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Accueil du site > Actualités > Société > En France, la jeunesse est-elle un naufrage ?

En France, la jeunesse est-elle un naufrage ?

Ce titre provocateur et facétieux invite à réfléchir sur un problème sérieux. Les anciens auront reconnu là une allusion à la fameuse sentence du général de Gaulle pour qui la vieillesse est un naufrage. Mais si l’on en croit une récente étude, la jeunesse française ne se porte pas bien !

Certains ont sans doute entendu sur les ondes quelque journaliste rapporter les conclusions d’une enquête effectuée sur les jeunes de divers pays. Cette étude de grande envergure a été conduite à l’initiative de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), think tank classé à droite, mais de tendance plutôt libérale et progressiste et dont la composition des chercheurs laisse entrevoir une ouverture d’esprit assez large. Le journal L’Express, partenaire de cette enquête sur les jeunes face à l’avenir, a d’ailleurs consacré un dossier de huit pages résumant cette longue étude consignée dans un document de 180 pages contenant une dizaine d’articles rédigés par des spécialistes de sciences humaines. La presse s’est contentée de signaler quelques conclusions générales et « pittoresques » extraites de L’Express. C’est l’occasion ici de montrer du doigt nos politiques qui n’ont pas fait un seul commentaire sur cette étude qui, pourtant, reflète l’état moral de notre jeunesse tout en engageant l’avenir de la France. Et nos socialistes d’aboyer contre le voyage de Sarkozy en bonne compagnie ou sur quelques mots placés dans les vœux, mais sur des sujets plus profonds, silence radio. Heureusement, France Inter a proposé une émission spéciale ce 3 janvier 2008, jour de parution du dossier sur les jeunesses du monde et leur perception de l’existence.

Le mieux serait de lire le document de référence et notamment la préface de François de Singly apportant quelques précisions sur le fond de la méthode et l’accent mis non pas sur un schéma à la Bourdieu trop axé sur la complainte du jeune, « bénéficiaire ou victime » de son milieu ; mais une approche, disons plus universaliste, mettant en avant comme thêmata (reprise d’une notion de Holton usitée en sciences dures) la faculté d’individualisation ; c’est-à-dire la possibilité de devenir autonome et de ne plus trop dépendre des appartenances héritées. Ce parti pris n’est pas désintéressé puisque cette faculté d’émancipation morale et culturelle fonctionne de concert avec une plus grande prise dans l’existence et notamment « l’attaque » du monde de l’entreprise et « l’adaptation positive » basée non plus sur l’obéissance aux chefs, mais sur l’aptitude à occuper un espace de tâches à résoudre de manière responsable. Bref, en plein dans le « nouvel esprit du capitalisme » d’ailleurs cité par Singly à travers ce livre de Chiapello et Boltanski paru en 1999 chez Gallimard. Cette appréciation de l’autonomie sera jugée négativement par ceux qui ont un blocage idéologique anti-libéral et qui, de ce fait, ne verront pas le lien avec un parcours de vie et un accès à un bien-être ; car être émancipé, cela vaut également pour l’existence en société et pas seulement en entreprise. Un individu autonome sera plus inventif dans ses passions et plus audacieux et serein dans ses relations sociales, y compris dans un sens citoyen. Mais ceci est un autre débat. Place à quelques points marquant de cette étude. J’en ai sélectionné trois. Ce qui ne dispense pas les plus intéressés de lire le rapport complet.

I Les espérances en souffrance. Parmi ces points, deux traduisent les grandes lignes de cette étude permettant de situer la France par rapport à d’autres nations à développement économique comparable, seule la Chine faisant exception. Les jeunes Français n’ont pas le moral. Ils n’ont pas confiance dans leur avenir, la possibilité d’occuper un emploi convenable. Ils sont 26 % à considérer leur avenir prometteur, soit un quart, alors qu’au Danemark, 60 % sont optimistes sur ce point. C’est d’ailleurs en Europe du Nord où la jeunesse est la plus confiante en l’avenir, alors que l’Allemagne fait un score moyen et que les Etats-Unis occupent la seconde place aux côtés de la Norvège, ce qui ne surprend guère des Américains, connus pour leur jovialité existentielle, même si cette nation doute en ce moment. Seules la Pologne et l’Italie font moins bien, avec un point commun avec la France, le catholicisme comme religion dominante. A la question précise sur l’espoir d’occuper un bon job, on retrouve les mêmes nations en tête ou en queue avec cette fois la Chine et l’Inde insérées dans l’étude et occupant une bonne place, le Japon étant bon dernier.

II La conscience torturée. Le second point intéressant dans cette étude transversale concerne la perception de la société par les jeunes et leur relation avec leur environnement proche ou professionnel. Le regard des autres est considéré comme déterminant dans le choix professionnel par 52 % des jeunes Français qui occupent la première place sur cet indice traduisant une certaine anxiété face au jugement d’autrui, une sorte de tourment moral classiquement connu des psychologues. Les nations du Nord révèlent une plus grande indépendance vis-à-vis d’autrui. Si on se réfère à l’échelle des besoins de Maslow, la jeunesse française paraît moins mature, tributaire du besoin de reconnaissance alors que le stade de l’autoactualisation représente un degré supérieur dans la croissance de l’être psychique. L’étude sur le contrôle de l’existence renforce cette thèse d’un manque d’autonomie de la jeunesse française, accompagnée par son homologue nippon. Aux Etats-Unis, ils sont 51 % à affirmer avoir la maîtrise de leur avenir. Les Danois et les Chinois, 45. La France arrive en queue avec 22, devant le Japon (chiffres à lire dans la préface de Singly dont je conseille vivement la lecture).

Dans le volet sur la conscience torturée, on accordera une place importante à un fait remarquable, surprenant par son ampleur. Le manque de confiance en autrui. On consultera l’étude d’Olivier Galand (page 21 du rapport) et le tableau présentant le score de confiance dans les groupes sociaux et les institutions (page 32). Le résultat des jeunes Français est calamiteux. Ils finissent bons derniers avec un total de confiance de 23 points, comparé aux 73 des Finlandais, 64 du Danemark alors que 8 pays dépassent les 50. Ce résultat paraît pour le moins inquiétant si l’on admet que ces chiffres sont les témoins d’une réelle perception de la société par les jeunes. Mais il ne paraît pas si étonnant au regard des observations sur l’intégration des jeunes dans certaines institutions, notamment la politique où le récent buzz des inscriptions sur le net ne doit pas voiler le vieillissement des cellules militantes où on ne trouve guère de jeunes, pas plus que dans les cafés philo et, là, c’est mon expérience qui parle. On dirait qu’une fracture sociale s’est mise en place en France, entre les jeunes et le monde des individus à fort taux d’intégration socio-professionnelle. Qui cause quoi ? Est-ce le rejet de la jeunesse par un monde aux situations acquises qui traduit cette perte de confiance, ou bien est-ce ce déficit en estime de soi qui se projette à travers le manque de confiance en l’autre ? Cela dit, il est aussi possible que cette fracture existe dans d’autres pays, mais, à la différence de la France, les jeunes semblent prêts pour un passage du témoin.

III Obéissance et indépendance. Les évolutions des dernières décennies ont montré une tendance à l’indépendance et l’émancipation des jeunes. Qu’en est-il actuellement ? Une question a été posée, sur l’importance de deux qualités qui doivent ou non être développées, l’indépendance et l’obéissance. Le rapport entre les deux scores est considéré comme indicateur significatif sur l’état d’esprit de la jeunesse vis-à-vis de la soumission à l’autorité ou à sa propre autorité, étant entendu qu’être sous son autorité personnelle ne signifie pas qu’on ait moins de règles que quand on les suit lorsqu’elles émanent des institutions ou sont héritées de la culture. Là aussi, la France se singularise, étant le seul pays au rapport inférieur à un. Autrement dit, notre jeunesse, dans la moyenne, met l’obéissance au-dessus de l’indépendance. Ce qui nous distingue des pays nordiques au rapport proche de 2, et du Japon et de la Chine, dont l’indice dépasse 3. Ces résultats sont surprenants si on les inscrit dans l’Histoire de France, la Révolution et Mai-68. Comment ce pays, qui a, dit-on, inventé les droits de l’homme et la liberté, est-il devenu celui où la jeunesse privilégie l’obéissance face à l’indépendance ? Ce même pays qui a engendré les événements de Mai-68 ; qui n’ont pas été la cause d’un changement de société, mais son symptôme ; Singly rappelant à juste titre que le mouvement d’émancipation avait commencé bien avant (je me permets de préciser, Sartre, Elvis puis les Stones). Le mystère de mai, on dira que c’est le mystère de Paris. Pour le reste, notons que ce choix envers l’obéissance n’est pas le seul fait de la jeunesse et qu’il se manifeste aussi dans la tranche d’âge 30-50. C’est donc un trait bien ancré dans notre société et, sans doute, le signe de l’échec de Mai-68 comme dessein d’émancipation et de libération. Justement, cette France qui préfère l’égalité à la liberté, comme le savait Tocqueville ; alors que par on ne sait quel atavisme, nous avons hérité de ce trait si bien qu’il n’y a aucune rupture en 2007. En ce sens, Sarkozy est bien un rétrograde, enjoignant ses ministres à obéir, et pourtant terriblement actuel, en phase avec les déterminations en âme de ses citoyens. Notons que Ségolène Royal ne fut guère plus une figure d’avenir, elle aussi tout aussi rétrograde dans sa vision de la société, bref, une impératrice de gauche et basta.

Les idiots de gauche, désolé de les désigner ainsi, verront dans cette étude l’affreuse trace des libéraux alors qu’un esprit voguant tel Schiller dans le royaume du temps devinerait dans ces réflexions une facture idéologique plus progressiste et libérale, celle de Benjamin Constant, grande figure de l’histoire française, connu pour ses aspirations libérales et son opposition à Napoléon et ses appétits de conquête autant que son dirigisme pas très libéral, comme d’ailleurs celui de Sarkozy qui n’est pas un authentique libéral. Il fallait le dire, en ces temps où Henri Guaino se pose en Joseph de Maistre à penser pour Sarkozy, qu’il a une autre idée de la France incarnée par Benjamin Constant et bien d’autres. Fin de parenthèse.

Pour finir, un tableau général, voire générique, se dessine ? Celui d’une génération de jeunes qui en prisant l’obéissance plutôt que l’indépendance, dévoile un manque d’estime de soi, de confiance en soi, ce qui transparaît doublement. Premièrement dans le domaine de l’espérance sur la capacité à s’ouvrir un avenir, un bon job, une maîtrise de son destin. Deuxièmement, par effet de projection, ce manque de confiance en soi est rétrocédé envers autrui, ce qui explique le déficit de crédit des institutions vis-à-vis de la jeunesse. Qui du reste pèche par immaturité, étant très libérale, pour consommer du plaisir à deux et se mettre en ménage, mais peu regardante sur le sens des valeurs. Bref, revendiquer des libertés de vie, mais se dispenser des responsabilités citoyennes, si on extrapole. Ce qui au final montre qu’il y a quelques nœuds à trancher et que cette situation par ailleurs n’incombe pas à la jeunesse, mais plutôt aux anciens qui ont une bonne part de responsabilité dans cette conjoncture. Pour en sortir, il n’y a pas à attendre que l’une ou l’autre des parties fasse l’effort de soulever le fardeau. C’est ensemble que ce marasme sera conjuré, sinon c’est ensemble que la France sombrera.


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49 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 7 janvier 2008 09:44

    Vous écrivez « Les jeunes Français n’ont pas le moral. Ils n’ont pas confiance dans leur avenir, la possibilité d’occuper un emploi convenable. Ils sont 26% à considérer leur avenir prometteur, soit un quart, alors qu’au Danemark, 60% sont optimistes sur ce point. »

    Cela ne veut rien dire,car quand on est jeune on veut le beurre et l’argent du beurre et nous sommes tous passé par cette phase.

    Donc,méfiance dans des études qui se prétendent comparative et qui ne veulent rien dire.

    Vous citez ensuite « Aux Etats-Unis, ils sont 51% à affirmer avoir la maîtrise de leur avenir. Les Danois et les Chinois, 45. La France arrive en queue avec 22, devant le Japon (chiffres à lire dans la préface de Singly dont je conseille vivement la lecture) »

    Je ne savais pas qu’il existait des statistiques fiables sur la Chine ! smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley

    Cette dictature communiste qui interdit la liberté,les syndicats libres,dont les conditions de travail d’hygiene et de sécurité sont misérables ,sans parler de la pollution qui détruit la couche d’ozone,serait dont d’après vous en mesure d’être crédible dans la production de statistiques et d’informations fiables ! smiley smiley smiley smiley

    Excusez moi,mais vous faites comme les communistes français qui durant des années nous expliqué statistiques à l’appui que le communisme ça fonctionne.

    On a pu voir ensuite la réalité !

    Vous en profitez pour glisser une de vos citations anti-sarkozy primaire : « En ce sens, Sarkozy est bien un rétrograde, enjoignant ses Ministres à obéir, et pourtant terriblement actuel, en phase avec les déterminations en âme de ses citoyens »

    Reprochez vous aux français d’avoir votés démocratiquement pour Nicolas Sarkozy ??????????????

    Je comprend que vous ne comprenais pas la jeunesse car vous n’aimez personne et cet article est caractéristique de vos articles à tendance anarchisant : tout détruire.


    • JoëlP JoëlP 7 janvier 2008 09:44

      Un article un peu alambiqué, je trouve, pour dire que ça va pas fort par ces temps frisquets. Peut-on croire à ces sondages faits dans plusieurs pays sur une notion aussi flou que l’indice de confiance en l’avenir.

      J’ai dû relire trois fois la phrase qui commence par les idiots de gauche... Pas sûr de l’avoir compris à la troisième fermeture de parenthèse. Pas sûr que Guaino va aimer poser en Jaseph De Maistre. Certains que très peu de jeunes vont comprendre cet article.

      En ces temps de sondages qui baissent, une citation de Benjamin Constant : « C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime ; mais c’en est un bien grand d’être aimé avec passion quand on n’aime plus. »


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 09:53

        alambiqué ? Sans doute une alchimie que vous n’avez pas goûtée. J’ai pourtant essayé de synthétiser quelques éléments de ce long rapport

        Quant à l’histoire des idiots de gauche, posez moi les questions qui vous taraudent, j’essaierai de donner quelque explication


      • JoëlP JoëlP 7 janvier 2008 10:11

        La phrase clé me semble être :

        « Il fallait le dire, en ces temps où Henri Guaino se pose en Joseph de Maistre à penser pour Sarkozy, qu’il a une autre idée de la France incarnée par Benjamin Constant et bien d’autres »

        Qui est le « il » qui a une autre idée de la France ?


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 10:14

        Oups, c’est une coquille, je l’avais vue mais elle n’a pas été rectifiée, j’avais mis il il a et en fait c’est il y a.

        C’est de ma fôte je l’avoue. L’idée étant qu’il y a une autre idée de la France que celle développée par Guaino et Sarkozy


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 10:18

        Et je précise, car cette évocation politique dépasse les conclusions de cette étude sans être hors sujet. La philosophie de Benjamin Constant a un rapport avec l’indépendance et l’émancipation de l’individu

        Disons, en mémoire à R Rémond, que Sarkozy incarne le bonapartisme, Guaino la droite légitimiste et traditionnelle avatar de Maistre, et ( à compléter) une composante orléaniste avatar de B Constant,


      • Tonio Tonio 7 janvier 2008 10:17

        Y’a t’il une corrélation avec le taux de chômage ? Plus grand chômage des jeunes, jobs plus précaires, temps partiels et salaires faibles. Si la France se distingue un peu des autres pays là-dessus, ça peut suffir à justifier tous ces résultats, non ?


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 10:20

          C’est une bonne question. Discuter les causes de cette situation mériterait un second billet. Le chômage joue il me semble un rôle important mais il n’épuise pas l’enquête sur d’autres facteurs d’ordre culturel


        • Lil_Pims 7 janvier 2008 16:08

          Peut etre les jeunes francais sont ils seulement un peu plus au courant de ce qui les attends et de la realite de la societe dans laquelle ils vont etre forces de vivre ?

          La precarite de l’emploi est moindre qu’aux states et pourtant vous nous dites que les nords americains ont dans l’ensemble plus confiance en leur avenir... rien d’etonnant a cela, ils baignent dans une ideologie du « tout est possible pourvu que l’on travaille comme un dingue » bien que leur pays soit l’un des plus(sinon le plus)inegalitaire du monde occidental.

          Je suis un peu confuse quand au but de cet article. Que souhaitez vous demontrer au fond ?


          • Marc P 7 janvier 2008 19:34

            Bravo et merci St Seb,

            Cette interview répond très bien à B Dugué... A écouter !

            Marc P


          • grangeoisi 7 janvier 2008 10:46

            Très bonne étude, mais l’adresse est inexacte ce n’était pas AV la destinatrice bien qu’elle en soit très très flattée !

            Prière de renvoyer le tout à :

            Direction des Thèses pour Vieil Universitaire

            Rue du Cherche Boulot.

            PS ( pas le parti à sauver) : éventuellement passer par Paul Villach qui saura ajouter une énième intericonicité quelque part et retransmettra !

            Désolé pas pu m’en empêcher smiley.


            • Jocrisse Jacques 7 janvier 2008 18:34

              Grangeoisi

              Depuis le dernier billet du considérable Paul, je regarde attentivement, si les commentaires ne comportent pas quelques solécismes.


            • Saï 7 janvier 2008 11:21

              Bon article mais les conclusions du rapport sont discutables tant elles s’appuient sur des notions que guette l’excès de généralisation. La « confiance en l’avenir » est en elle-même un concept assez flou et ne saurait être examinée autrement que sous l’angle d’un pessimisme plus général lié à des facteurs conjoncturels : conscience de la perte d’influence de la France au niveau international, pouvoir d’achat en berne, chômage et perspectives de relance limitées, incertitudes sur l’avenir du pays dans un monde globalisé, voire recul de la visibilité de la culture française face à une culture de masse largement américanisée, qui entraîne notamment une évolution des modèles... les éléments sont nombreux. Gardons-nous donc d’en tirer des conclusions hâtives.

              Pour ce qui est de la conscience, je n’y vois là que la traduction statistique de l’existence d’une société de la culpabilisation permanente. Les Français sont réputés peuple critique, la jeunesse n’échappe pas à la règle et en la matière, tout y passe, à longueur de temps : le gouvernement, les entreprises, le service public, l’Europe, le monde anglo-saxon, le monde arabe, la gauche, la droite, les extrêmes, les people, les sportifs, etc etc. Lieux communs, me direz-vous. Sans doute. Cependant, la critique a un prix, son émetteur se plaçant nécessairement dans une position morale supérieure et le récepteur dans une position de culpabilisation, avec tout ce qu’elle implique. C’est un sujet délicat qui mériterait de bien plus amples développements mais pour prendre un raccourci, l’existence d’une critique trop forte induit une culpabilisation dont on ne se débarrasse qu’au travers du regard apaisé d’autrui et de sa validation. C’est là la source de ce besoin de reconnaissance fort chez les jeunes Français, exemple appuyé de manière éclatante par celui du Japon, autre société de la culpabilisation en puissance dont les jeunes ressentent les effets et leurs conséquences de manière de plus en plus vive. A l’inverse, la conscience personnelle est plus saine dans des pays laissant davantage la place à l’initiative et à l’état d’esprit moins prompt à la critique : Etats-Unis bien sûr, Scandinavie...

              Enfin, sur l’obéissance, attention aux effets statistiques, car il s’agit moins sur ce point de constats que d’aspirations. On est attiré par ce qu’on n’a pas. En l’occurrence, les jeunes Français aspirent à davantage de poids du facteur obéissance, discipline, par rapport au facteur indépendance, car pour affirmer que la jeunesse hexagonale se verrait davantage en troupeau de moutons dociles qu’en une meute de jeunes loups indépendants, il faudrait une certaine perte de contact avec la réalité. A l’inverse, les jeunes Chinois largement encadrés par les valeurs sociétales strictes du régime pékinois trouvent des motifs d’espoir dans la croissance galopante de leur pays et rêvent d’une indépendance accrue par rapport à la société de l’obéissance qu’ils connaissent. Comme vous le soulignez, il s’agit là de l’échec patent de Mai 68 et ses aspirations tout-libertaires, et de la réaction de la nouvelle génération par rapport à la dilution de valeurs qui s’en est suivie. Les futurs adultes que sont les jeunes d’aujourd’hui entendent probablement élever leurs enfants dans une société aux repères plus solides.

              Je vous rejoins dans votre conclusion sur les revendications des libertés de vie bien peu accompagnées par le sens des responsabilités citoyennes. On revient au thème des droits et des devoirs cher à Nicolas Sarkozy, et force est de constater qu’indépendamment des contradictions de sa politique il n’a pas tort d’appuyer sur ce point, dont le développement est l’un des piliers de sa popularité. L’habitude de revendiquer le « droit » à tout a partiellement éclipsé la conscience des responsabilités qui accompagnent ce droit. Une société libertaire mais irresponsable est vouée à l’échec, comme la jeunesse française semble en prendre peu à peu conscience au travers des aspirations dont elle témoigne. Mais comme vous le soulignez ce n’est pas seulement à elle de prendre en main la sortie de ce relatif marasme moral.

              Cordialement


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 12:20

                Sur mai 68 vous avez il me semble effectué un contre sens de lecture. Si échec il y a, c’est de l’émancipation, avec comme résultat une jeunesse française qui préfère l’obéissance à l’indépendance comme qualité à développer.


              • Saï 7 janvier 2008 13:39

                Il me semble au contraire avoir bien compris votre raisonnement, peut-être ne l’exprimé-je pas de façon assez claire. Nous sommes d’accord sur l’échec de l’émancipation qu’était censé provoquer le mouvement. En ce qui me concerne je l’attribue à l’illusion d’une indépendance exacerbée qu’il a provoqué, d’où la responsabilité semble, au moins partiellement, absente, car elle contient par nature ses propres interdits. Mais c’est un autre sujet smiley Au-delà de l’analyse le constat reste de toute façon, assez préoccupant.


              • Marc P 7 janvier 2008 19:45

                Bravo Saï, votre analyse est très pertinente même si je n’y adhère pas complètement s’agissant par exemple de la propension à l’obéïssance (ou ce qui y ressemble)et ses causes...

                En tous cas je pense que ce qui manque très sérieusement à tous les français de tous âges (mais pas à vous visiblement, c’est un regard culturellement extérieur sur eux même ou même la capacité de regard sur des ressortissants d’une autre culture sans projeter leurs propres schémas, en se défaisant d’une grille interprétative acquise très très très tôt dans l’enfance, ne serait ce qu’à travers la langue, le vocabulaire, pardon mais tous nos habitus dont nous sommes indécrottables.... qui nous fait penser que si quelquechose ne se passe pas comme chez nous ailleurs, c’est que cette chose n’est ni universelle, ni universelisable, bref sans avenir à terme....

                Merci Saï et merci Bernard bien sûr.... Cette étude est très intéressante et Singly incontournable....

                Marc P


              • Diego Diego 7 janvier 2008 11:23

                Commet voulez vous que les francais aient le moral quand on voit le mur dans lequel on va, l’avenir des hommes est sombre (environnement, demoratie, rapports humains...) et aucun projet de societe existant (a ma conaissance) permet de rever à un avenir meilleur. Je pense que cela peut expliquer le faible moral d’une partie des jeunes... Pour les autres, je pense qu’il est difficile de positiver quand on nous montre en permanence une societe ou tout le monde est parfait et ou il faut etre meilleur que les autres pour réussir. Quand l’on voit le nombre d’entreprises qui délocalisent on ne se rejouit pas non plus concernant l’enploi. Et enfin on a vraiment l’impression d’etre de moins en moins acteurs de notre societe car notre democratie s’affaiblit. Desole les idées sont en vrac !!


                • herve33 7 janvier 2008 13:26

                  Il ne faut pas faire une longue étude pour expliquer la baisse de moral chez les jeunes qui sont en première ligne devant toutes les difficultés que la génération des « papy boomer » leur a laissé sur les bras .

                  Après avoir galéré dans les études parfois jusqu’à 25 , 30 ans , la plupart d’entre eux vont avoir du mal à trouver un emploi qui sera souvent précaire et mal payé . Ensuite si par chance , ils arrivent à gagner leur vie , une grosse partie de leur revenu sera dépensé pour se loger , ou à payer des impots pour rembourser la dette abyssale qu’à contracter leurs ainés tout en n’ayant pas les mêmes prestations sociales . Contrairement à leurs prédécesseurs , ils vont avoir l’épée de Damocles du licenciement qui risque de leur tomber sur la tête chaque matin . Arrivé au moment de la retraite , la plupart n’auront pas les annuités ( 42 ans en 2020 ) pour toucher une retraite à taux plein , et devront payés pour leurs parents devenus agés .

                  Bref , si on veut etre optimiste avec cela quand on est jeune , mieux vaut ne pas regarder vers l’avenir .

                  Ce qui est surprenant à priori dans cet article , c’est que les jeunes seraient plus obéissants que leurs ainés issu de Mai 68 . Pour pouvoir se révolter , encore faut-il en avoir les moyens . Je crains que les jeunes actuellement sont obéissants tout simplement parce qu’on leur en laisse pas le choix .


                • Gilles Gilles 8 janvier 2008 11:48

                  Pour illustrer le commentaire de Hervé, cette citation tirée d’un autre article d’Avox.

                  « L’esclave perd tout dans ses fers, jusqu’au désir d’en sortir. » (Rousseau)

                  Quelles sont les perspectives pour la jeunesse de changer le système, de peser sur les choix, à comparer avec celles de nos parents et grands parents ? Je n’en vois aucune de vraiment excitante.....d’où la résignation ambiante.


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 12:18

                  Rendez à la lecture ce qui est à l’écriture

                  J’ai écris : la jeunesse est-elle un naufrage et je n’ai revendiqué aucune paternité mais la précision sur Muray est intéressante, comme quoi, le symptome date

                  par contre, le Joseph de Maistre à penser, je le revendique à moins que d’autres m’aient précédé

                  Vous ne voyez pas le lien ? C’est pourtant simple, Joseph de Maistre et la Révolution de 1789, Guaino et mai 68.


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 12:49

                  Vous ne voulez rien entendre, il n’est question des origines mais des conséquences, Maistre était opposé au rationalisme issu de la Révolution, comme Guaino est opposé à certains traits de mai 68. La question essentielle étant, si 1789 a été jugé positivement (il a fallu un bon siècle) mai 68 sera-t-il interprété comme un signe de progrès et si oui, quand ?


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 13:11

                  http://agoravox.fr/article.php3?id_article=33447

                  Je crains bien un dialogue de sourds entre nous deux mais nous n’avons pas innové sur ce terrain smiley


                • Le péripate Le péripate 7 janvier 2008 13:08

                  Bon, je passe outre l’avertissement adressé aux idiots de gauche, outre donc l’avertissement « que nul n’entre ici s’il n’est pas geomètre ».

                  Pour faire cette étude, il fallait bien sur déminer à l’avance toute critique bourdieusienne. Vite fait dans l’article à la manière de Bruckner, encore plus vite fait dans l’introduction, à la manière « je choisis mon cadre d’études, circulez ». Pourtant la critique de Bourdieu sur la construction du concept jeune ne manque pas de pertinence. A l’extrème limite et de manière provocante on pourrait étudier les « valeurs » de ceux dont l’age est impair.....

                  Mais, passons. Car il est d’autres critiques à mon sens plus fondamentales. La forme choisie, celle du sondage, pose de nombreux problèmes. Bourdieu lui préférait la forme de l’entretien, et ce point méthodologique n’est pas sans importance.Car on sait maintenant que le sondage demande à un sujet de se positionner par rapport à des problématiques qui ne sont peut-être pas son pain quotidien.

                  De plus, les travaux de psychologie expérimentale (Beauvois) montre bien que les individus sont loin d’être consistants dans leurs actes et leurs attitudes. Pour le dire autrement, un tel qui professe, par exemple, des opinions écologiques en général, n’hésitera pas à rouler en 4*4...

                  Dernière critique, ce genre d’enquête offre une remarquable ressemblance avec les tests de QI si magistralement démonté par SJ Gould dans la « Malmesure de l’Homme ». Pour faire court, le questionnaire mesure.... le questionnaire. D’ailleurs, un des chercheurs note, à propos des rapports entre modernité et tradition pour les jeunes polonais, que le sens de ces mots ne sont probablement pas les mêmes pour eux que pour d’autres... ce qui pose bien sur quelques interrogations sur la validité d’une telle démarche.

                  D’où s’explique qu’à la fois que je n’ai pas reconnu « mes » jeunes, et, que pourtant cette enquête semblait valider le « sens commun ». Mais le sens commun n’est pas de la science.

                  D’où, encore, que vouloir chercher des « explications » à cette situation de « fait », virerai vite à l’excercice tautologique.


                  • Emin Bernar Paşa Paşa 7 janvier 2008 13:28

                    la jeunesse est un naufrage : si on lit l’article suivant du figaro, la réponse est oui ! "Est-il vrai que de nombreux jeunes seraient malentendants ? Faute d’étude épidémiologique d’envergure, il est difficile de citer des chiffres. On estime que 10% et 20% d’entre eux sont malentendants. Mais il faudrait ajouter à ceschiffres les jeunes souffrant d’acouphènes et d’hyperacousie. Les médecins du travail observent une augmentation de la malaudition chez les jeunes qui se présentent à des emplois pour lesquels une bonne acuité auditive est nécessaire. Les audioprothésistes sont unanimes sur le rajeunissement de leur clientèle. Des niveaux sonores trop élevés peuvent-ils avoir des conséquences graves pour l’oreille ? Les niveaux forts (plus de 100 décibels [dB]) des sonorisations en plein air, sur les écouteurs d’un walkmann ou en discothèque, constituent évidemment un risque pour l’audition. En concert, le phénomène est assez pernicieux car les niveaux montent durant la soirée sans que le public s’en aperçoive et l’éclatement potentiel des cellules ciliées de l’oreille interne se fait sans douleur. Les sifflements d’oreilles (acouphènes) surviennent généralement après le spectacle. Dans de nombreux concerts, les musiciens étant conscients des risques des niveaux sonores élevés qu’ils produisent, sont protégés grâce aux oreillettes de retours de scène, tout comme le sonorisateur, lui aussi protégé par des bouchons d’oreille. À ce phénomène connu, il faut ajouter celui de la « durée d’exposition ». Un son écouté à 90 dB durant plusieurs heures peut provoquer les mêmes lésions qu’un son de 100 dB sur une période plus courte. La médecine du travail en est aujourd’hui parfaitement consciente. C’est en cela que le port continu du walkman peut engendrer des lésions irréversibles en cas d’écoute prolongée, d’autant que le petit haut-parleur de l’écouteur est en très grande proximité du tympan. Je ne parle pas des enfants qui s’endorment avec les écouteurs sur les oreilles..." Effectivement, ça fait peur !


                    • coati coati 7 janvier 2008 13:48

                      @ l’auteur

                      Vous dîtes : « c’est ensemble que la France sombrera ».

                      C’est le monde qui va sombrer mon pauvre ami.

                      Pour avoir le moral, ou foi en l’avenir il faut avant tout une sacré dose d’inconscience...

                      Pour avoir le moral, il aurrait fallu qu’il y ait eu une morale... écologique.


                      • Céphale Céphale 7 janvier 2008 15:24

                        Le manque de confiance en autrui pourrait signifier que les jeunes Français ne font confiance qu’à eux-mêmes pour distinguer le bien du mal, le vrai du faux. La précarité de l’emploi, présentée par la droite néo-libérale comme un avantage économique, explique sans doute ce repli sur soi.

                        Comment cet état d’esprit s’accorde-t-il avec le fait qu’ils préfèrent l’obéissance à l’indépendance ? L’auteur souligne à juste raison « qu’être sous son autorité personnelle ne signifie pas qu’on ait moins de règles que quand on les suit lorsqu’elles émanent des institutions ou sont héritées de la culture ». Cette attitude paradoxale est-elle le résultat de l’éducation ?

                        Pour essayer de comprendre, on peut relire avec profit le « Traité du désespoir » de Kierkegaard.


                        • Fred 7 janvier 2008 16:33

                          « La précarité de l’emploi, présentée par la droite néo-libérale comme un avantage économique, explique sans doute ce repli sur soi. »

                          Aux US, il y a encore plus de précarité et les gens ne sont pas aussi pessimistes et dépressifs.


                        • Pierre 7 janvier 2008 21:02

                          C’est bizarre, pour ma part c’est depuis que j’ai quitte la France (apres un an de recherche d’un CDI « graal ») et que je bosse pour une boite Americaine avec deux semaines de preavis si je me fais virer que je suis le plus confiant en l’avenir et en mon avenir !!!

                          Comment ce fait-ce ?

                          Un marche du travail facilitant les echanges d’employes et de recruteurs ME permets (je dis bien « me » je n’oserai generaliser) d’acceder a des postes apres moins de 5 annees d’experience que je pouvais esperer qu’en fin de carriere si j’etais rester en France. D’ou des experiences qui vont peser lourd dans mon assurance chomage (et a mon avis la seule assurance chomage valable au monde) : qualifications, etudes, experiences, flexibilite !

                          Dans mon experience, le CDI est une betise, qui gele le marche du travail en France avec deux points tres negatifs :
                          - Le CDI a entraine en France une tres lente evolution des carrieres au sein des grandes entreprises.
                          - Uniquement les fonctionnaires peuvent se sentir a l’abris en cas de coup dur economique. Vous croyez vraiment qu’un CDI va empecher une entreprise privee de virer son personnel en cas de crise ???? ahahahahahahah !!!!

                          Pierre (un jeune entre 25 et 30 ans)


                        • Vilain petit canard Vilain petit canard 7 janvier 2008 15:59

                          « Notre jeunesse, dans la moyenne, met l’obéissance au-dessus de l’indépendance »...

                          Quarante ans après mai 68, cette phrase a des résonances tragiques. Sans avoir lu toute l’étude (ce que je vais d’ailleurs m’empresser de faire, merci pour les liens), je suis atterré par cette seule conclusion.

                          Ainsi, nous avons donc construit un monde où les jeunes sont obéissants avant d’être indépendants.

                          Où les ministres recevront un bulletin de notes mensuel.

                          Où parler de la meuf du Président prend la place des actualités sociales ou politiques.

                          Où on recevra une fessée si on n’est pas sage ?

                          La vache, j’aurais dû rester en vacances...


                          • manusan 7 janvier 2008 16:25

                            « Les Danois et les Chinois, 45. La France arrive en queue avec 22, devant le Japon (chiffres à lire dans la préface de Singly dont je conseille vivement la lecture). »

                            Il y a des statistiques sérieuses et officielles en Chine. La première cause de mortalité des moins de trente ans est le suicide (devant les accidents de voiture). Alors Quand on lit que les Chinois affirment mieux maitriser leur avenir, c’est du n’importe quoi.

                            Le mal-être des jeunes français n’a rien de comparable avec les jeunes chinois, indiens ou brésiliens surtout depuis qu’ils ont la TV et font la comparaison avec leur quotidien.

                            Contrairement à l’auteur, je ne conseille pas de lire la préface de Singly, ce torchon fait pire que le gouvernement chinois (au combien criticable) qui lui, au moins, avoue en serrent les dents qu’il y a un problème dans le jeunesse du pays.

                            Nos jeunes sont en danger, ça fait peur, donc on parle de mon étude, donc je suis un grand spécialiste de la question, donc mon livre se vend.


                            • Fred 7 janvier 2008 16:30

                              Ça ne me surprend pas car les français sont de manière générale plus dépressifs que les autres, la jeunesse n’y échappe pas.

                              Il y a un fort taux de chômage donc il faut faire la bonne école d’ingénieur ou de commerce car les patrons en France n’embauchent que sur diplôme l’expérience passant au second plan ; et oui il faut embaucher le bon employé car on ne peut plus licencier après avoir embaucher (j’exagère un peu mais c’est la pensée). Donc dans cette société sclérosée, ceux qui n’ont pas le bon profil sont rapidement mis sur le bas côté contrairement à d’autres sociétés où l’on donne une chance aux gens pour voir s’ils valent le coup.

                              Malheureusement, les français veulent la sécurité ; ils en paient le prix.


                              • Gilles Gilles 8 janvier 2008 12:13

                                Pour réagir à ce que dit Fred.

                                C’est vrai, selon mon expérience, que dans ce pays on vous range dans des cases de suite, on vous juge selon des grilles préformatées, et pour en sortir c’est la croix et la bannière. Seuls une poignée arrivent à s’affranchir de cette pression sociale et se sont souvent les moins réceptifs à l’autorité, les plus rebelles.

                                Le jeune sait qu’il lui faudra un diplôme bien côté car cela orientera sa carrière, même dans 20 ans. Si a 20 ans il prend du retard dans ces études, ou en change, cela le suivra négativement toute sa vie

                                Il sait que ses premiers boulots auront une importance cruciale sur la suite de sa carrière. J’en vois dans ma boite, en poste depuis 3 mois à peine, sont déjà horrifiés à l’idée de rester dans ce secteur toute leur vie, cherchent sans attendre comme des dingues un autre job plus en concordance avec leurs aspirations (job qu’ils peinent à trouver, ce qui les démotivent encore plus)

                                Du coup le regard d’autrui sur soi compte beaucoup, car l’avenir, la réussite, dépend fortement de ce regard.

                                La confiance en soi est minée car on devine que ce n’est pas vraiment sur nos qualités intrinsèques que dépendra notre avenir.

                                Et en écoutant nos hommes politiques on entend que parler de sacrifices, de travailler plus, d’obéissance, de mauvaises augures pour l’avenir de la planète.....franchement, on nous propose d’en chier en nous faisant miroiter un avenir pire ou dans le meilleur des cas identique.

                                En Angleterre, malgrè tous ses défauts, les possibilités d’évolution professionnelles sont bien plus larges. On recommande aussi aux étudiants de prendre une année libre avant de se lancer dans la bataille pour leur projet personnel (voyage, peinture, glandouille même...) et prendre du recul. (en France, si vous faites ça, presque tous les recruteurs vous harcèleront pour vous entendre dire que vous êtes un branleur)

                                Je suis 100% très à gauche, ce qui n’est pas incompatible avec l’aspiration a une société dans laquelle l’expression individuelle et la considération sont cruciales comme moteur de développement (humain)


                              • Fred 8 janvier 2008 14:38

                                J’ai vécu 5 ans aux US, je suis parti juste après mon doctorat vu comme une tare en France. Au moment de rentrer en France (il y a deux ans) mon salaire annuel était de 100,000 $. Aujourd’hui dans une grande boite française, je ne suis même pas à la moitié (ce qui est déjà un bon salaire en France smiley ), mes projets d’évolution sont maigres car je n’ai pas fais d’écoles d’ingénieur et les augmentations sont les mêmes pour tous pour éviter que certains soient jaloux. L’avantage est que si on ne veut pas bosser beaucoup, on arrive à se noyer dans la masse et à se faire oublier par contre si vous voulez bosser c’est un environnement sclérosant. Des fois je voudrais perdre de la sécurité pour gagner en reconnaissance.


                              • Gilles Gilles 9 janvier 2008 10:23

                                Pour continuer

                                J’ai fais mon année de maitrise (master 1) au Canada dans les années 1990 avec d’autres français, dans une des meilleures universités du pays et d’Amérique du nord, avec les meilleurs étudiants.

                                En rentrant en France, quelle surprise.... le seul fait d’avoir fait cette année d’étude nous coutait cher pour la poursuite de nos études, sous prétexte :

                                - que l’on ne pouvait évaluer la qualité d’un diplôme nord américain. Donc dans le doute on était écarté au profit d’un diplômé franchouillard

                                - partir une année à l’Etranger vous faisait suspecter de branlouillage

                                - pire, j’ai entendu, des responsables de grandes écoles françaises d’ingénieur (ENSTA, Centrale Lyon....) m’affirmer en face que le niveau général là bas était trop bas par rapport à la France et donc que même ma mention très bien et mon bon classement, quelque soit mon université, ne valait pas une mention AB dans une fac moyenne française.

                                Le plus rigolo, c’est que les étudiants canadiens en maitrise (dernière année du bachelor degree) à l’université sont excellents. Et oui, là bas, pas de grandes écoles, donc tous le monde à la fac même les plus doués, sélection féroce.... donc le niveau est largement plus élevé et le nombre d’étudiants faibles (15 à 20 par cours)

                                De plus les cours de maitrise que j’y ai suivit dans plusieurs matières étaient les mêmes que ceux..... étudiés en DEA (master 2) à paris XI, ce qui a impressionné le jury

                                ça a du changé un peu depuis 10 ans, mais cela illustre bien la mentalité chauvine et franchouillarde de la France. Sans compter le discours schizophrène que l’on nous tient, du genre : émancipez-vous, découvrez d’autres cultures, étudiez à l’Etranger, soyez autonomes, ayez de l’initiative...mais dans les faits il vaut mieux suivre le chemin le plus classique possible de façon a être noyé dans la masse et ne surtout pas détonner

                                De quoi être démotivé, non ?


                              • Fred 9 janvier 2008 15:23

                                Expérience intéressante.

                                Je pense que le spleen français vient de la rigidité de notre société que certains trouvent pourtant trop libérale. Chez nous, il faut avoir fait la bonne école qui donnera le bon boulot avec la bonne mutuelle et la bonne retraite complémentaire et vous resterez dans cette boite toute votre vie car le système n’est pas prévu pour que les gens changent de boite (faites fonctionnaire, employé du privé puis patron je vous dis par le merdier au niveau retraite).


                              • Pie 3,14 7 janvier 2008 19:59

                                Ce type d’étude pointant le marasme et la nullité de la jeunesse française est assez récurrent pour être à coup sûr totalement faux.

                                On parlait de Bof génération il y a 20 ans, de jeunesse en manque de repères il y a 30 ans et de "problème de la jeunesse il y a 40 ans.

                                Ce type d’approche n’a rien de scientifique et n’accouche que de truismes.

                                Les jeunes sont anxieux et peu optimistes face au travail...la belle affaire , pourrait-il en être autrement quand on connait les difficultés d’accès à l’emploi des primo-arrivants ?

                                Ils semblent peu autonomes...selon les critères de ceux qui les jugent .

                                Plus de Bourdieu et moins de sociologie de comptoir éviteraient les jugements de valeur bêtement dépréciatifs qui ne sont que des « stratégies de distinction » générationnelles.


                                • Marc P 7 janvier 2008 20:15

                                  Pardon à tous les commentateurs que je n’ai pas lus (manque de temps et de disponibilité) et donc pardon si je répépète ce qu’ils ont dit,

                                  Bernard, vous êtes un connaisseur en musique rock, en science, en littérature, en presque tout...

                                  La question est, pourquoi Einstein n’aurait il pas pû réussir même son bac en France, pourquoi les Beatles seraient restés des inconnus en France, pourquoi Peter Pan, Alice au Pays des Merveilles,ou même Dracula, 1984, la ferme des Animaux, la Guerre des Mondes et tutti quanti ne pouvaitent sortir d’un esprit francophone ou français , ou bien aurait été jeté sans être lu par l’éditeur... (ce qui failli arriver pour Petrr Pan d’ailleurs)... Qui aurait pu être une Nightingale ou une Agatha Christie Française vu la date à laquelle les femmes ont voté en France...

                                  Au fait sait on que St Ex a rédigé le petit prince en anglais à NY à ma connaissance pour des raisons conjoncturelles... ou du moin publié d’abord en Anglais...

                                  En france tout est joué à 21 ans, vous l’avez entendu par Chauvel l’autre jour avec Finkie...

                                  Nous n’avons pas d’enfants soldats, mais nous avons des enfants cadres qui bien évidemment ferment très prudemment la porte derrière eux... Résultat, on a un président adolescent éternel... La société française est la plus hiérarchisée qui soit... Le simple niveau de langue vous installe à vie dans une strates avec plancher et plafonds de verre, sans réelle communication entre eux... CF l’affaire des dentistes étrangers francophones notés tous incapables d’exercer en France à cause de leur niveau de français...

                                  Les formations sont assénées pour des causes et des conséquences d’élitisme, on ne connaît que le cours magistral, le dialogue entre formateur et formé est réduit au minimum (Bon à Normal Sup Polytechnique, ça doit encore aller, d’ailleurs les étudiants sont rémunérés, c’est tout dire...)

                                  Elle a raison la dame sur LCI, les étudiants qui doivnet rembourser l’emprunt contracter pour étudier (dès lors qu’il en ont les moyens)sont beaucoup mieux responsabilisés...

                                  La france peut vivre en autarcieculturellement comme culinairement ;; On peut passer toute sa vie sans regarder ailleurs ce qui s’y passe, sans jamais,s’ennuyer Seul inconvénient : on perd de vue qu’il existe un ailleurs et un autrement...

                                  La France est un des pays les plus confrmiste... Le regard de l’autre vous dicte votre conduite mais vous ne le savez pas ... C’est intériorisé très tôt... L’enfant français est traité comme un petit adulte...

                                  Et quand cela explose : c’est 1789, c’est mai 68, mais entre les deux, c’est iun long fleuve tranquille et on espère qu’un Ken Loach Français viendra nous expliquer tout cela...

                                  Pardon pour la logorée... On ne choisit pas vraiment d’avoir une culture plurielle, mais faire avec c’est faire quoi ?

                                  Gracq que j’admire regretait que ses textes aient été traduits, l’impossibilité de les traduire aurait signé leur perfection...

                                  On ne peurt pas faire abstraction non plus de la pyramide des âges férocement en défaveur des jeunes pour l’emploi... et accessoirement par rebond féroce pour les quinquas...

                                  PS : l’étude dit que les jeunes français se sentent plus proches des aures jeunes européens que de leurs aînés concitoyen... Je crois qu’on en concluait qu’il était plus européens que d’autres européens... Cette conclusion est hâtive.. Les jeunes français réussissent à l’étranger grâce à l’élitisme et s’y impose pour se réaliser mais est ce cela faire activement et éthiquement l’europe... ??? Marc P


                                  • moebius 7 janvier 2008 20:57

                                    les jeunes chinois et les chinois en général sont incontestablement plus optimistes en ce qui concerne leur avenir que les jeunes français et les français en général


                                    • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2008 21:01

                                      Rien d’étonnant, La Chine vit ses Trente Glorieuses et sa jeunesse, si on écarte les différences culturelles, vit ce que les jeunes occidentaux ont vécu dans les années 1960.

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