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« Enseignement catholique : du discours de la presse officielle à la face cachée des chiffres »

Cette année encore, en cette rentrée scolaire, les habituels marronniers laissent entendre leur ritournelle d’une école privée « victime de son succès », « submergée par les demandes d’inscription ». Les habituels clichés tournoient d’une rédaction à une autre[1]. Quelques publi-reportages, qui ne disent pas leur nom, fleurissent chaque automne en faveur des écoles privées dans la foulée de la conférence de presse de l’enseignement catholique.

Qu’en est-il vraiment ?

Citons, voici déjà 3 ans, le 10 septembre 2007, en Une du « Monde » avec ce cri alarmiste : « L'enseignement catholique tourmenté par son succès »… les établissements privés « ont dû refuser, faute de places, l'inscription d'environ 35 000 jeunes selon la direction de l'Enseignement catholique ».

Trois ans plus tard, ce « copier-coller » de La Croix le 29 septembre 2010 souligne : « l’enseignement catholique aura été, en cette rentrée, victime de son succès »… « Le nombre de demandes d’inscription non satisfaites se situe probablement entre 30 000 et 40 000 », déplore le secrétaire général Éric de Labarre, illégitime porte parole d’établissements privés seuls institutionnellement reconnus par la loi dite Debré à titre individuel.

Comment se peut-il que 88 000 classes du privé sous contrat ne soient en mesure d’intégrer 30 000 demandes, alors que les lycées privés ont, en moyenne, moins de 24 élèves par classe pour plus de 28 dans le public ? Alors que 25,5% des lycées généraux et technologiques privés ont moins de 19 élèves et parmi eux 13,7% ont moins de 15 élèves. Pire, en lycées professionnels 35.7% des classes du privé ont moins de 15 élèves par classe et 55.4% moins de 19 élèves. Ne parlons pas du 1er degré privé qui perd 6 000 élèves entre 2008 et 2010[2].

De plus on ignore, ou bien on dissimule, les inscriptions simultanées d’une même famille, auprès de plusieurs établissements privés. « Aucune donnée - d’inscriptions non satisfaites- ne remonte vers le national » confiait l’an passé le chargé de communication de l’enseignement catholique. Ce qui explique sans doute ce prudent « probablement » du secrétaire général de l’Enseignement catholique, en 2010. Donc, un sérieux doute plane sur l’addition finale de demandes non connues et non enregistrées par l’enseignement catholique. De son côté, le service public s’abstient de procéder à pareille propagande contestable additionnant des demandes non satisfaites de tous ses établissements.

Afin que la condition première de la « liberté d’enseignement » soit respectée, à savoir, l’existence du service public, celui-ci ne devrait-il pas comptabiliser les places inexistantes des communes ou secteurs pourvus exclusivement d’école, collège, lycées ou sections privées ? L’obligation d’assurer l’existence ou la continuité du Service Public d’Education sur tout le territoire n’est donc pas respectée. « Depuis 1985, à Chavagnes-les-Eaux, dans le Maine et Loire, commune de mille d’habitants, l’école publique n’était autorisée à scolariser les enfants qu’en maternelle et aux CM1, CM2. Les trois autres années d’enseignement étaient elles, par accord passé en catimini entre le maire, le directeur diocésain et l’inspecteur d’académie, concédées à l’école privée catholique dans laquelle chaque enfant était contraint de passer trois années sans se préoccuper du respect de la laïcité de l’école et de la liberté de conscience de citoyens en devenir. »[3]

Depuis déjà plus de 10 années, les mêmes affirmations sans preuves, les mêmes complaintes sont entretenues à l’adresse de l’opinion, pour conforter une image et un « succès » qui serviraient de preuve irréfutable de cette réussite, moins réelle qu’autoproclamée. Ainsi l’enseignement catholique se présente en parent pauvre de la « parité » pour entonner la sempiternelle ritournelle pré-budgétaire du nombre constant de ses demandes d’inscriptions non satisfaites. A l’heure de la rigueur pour le service public, le gouvernement trouve pourtant des arguments pour justifier ses faveurs illégitimes, sans cesse croissantes concédées au privé. La revendication du caractère propre catholique, même s’il « n’est plus qu’une source d’inspiration lointaine »[4]  devrait conduire, sauf à s’abandonner à la logique libérale, à plus de retenue et de décence dans des demandes socialement injustes. Selon la règle, revendiquée par l’enseignement catholique et concédée en 1985, 20% des moyens lui sont attribués. Alors pourquoi depuis plusieurs années la suppression des postes du privé est-elle proportionnellement moindre ? Au budget 2011, 13767 emplois d’enseignants sont retirés au public et seulement 1633 au privé sous contrat au lieu des 3416 qui respecteraient ces 80/20%. Donc, près de 1800 postes sont ainsi illégitimement et illégalement concédés au privé.

L’enseignement catholique s’intéresse, aussi, de près, aux jardins d’éveil et affiche ses orientations : « Le nouveau contexte ne peut qu’inciter l’Enseignement catholique à imaginer des dispositifs pour rester présent sur la tranche d’âge des 2 ans, et, même à s’intéresser à l’accueil de toute la petite enfance de 3 mois à 3 ans. » « La réduction, voire la suppression, de la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans dans des classes sous contrat va perturber de façon importante le recrutement des écoles catholiques. Elle pourrait entraîner la fermeture des classes réservées aux enfants de 2 ans et pourrait provoquer la fermeture de classes dont l’effectif était soutenu, pour une part significative, par l’accueil d’enfants de 2 ans. »[5]. Est-il raisonnable, de communautariser de la sorte les crèches, dans cette logique marchande ?

Pour faire taire ces demandes illégitimes de fonds publics, faut-il rappeler les dernières données statistiques récemment publiées par les services du ministère de l’Education nationale ? Ainsi, 11,7 % des collèges privés ont moins de 100 élèves et seulement 0.9% dans le public. Et aussi, 43,3 % des lycées professionnels privés ont moins de 100 élèves, et 0.8% dans le public. De plus, 16,9 % des lycées privés ont moins de 100 élèves et 0.3% en public. « L’enseignement catholique redoute de devoir fermer plus de 1000 écoles, 100 collèges et 70 lycées » déplore La Croix qui n’a d’oreilles que pour l’enseignement catholique sans prêter attention à ses centaines d’établissements inoccupés. La Croix feint d’ignorer que ces sous-effectifs du privé auraient, dans le public, conduit à la fermeture d’établissements. La justice sociale et la rigueur budgétaire devraient pourtant conduire à la suppression de classes et d’établissements privés. Non seulement ce n’est pas le cas, mais, tout au contraire, de nouveaux contrats sont accordés, tandis que l’enseignement catholique continue de demander l’aumône aux collectivités publiques. Ce dualisme dès la maternelle, voire dès le jardin d’éveil, a un surcoût qui porte préjudice à l’ensemble de la population scolaire, et plus encore en période de crise. Par exemple, dans le petit département de l’Aveyron, 144 postes seraient économisés pour l’enseignement du premier degré si, tous les élèves se retrouvaient ensemble, sur les bancs d’une même école, l’école publique laïque.

Les établissements privés scolarisent moins d’élèves handicapés ou issus de l’immigration, mais davantage de jeunes appartenant aux catégories sociales « favorisées » ou « très favorisées avec une sous représentation des élèves issus des catégories sociales « défavorisées ». Cela se traduit par 2.5 à 3 fois plus de boursiers dans le public que dans le privé.

Dans un communiqué du 16 aout 2010, des « Chrétiens pour une Eglise Dégagée de l'Ecole Confessionnelle », le CEDEC : « se sentent humiliés quand l'Eglise catholique contribue, par le comportement des responsables de cette école confessionnelle, à appauvrir l'école publique - école de la nation - à appauvrir des communes, voire à "manipuler" les textes évangéliques. »…et surtout les statistiques.

Eddy KHALDI

Co auteur de « Main basse sur l’Ecole publique » 2008

Editions DEMOPOLIS

 


[1] La Croix, Les Echos…. 29 septembre 2010

[2] Édition 2010 de « Repères et références statistiques » sur les enseignements et la recherche. Publication du Ministère de l’éducation nationale d’octobre 2010 : http://www.education.gouv.fr/pid316/reperes-et-references-statistiques.html

[3] Christophe GUILLET, directeur d’école, secrétaire départemental de l’UNSA Education du Maine et Loire

[4] Il n’y a, par conséquent, semble-t-il, plus de sens pour que l’Église occupe ce terrain, sinon au risque de se laisser instrumentaliser au service d’une logique de privatisation en mettant à la disposition des privilégiés des systèmes privés de soin, d’éducation, etc., dont l’inspiration catholique n’est plus qu’une source d’inspiration lointaine et finalement inopérante qui risque de produire un contre-témoignage. Mgr Claude Dagens - 2007

[5] Orientations du Comité national de l’Enseignement catholique pour l’accueil de la petite enfance.


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7 réactions à cet article    


  • Pie 3,14 29 décembre 2010 11:46

    C’est indéniable, le privé sous contrat subit moins les coupes en terme de postes et d’ouvertures de classes que le public.

    Les raisons sont à la fois idéologiques et sociologiques. Le sarkozysme imprégné de libéralisme pense qu’il est bon de mettre de la concurrence partout. L’idée est qu’un privé fort va créer une émulation profitable à tous.
    De plus, la plupart de ceux qui gouvernent ont fréquenté le privé, y ont placé leurs enfants et considèrent ces écoles comme un moyen d’éviter les couches inférieures de la société.

    Plus que jamais, l’écart entre le discours et la réalité est énorme. On parle d’égalité des chances avec des trémolos dans la voix, on demande à l’école de réduire les inégalités sociales et on favorise le secteur scolaire qui accueille le moins de défavorisés.

    Cette politique est emblématique du sarkozysme. Elle consiste à dénoncer de supposés privilèges au nom de la justice sociale (trop de postes dans le public, trop de vacances, trop de moyens, etc...) pour mieux conforter dans les faits les privilèges réels des couches supérieures au détriment des pauvres. 


    • reivax 29 décembre 2010 14:12

      Aucune des explications ne contredit le chiffre des demandes refusées.
      En effet, les demandes peuvent être concentrées sur un nombre restreint d’établissement qui ne peuvent augmenter leurs effectifs faute d’enseignants accordés par l’académie.


      • Eddy KHALDI Eddy KHALDI 29 décembre 2010 14:35

        Le privé maintient des établissements qui devraient être fermés, lui seul peut le faire. Cependant il a trés peu de classes surchargées.
        Il faut rappeler les dernières données statistiques récemment publiées par les services du ministère de l’Education nationale :
        11,7 % des collèges privés ont moins de 100 élèves et seulement 0.9% dans le public. Et aussi, 43,3 % des lycées professionnels privés ont moins de 100 élèves, et 0.8% dans le public. De plus, 16,9 % des lycées privés ont moins de 100 élèves et 0.3% en public. Ces sous-effectifs du privé auraient, dans le public, conduit à la fermeture d’établissements. La justice sociale et la rigueur budgétaire devraient pourtant conduire à la suppression de classes et d’établissements privés. Non seulement ce n’est pas le cas, mais, tout au contraire, de nouveaux contrats sont accordés, tandis que l’enseignement catholique continue de demander l’aumône aux collectivités publiques. Ce dualisme dès la maternelle, voire dès le jardin d’éveil, a un surcoût qui porte préjudice à l’ensemble de la population scolaire, et plus encore en période de crise. Par exemple, dans le petit département de l’Aveyron, selon une étude de collègues enseignants, 144 postes seraient économisés pour l’enseignement du premier degré si, tous les élèves se retrouvaient ensemble, sur les bancs d’une même école, l’école publique laïque. De plus si pour assurer des remplacements ou encadrer des activités complémentaires on affectait un demi ou un poste supplémentaire en fonction de la taille de l’école on gagne encore 80 postes en améliorant le service pour l’ensemble de la population scolaire.


        •  C BARRATIER C BARRATIER 29 décembre 2010 19:12

          D’accord avec EDDY.
          Les syndicats de personnels du privé et aussi les évêques sont montés au créneau en disant clairement qu’ils exigeaient le maintien de leurs petits effectifs. Et les citoyens de ce pays laissent faire...ou même encouragent alors que l’école communale est le premier rempart de la République.

          http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=123

          Dans mon département, par exemple à BRIGNAIS, on fait payer depuis septembre un coût des études aux parents de l’école publique pour pouvoir continuer à financer les classes maternelles catholiques alors que ce financement est facultatif. Dans ma propre commune à CHESSY les MINES le conseil municipal a voté une augmentation du prix du repas de la cantine pour les enfants de l’école publique pour payer un personnel de service supplémentaire devenu nécessaire pour accueuillir 70 enfants de l’école catholique qui mangeaient auparavant ailleurs, la plupart venant d’autres communes.

          Le cahier numéro 13 du centre de développement de l’OCDE explique comment il faut détruire les services publics : ne pas toucher à la quantité (de classes, de places) mais rogner sur la qualité (moindre qualification ou formation des maîtres, surcharges de classes. L’école catholique sait cela et peut mettre en avant la qualité chez elle aux frais des contribuables majoritairement usagers de l’école publique.

          Les citoyens choisissent leurs gouvernants à tous les niveaux dans le silence total sur ce sujet de liquidation de l’école publique.


          • Eddy KHALDI Eddy KHALDI 29 décembre 2010 19:39

            La rigueur pour le Public, les faveurs pour le privé

            Tandis que le ministère de l’Éducation nationale compte faire des économies en 2011, en supprimant 16 000 postes, le sénateur UMP de Haute-Savoie, Jean-Claude Carle, a trouvé un moyen de faire un beau cadeau à l’enseignement privé sous contrat catholique. Le 17 décembre dernier, lors du vote du budget de la mission enseignement scolaire, il est parvenu à faire adopter un amendement assurant l’ouverture de 250 nouveaux postes pour l’année à venir, correspondant à 4 millions d’euros.
            Philippe Meirieu a raison d’affirmer : « La guerre scolaire n’est pas de l’histoire ancienne, elle se déroule, aujourd’hui, sous nos yeux. ». Elle est larvée. La loi Carle de septembre 2008- encore lui- (obligeant les communes à financer la scolarité de leurs résidents dans une école privée hors commune) à peine votée, le 28 septembre, le secrétaire général de l’enseignement catholique Éric Mirieu de Labarre, annonçait la poursuite de l’offensive en estimant que cette nouvelle concession était « un bon compromis politique à l’instant T ».
            Le contrat est passé avec chaque école privée, seule entité juridique reconnue. Michel Debré présentait, le 31 décembre 1959, sa loi comme rempart à une concurrence libérale qui serait préjudiciable au service public si, justement, on devait négocier avec l’enseignement catholique représentant l’Eglise : « … il n’est pas concevable, pour l’avenir de la nation, qu’à côté de l’édifice public de l’éducation nationale, l’Etat participe à l’élaboration d’un autre édifice qui lui serait en quelque sorte concurrent et qui marquerait, pour faire face à une responsabilité fondamentale, la division absolue de l’enseignement en France. ». Cette crainte est vite devenue réalité.
            Dans les établissements privés, que l’enseignement catholique s’arroge le droit de représenter, les élèves, les familles, les enseignants et l’encadrement sont très majoritairement éloignés de la religion. A peine 8% des familles se reconnaissent dans le « caractère propre » catholique. Soit moins de 2% de la population scolaire totale.
            Dans trois pays très marqués par le catholicisme la totalité du financement est assuré par les seules familles et l’Eglise : la Pologne, l’Italie et le Portugal. L’enseignement privé représente respectivement, 0,90%, 3.80% et 3.70%. Et plus de 17% en France. En matière d’éducation, la plupart des pays européens appliquent de fait le principe « A école publique, fonds publics. A école privée, fonds privés ». La France, pays laïque, est loin du compte avec un enseignement catholique surreprésenté parce que financé. De fait le « clérical » sert de paravent au « libéral ».
            C’est la conclusion, en 2007 de l’évêque d’Angoulême : « …L’Église occupe ce terrain, sinon au risque de se laisser instrumentaliser au service d’une logique de privatisation en mettant à la disposition des privilégiés des systèmes privés de soin, d’éducation, etc., dont l’inspiration catholique n’est plus qu’une source d’inspiration lointaine … »


            • Louise Louise 29 décembre 2010 21:39

              Je ne connais aucun chiffre...
              Mais les « laïcs » peuvent être tranquilles... Beaucoup de ces écoles « cathos » ne sont que des endroits où l’enseignement est donné de façon neutre (du point de vue religieux). Simplement, les exigences sont que les enfants obéissent aux adultes, qu’ils sont à l’école pour apprendre et non pour exprimer leurs volontés... bref, ce qui était l’enseignement dans toutes les écoles (y compris publiques) avant un certain dérapage....dont je ne sais à qui il est dû... ?

              Le vrai problème n’est pas l’enseignement catholique, mais l’enseignement public !

              Parce que, du coup, l’enseignement catho n’est plus ce qu’il devrait être...


              • Krokodilo Krokodilo 30 décembre 2010 20:32

                Peu de commentaires, mais bon article, car il faut maintenir la vigilance face à tous les cadeaux faits à l’enseignement privé depuis quelques années, et pas seulement par la droite.. Ecole privée, fonds privés.

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