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Facebook, journaux intimes et mises en scène voyeuristes

Une question toute brève me vient à l'esprit quand je rencontre des personnes qui s'affichent sur Facebook, parfois à outrance, comme les politiques pendant les campagnes électorales ; pourquoi ce réseau social plaît tant ?

Je suis bien au courant qu'il en existe d'autres, Twitter, instagram et compagnie, mais Facebook c'est tout de même plus d'un milliard d'utilisateurs actifs par mois dans le monde (source 1) et dix-huit millions d'utilisateurs actifs par jour en France (source 2). Chiffres hallucinants quand on sait que Zuckerberg a créé, ni plus ni moins, que le meilleur espion de l'Histoire. À coté, James Bond est un dandy qui a la syphilis et les ninjas sont des acrobates has-been. Pourquoi donc, que bête immonde à cornes, Facebook plaît tant ?

Quoi de plus normal dans une société où le voyeurisme constitue une part importante des relations à autrui, spécialement dans les médias, d'aimer se (re)-présenter sous tous les angles. En revanche, l'aspect intimiste a des raisons de soulever les sourcils ou de gratter les mentons. J'ai toujours conçu les skyblogs (rappelez-vous ça pullulaient comme des limaces après la pluie il y a quelques années) comme des journaux intimes où les individus se mettaient en scène, à la façon d'une mauvaise bande-annonce de série b. Déjà à l'époque j'étais frappé, à en voir des étoiles, du caractère personnel de ce que je pouvais lire sur les blogs de mes amis et tout particulièrement de mes amies, qui étaient, il faut bien l'avouer, une collection de poncifs inintelligibles sur l'amour, l'amitié, et autres valeurs passées sous la loupe marketing.

Les skyblogs annoncèrent le règne du tout social sur Internet, ainsi que l'intronisation de Facebook, ô grand roi des réseaux sociaux. Celui-ci regroupe de nombreuses manières de se sociabiliser sur ordinateur (échanges de photos, vidéos, mails, chat etc...), ce qui, en plus d'expliquer une partie de son succès, veut dire que les moyens de s'exprimer sont légions. Vous allez pouvoir annoncer de dix façons différentes que vous avez adopté un chaton, dont vous n'oublierez pas de commenter la mignonnesse, ou que vous avez lu un livre, dont vous prouverez la qualité par des citations. Vos amis vont véritablement apprécier ces représentations de votre personnalité. Maintenant, vous êtes connu en tant que fin littéraire amateur de félidé, deux passions, somme toute, assez peu compatibles. Utiliser un chat en tant que marque-page semble inefficace et les ouvrages sur ces petites boules de poils ne savent toujours pas ronronner.

Vous l'aurez donc compris, avec Facebook, chaque usager a de la colle au popotin et peut s'afficher sans soucis ; ne vous inquiétez pas ça tiendra. Vous pouvez même profiter de séances de psychothérapie gratuites en confiant vos problèmes de couples, en gagnant des « j'aime » dénués de sens, à moins que quelqu'un vous souhaite le malheur dans votre vie amoureuse. Facebook serait-il alors, entre autres, le nouveau journal intime numérique ? Par contre, le voyeurisme n'interroge pas parce qu'il est impossible de considérer ces différents amas d'émotions, qui dégoulinent telle une tomme de Saint-Marcellin passée de date, autrement que comme une représentation, où le metteur en scène et les spectateurs se congratulent mutuellement en espérant obtenir le même résultat quand les rôles s'inverseront.

Le voyeurisme sur Facebook c'est aussi comprendre qu'un serveur conserve toute votre œuvre théâtrale. Mais avant-tout, c'est comprendre qu'utiliser ce réseau social, c'est participer à un jeu de mise en scène particulier, ressemblant pourtant fortement à la sociabilisation hors-réseau. Ce jeu est particulier car il accentue la quête de reconnaissance par des moyens que tous les jours les médias, poules industrielles qu'ils sont, pondent tant et si bien qu'ils sont devenus des normes. L'émotion, pour rassurer Lara Fabien, l'érotisme, pour ravir Marc Dorcel, et la bien-pensance, pour s'accorder avec David Pujadas. Ce sont ces trois moyens pour se faire « liker » qui sont entretenus par Facebook et ceux-ci, jusqu'à preuve du contraire, ne suscitent aucun intérêt pour de la chauffe neuronale.

Le paranoïaque en moi y voit un outil de conservation du système, prônant divertissement avant réflexion. Ce n'est malheureusement pas les soi-disant révolutions Facebook qui pourraient prétendre le contraire. De plus, on se met en scène sur Facebook de façon impudique voire vulgaire et on se confie comme si Freud faisait partie du dispositif. J'aimerais qu'il soit donné la possibilité à chaque usager de ce réseau social de prendre un peu de recul par rapport à leur espion préféré, ne serait-ce que pour se rendre compte que « vie privée » et « dignité » sont deux mots qui s'attachent très mal au fonctionnement de Facebook.


 

Nota bene : je vous conseille de lire l'oeuvre de Goffman pour mieux comprendre l'importance de la représentation dans le quotidien.

 

Source 1 :

http://news.yahoo.com/number-active-users-facebook-over-230449748.html


Source 2 :

http://www.journaldugeek.com/2013/09/05/facebook-26-millions-dutilisateurs-actifs-par-mois-en-france/

 


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15 réactions à cet article    


  • La râleuse La râleuse 22 novembre 2013 16:02

    Bonjour Singe conscient,

    Je me suis inscrite sur Facebook il y a maintenant 5/6 ans à la demande d’une nièce qui trouvait plus réactifs les échanges par ce biais (discussion, publications de photos).

    D’abord expectative, je n’ai abordé Facebook qu’avec beaucoup de circonspection (la diabolisation des réseaux sociaux ne m’incitait pas à fréquenter le site plus que nécessaire). Puis j’y ai découvert des centres d’intérêts avec les infos publiées par des journaux comme Médiapart ou Rue 89, avec les publications d’assos caritatives, avec la découverte d’humoristes comme Pierre-Emmanuel Barré, Guillaume Meurice, la revue « Le Coq des Bruyères » (la liste n’est pas exhaustve). Enfin je m’y suis fait un cercle très restreint mais très en osmose de copines et copains.

    Alors, oui, maintenant je ne passe pas une journée sans me rendre sur Facebook et j’y prends plaisir chaque fois.

    Ceci pour vous dire que Facebook, c’est comme l’auberge espagnole qui, selon la formule de Philippe Adoum Gariam, est un endroit où chacun arrive avec ses provisions, ce qu’il aime, ce qu’il a prévu. On ne partage pas tous la même nourriture : il n’y a pas un menu, mais chacun mange ce qu’il a pris avec lui.

    Cordialement, 

    • Singe conscient Singe conscient 22 novembre 2013 16:18

      Vous avez bien raison de profiter des avantages qui vous arrangent et, comme vous l’avez surement deviné, je ne traite que des personnes qui se mettent en scène sur Facebook.

      En revanche, je ne peux que vous conseiller de faire attention à ce que vous faites sur ce réseau, même s’il vous semble que votre cercle est restreint (les politiques du site évoluent souvent et sont piégeuses notamment).


    • La râleuse La râleuse 22 novembre 2013 16:27

      Faire attention, Singe conscient, JAMAIS, bien au contraire. 
      Je suis arrivée à un âge où prudence devient synonyme de lâcheté et, lâche, je ne l’ai jamais été.


      Si vous avez l’occasion de parcourir (même brièvement) une des chroniques que j’ai publiées sur l’agora, vous constaterez que je ne suis pas du genre à me montrer prudente.
      Je défends ce que j’aime mais je n’hésite jamais à vitupérer contre ce/ceux que je n’aime pas et je publie ces chroniques sur ma page Facebook.

      Cordialement,

    • Singe conscient Singe conscient 22 novembre 2013 19:36

      À mon humble avis, il y a une différence entre montrer de la prudence quand il s’agit de défendre ses idéaux et montrer de la prudence (que je nommerai bon-sens) quand il s’agit d’aller sur un site qui vous espionne pour vendre des informations à votre sujet.


    • Xenozoid Xenozoid 22 novembre 2013 16:23

      facebook is good ,cela permet de reduire les facture telefone,free


      • Le421 Le421 22 novembre 2013 18:22

        J’ai créé un compte Facebook... Après avoir lu ce que certains mettaient dessus, je suis devenu quasiment allergique à ce mode de communication.
        Ma belle-fille est dans le Top10 de tous les jeux Facebook. Son homme travaille et s’occupe de la maison quand il rentre...
        Elle joue.


        • Constant danslayreur 22 novembre 2013 20:55

          Désolé, je sais qu’il ne faut pas rire du malheur des autres, mais il y a de ces destins je vous jure...


        • stepht 25 novembre 2013 17:12

          En somme, votre opinion de facebook, c’est votre opinion de « certains » comptes, et en particulier celui de votre belle-fille. Bon...
          Et en admettant que votre belle-fille consacre plus de temps à jouer sur FB qu’à votre fils —pardon— qu’à son mari, vous croyez que le problème soit FB ?! Mais FB n’est qu’un symptome, pas une cause. Si vous supprimez ce symptome sans vous attaquer à la cause, vous obtiendrez juste de nouveaux symptomes : le club de rotin, le bingo, le péhèmu, la téléréalité, ......


        • Appolonius de Zante Appolonius de Zante 22 novembre 2013 21:52

          Face de bouc, c’est mieux que la Gestapo. Les voisins ne vous dénoncent pas, vous vous dénoncez tout seul. Le KGB, la Gestapo et la CIA en ont révé. Face de bouc l’a fait. Et des imbéciles en usent et s’en vantent.


          • eieiei 23 novembre 2013 08:41

            Comme dit dans l’article en fait Facebook c’est le meilleur espion du monde.


          • Pepe de Bienvenida (alternatif) 23 novembre 2013 11:17

            La servitude volontaire, c’est le top. Finalement on a tous un petit côté SM.


          • stepht 25 novembre 2013 17:23

            Mais non ! FB, un espion ? Euh... imaginez donc... Votre agence de renseignement nationale préférée vous envoie « espionner » son némésis. Vous croyez que votre meilleure source d’information, ce sera son organisme de propagande ? Parce que c’est bien ça un compte facebook : c’est de la propagande personnelle ! N’importe qui peut raconter n’importe quoi. Il se trouve encore des naïfs pour prendre pour argent comptant ce qui s’y raconte ?
            Bah...
            Par contre, il y a un autre aspect, bien plus dangereux, dont il semble que tous les détracteurs sympathisants du contre-espionnage soient bel et bien parfaitement inconscient, c’est la façon dont FB (ou autres : gougueule, yahou, instatruc, faites votre choix...) collecte(nt) tout ce qui peut passer par le navigateur de l’internaute. Le vrai danger est là. Pas dans les soi-disant photos personnelles faux-toshoppées dont les agences de renseignements —qu’elles soient publiques ou étatiques— n’ont que faire !


          • bonnes idées 23 novembre 2013 11:09

            Effectivement. Si un jour vous avez un démêlé avec la justice, ils sauront vous ressortir la petite phrase assassine que vous aviez écrite il y a plus de 40 ans (de même pour moi ici).
            Les paroles s’envolent mais les écrits restent et plus c’est gros plus ça passe !
            Décidément nous sommes entourés de crétins incultes.


            • Crab2 23 novembre 2013 11:50

              « j’aime » dénués de sens, à moins que quelqu’un vous souhaite le malheur dans votre vie amoureuse. Facebook serait-il alors, entre autres, le nouveau journal intime numérique ? Écrit singe conscient


              Seulement, voilà le voyeurisme est une chose l’Art en est une autre bien plus difficile


              …on se demande comment la censure cléricale de l’époque a laissé « passer » cette œuvre si « réaliste » ( selon Philippe Solers )


              Suites :

              http://laicite-moderne.blogspot.fr/2013/11/le-baiser-athee.html


              Accueil :

              http://laicite-moderne.blogspot.fr/



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