si cela peut éviter à une personne de subir des violences et tortures ultérieurement.

      Quant à ma compassion pour les malades mentaux....désolé mais là je parle d’une tueuse de sang froid (dont le discernement a peut être été altéré...la belle affaire...ça ne change rien aux conséquences ni à la dangerosité qu’elle représente pour les autres) et pas des malades mentaux en général...ma compassion va pour ceux dans le besoin, pour la famille de cette enseignante, pour l’enfant (ou les enfants) de la meurtrière, pour les enfants de l’école qui en pleine innocence ont du subir la vision d’un meurtre de sang froid à leur âge....pas pour la meurtrière, je ne vois aucune raison d’avoir dela compassion pour elle.


    • Goldored 8 juillet 2014 15:24

      Qui êtes-vous pour définir ce qui est humain ou pas ?
      Un chef d’Etat qui envoie des millions d’hommes en uniforme mourir pour la patrie est-il plus humain qu’une malheureuse schizophrène ?
      Que diriez-vous si - car ça n’arrive pas toujours qu’aux autres - c’était votre soeur, votre fille, votre mère qui, malade, avait commis un tel acte : penseriez-vous vraiment qu’il faudrait l’abattre ?
      Par ailleurs, vous focalisez sur des faits divers annexes. La très grande majorité des gens assassinés en France le sont par leurs proches : conjoints, famille, voisins. Avez-vous peur de vos enfants ? de votre conjoint ? Peut-être devriez-vous !
      Enfin, on peut se demander s’il est bien légitime d’abattre un chien mordeur et s’il n’y a pas d’autres solutions, moins barbares, moins débiles.


    • claude-michel claude-michel 7 juillet 2014 13:31

      Sinistre fait divers...un de plus dans l’EN...Encore un ratage des services de suivi de cette personne démente déjà connue des services en charges mais étrangement oubliée sur la liste des personnes à risques...L’Incompétences de l’administration n’est hélas plus à faire... !


      • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 13:36

        Claude-Michel


        L’administration ne me semble pas en cause directement
        C’est notre société qui est malade et qui favorise l’émergence de telles dérives.

      • claude-michel claude-michel 7 juillet 2014 13:46

        Par C’est Nabum...Bonjour Nabum...Dans « administration »..je met en cause les assistantes sociales en charge de cette personne et la justice en retard pour son internement...


      • Fergus Fergus 7 juillet 2014 13:55

        Bonjour, Claude-Michel.

        Samedi, en réponse à ce commentaire « Ce n’est pas la première fois non plus que des personnes souffrant de troubles psychiatriques sont dans la nature », j’ai écrit ceci : 

        « Vous avez raison, mais que faut-il faire ? Les professionnels de la médecine psychiatrique sont formels : seuls 2 à 3% des personnes atteintes de troubles du comportement sont susceptibles de commettre un acte grave pouvant, dans les cas extrêmes, aller jusqu’au meurtre. Et sur ces 2 à 3 %, 10, 20 ou 30% commettent effectivement un acte grave un jour au l’autre.

        La question qui se pose est simple : faut-il éliminer définitivement de la vie sociale les 99% qui ne poseront jamais de problème aigu à la collectivité ?

        La réponse est dans la question, ne trouvez-vous pas ? »


      • Politeia 7 juillet 2014 14:19

        @claude-michel
        Oui internons vite le demi million de malade mentaux français !


      • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 16:39

        Claude-Michel


        D’accord ! 

      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 7 juillet 2014 18:35

        Fergus,
        Surtout ne remettez pas en cause la fin programmée des services publics...

        Voici ce qui écrit dans le rapport de l’ OCDE 1996 sur l’école :

        « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité du service baisse.

        On peut réduire par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants.

        Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement ».

        « L’apprentissage à vie ne saurit se fonder sur la présence permanente d’enseignants, mais doit être assuré par des PRESTATAIRES DE SERVICE.
        Les enseignants qui subsisteront s’occuperont de la population non rentable ».


      • bakerstreet bakerstreet 7 juillet 2014 23:44

        Politea


        Etes vous sûre que vous n’en ferez pas partie ?

      • Politeia 8 juillet 2014 10:55

        @bakerstreet

        Mon commentaire était ironique.


      • Gabriel Gabriel 7 juillet 2014 13:37

        Bonjour Nabum,

        Ce geste reflète assez bien l’équilibre précaire des hommes et des femmes que notre mode de vie actuel met sous pression constante et qui constituent notre société. La marchandisation des biens et des êtres a eu pour effets néfastes la désacralisation d’endroits tel que l’école et l’hôpital. Certains métiers sont des sacerdoces, comme instituteur, médecin, infirmière, pompier etc… Ceux qui les exercent ne le font pas pour devenir riche, si c’était le cas cela se saurait. Ils le font par conviction, par amour du service rendu à autrui. Seulement voilà, la rentabilité financière détruit tout, achète tout et salit tout et les moyens qui devraient être accordés à ces corps de métiers partent dans des poches déjà honteusement garnies. Il est important de rappeler que c’est dans l’enseignement que les agressions (Menace verbale, insulte, détérioration de biens et atteinte physique aux personnes) sont les plus nombreuses et génèrent des dépressions et des maladies en cascade. Aujourd’hui, les pompiers et les docteurs venant secourir le père ou la mère se font agresser par les fils et dans les établissements scolaires, les parents ou les grands frères viennent prendre la défense du petit voyou qui insulte et crache à la figure de son enseignant. La question est, comment avons nous fait pour en arriver là et, que faut-il faire pour arrêter tout cela ? Ce constat ne m’apporte que tristesse.


        • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 13:40

          Gabriel


          En guise de réponse 

          Extraits de : Neuro-Esclaves - Marco della Luna - Paolo Cioni

          Chapitre 8 : Manipulations laïques

          La manipulation sociale visant à dissoudre les hiérarchies sociales et professionnelles traditionnelles est systématique. C’est une manipulation qui, d’un côté, est orientée vers l’augmentation de la consommation à travers la création de nouvelles catégories de consommateurs, de l’autre, à transférer et regrouper fonctions et pouvoirs de gestion, assistance, service, discipline et réglementation dans de grands centres d’activités comme les organismes publics, les sociétés de services publics privatisés, régis par de hauts dirigeants d’entreprises inaccessibles et donc hors de portée des rapports directs humains.

          Parallèlement, l’autorité, l’ascendant et le rôle éducatif des parents et de l’école se sont progressivement réduits, ainsi que les instruments éducatifs :

          les enfants reçoivent plus de messages des médias et des systèmes informatiques qu’ils n’en reçoivent de leurs parents ; ces derniers ont donc une mineure incidence sur la formation identitaire, culturelle et l’inculcation de valeurs sociales des mineurs ;

          les enfants s’habituent à recevoir passivement des informations sur la réalité par les médias et à travers l’internet, au détriment d’un débat critique entre personnes ;

          refus, punitions, restrictions à l’égard des enfants font l’objet de craintes, sont vus comme porteurs de traumatismes, comme pédagogiquement répréhensibles ;

          les parents et l’école sont de moins en moins capables de s’imposer sur les enfants, de leur enseigner l’autodiscipline (laquelle fait désormais défaut aux parents eux-mêmes, ceux-ci ne l’ayant pas reçu de leurs propres parents) ;

          la figure parentale et professorale est de moins en moins prestigieuse, socialement dévaluée, donc de moins en moins crédible et efficace ;

          la sélection et le mérite sont abolis en faveur d’une pratique de complaisance narcissique qui évite et empêche l’enfant de se confronter à la réalité et à ses propres limites.

          Les enfants sont désormais devenus une importante catégorie de consommateurs :

          parce qu’il est facile de les atteindre directement par la publicité et des spectacles qui en sont l’équivalent (par exemple, une série de dessins animés à succès incite à l’achat des gadgets, livres ou DVD relatifs) ;

          parce qu’il est facile de stimuler leurs désirs, de les inciter à s’identifier, et de créer des modes ;

          parce que les parents craignent en général de leur faire du mal s’ils refusent de satisfaire leurs désirs ; ou parfois parce que les contenter leur donne bonne conscience ;

          parce que si le fait d’avoir des chaussures Reebok ou un sac à dos Converse devient un symbole d’acceptation du groupe qu’ils fréquentent, les parents se sentent dans l’obligation de les leur acheter s’ils ne veulent pas voir leurs enfants souffrir d’exclusion.

          En ce qui concerne les jeunes, les résultats de cette stratégie pédagogique sont sous les yeux de tous, il faut s’incliner devant les faits, même si les décrire peut susciter des réactions idéologiques. Les voici :

          Le niveau scolaire s’est effondré conjointement à la capacité professionnelle du corps enseignant ;

          En conséquence, les capacités d’application, d’attention active, d’autodiscipline se sont également effondrées en faveur d’un accomplissement selon le bon vouloir. C’est au tour des professeurs et des parents de chercher à mériter l’attention des enfants ;

          Ceci est désormais accepté par l’école et par le sens commun ; on s’attend non seulement à ce que les élèves soient tous reçus, mais aussi que personne ne soit jugé sur ces carences ;

          La fonction encourageante, protectrice, en quelque sorte consolatrice, garantie par l’école, fournit des jeunes non préparés à l’impitoyable réalité de la compétition.

          Si un tel tableau, du point de vue de la civilisation et de la croissance psychoculturelle, est insatisfaisant, il ne l’est pas du tout du point de vue de la stabilité gouvernementale, parce qu’une population immature et incapable de se gérer, de s’informer, d’analyser de façon critique, est une population plus dépendante, plus encline à accepter, voire à invoquer un régime autoritaire et paternaliste. Et c’est une population sans aucun doute incapable de se rebeller.


        • Gabriel Gabriel 7 juillet 2014 13:58

           Je ne peux qu’être d’accord avec ce terrible constat qui résulte des politiques d’asservissement intellectuel des peuples par le biais de supports médiatiques déversant des programmes abrutissants et faisant le culte de l’individualisme alimenté par de futiles illusions. Les réformes successives des programmes scolaires ne sont pas là pour enseigner mais pour laver les cerveaux et les formater à une société d’esclaves consommateurs. Revenons en vite à Montaigne qui disait en parlant de l’éducation et de l’apprentissage de la connaissance : « Un enfant ce n’est pas un seau qu’on remplit, mais un feu qu’on allume... »


        • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 16:44

          Gabriel 


          J’aime votre formule Elle est belle 

        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 7 juillet 2014 19:02

          Tout ceci porte un nom résumé par Attali : « L’Homme nomade », sans repère, ni lien, ni structure....
          Article d’Hervé Juvin sur la fin de la mondialisation et le retour des identités. 

          « Cet homme hors-sol, délié de toute origine et déterminé uniquement par sa propre volonté... le mythe de l’homme nouveau, pur produit de son désir »

          « Dans la plupart des pays occidentaux, on assiste à cet isolement croissant des individus, sans repères, sans structure, sans capacité de dire »nous« . »

          « Depuis 40 ans, on a assisté à la proclamation de l’individu absolu, aujourd’hui on a un retour de bâton de la réalité : on ne vit pas riche et seul dans un océan de ruines. »

          « On ne vit bien qu’en appartenant à un ensemble, un groupe, quand on est dans le »faire - société avec d’autres« , c’est probablement cette phase très déroutante de la mondialisation qui est en train de se révéler. »

          Son livre sur ce sujet : « La grande séparation »

           Remarque : un individu sans repère, sans liens, sans structure, livré à son désir, c’est sans doute le top pour le marketing, mais cela porte un nom : c’est la définition même du délinquant.

          Que cet « homme nouveau » nous viennent des USA, n’est pas pour m’étonner, en matière de délinquance, leurs dirigeants en connaissent un rayon...


        • bakerstreet bakerstreet 8 juillet 2014 00:37

          Ben non ! 

          Gabriel moi je n’ai pas envie de me mettre un coiffe de pénitent sur la tête, et de défiler dans les rues en pleurant sur les versés de l’apocalypse, en disant que tout va de mal en pis dans ce monde, et que cette femme est l’expression de la folie d’une société qui perd les pédales. 


          Même si par ailleurs je fais le même constat, mais refuse de remonter cette filiation trouble, qui ferait du geste d’une « folle », le catharsis d’une expression collective. 
          Nous flirtons là avec ce qui s’apparente soit à une sorte d’exorcisme religieux, à moins que ce soit simplement de la bonne vieille récupération, construite sur un déni de sens et de construction.

          Et je ne suivrais pas plus demain je ne sais quel prophète ou homme politique allumé, qui se servira d’un fait divers pour me convaincre d’allumer des brasiers, des autodafés, ou désigner je ne sais qui à la fureur populaire.

          Ceci dit, je ne suis pas tout à fait un rêveur non plus, car travaillant dans un service d’entrée en psychiatrie, depuis bien longtemps déjà. 
          Aussi je sais plus ou moins de quoi je parle au niveau de la folie, et constate parfois qu’elle se trouve dans certaines formes de simplification, où l’on veut faire passer au forceps ces vérités, attendant le moment qu’on croit opportun !

        • mmbbb 14 juillet 2014 12:19

           
           Votre ecrit est un peu larmoyant Je n’ai jamais eu autant de de sollicitude de la part de mes profs J’appartiens a une generation ou il ne fallait rien dire Restrospectivement j’aurais pu porte plainte pour des comportements abusifs ou endoctrinement Prof de geo nous emmenant voir des films de propagande sur le collectivisme en Chine par exemple Le monde enseignant je le deteste et ce qu’il advient a ce corps de metier me rend indifferent Quant a l’argent oui il est important La selection se fait par l’argent entre autre Si j’avais pu je ne serais pas aller dans cette poubelle qu’est l education nationale


        • Fergus Fergus 7 juillet 2014 13:49

          Bonjour, C’est Nabum.

          Je partage assez largement les constats qui sont faits dans ce texte.

          Une seule petite réserve : s’agissant d’un meurtre commis par une déséquilibrée, je n’aurais pas parlé de « crime abject », ce terme sous-entendant une volonté consciente d’agir, mais de « crime consternant ».

          Consternant en effet pour la famille de l’enseignante, pour les petits élèves traumatisés et leurs parents, pour les collègues forcément choqués de voir cette violence exercée dans une enceinte scolaire, et pour la famille de cette meurtrière irresponsable. Une affaire comme celle-ci ne fait que des victimes !


          • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 16:45

            Fergus


            Je vous accorde cette réserve
            Il est plus facile d’être dans votre posture du lecteur attentif que dans celle de l’auteur dans l’émotion. Merci

          • Fergus Fergus 7 juillet 2014 18:58

            @ C’est Nabum.

            Il n’y avait évidemment aucun reproche dans mon commentaire, mais les propos tenus, sur cette affaire tragique, depuis trois jours par certains intervenants prompts à désigner des boucs émissaires me conduisent à penser que les mots ont leur importance dans la désignation de la meurtrière et le profil que l’on en connaît.


          • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 10 juillet 2014 01:55

            Salut @ tous,
            J’ai pensé la même chose, je crois, Fergus, mais Nabum n’érige pas ce crime comme représentatif d’une situation, il en fait un des symboles. Pour ma part, navigant dans un milieu d’enseignants, je ne puis que témoigner du traumatisme qu’a généré cette triste histoire à la veille des vacances bien souvent vécues comme une délivrance sans laquelle le travail ne serait plus possible. Belle récompense.
            Mais en effet, il ne faut pas que l’arbre cache la forêt, et c’est cette dernière qui m’affole ; celle qui n’est pas dans les journaux car constituée de petits faits de tous les jours comme ceux décrits par Nabum à la grille de l’école. Les faits qui, non rapportés, non dénoncés, s’ancrent comme une habitude viscérale dans nos quotidiens, dans une indifférence générale qui m’interpelle beaucoup plus que le consensus forcé autour d’un drame exceptionnel, et contre la montée de laquelle toute notre énergie doit se concentrer. Commençons par foutre en l’air les systèmes d’évaluations, par exemple ? Sand même prétendre à ce que devrait être une école, même si j’ai ma petite idée, il y a longtemps qu’on la prend pour -et qu’on se sert d’elle comme d’-un service social miracle, tout-terrains et multi-disciplinaire. Je ne suis pas sur qu’elle soit faite pour ça et que le peu qui en reste y survive.
            J’ai aussi malheureusement approuvé le clairvoyant passage sur Sarkozy.
            A+


          • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 07:06

             Emmanuel Aguéra


            Il est bien difficile de garder sa raison et son calme dans le contexte actuel
            La haine et le racinsme sont en toile de fond, un autre héritage du triste personnage qui fut le président de la division.
            Parfois, il vaut mieux garder le silence plutôt que de répondre aux hurlements des loups.

          • Venceslas 7 juillet 2014 14:04

            Votre article est intéressant, mais vous semblez oublier que la liste est longue de politiques qui ont bien craché sur la profession. Pas seulement Sarkozy, mais aussi Allègre (dont Sarkozy a toujours raffolé), à l’occasion Jospin, Lang ne disait pas grand-chose, mais agissait par en-dessous, Chatel, et on en oublie...


            • C'est Nabum C’est Nabum 7 juillet 2014 16:47

              Venceslas


              Oui, une bien longue liste avec le dernier fut le plus virulent dans le genre, le plus haineux.

            • fcpgismo fcpgismo 7 juillet 2014 15:06

              Article très intéressant comme toujours une bande d’abrutis fasciste ne trouvent qu’à rajouter de la violence à la violence.pour ma part j’aimerai éliminer tous ces abrutis mais heureusement la loi me l’interdit,ma conscience aussi d’ailleurs.


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