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  Accueil du site > Actualités > Société > « Epidémie » de suicides chez France Télécom, triste réalité ou (...)
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« Epidémie » de suicides chez France Télécom, triste réalité ou manipulation médiatique et syndicale ?

Depuis février 2008, donc depuis 18 mois, il y a eu 23 suicides et une dizaine de tentatives n’ayant pas entraîné la mort parmi les employés de France Télécom. Soit une moyenne de 16 par an. Or, le taux de suicide en France métropolitaine est actuellement de 16.2 /100.000 soit environ 10.000 décès liés à cette cause pour 160.000 tentatives recensées par an (source OMS 2006, l’INSERM publiait 11000 cas pour 2001). Sachant que l’effectif des salariés de France Télécom est de 102.000, on peut de prime abord en conclure que le taux de suicide dans cette entreprise est équivalent à la moyenne nationale. Si l’on admet que certains suicides dans la population générale ne sont pas enregistrés comme tels, mais comme accidents domestiques, mort naturelle ou intoxications accidentelles et que certaines cliniques privées ne les transcrivent pas tous pour ne pas traumatiser les familles, on peut même avancer qu’on se suiciderait moins dans cette entreprise que dans certains autres milieux et professions en France, au pire, cela serait équivalent. Il faudrait comparer avec la police, les médecins anesthésistes, les paysans et les prostituées.

De là à dire qu’il n’existe pas de problème de management et d’organisation du travail dans l’entreprise France Télécom, il y a bien sûr un pas à ne pas franchir. Cependant, le suicide possède des origines multifactorielles dont la souffrance au travail et l’insécurité de l’emploi sont aussi des causes importantes. Cela est indéniable, mais derrière la dénonciation actuelle de cette « épidémie de suicide » dans une grande entreprise semble poindre une idéologie de victimisation et de déresponsabilisation de l’individu. A force de s’apitoyer, la société refuse toute conséquence fâcheuse et cela bien sur inclut le suicide. Jadis condamné pour des raisons religieuses, il est désormais considéré comme la conséquence d’une faute de quelqu’un, patron, petit chef, institution et non comme un acte volontaire et réfléchi de l’individu et de ce fait digne de respect.

Cet article n’est nullement un plaidoyer pour la défense de France Télécom dont les méthodes de gestion des ressources humaines sont sûrement perfectibles. Ce n’est pas non plus une défense du système capitaliste et des multinationales. Non, il s’agit plutôt de dénoncer un état d’esprit qui dénie à l’homme toute responsabilité et veut le transformer en véritable mineur social et émotionnel. "Il est en train d’arriver ce que nous redoutions le plus, un effet de contagion. La priorité absolue depuis vendredi est de tout faire pour arrêter cette spirale infernale", a affirmé la direction, dans une déclaration à l’AFP. Mais il ne semble pas y avoir de spirale infernale, cependant, elle peut se développer si le phénomène est mis en exergue par les médias et les syndicats. Le ras-le-bol des salariés, justifié, il faut le souligner, peut fort bien être utilisé par certains comme une dénonciation de la dérive suicidaire si l’environnement médiatique y incite par une couverture hypertrophiée des événements et cela par simple mimétisme. Et contrairement aux déclarations de Didier Lombard, il n’y a pas une « mode du suicide » à France Télécom, mais plutôt une médiatisation outrancière d’un phénomène hélas banal dans la société française. On ne se suicide pas uniquement parce "que sa mission était terminée et qu’elle allait se retrouver en mobilité géographique" selon les déclaration d’un représentant de la CFDT ; La motivation ne peut être aussi univoque, ou alors nous sommes devant un cas d’hyperréactivité et d’émotivité profonde.

Avant d’aller plus loin, il faudrait définir le suicide et ses catégories, faire la différence entre suicide débouchant sur la mort de l’intéressé ou sa survie avec ou sans séquelles du fait des progrès de la médecine, mais où il existe un réel désir de mort et la tentative, forme d’appel au secours utilisant le plus souvent des moyens non létaux, sauf erreur de dosage ou de prévision dans l’arrivée des secours.

Le paysan qui se pend dans sa grange ou bien se tire un coup de fusil de chasse sous le menton n’a rien à voir avec la petite jeune fille qui à la suite d’un énième chagrin d’amour avale 3 Valium ou se taillade le poignet avec une lame de rasoir. Rien à voir non plus entre le chef d’entreprise qui se tire une balle dans la bouche à la suite d’une faillite et le psychotique qui se défénestre du 13ième étage suite à des hallucinations visuelles et auditives.

Mais en dehors des suicides pathologiques où le discernement est altéré comme chez les malades mentaux, les grands alcooliques et certains, mais pas tous, les toxicomanes, le suicide réfléchi et conscient est multifactoriel avec une cause dominante entraînant le passage à l’acte. Le suicidaire ne se supprime pas parce qu’il n’aime pas la vie, mais parce que la vie qu’il envisage ne lui amène plus de satisfaction suffisante.

Alors, il est tout à fait explicable de souhaiter mourir parce qu’on ne supporte plus l’existence et son travail en particulier. Il est bien sur totalement souhaitable d’améliorer les conditions de travail pour éviter les dépressions et le sentiment de dévalorisation chez les salariés, mais considérer chaque employé comme un suicidaire potentiel chaque fois qu’il y a un plan de restructuration ou une modification de planning frise l’excès et la déraison. Il y aura toujours des suicides, même dans une société économiquement idéale avec un droit syndical fort et puissant. Et parmi les salariés d’une entreprise, il y en aura toujours qui se sentiront mal pour de nombreuses raisons, qu’elles soient matérielles, affectives, sanitaires ou professionnelles.

Que ce soit pour cause d’adultère, de surendettement, d’épuisement au travail, de sentiment d’indignité, toute cause de suicide est respectable et ne doit pas être hiérarchisée. Il n’y a pas d’échelle de gravité du suicide ni de causes acceptables et d’autres farfelues. Celui qui se donne la mort soufre psychologiquement, il doit être aidé par ses proches et éventuellement par des professionnels de santé, mais le suicide en soit ne doit pas être considéré comme une aberration ou une anomalie.

Selon les statistiques de l’OMS de 2006, les plus hauts taux de suicide se retrouvent dans les anciens pays de l’Est (8/10) avec la Lituanie, la Biélorussie et la Russie formant le trio de tête. Le Japon est en huitième position, probablement pour des raisons différentes. Si dans les ex-démocraties populaires, l’alcoolisme et la diminution du pouvoir d’achat des retraités semblent être des incitations importantes, il n’en est pas de même au Japon. Dans ce pays, le sentiment de dévalorisation de l’individu couplé à une culture ne condamnant pas le suicide, mais au contraire le reconnaissant comme un droit à la dignité explique le passage à l’acte.

En France, l’alcoolisme est moindre même s’il existe encore des suicides sous l’emprise de l’alcool, cela ne représente pas la majorité des cas. Quant au sentiment d’honneur et de dignité il est de moins en moins valorisé par l’éducation et les médias. Le Français se suiciderait donc plutôt du fait d’un certain spleen, perte de goût à l’existence, et d’une incapacité à résister à l’insatisfaction et à l’adversité. Cela peut se comprendre quand on connaît le record mondial de consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseur en France et le recours au tout psychologique dès l’âge scolaire. Donc, c’en est presque une lapalissade, ceux qui se suicident ne respirent pas la joie de vivre. Mais comme dit précédemment cela ne veut pas dire qu’ils n’aiment pas la vie.

S’il est tout à fait légitime et souhaitable de créer des structures d’écoute et de prévention du suicide, cela ne doit pas être fait au détriment du libre arbitre et à l’infantilisation permanente du citoyen. « Il t’a fait bobo, le méchant patron, le cruel contremaître », n’est pas une réponse au mal-être individuel. A force de considérer les individus comme des mineurs incapables de se protéger, de se révolter, la société française génère des lâches et des moutons. Ces deux derniers termes ne se rapportent pas aux suicidés, mais au contraire, à ceux qui ne se suicident pas, ne protestent pas et subissent ce que l’on leur a imposé sans broncher car ils se considèrent comme des victimes que l’on doit assister. Ce n’est pas en plaignant les gens qu’ils prendront leur situation en main. La société française devient hélas une société de geignards demandant l’intervention de l’Etat Providence qui oublie que la liberté ne se demande pas mais se prend !

PS : Curieusement le Figaro cite un taux de 5.4 /100.000 sans expliquer son mode de calcul, en reprenant 100000 employés en France et 23 suicides en 18 mois, on n’arrive pas à ce chiffre.

Quelques références :


http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er-pdf/er109.pdf

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2009/adolescent_mortality_20090911/fr/index.html

http://suicide.ecoute.free.fr/France.html

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/ce-que-revelent-les-suicides-chez-france-telecom_199836.html

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/09/14/01016-20090914ARTFIG00640-suicides-effet-de-contagion-chez-france-telecom-.php

 

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/dessin-du-jour/article/suicides-chez-france-telecom-61629

http://www.sudptt.org/article.php3?id_article=98766

par Georges Yang vendredi 18 septembre 2009 - 129 réactions
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  • Par rocla (haddock) (xxx.xxx.xxx.47) 18 septembre 2009 10:00
    rocla (haddock)

    Bon article .

    C ’est au programme de quelle année à venir , le fait d’ apprendre que la vie est pas le déroulement d’ un film où tout se passe toujours bien .

    Faudrait un peu apprendre la combativité , le cran , le courage , l’ aptitude au bonheur ainsi que peut-être que la joie de vivre ne dépend pas d’ un con de chef ou d’ une structure de travail .

    Faut arrêter l’ assistanat et donner de coups de pieds au cul pour faire ouvrir les yeux aux réalités .

  • Par Céphale (xxx.xxx.xxx.5) 18 septembre 2009 11:19
    Céphale

    @ Georges Yang

    « Cet article n’est nullement un plaidoyer pour la défense de France Télécom dont les méthodes de gestion des ressources humaines sont sûrement perfectibles. »

    On voit, monsieur, que vous connaissez mal le monde de l’entreprise. Les méthodes de gestion de France-Telecom ne sont pas perfectibles, elles sont à changer complètement. Ce sont les pires qui soient. Deming a dit que c’est « un système de management tyrannique et absurde. » Nom de code : MBO (Management by Objectives). Il serait préférable de dire : « management par la peur. » Pour calmer les esprits, le mieux serait de virer ce Didier Lombard (qui n’est d’ailleurs pas loin de l’âge de la retraite).

    Salutations

  • Par Gourmet (xxx.xxx.xxx.201) 18 septembre 2009 11:01

    Je pense que l’on oublie quelque chose de fondamental dans les suicides de FT (et d’autres entreprises comme Renault dont on n’entend plus parler, curieux non ?) : c’est qu’ils sont la conséquence du travail et non d’un souci extra-professionnel.
    Je veux bien croire que la vie n’est pas toute rose, loin de là, mais les suicidés ou ceux qui l’ont tenté ont bien mis en exergue et en cause leurs conditions de travail et non leur vie en dehors du travail !
    Même chose chez les suicidés de Renault.
    il serait intéressant de comparer avec les taux de suicides dans les entreprises encore un peu publiques comme EDF, SNCF, RATP ... Vraiment intéressant !

    L’article ne veut pas défendre FT soit. Mais l’article ne doit SURTOUT pas donner du crédit à des méthodes dites de "management" (sic) qui datent d’un autre siècle (le XIXème pour ne pas le citer).
    Depuis quand dit-on à un salarié qu’il est nul, qu’il n’est plus bon à rien, qu’il ferait mieux de faire autre chose, qu’il est encombrant, qu’il dérange ses collègues de travail ?
    Alors oui, il faut être un tantinet fragile pour accepter sans broncher de tels propos infantiles (la dernière fois que j’ai entendu "t’es nul" c’était dans une cours de récréation) sans mettre le poing dans la gueule de celui qui les tient mais ne faut-il pas être sacrément dénué de neurones pour les tenir ?

    On le sait depuis longtemps : il ne faut pas être intelligent pour devenir riche (sinon les Nobel seraient les femmes et les hommes le plus riches du globe) mais utiliser une hiérarchie de branquignols tout juste issus d’un gardiennage de boîte de nuit pour virer du monde au lieu de clairement expliquer les choses entre gens sensés, non, décidément NON !
    Mais faire des choses sensées ça coute cher c’est là le souci : plans de licenciements, de recasage, procès éventuels, etc.

    Le fond du problème est là :
    - déresponsabilisation de l’encadrement (au lieu de pratiquer du management d’équipe sa tâche consiste à faire le videur, pas besoin d’avoir fait des études pour cela) ;
    - dévalorisation du Travail (plus de remerciement, plus de valorisation du travail bien fait, plus d’émulation, critique systématique, nullification des activités quoiqu’on fasse, etc).

    Tout cela dans un seul objectif : minimiser les charges sociales de manière à augmenter les dividendes. Peu importe la méthode du moment que ça fonctionne. Et la première méthode consiste à ne pas augmenter les rémunérations.

    En résumé, les employés, que l’on démotive à force de non-augmentation des rémunérations (il faut avant tout distribuer des dividendes) puis de non-valorisation de leur activité puis, si ça ne suffit pas, de placardage, de nullifications, d’insultes, sont désormais traités comme du BETAIL.
    Ce bétail représente un poids mort : il faut donc s’en débarrasser le plus vite possible.

    Qui fera le boulot à la place du bétail me direz-vous ? Le middle-management bien entendu !
    Management qui fera 70 heures par semaine en s’imaginant s’offrir une place au soleil dans l’entreprise. Avant d’être, à son tour, considéré comme du bétail dont il faut se débarrasser.
    Etc, etc.

    C’est la philosophie d’entreprises comme Alcatel par exemple : virer tout le monde, sous-traiter un max et ne conserver qu’un ministaff de dirigeants. Dirigeants qui se gavent, par le jeu des golden parachutes, quels que soient les résultats de l’entreprise.

    Et ce pb se répand à la vitesse de la poudre dans toutes les entreprises y compris les entreprises dites publiques qui historiquement entretiennent une très forte estime du travail (*). Car elles se privatisent progressivement.

    En somme : privatisation = faibles salaires (mais forte rémunération des dirigeants et des actionnaires) => dévalorisation du travail => peu de motivation => recours à des méthodes d’encadrement de voyous => accidents (voir privatisation du rail au Royaume-Uni) => suicides.

    Lorsque j’étais plus jeune j’imaginais l’entreprise comme un monde vivant où l’échange social, la promotion individuelle, l’acquisition de nouvelles compétences participaient à la dynamique d’ensemble.
    Désormais, pour moi, mis à part quelques exceptions, l’entreprise, notamment la grande, est devenu un lieu de mort sociale totalement déshumanisé.

    De toute manière le gouvernement a reconnu implicitement, en simplifiant le statut d’auto entrepreneur, que le salariat était voué à une mort certaine ou, tout du moins, à une stagnation et que le "travailler plus pour gagner plus" ne pourrait certainement plus jamais s’y appliquer sauf pour quelques dirigeants et sauf à posséder des activités annexes.

    db

    (*) On l’a encore vu lors des tempêtes de 1999, les employés d’EDF ont travaillé sans relâche pour rétablir le courant ; nul doute que la prochaine fois ils s’en taperont complètement.

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.39) 18 septembre 2009 13:21
    ZEN

    D’accord avec Annie
    Le suicice est un phénomène complexe, pluricausal, certes, mais il y a des cas où il apparaît clairement "anomique" (Durkheim), conséquence de la perte de solidarité sociale et effet d’une organisation du travail, qui ,au nom de la liberté (au sens libéral du terme), finit par tuer les ressources créatrices de l’individu et l’estime de lui-même

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