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Accueil du site > Actualités > Société > Et maintenant, après ces moments d’Union nationale que faire (...)

Et maintenant, après ces moments d’Union nationale que faire ?

Et dire que le « parti des défaitistes » avant ce 11 janvier considérait que la France était dans un total déclin, qu’elle avait perdu ses repères et ses valeurs, que son métissage avait fini par lui ravir son identité, corrompu jusqu’à l’os son ADN europoïde orchestrant ainsi la mort de son atavisme national.

N’en déplaise à tous ces oiseaux de mauvais augures (ils se reconnaitront) les Français, de souche et de cœur, ont montré au monde qu’ils étaient encore les dignes enfants du siècle des lumières, que les idées de Voltaire étaient bien vivantes dans leur âme et conscience et qu’ils n’avaient pas peur des barbares qui ont pour seul objectif d’atomiser nos équilibres et faire que la peur et la haine réaniment dans nos cœurs éprouvés nos instincts les plus vils. 

Dans mon dernier article (Homophobie, quand tu nous tiens !), j’exhortais les Français à agir pour combattre l’ostracisme et j’étais loin d’imaginer que peu de temps après plus de 3,5 millions de Français descendraient dans la rue pour défendre nos valeurs républicaines en soutenant, sans aucune concession, la liberté d’expression.

Bien sûr, spontanément, j’ai adhéré à ce fameux hashtag « Je suis Charlie  » qui en quelques heures est devenu dans le monde le porte drapeau de la liberté et des valeurs humanistes alors que je n’étais pas, comme la plupart d’entre nous, un lecteur de Charlie hebdo. Je suis donc « Charlie » pour le symbole qu’il représente mais je suis aussi : — « Fier d’être Français ! »  Fier d’appartenir corps et âme à cette grande nation dont les fondations ont été posées le 25 juin 841 à la bataille de Fontenoy-en-Puisaye qui opposait Charles le Chauve et Louis le Germanique contre leur frère ainé Lothaire tout trois petits fils de Charlemagne .

Après ce rassemblement historique, nous ne pouvons plus douter de nous même. La France dimanche dernier a montré qu’elle pouvait être encore un phare, un exemple de démocratie pour les peuples qui en sont si injustement privés. Pour moi désormais, il y aura un avant et un après 11 janvier et plus rien ne sera pareil ! 

Alors que tout semblait nous diviser, que la haine s’érigeait en porte-voix d’une possible insurrection, nous avons su nous retrouver. 

Cet élan patriotique ne doit pas rester sans lendemain ! Il doit être le fondateur d’une France qui désormais peut vivre en paix dans ses différences et ainsi être le précurseur d’une intégration totale et indivisible des composantes de sa diversité. Je n’aurais jamais cru possible que des femmes de confession musulmane portent un foulard tricolore et disent tout haut leur attachement aux valeurs de la République et condamnent publiquement le terrorisme. Mon Dieu, que j’étais sot de croire que les fondamentaux de la République étaient tous honnis de ces foyers.

François Hollande a prouvé qu’il était le Président de tous les Français. A mon sens, il a su trouver les mots justes pour leur parler et les consoler assumant parfaitement son rôle de Premier des Français. Aussi, son habileté à gérer les seuils critiques nous a démontré qu’il était l’Homme de la situation.

Lui aussi doit comprendre qu’il y aura dorénavant un après 11 janvier, que le peuple n’est pas un troupeau de mouton que l’on emmène à l’abattoir sans qu’il réagisse, qu’il sait dire NON et qu’il n’est pas aussi sot qu’il en a l’air !

Vous devez donc saisir Monsieur le Président l’écho historique du message que les Français vous ont adressé. Entendons-nous bien, celui-ci n’est pas un satisfécit donné à votre mandat mais bien l’ordre souverain du peuple Français de vous voir agir pour la sauvegarde de nos libertés contre des factions réactionnaires et un monde hostile à nos idées démocratiques et libertaires. 

Le peuple Français unis derrière vous veut vous voir être le champion de la liberté auprès des Nations Unis mais aussi au sein de la communauté Européenne où il est grand temps de dire fermement à certains « égarés » que la liberté à un prix et qu’ils doivent coopérer à la défense commune de nos territoires sans opposer de réflexes égoïstes visant à ménager leurs seuls intérêts.

Pourquoi la France est-elle le seul pays Européen à combattre physiquement le terrorisme en Afrique alors que cette menace concerne l’Europe des 28 ? Pourquoi une armée « confédérée » n’a t-elle pas été créée ? Pourquoi n’existe-il pas un Etat Major militaire Européen qui serait l’égal des américains dans la gestion des conflits ? Pourquoi les services de renseignements de chaque pays de l’Union ne sont-ils pas interdépendants face au terrorisme ? Vous avez là, Monsieur le Président, force de propositions auprès du parlement Européen pour améliorer la sécurité des citoyens Européens sans pour autant porter atteinte aux libertés individuelles en ayant par exemple, comme tentation, d’instaurer sur notre sol un « Patriot Act  » à la française…

Ces terribles évènements nous ont fait comprendre qu’il n’y a pas pour l’instant de risque de fracture sociologique dans notre pays et j’en suis heureux. Cependant, ils nous ont fait découvrir, avec effroi, que les raids militaires que nous menons en Afrique à la demande des pays agressés par « Daesh » peuvent avoir des conséquences dramatiques pour notre pays et, le plus triste, a été d’apprendre que des Français fanatiques sont les auteurs de ces crimes abominables.

A la télévision, sur les ondes radiophoniques, j’entends des experts, des commentateurs s’exprimer sur le pourquoi et le comment de cette réalité. Comment des enfants de la République peuvent se laisser piéger dans l’enfer de thèses fanatiques visant à exterminer son prochain au nom d’un idéal, d’une religion. Qu’elles manipulations mentales ont-ils dus subir de la part de leurs recruteurs ? Qu’avons nous loupé dans les écoles de la République pour engendrer de tels montres ou de tels désespérés ?

Les médias nous expliquent le plus simplement du monde que ces jeunes ont été recrutés par des réseaux djihadistes sur Internet. Mais pour être repéré comme cible potentielle fallait-il encore qu’il fasse le premier pas. Comment les parents, les enseignants, les amis, la famille ne se sont rendus compte de rien ? Souvent ces jeunes ont un casier judiciaire bien fourni qui aurait pu laisser présager une fragilité et sympathie pour l’extrémisme. Qu’ont décelé les juges au cours de leurs interrogatoires chez ces individus ? Et dans ce cas, ont-ils alerté les services sociaux ou juridiques compétents ?

Il me semble qu’au travers de ces questions pourtant bien basiques des responsabilités évidentes sont à rechercher ! Pouvions-nous sauver ces jeunes pour nous éviter les calamités que nous venons de vivre ou celles qui reste à venir ? D’ailleurs, connaissons-nous en haut lieu le nombre de djihadistes apprentis ou confirmés sur notre sol ? Que disent à ce sujet les services de renseignements ? Existe t-il une liste exhaustive de djihadistes ? La police est-elle maintenant en mesure de les appréhender avant qu’ils ne commettent d’autres actes criminels ? 

Il est impératif que l’Assemblée Nationale charge une commission d’enquête dans les plus brefs délais pour que toute la lumière soit faite sur les négligences avérées des services de renseignements et que celle-ci informe, en toute objectivité, la Nation sur les risques réels que nous encourrons. Nous avons le droit de savoir à quoi nous sommes exposés et de quoi nous devons nous protéger. Le peuple de France a démontré ce 11 janvier qu’il était réfléchi, mature, et civilisé et qu’il entend aussi faire usage de son droit souverain en disant massivement NON à ceux qui veulent détruire par la force et la brutalité notre idéal laïque et républicain.

Revenons aux recrutements des apprentis djihadistes sur notre territoire, il me semble un peu trop facile d’obtenir un passeport pour la Syrie surtout pour des mineurs. Alors trêve de mystification qui tire les ficelles de ces conversions à l’Islam radical ? Y a t-il en France des Mollahs ou des Imans qui prêchent en toute impunité des propos antisémites, de haine, et d’appels au djihad ? Y a t-il en France des mosquées jugées radicales, hostiles à l’occident ? Y a t-il des soupçons sur des activistes religieux étrangers ? Les frères musulmans ont-ils en France ou en Europe un réseau puissant qui permet d’être un relais de fraternité, économique et logistique pour les terroristes ?

Ne soyons pas naïf ! Je crois fermement qu’il existe sur notre sol des filières actives de recrutement de nos jeunes dans certaines mosquées où leur est enseigné l’endoctrinement qui les fait basculer. Et cela, il faut l’éradiquer définitivement en usant de tout notre arsenal juridique et humain ! 

Les mêmes mesures exceptionnelles doivent être prises dans les prisons où nous savons pertinemment que les jeunes délinquants sont recrutés sous la barbe des autorités pénitentiaires par des « caïds religieux » qui finissent de radicaliser les plus fragiles lesquels ensuite vont renforcer pour mourir en martyr les rangs de Daesh ou d’Al qaida.

Le droit républicain doit de nouveau sévir dans les banlieues. Il est intolérable que ces cités soient devenues des zones de non droit où les lois républicaines n’ont plus leur place. Nous savons que le commerce de la drogue et des armes provient principalement de ces lieux d’impunités où règne la loi de la charia et des caïds. Les réseaux doivent êtres démantelés définitivement et leurs auteurs sévèrement punis. Pourquoi le gouvernement actuel et les gouvernements précédents n’ont-ils rien fait ? Pourtant la majorité des gens qui habitent ces endroits se plaignent de l’insécurité et des violences dont ils sont les victimes au quotidien ! Les pompiers, les médecins, les taxis et même la police ne peuvent ou ne veulent plus se rendre dans ces lieux de peur de se voir agressés par des bandes organisées.

Comme l’évoque Mohamed Metalsi, directeur des actions culturelles de l'Institut du monde arabe toutes les familles musulmanes doivent se remettre en cause. Pauvres ou riches, elles doivent enseigner à leurs enfants dès leur plus jeune âge, le sens des valeurs la tolérance, l’anti racisme, la liberté d’expression, l’ouverture de la religion, la laïcité, la citoyenneté française pour ne pas les voir partir vers l’irrémédiable… Voir la vidéo : http://www.lepoint.fr/societe/islam-radical-la-france-doit-s-interroger-sur-ses mosquees-14-01-2015-1896357_23.php

Encore, nos gouvernements ne doivent-ils pas avoir le courage de s ‘en prendre aux pays qui financent l’Islam radical ? Il est de notoriété publique que l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux pourvoyeurs de fonds des organisations islamistes. La diplomatie occidentale ne pourrait-elle pas agir pour obliger ces pays à stopper leurs financements ? En mesure de rétorsion ne pouvons-nous pas établir un embargo contre ses deux pays et geler tous leurs avoirs en occident ? Pourquoi l’occident reste t’il statique à leur égard ? Y a t-il des raisons géopolitiques ou économiques qui nous interdisent d’agir ? Y a t-il un chef d’état en Europe qui peut expliquer aux profanes que nous sommes les raisons d’une telle absurdité car il est évident que si l’argent faisait défaut à Daesh, Al qaida et autres courants fanatiques ne seraient que des groupuscules mineurs et non les organisations tentaculaires que l’on connaît. Le manichéisme capitaliste et Américain ne sont-ils pas à l’origine de nos maux ? 

Dans notre optimisme ambiant, ne faisons pas preuve non plus d’angélisme en pensant que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». 21.000 tweets venant de portables français ont salué les assassinats des frères Kouachi. Au Pakistan, au Yémen, en Lybie, en Algérie et dans bien d’autres pays des feux d’artifices ont été tirés à la gloire de nos bourreaux et fêtent joyeusement la mort de nos suppliciés. En France, de tristes individus font l’apologie du terrorisme. Le terme de « guerre » prononcé par Manuel Vals était sans équivoque même si sa sémantique a été plus tard corrigée le mot « guerre » a bien été lâché. Et c’est effectivement d’une guerre sourde contre le terrorisme dont il s’agit. D’une guerre où l’ennemi est invisible et frappe lâchement au moment où l’on s’y attend le moins. Si l’Etat a des devoirs pour assurer notre protection chaque Français doit, à sa juste mesure, contribuer au combat contre le terrorisme en rapportant à la police ou en mairie des faits dont il serait le témoin et qui pourraient identifier un sympathisant, une cellule pour ainsi déjouer un attentat. Il est difficile pour moi d’écrire ces mots car je suis viscéralement contre toute forme de délation mais dans le cas présent, sans sombrer dans une paranoïa virale, il nous faut rester vigilants et aider les forces de police qui n’hésitent pas, le cas échéant, à mettre leur vie en danger pour nous protéger et nous sauver. 

Je suis heureux que la communauté musulmane rassemblée autour de notre bannière Républicaine compatisse sincèrement au deuil de la Nation tout en affirmant que les moudjahidines de Daesh sont une offense à l’Islam.

Mais je me pose une question ! Ne serait-il pas venu le temps pour eux de se réformer et de créer une instance supérieure de l’islam modéré en France ? Un seul sage qui ferait autorité sur l’enseignement universel du coran et sur ses ministres. Un seul collège de recteurs qui ordonnerait les Imans après qu’ils aient suivis un enseignement théologique propice à leur sacerdoce. Ainsi, plus aucun fondamentaliste ou profane en France ne pourrait dévoyer au profit de leur thèse maléfique l’interprétation du Coran. Si cette idée venait un jour à éclore, l’Islam de France deviendrait à coup sûr le phare du monde musulman. Malheureusement, de nos jours, chaque mosquée prône son Islam…

Enfin, je voudrais terminer ce billet par un message d’espoir en vous faisant part d’un écrit de Voltaire qui pourrait nourrir votre réflexion :

« Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran [le Coran] ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion.
 Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien.
 Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. » (Extrait de lettre de Voltaire écrite en 1770)

Vive la France éternelle, Vive la Laïcité, Vive la République.

Gérard Méric-Cadourel

meric-cadourel.over-blog.com/ (@Mericcadourel) | Twitter


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14 réactions à cet article    


  • Robert GIL Robert GIL 15 janvier 2015 16:47

    sur ce sujet voici un texte collectif de Vincent, Julien et Alice :
    .
    voir :
    ET MAINTENANT … que va-t-on faire ?


    • La mouche du coche La mouche du coche 16 janvier 2015 16:22

      Cet article charlie invite à la haine des musulmans. Evitons le soigneusement.


    • Meric-cadourel Meric-cadourel 16 janvier 2015 17:44

      Vous l’avez sans doute mal lu car justement il invite le lecteur à ne pas faire d’amalgame.



    • La mouche du coche La mouche du coche 17 janvier 2015 14:43

      Je l’ai très bien lu. Vous insinuez que les religions sont le problème alors que c’est l’athéisme qui a le pouvoir et qui est à l’origine de ces attentats pour créer une fausse guerre de religion


    • bibou1324 bibou1324 15 janvier 2015 17:10

      Union nationale ... vous avez vu ça où ?


      Ah oui, les 3 millions et quelques de français dans les rues... ça veut dire environ 94% de la population qui n’est pas allé manifester.

      Pour une union nationale, on repassera.

      • zygzornifle zygzornifle 16 janvier 2015 08:47
        Et maintenant, après ces moments d’Union nationale que faire ?....Il faut voter socialiste ......

        • zygzornifle zygzornifle 16 janvier 2015 08:53

          Il faudra surveiller devant soi et sur les cotés de peur des attaques terroristes et il faudra surveiller aussi ses arrières ses paroles son comportement car la police traquera sans états d’âmes tous ceux et celles qui ne seront pas des Charlie voire des contres Charlie ....


          • fred.foyn Le p’tit Charles 16 janvier 2015 10:28

            heu..vous touchez combien pour pondre un truc aussi gerbant.. ?


            • Meric-cadourel Meric-cadourel 16 janvier 2015 14:04

              A tête de clown réponse de clown ! 


            • fred.foyn Le p’tit Charles 16 janvier 2015 15:57

              heu...la tête de clown..est celle de votre président.. !


            • jaja jaja 16 janvier 2015 11:38

              Non à l’union sacrée !

              La sidération, la tristesse, la colère face à l’attentat odieux contre Charlie Hebdo puis la tuerie ouvertement antisémite, nous les ressentons encore. Voir des artistes abattus en raison de leur liberté d’expression, au nom d’une idéologie réactionnaire, nous a révulsés. Mais la nausée nous vient devant l’injonction à l’unanimisme et la récupération de ces horribles assassinats.

              Nous partageons les sentiments de celles et ceux qui sont descendus dans la rue. Mais ces manifestations ont été confisquées par des pompiers pyromanes qui n’ont aucune vergogne à s’y refaire une santé sur le cadavre des victimes. Valls, Hollande, Sarkozy, Hortefeux, Copé, Merkel, Cameron, Juncker, Erdogan, Orban, Netanyahu, Liebermann, Bennett, Porochenko, les représentants de Poutine, Bongo… : quel défilé d’abjecte hypocrisie. Cette mascarade indécente masque mal les bombes que les Occidentaux ont larguées sur l’Irak depuis une semaine sur décision de ce carré de tête ; les milliers de morts à Gaza où Avigdor Liebermann imaginait employer la bombe atomique quand Naftali Bennett se rengorgeait d’avoir tué beaucoup d’Arabes ; le million de victimes que le blocus en Irak a provoquées. Ceux qu’on a vus manifester en tête de cortège à Paris ordonnent ailleurs de tels carnages.

              « Tout le monde doit venir à la manifestation », a déclaré Valls en poussant ses hauts cris sur la « liberté » et la « tolérance ». Le même qui a interdit les manifestations contre les massacres en Palestine, fait asperger de gaz lacrymogènes les cheminots en grève et matraquer des lycéens solidaires de sans-papiers expulsés nous donne des leçons de liberté d’expression. Celui qui déplorait à Evry ne voir pas assez de « Blancos » nous jure son amour de la tolérance. Le même qui fanfaronne de battre des records dans l’expulsion des Rroms se gargarise de « civilisation ». En Francela liberté d’expression serait sacrée, on y aurait le droit de blasphémer : blasphème à géométrie variable puisque l’« offense au drapeau et à l’hymne national » est punie de lourdes amendes et de peines de prison. Que le PS et l’UMP nous expliquent la compatibilité entre leur condamnation officielle du fondamentalisme et la vente d’armes à Ryad où les femmes n’ont aucun droit, où l’apostasie est punie de mort et où les immigrés subissent un sort proche de l’esclavage.

              Nous ne participerons pas à l’union sacrée. On a déjà vu à quelle boucherie elle peut mener. En attendant, le chantage à l’unité nationalesert à désamorcer les colères sociales et la révolte contre les politiques conduites depuis des années.

              Manuel Valls nous a asséné que « Nous sommes tous Charlie » et « Nous sommes tous des policiers ». D’abord, non, nous ne sommes pas Charlie. Car si nous sommes bouleversés par la mort de ses dessinateurs etjournalistes,nous ne pouvons reprendre à notre compte l’obsession qui s’était enracinée dans le journal contre les musulmans toujours assimilés à des terroristes, des « cons » ou des assistés. On n’y voyait plus l’anticonformisme, sinon celui, conforme à la norme, qui stigmatise les plus stigmatisés.

              Nous ne sommes pas des policiers. La mort de trois d’entre eux est un événement tragique. Mais elle ne nous fera pas entonner l’hymne à l’institution policière. Les contrôles au faciès, les rafles de sans-papiers, les humiliations quotidiennes, les tabassages parfois mortels dans les commissariats, les flash balls qui mutilent, les grenades offensives qui assassinent, nous l’interdisent à jamais. Et s’il faut mettre une bougie à sa fenêtre pour pleurer les victimes, nous en ferons briller aussi pour Eric, Loïc, Abou Bakari, Zied, Bouna, Wissam, Rémi, victimes d’une violence perpétrée en toute impunité. Dans un système où les inégalités se creusent de manière vertigineuse, où des richesses éhontées côtoient la plus écrasante misère, sans que nous soyons encore capables massivement de nous en indigner, nous en allumerons aussi pour les six SDF morts en France la semaine de Noël.

              Nous sommes solidaires de celles et ceux qui se sentent en danger, depuis que se multiplient les appels à la haine, les « Mort aux Arabes », les incendies de mosquées. Nous nous indignons des incantations faites aux musulmans de se démarquer ; demande-t-on aux chrétiens de se désolidariser des crimes d’Anders Breivik perpétrés au nom de l’Occident chrétien et blanc ? Nous sommes aussi au côté de celles et ceux qui subissent le regain d’antisémitisme, dramatiquement exprimé par l’attaque de vendredi dernier.

              Notre émotion face à l’horreur ne nous fera pas oublier combien les indignations sont sélectives. Non, aucune union sacrée. Faisons en sorte, ensemble, que l’immense mobilisation se poursuive en toute indépendance de ces gouvernements entretenant des choix géopolitiques criminels en Afrique et au Moyen-Orient, et ici chômage, précarité,désespoir. Que cet élan collectif débouche sur une volonté subversive, contestataire, révoltée, inentamée, d’imaginer une autre société,comme Charlie l’a longtemps souhaité.

              Ludivine Bantigny, historienne, Emmanuel Burdeau, critique de cinéma, François Cusset, historien et écrivain, Cédric Durand, économiste, Eric Hazan, éditeur,Razmig Keucheyan, sociologue, Thierry Labica, historien, Marwan Mohammed, sociologue,Olivier Neveux, historien de l’art, Willy Pelletier, sociologue, Eugenio Renzi, critique de cinéma, Guillaume Sibertin-Blanc, philosophe, Julien Théry, historien, Rémy Toulouse, éditeur, Enzo Traverso, historien.


              • Meric-cadourel Meric-cadourel 16 janvier 2015 14:02

                Billet bien étayé et qui mérite le respect !



              • bloggerfou bloggerfou 16 janvier 2015 14:41

                Cher Roland ...

                Cher Roland... Cher homme normalement impliqué... Allez, un moment d’égarement.
                La mouche doit parfois savoir buzzer. Mais il ne me suffit pas de me mettre sur Facebook ou tout autre média pour avoir la faveur de nos concitoyens réciproques. Pour vous aussi les heures sont pénibles.
                Depuis longtemps je n’avais rien publié car la maladie et mes occupations m’ont incité à ralentir. Ceci dit, je pense que parfois, certains auteurs ou détracteurs, favorables ou non, méritent une réponse appropriée. Si vous avez lu mes quelques articles sur ce média, vous devez déjà savoir que je n’évite en rien la polémique. Mais vous savez également que parfois il est bon d’avancer masqué, ce que vous faites parfaitement depuis quelques années. Quoique, certaines tournures de phrases, certaines idées forces ne soient pas indéchiffrables et font bien la marque d’un auteur, qui certes, n’a pas toujours la possibilité de se dévoiler en cours de route... Enfin puisque vous choisissez de me parler, allons-y. Parce-que vous m’avez parfois enchanté en tant que candidat, je n’ai pas hésité une seule seconde à croire en vous dès le début de votre chemin de Damas... Votre proposition qui n’était au départ qu’une utopie, est rapidement devenu une grande force de réalisme et un réel espoir pour les demandeur d’une alternance. Vous avez voulu paraître tellement normal que vos supporters vous ont pris au mot. Mais rattrapé par la fonction et par votre condition d’élu, vous avez également beaucoup déçu, ceux qui voyaient en vous un homme de rupture avec ce que nous venions de vivre précédemment. Nous avions besoin d’espoir, mais aussi de choses très fortes qui induisaient un décalage réel par rapport à votre prédécesseur. C’est ce qu’avait choisi d’appliquer dès le début de son septennat votre illustre père putatif en politique... Et grâce à, ou malgré sa stratégie de rupture totale, selon les analyste, nous lui avions redonné raison en 88 pour un second mandat. Nous détestions son côté Cassandre, mais il y avait la face de Machiavel qui, tout à la fois, faisait peur, et aussi ensorcelait irrémédiablement. 
                Et c’est ainsi que ce François là est apparu comme l’homme le plus intéressant du demi siècle.
                Vous n’êtes pas non plus dénué intérêt en tant que personne, mais vous vous plantez parfois gravement en tant que patron. Nous avons besoin d’un audacieux général, mais pas d’un chef qui sacrifie le plus grand nombre au motif de remporter quelques victoires d’éclat à la Pyrrhus. Vous avez cependant une chance extraordinaire en cette période... Un tout petit espace de jeu pour prouver que l’union est faisable même avec les plus inconcevables... Vous êtes loin d’être un con, dans ce jeu de con... 
                Et pourtant, pour une fois, soyez le... Audiard dirait : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Moi je vous dit, faites vous reconnaître... Ruez dans les brancards... Vous n’avez plus grand chose à perdre, car les murs sont branlants ! Seulement à reconstruire la maison. Tempus fugit.
                Politiquement correct.
                Bien à vous... Joignable sur Facebook, de temps en temps.
                Leo.

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