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Evaluation à cinq ans : contrôle social ou contrôle technique des élèves de maternelle ?

La nouvelle d’une évaluation des élèves en maternelle de grande section vient d’être annoncée dans les médias, avec une présentation censée susciter une indignation, notamment de la part des premiers intéressés, les instits, qui devront se prêter à cette enquête. Les réactions ne se sont pas faite attendre. Les représentants de la FCPE ont le micro tendu. Les médias savent bien jouer le coup, pour faire du buzz et jouer sur les émotions. Selon le journal le Monde le projet viserait notamment à produire une classification des élèves en grande section selon trois « grades », RAS, risque, haut-risque. Sous-entendu, les uns poursuivront une scolarité normale, alors que les autres risquent d’avoir des petites et grosses difficultés et pourquoi pas, seraient éventuellement les fauteurs de trouble dans une classe. Etrange évaluation. Cela ressemble à l’armée de l’ancien temps, quand les jeunes passaient les trois jours pour recevoir le fameux papier, apte, exempté ou bien réformé. L’armée décidait de vous incorporer pour le service si elle vous reconnaissait apte à subir l’encadrement militaire et obéir à la hiérarchie. RAS, cela signifie-t-il qu’un élève est bon pour le service de l’éducation nationale ? Quant à ceux qui seront classés à risque, on n’imagine pas que la France les abandonne et les mette à l’écart.

 Que penser de cette affaire ? D’abord, il faut savoir de quoi on parle. Il existe déjà un traité d’évaluation comptant pas moins de 60 pages, disponible depuis plus d’un an. Il n’est pas question de classer les élèves selon les catégories mentionnés par les médias. Sous réserve qu’il existe une seconde version de ce document, on peut convenir qu’il ne contient pas les termes RAS, risque, haut risque. Faites une recherche, vous ne trouverez pas ces occurrences. Cette rectification faite, il est possible que le ministère ait l’intention de faire cette classification, auquel cas, l’idée qui n’est pas dans le rapport sera soumise aux inspecteurs de l’éducation nationale. Pour une expérimentation devant débuter en novembre 2011, alors que l’évaluation en GS de maternelle était déjà inscrite dans un décret datant de 2008. Le document d’aide à l’évaluation des acquis en maternelle prévoit bel et bien un bilan mais ne précise pas quelle sera l’utilisation de ce bilan. En l’étudiant avec honnêteté, on s’aperçoit que ce texte ressemble à un didacticiel assez élaboré proposant de déceler des points d’apprentissage afin de les corriger. Le principe se rapproche du contrôle technique automobile avec ses dizaines de points de contrôle et les points à corriger obligatoirement parce qu’ils sont accidentogènes. Pour un élève de maternelle, l’idée est aussi de faire passer des tests comme autant de points de contrôle et ensuite, de procéder à une correction de ces points comme cela est proposé dans les différents encarts placés dans le document.

 En creusant un peu plus, on finit par le trouver, ce document qui, produit par le laboratoire Cogniscience de Grenoble, prévoit une notation des épreuves et la fameuse classification selon une échelle de risque de 1 à 3. On comprend que l’idée qu’un gosse de cinq ans puisse être catalogué comme à risque puisse choquer et c’est légitime. Pire, c’est la procédure qui mérite d’être jugée comme tendancieuse car on a le sentiment que dès le plus jeune âge, nos bambins sont pris comme des cobayes. Le vocabulaire est édifiant. Ritualisation forte qui rassure les enfants et les met en situation de réussite. Ce document complémentaire est plus qu’un décret d’application du précédent, c’est un pas de plus dans la procédure d’industrialisation de l’éducation. Comment parler de rituel dans le cas de gamins qui ont à peine fini de sucer leur pouce. Ritualisation comme les épreuves de master chef réservés aux aspirants grand chef cuistot. Sans aller jusqu’à la polémique, on peut s’interroger sur l’impact réel de ce texte qui selon les sources, serait proposé facultativement aux enseignants après un briefing des inspecteur de l’EN. S’agit-il d’aider des enfants en difficulté ou de se servir des enseignants comme de psychologues scientifiques faisant remonter des données chiffrées aux centres de contrôle du ministère ? Affaire à suivre.

par Bernard Dugué (son site) jeudi 13 octobre 2011 - 23 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par velosolex (xxx.xxx.xxx.81) 13 octobre 2011 18:19
    velosolex

    HALTE ! CONTRÔLE TECHNIQUE !
    Utilisée à toute les sauces, il envahit tout l’espace public
    Tout y passe, voiture, maison, contrôles en tous genres, certification des hôpitaux et de tous les espaces publics.
    Voilà le temps venu des certificateurs zélés.

    Voilà qu’ils s’attaquent aux gosses, maintenant !
    On va nous les affubler d’un AAA+ pour les plus performants.
    Les autres, Les BBB -, ils n’auront que leurs yeux pour pleurer.
    Bravo pour le message d’encouragement au seuil de leur vie.Alors qu’on sait bien qu’à cet age, tout se construit, rien n’est figé.
    Les mots me manquent pour dire le dégout que j’éprouve.

    Société de comptables, de géomètres à la petite semaine, tentant d’arpenter et d’évaluer l’intelligence !

    Halte à la stigmatisation dites vous ?
    Qu’est ce qu’on va leur proposer aux pauvres gamins et à leurs parents ? Une cellule de soutien psychologique.
    Peut-être ne connaitront-ils pas le résultat de l’évaluation me direz-vous.
    Dans ce cas, c’est encore pire. Il s’instaurerait entre enseignants et parents, un climat d’interrogation insidieux, et d’interprétation. "Il me fait ces remarques parce que mon gamin n’a pas été brillament évalué !"

    Effectivement, on connait l’impact de ce genre de fichage sur le regard que l’adulte posera ensuite sur l’enfant, et ce même de façon inconsciente.

    Une expérience a été faite aux États-Unis dans ce sens. (malheureusement je ne possède plus les références, quelqu’un les aurait-il par hasard)
    Une groupe de cliniciens psychologues informa plusieurs dizaines d’enseignants, qu’un enfant ou deux qu’ils avaient en cours, bénéficiaient d’un suivi psychologique et d’une évaluation ad hoc.
    Ils stipulaient que ces enfants qui ne pouvaient pas forcément paraître remarquables au vu de leurs résultats, étaient en fait des petits génies, des surdoués plus ou moins cachés que leur laboratoire suivrait jusqu’à l’adolescence.
    Pour tout suivi, il n’y eut en fait que deux évaluations : Une faite dans la prime enfance, l’autre dix ans plus tard. En dehors de ça, absolument rien.
    Tous les enfants soi disant suivis, virent leurs tests d’évaluation final relever une amélioration prodigieuse de leur potentiel.
    En fait, tous ces enfants avaient été choisis au hasard, dans un panel d’enfants totalement dissemblables, socialement et intellectuellement. Un groupe totalement hétérogène, des bons, des moyens, des mauvais, des passables, dont on s’était d’ailleurs bien sûr gardé de parler des buts de l’expérience, utilisant un prétexte quelconque !
    Toute cette histoire n’avait été qu’un mensonge. Disons plutôt un montage astucieux !
    Seule était probante la réussite des cobayes, devenus leaders de classe.
    Ce qu s’était joué : C’était le regard bienveillant du professeur, persuadé d’avoir affaire à un petit génie, et qui inconsciemment avait fait des efforts.

    Les enfants n’avaient pu que s’épanouir dans ce climat favorable où le message d’accompagnement positif , persuadé de leurs capacités à s’améliorer, avait boosté leurs capacités,

    Au contraire, dites à un enseignant, ou n’importe qui d’ailleurs, que l’enfant présente des troubles, et soyez sûr qu’il se formatera de façon adéquate, en admettant l’échec avant qu’il n’arrive.....Au mieux.

    J’espère que les enseignants feront front contre cette ignominie !

  • Par jef88 (xxx.xxx.xxx.117) 13 octobre 2011 17:25
    jef88

    Les inspecteurs ont ils enseigné dans une classe de maternelle ?

    La est la question............. Ils n’y connaissent rien .

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