Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Étudiant-intérimaire, le mal-aimé

Étudiant-intérimaire, le mal-aimé

Être le mal-aimé, ça devrait m'aller mais, vraiment il fallait mes, très aimables animés...

Éloignez votre Texas Instrument, elle ne vous servira à rien car l'équation est sans inconnu : été + étudiant = €€.

Si l'on met de côté la forte norme socialo-estival qui pousse les foules à s'ensabler les petons et se rougir le corps comme des sadomasochistes, à ce détail près que personne ou presque ne prend de fessées, l'étudiant doit en général activer ses glandes sudoripares dans une usine quand les températures imposent un stock d'eau fraîche dans les frigo. La manière la plus sure d'ajouter des chiffres sur son compte courant, hormis la toute puissante connaissance d'un tel, soit le fameux capital social, reste les agences intérimaires. Dans ces dernières, les quémandeurs d'emplois rencontreront différentes personnalités ; la femme quadragénaire commençant à compter ses rides et qui, en conséquence, se refuse à sourire par crainte d'aggraver ses soucis de collagène, la jeune employée tyrannique plus nostalgique que ses arrière-grands-parents dont on imagine très bien les nuits de plaisir motivées par la vue d'un portrait de Pétain et la réminiscence du bon vieux Service du Travail Obligatoire, l'agréable et fraîche demoiselle qui obtient son premier poste à responsabilité et qui met du cœur à l'ouvrage, certainement une centaine de milliards de fois de plus que la personne à qui elle trouvera un travail... Et caetera et caetera...

Les usines et les aimables usiniers

Les premières fois dans une usine, à répéter les mêmes gestes, à vérifier l'heure tous les deux millièmes de seconde, à tenter désespérément de s'échapper dans son imagination, l'étudiant finit par conclure qu'une adaptation futuriste de l'Enfer de Dante pourrait avoir pour décors son lieu de travail. Les bruits angoissants, la cadence infernale, les odeurs démoniaques, les usiniers sans âme. Tout est planté, il ne manque que le metteur en scène, à moins qu'il ne soit déjà là, à commander dans nos têtes dès la naissance. Il faut travailler, il faut de l'argent, accepter n'importe quoi du moment que tu as du pain dans ton assiette Ikea et le rire mi-sardonique mi-hystérique de Hanouna à la télévision.

Difficile d'échapper à la conclusion que les trois-huit sont définitivement la pire suite de chiffre l'Histoire. Les usiniers condamnés à ce sort sont à plaindre. Peu importe la divinité créatrice de l'univers et du minuscule point bleu, elle doit intervenir pour prouver qu'elle n'a pas abandonné ses enfants. Et si le jugement dernier avait été inventé par Ford et consort ?

Moins littérairement et sans abus de substances illicites, les usiniers sont transformés en machine. Ils ne saisissent pas que les subtilités de leur tâche, parce qu'elles existent vraiment, échappent à un novice. Ils semblent ignorer qu'il faut nécessairement prendre du temps pour expliquer de manière claire, mais justement le temps, ce sang qui fait fonctionner les fours de l'enfer, ne se partage pas. Alors, trop souvent, l'étudiant-intérimaire s'agite tel un ingénu, accumulant les erreurs jusqu'à qu'il se les voit signaler par un aimable usinier agacé.

Les études, synonyme d'inutilité ?

Les diplômes n'ont pas de résonance dans le monde réglé de l'usine. Pire encore, ils sont une inexplicable utilisation du temps qui rendent l'être humain capable de raisonner mais maladroit et lent. Il semblerait, en réalité, que les études ont du mal à se justifier d'elle même, de par le fait qu'elles ne permettent un travail plus productif. L'étudiant est dès lors accompagné d'un adjectif qui, lui, se justifie très bien tout seul ; branleur.

L'étudiant-branleur est ce(tte) jeune type/donzelle qui vient l'été ralentir la cadence à cause de son inefficacité technique et qui, en plus le(a) sans-gène, ose pointer du doigt ce qui ne va pas. Ses coéquipiers ont du mal avec la notion d'étude, surtout quand l'étudiant-branleur est étiqueté aussi rapidement que ce fromage qui passe toute la journée devant leurs yeux. Sur l'emballage, on peut lire « jeune qui vit encore chez ses parents et qui ne paye rien ! », à consommer le plus vite possible pour qu'il commence enfin à cotiser.

Le désamour qui sonne le glas de la motivation

L'étudiant-branleur, plus couramment désigné sous l’appellation politiquement correct de l'étudiant-intérimaire, a le seul défaut de ne pas s'épuiser, mentalement et physiquement, dans une chaîne, fait d'êtres humains et de machines mis au même niveau, chacun étant au service de l'autre, pendant l'entièreté d'un calendrier La Poste. Ainsi, il ne sait, ne peut savoir comment agir parfaitement. Pourtant, il attire l'exaspération, comme une mouche au moment des repas, des usiniers qui, en tant qu'employés éternels, ne parviennent pas à comprendre cette incapacité.

« Bac + 3 mais pas foutu d'utiliser une cercleuse de palettes ?! Qu'est-ce qu'on t'apprend bon sang ! ». Le ton est en fait rarement agressif (et la phrase précédente jamais prononcée à voix haute) mais l'attitude ne trompe pas le décodeur, présent en toute personne, qui traduit gestes et rictus en vérité. Il n'est pas aisé de convaincre les souriants, par nécessité communicationnelle, usiniers qui ont déjà dégainé un avis sur l'étudiant-intérimaire, au moment même où ses cernes démontrent la nouveauté d'un réveil avant les coqs.

Ni idiot, ni fou, l'étudiant-intérimaire ne parvient pas lui aussi à comprendre ce ressentiment. Comme la morale chrétienne ne l'a pas atteint à ce point, il ne tend pas l'autre joue et se renfrogne dans une absence de motivation. Celle-ci étouffe peu à peu la vitesse des mouvements, contribue au développement d'un mutisme, taille les sourcils en V et scelle les lèvres.

Les usiniers à plaindre

Les aimables usiniers considèrent leur travail aussi clair et démonstratif que la fonction respiratoire de l'Homme. Honnêtement, leur gagne-pain est également une insulte pour la capacité intellectuelle de l'Homme. Pour preuve, la volonté immédiate des neurones de trouver une porte de sortie à cet enfer de répétition, comme si l'instinct de survie poussait l'intelligence à fuir. Il n'est pas étonnant que les ouvriers en perdent un peu de leur pédagogie mais aussi de leur envie de réagir, entre d'innombrables autres, au viol constant de leur souveraineté. La réflexion est peu à peu gommée de leurs exigences. Ce sont les amateurs de zombie qui devraient se ravir, il en existe tous un tas dans les zones industrielles.

Malheureusement cette situation dessine un étudiant-intérimaire mal-aimé et qui, le ressentant, ne cherche pas à contredire les usiniers. Ce cercle vicieux explique sans aucun doute la réputation de toutes ces jeunes personnes venues quérir un maigre salaire.

Cependant, je plains franchement tous mes compatriotes dans l'obligation de tuer leur matière grise dans ses infâmes nids de désespoir et de résignation face à la servitude de l'Homo sapiens, dans une société où le respect, le bien-être, le futur s'achètent telles des boites de cassoulet...

 

Sources :

Mon cerveau, ou du moins ce qu'il m'en reste de trois-huit.

De nombreuses expériences, plus nombreuses encore que les aventures de Tintin.

Note bene :

Vous noterez bien que je n'ai pas évoqué les difficultés grandissantes pour trouver un p'tit job en cette période de reprise économique, de fin de crise, de croissance, de baisse du taux chômage, dixit les fantasmes de Franfran.

Nota bene 2 :

Vous noterez bien que je n'ai pas développé l'avantage que représente ce genre de travail pour les élites gouvernantes. L'ouvrier enchaîné est trop fatigué pour réfléchir quand il rentre du taff mais beaucoup moins pour mater des programmes débiles à travers la boite à stupidité.


Moyenne des avis sur cet article :  4.33/5   (12 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • titi 6 août 2013 21:35

    Rassurez vous, avec les délocalisations et la désindustrialisation, il n’y aura bientôt plus de tels emplois.

    Ouf !!!


    • Singe conscient Singe conscient 6 août 2013 22:06

      Vous ne croyez pas si bien dire, c’est la première année que j’ai autant de mal à trouver du travail.


    • fredleborgne fredleborgne 7 août 2013 00:44

      Putain, c’est facile de taper sur l’ouvrier embourbé dans sa bêtise, peut-être même avant que les trois-huit lui bouffent le cerveau...
      Mais il reste des bureaux pleins d’hypocrites qui avec bassesse acceptent aussi des taches minables au service de l’ordinateur, à fournir, mains et maints chiffres à des logiciels mal foutus (et chers payés) pour des stats dont tout le monde se fout, car tous les graphiques sont trafiqués pour leur faire dire ce qu’on veut, ou des rapports intellectuellement nuls.
      Mais il existe des administrations inutiles, des employés pole-emploi tampon, des flics encaisseurs qui n’ont même plus de prisons à remplir parce qu’elles débordent déjà, des mecanos qui ne peuvent plus régler de moteurs sans « valise », des maçons qui ne sont que des maquilleurs, des artistes sans inspiration pour des émissions de télé-réalité, des journalistes copier-coller, des enseignants démissionnaires
      Vite, trop vite, pour pas longtemps, sans gout, sans compétence, juste pour le fric
      Tous complices, tous votants UMPS, tous indignés, et peu vraiment revoltés.
      Alors, même un bon article est un coup d’épée dans l’eau, et ici, c’est juste dans une flaque


      • Singe conscient Singe conscient 7 août 2013 09:27

        Voyons je ne tape sur les ouvriers par méchanceté. Je ne fais que décrire une constante que j’ai pu constater.

        Cet article est donc basé sur une expérience, comment voulez-vous que je décrive un travail se déroulant dans un bureau alors que je n’y ai jamais les pieds ? A vous lire j’aurais du écrire un article de quelques centaines de milliers de mots sur tous les jobs avilissants.

        Alors mettez plutôt des bottes avant de sauter dans la flaque, ça évitera que vous vous en foutiez de partout.


      • fredleborgne fredleborgne 11 août 2013 23:03

        Je vous cite

        Sources :

        Mon cerveau, ou du moins ce qu’il m’en reste de trois-huit.

        De nombreuses expériences, plus nombreuses encore que les aventures de Tintin.

        Rien à voir donc avec votre réponse « Je me base sur une expérience »

        Je lis aussi « Usinier sans âmes »

        Heureusement que des écrivains plus aguerris ne se sont pas arrêtés à cette piètre opinion d’un humain, et là je suis d’accord avec vous, asservi à un travail peu qualifié. Finalement, je pense que votre bac plus 3 vous empêche de voir vos pieds, tandis que les petits ne peuvent que voir votre cul quand ils lèvent la tête.

        Mais si vous avez un beau brin de plume, assez caustique, il convient de l’appliquer avec plus de discernement, ce que je vous souhaite évidemment pour la suite, car je n’aime pas trop les articles aseptisés


        • Singe conscient Singe conscient 14 août 2013 15:01

          Vous lisez aussi comme vous le voulez. Usiniers sans âmes n’est pas un jugement mais un constat. Je critique tout spécialement le travail qui pompe leur « âme ». Même remarque pour « expérience », je parle « d’expérience en usine ».

          En revanche, j’aime beaucoup votre formule " Finalement, je pense que votre bac plus 3 vous empêche de voir vos pieds, tandis que les petits ne peuvent que voir votre cul quand ils lèvent la tête". Dommage qu’elle soit un peu trop longue parce qu’elle pourrait figurer dans une papillote.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès