Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Etes-vous prêt à payer votre dépendance ?

Etes-vous prêt à payer votre dépendance ?

Devrez-vous payer vous-même les dépenses liées à votre dépendance et serez-vous obligé d’épargner dès 2009 ? Sans doute, puisque la conception traditionnelle de solidarité semble écartée au profit d’un financement privé pour ceux qui peuvent.

C’est un marché juteux pour les assureurs qui font pression sur le gouvernement par l’intermédiaire de la FFSA (Fédération française des sociétés d’assurances) et qui comptent bien y prendre leur part. Les choses semblaient pourtant prendre un tour différent. Voilà des années que l’idée d’un 5e risque (ou 5e branche) géré par la Sécurité sociale était évoquée. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) rendait donc un rapport le 4 novembre allant dans ce sens. Le Conseil de la caisse avait adopté le rapport à l’unanimité. Oui mais voilà, Nicolas Sarkozy veut donner le risque aux assureurs : "La dépendance des personnes âgées est le plus souvent un risque assurable qui peut être couvert en partie par des produits financiers innovants". "En partie", dit-il, et l’on pourrait croire que l’on s’en remet à la conception classique de la couverture sociale, par exemple la branche maladie qui couvre 70 % et laisse un ticket modérateur à la charge du patient qui doit souscrire une mutuelle pour ce reliquat. Mais non ! Il semble que la partie assurable soit la part principale ou encore que la partie des dépenses de dépendance des gens qui peuvent payer sera confiée aux assurances et que ces derniers laisseront le soin à l’Etat de payer pour les pauvres. Car la FFSA a souhaité que le socle solidaire ne concerne que les plus démunis. Traduisez "les pauvres ne sont pas rentables, l’Etat n’a qu’à les prendre en charge".

Le principe d’un droit universel tel que le définit la CNSA était bon, celui d’un "nouveau droit à la protection sociale, commun à l’ensemble des personnes en situation de perte d’autonomie, handicapés et personnes âgées dépendantes", mais les intentions de l’Elysée le sapent à la base. Au sein de cette caisse, le débat a déjà eu lieu. Le financement par la solidarité publique paraît, pour de nombreux membres du conseil, la seule hypothèse envisageable. Mais déjà certains risquaient : "Si les contraintes du financement public s’avéraient trop lourdes", la prévoyance individuelle ou collective pourrait intervenir non seulement au-delà de la prestation de compensation, mais dans son financement même. Et voilà lancée l’idée libérale qui remet en cause 60 ans de Sécurité sociale, malgré l’inefficacité trop souvent constatée des systèmes d’aide à l’acquisition d’une complémentaire et le peu de confiance que les Français placent dans ces produits, préférant l’assurance-vie qui offre de meilleurs avantages notamment le doublement de la prime. Les contrats d’assurance-vie avec option dépendance présentent par ailleurs un inconvénient majeur : les primes sont perdues si l’assuré ne devient pas dépendant ou s’il cesse de cotiser.

Mais qu’en pensent les Français au fait ? Le baromètre Prévoyance-la Banque Postale-TNS Sofres-La Tribune montre que huit Français sur dix, âgés de 35 à 75 ans, se sentent aujourd’hui concernés par la dépendance des personnes âgées. Et comment ne le seraient-ils pas ? On dénombre aujourd’hui plus d’un million de Français dépendants âgés de plus de 60 ans. On en comptera 200 000 de plus d’ici à 2019. Les projections démographiques tablent sur 2 millions de personnes de plus de 85 ans d’ici à dix ans. Mais alors que le gouvernement estime que "la solidarité publique n’a pas vocation à tout prendre en charge" (Éric Woerth, ministre du Budget), les Français estiment que c’est à l’État avant tout de fournir une solution en termes de logistique et de confort pour aider l’entourage des personnes qui ont perdu leur autonomie.

Les intentions très libérales de Sarkozy devront donc être tempérées par la prudence face à l’opinion publique déjà échaudée par les nouvelles franchises et les projets de réforme des retraites.


Moyenne des avis sur cet article :  4.06/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 28 novembre 2007 12:13

    Les défauts de l’APA sont connus : disparités entre départements, mais aussi insuffisance. Toujours d’après le baromètre La Tribune, la prestation ne couvrirait qu’un tiers des besoins de base des personnes dépendantes.


  • JL JL 28 novembre 2007 10:49

    « Droits des pauvres, pauvres droits ».

    De fait, l’Etat libéral est pauvre !

    Le libéralisme peut constituer une alternative crédible au socialisme, si et seulement si l’impôt progressif est réhabilité et l’évasion fiscale réprimée comme un délit.


    • La Taverne des Poètes 28 novembre 2007 11:04

      Offrir le secteur de la dépendance au marché (les assureurs) va sûrement faire bondir les Français. Enfin, j’espère qu’ils sont encore réactifs et pas tous endormis par notre sarkosident de la République...


    • Le péripate Le péripate 28 novembre 2007 11:02

      La Taverne, faux centriste, vrai gauchiste ! Bienvenue au club !

      Bon, sérieusement, ce qui m’étonne toujours chez toi, qui est un type intelligent (si si), c’est l’abus de sondages....

      Imagine la situation : tu es chez toi, en train de mater à la télé la Star Ac, on t’appelle pour te demander si l’avenir des petits vieux ça t’interesse. A moins de passer pour un gros naze, tu vas répondre oui bien sûr (qu’elle se dépêche bon sang !).

      Pour finir, la solidarité, ce n’est pas traditionnel.

      C’est MODERNE.

      Kenavo.


      • La Taverne des Poètes 28 novembre 2007 11:07

        C’est pas l’avenir des petits vieux, c’est le vôtre et le mien. On devra cotiser à un nouveau système dès 2009 et en plus cela risque d’être chez un assureur privé avec les désagréments que cela suppose.


      • La Taverne des Poètes 28 novembre 2007 11:27

        Le péripate : les sondeurs ne dérangent jamais les gens à l’heure de la Star Ac pour ne pas perturber les petites afaires, le marché de TF1.

        Pourquoi serais-je gauchiste ? Je ne suis pas pour l’Etat Providence. Mais pour le handicap, il me semble que l’effort de solidarité nationale doit être prioritaire. Les gaullistes le pensent aussi et ne sont pas de gauche non plus. Il y a des domaines où je pense que le marché est la meilleure solution.


      • Le péripate Le péripate 28 novembre 2007 22:13

        Je te taquinais.

        Gauchistes = Etat providence ?

        Sacré De Gaule, sacré Roosevelt ! Et beaucoup d’autres.

        Mais, c’est vrai qu’aujourd’hui, un type qui crierai dans la rue « Liberté, Egalité, Fraternité », c’est un gauchiste.

        Parce que la liberté, c’est la liberté du renard, l’égalité c’est devenu la fumeuse notion d’équité, et la fraternité, alors là, on te prends carrement pour un con.

        Mais, quand même, j’insiste : les sondages, c’est de la m...

        Kenavo


      • Le péripate Le péripate 28 novembre 2007 22:17

        Oui, le marché, c’est la meilleure solution pour faire ses courses.

        Et même là, le pouvoir est présent. Sans lois, sans contrats, sans état, sans seigneur et donjon, pas de marché.

        Le marché,est, a été, et sera toujours une décision politique.


      • Fred 28 novembre 2007 13:24

        Le concept de solidarité en France est : « tout le monde paie dans le système par contre tout le monde se bat pour essayer d’en tirer le plus après ». Désolé mais lorsque je discute avec mes collègues socialistes, ils sont aussi désolé que moi de payer des impôts pourtant d’après leurs dires ils devraient être contents de les payer puisqu’ils contribuent à l’effort de solidarité. On arrive donc à un paradoxe où tout le monde est pour la solidarité à condition d’en profiter et s’en forcement payer dedans.

        Pour répondre à votre question : suis-je prêt à payer ma dépendance ? J’avoue que je ne veux pas que le système devienne entièrement privé mais je pourrais me le payer si c’était le cas. Pour l’instant, je n’ai pas d’enfant donc ma contribution de sécurité sociale est largement supérieure à la dépense moyenne de santé française (qui est de 3300€/an). Mes impôts sont principalement utilisé pour l’éducation des enfants (l’éducation nationale est le premier budget de l’état, allocations familiales, défiscalisation d’une nounou...). Donc oui je pourrais être entièrement responsable financièrement par rapport à la retraite et la santé.

        Sur le système des retraites : nous avons choisi la répartition, pourquoi pas après tout. Par contre il faut bien augmenter la durée de cotisation avec l’augmentation de l’espérance de vie et là on se heurte à l’égoïsme français une fois de plus. Les gens n’ont aucun problème de se faire financer leur retraite par des gens qui doivent travailler plus longtemps mais ne sont pas eux prêts à faire plus d’effort. Donc on se dit, est-ce qu’il ne faudrait pas mieux que chacun s’occupe de sa retraite puisque personne n’est vraiment solidaire.

        Maintenant, je ne le souhaite pas car je veux aussi payer pour les autres car effectivement il y a un principe de solidarité. Par contre, j’aimerais qu’on se rende compte que les personnes sans enfant de la classe moyenne et la classe moyenne de manière plus générale sont les vaches à lait de ce système soit disant égalitaire.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès