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Est-il raciste de vouloir se sentir « chez soi » dans son pays ?

 « On n’est plus chez nous », c’est ce que disent souvent les militants du Front National, si bien qu’on ne voit souvent que du racisme, dans les diverses expressions de l’aspiration pourtant si humaine, à se sentir « chez soi ».

 Un peu d’anthropologie poétique de comptoir.
 
 Trouver de l’humanité dans l’aspiration à se sentir « chez soi », c’est quand même ce que j’ai envie de faire, en développant l’idée que l’homme a besoin de construire sa maison, au sens littéral comme en un sens métaphorique.

 Au sens littéral, l’homme est jeté tout nu et désarmé dans la nature, et il construit sa maison, pour s’abriter du froid, de la pluie et du danger. Maison européenne de pierre et de tuile, hutte africaine, maison arabe, blanche avec un toit en terrasse, maison asiatique, en bois avec d’éventuels pilotis, igloo esquimau, tee-pee de l’indien d’amérique, roulote du gitan, yourte mongole. Maison immobile du sédentaire ou maison mobile du nomade. La maison est un universel, tous les hommes en ont une. Mais tous les hommes n’ont pas la même maison, si bien que celle-ci reflète la diversité des cultures. Toutes les langues ont encore un mot « maison », qui se dit « home » en anglais, « bayt » en arabe, « entani » en arménien, « baan » en thaï, « jia » en chinois, « domos » en grec ancien, et caetera.

 En un sens métaphorique maintenant, l’homme est jeté tout tremblant de peur, et tout seul dans la nature, et il a besoin de se construire un univers social, mental, culturel, religieux, dans lequel il se sent bien, dans lequel il se sent « chez lui ». Lorsque l’homme explique la foudre par la main de son Dieu, ou de l’un de ses Dieux, il ne cherche pas la « vérité scientifique » sur ce phénomène. Il cherche seulement à recouvrir le monde qui l’entoure d’un enduit culturel. Il recouvre la foudre d’un enduit culturel, comme il recouvre les parois de sa maison de décorations, car il cherche à faire du monde sa maison. Sur la recherche par l’homme de la « vérité scientifique » elle-même, on connaît aussi la phrase de Descartes, pour qui elle est un moyen de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». De même bien sûr que nous sommes maîtres en notre maison. Enfin, lorsque nous sortons de notre petite maison de briques ou de paille, de toile ou de béton, nous aimons à mettre le pied dans un univers social amical et accueillant, dans lequel nous avons tissé des liens. A l’image par exemple du Benjamin Malaussène de Pennac, qui aime à se balader dans « son » Belleville, quartier dans lequel il se sent « chez lui ».
 
 A l’origine des voitures brûlées et de l’adhésion à des discours qui sentent le souffre.

 Cette aspiration à se sentir « chez soi », dans son quartier, dans son pays, comme dans sa maison, elle s’exprime bien sûr, dans le soupir des militants du Front National : « On n’est plus chez nous ». Leur conception du « chez soi » peut se discuter, mais leur aspiration à ce « chez soi » est tout ce qu’il y a de plus naturel et de plus légitime. Cette aspiration au « chez soi », c’est celle aussi de ceux qui, à juste titre peut-être, ne se sont pas sentis bien accueillis en France, et qui donc ont eu besoin de se construire un autre « chez soi », un « chez soi » que le gros de la société française aurait souvent pu, et peut-être dû, ne pas laisser à sa marge, et parfois aussi peut-être, un « chez soi » anti-français.

 Si des français ne se sentent pas « chez eux » en France, c’est qu’il y a une inadéquation entre d’une part leur propre réalité et celle de leurs voisins, et d’autre part la représentation qu’ils se font de la société française. En effet, comment peut-il se sentir « chez lui » en France, le jeune français qui se construit une représentation de la société française, dans laquelle il n’y a pas de français qui aient ses habitudes alimentaires, sa religion, son apparence physique, ses origines, et même encore son prénom ? Et comment peut-il se sentir « chez lui » en France, le vieux français qui trouve sa place dans la représentation qu’il se fait de la société française, mais qui ne trouve plus à la plupart de ses voisins, leur place dans cette représentation ?

 Si donc nous trouvons inacceptable que des français, jeunes ou vieux, de souche ou d’origine maghrébine, ne se sentent pas « chez eux » en France, il nous faut réinterroger ce qui touche à notre représentation commune de la société française, comme le fait Jamel Debbouze dans ce sketch où il est question de petites choses, prénoms et manuels scolaires. 

 Premièrement, cette représentation de leur société par les français, est sûrement faite d’une foule de choses grandes ou petites, comme les origines habituelles, ou les prénoms habituels des français. Quelles autres choses de cette sorte peut-on énumérer ?

 Deuxièmement, il existe sûrement encore une foule de choses grandes ou petites, qui déterminent ce qu’est cette représentation qui se loge et se décline dans la tête de chaque français. Par exemple, les moments où les français se retrouvent tous ensemble, comme devrait l’être le 14 juillet. Ou encore, des listes de prénoms : prénoms des personnages mis en scène par les manuels scolaires français, ou prénoms aux porteurs desquels madame météo souhaite une bonne fête à la télévision française. Quelles autres choses peut-on encore énumérer ?
 
 Troisièmement, au sujet de ce que devrait être notre représentation commune de la société française, il existe des clivages opposant diverses sensibilités politiques. Certains considèrent qu’on est français par le sang, d’autres par l’adoption d’habitudes et de valeurs qu’ils considèrent comme typiquement françaises, d’autres par l’amour de la France. Certains considèrent que les nouveaux arrivants doivent se transformer pour s’intégrer à la société française, certains considèrent que la société française doit elle aussi se transformer, et transformer l’idée qu’elle a d’elle-même, au contact des nouveaux arrivants. Certains considèrent que notre idée de la société française doit se conformer à ce que sont les français d’aujourd’hui, d’autres considèrent que les français d’aujourd’hui doivent aussi se conformer à une idée de la société française héritée du passé.

 Mais finalement, faute d’avoir réinterrogé notre représentation commune de la société française, et faute donc d’avoir corrigé certaines de nos pratiques actuelles en conséquence, nous retrouvons dans l’actualité de cet été 2010, l’aspiration insatisfaite des français au « chez soi ». Celle-ci s’exprime de manière violente : les voitures brûlées à Grenoble par des français qui ne se sentent pas « chez eux » en France, l’adhésion au discours que Sarkozy a prononcé dans la foulée à Grenoble, par des français qui voient dans une sorte d’épuration, un moyen de refaire de la France leur « chez eux ».



par samuel_ (son site) vendredi 10 septembre 2010 - 109 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par chlegoff (---.---.44.180) 10 septembre 2010 15:50
    L’auteur aborde un sujet tabou, fortement prohibé par la pensée unique.

    Dès les années 70 il était particulièrement incompréhensible de continuer à faire venir de la main d’œuvre étrangère et bon marché, étant donné que la population subissait de plein fouet une forte montée du chômage. Se positionner contre cette politique était dénoncé comme étant de la xénophobie. 40 ans plus tard, il y a autant de chômage plus du communautarisme. L’intégration a échoué à cause de la ghetto-isation des populations immigrées, organisée par ceux là même qui avaient en charge la politique d’intégration. Le niveau scolaire est devenu particulièrement bas et les possibilités de formation professionnelles semées d’embuches règlementaires.

    C’est à se demandé si cette politique d’immigration menée depuis quelques décennies ne vise tout simplement pas à in-sécuriser les populations. En tout cas, l’intérêt général n’a pas été respecté.

    Pour répondre à la question initiale, un étranger n’est pas forcément de race différente.
  • Par appoline (---.---.28.48) 10 septembre 2010 19:26
    appoline

    A les écouter ou à les lires, non seulement il faudrait les laisser piquer dans l’assiette mais en plus, il faudrait leur dire merci.

    Inutile de persévérer, quand les français sont confrontés réellement aux problèmes engendrés par les étrangers ; ils changent leur fusil d’épaule. Il suffit de regarder les infos et voir, par exemple, les roms expulsés, dire avec aplomb qu’ils reviendront chez nous car......il y a des allocations. Là, je ne peux pas entendre cela, les arabes....quif-quif, ils refusent les devoirs pour ne prendre que les droits ; ça ne passe pas non plus. S’il y avait un conflit, vous croyez qu’ils iraient se battre pour le pays qui les héberge, ,,,, mais ti est fou mon frère, c’est pas mon pays.
  • Par tourn en ron (---.---.172.247) 10 septembre 2010 17:31

    L’intégration pourrait aussi permettre aux jeunes filles musulmanes de fréquenter librement de jeunes garçons catholiques sans pour autant contraindre ces derniers à la conversion à la religion du prophète ou menacer leurs filles des pires représailles !
    jeunes femmes, soyez courageuses, libérez vous de cette terreur !source fdesouche les frapading pour les inculte qui ne savent rien et la ramène pour rien !!!!!!!!!!!! 
    http://oumma.com/Mariage-mixte-Que-dit-vraiment-le,2986 bonne lecture 

  • Par LE CHAT (---.---.247.148) 10 septembre 2010 15:24
    LE CHAT

    non , un état a quand même le droit de décider qui il autorise à rester sur son sol !
    si un pique assiette vient chez vous , vous le virez pas ?

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