Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Faites vos jeux

Faites vos jeux

Quand la roulette ruse …

Les rencontres du Bonimenteur

Étranges sont les voies du hasard et d'Agoravox ! Un commentaire, une invitation à partager le couvert envoyée comme un coup de dés. Je réponds, nous nous trouvons et me voilà l'invité improbable d'un joueur professionnel. Je pensais descendre la Loire et je me retrouve à Las Vegas …

Mon hôte connaît mon peu d'attirance pour les jeux d'argent, il a lu un billet assassin que j'avais écrit à l'occasion de l'ouverture des marchés aux paris sportifs. Je n'y allais pas avec le dos de la cuillère ! Pourtant, il n'hésite pas à m'avouer sa manière de vivre ; depuis plus de vingt ans, il est joueur dans les casinos de France, et c'est de cette activité qu'il tire de quoi vivre convenablement …

Passée la surprise, ma curiosité a pris le dessus. Comment fait-il ? Comment s'organise-t-il ? Lui arrive-t-il de perdre ? Peut-on vraiment gagner régulièrement ? Toutes les questions qu'un béotien de la chance et du hasard ne manquerait sans doute pas de se poser également.

Par discrétion, je me garde de vous divulguer le prénom de cet étrange personnage, sorti tout droit d'un livre de Lucien Bodard. Sa compagne réserve, elle aussi, bien des surprises et rencontrer ce couple béni des Dieux de la chance un vendredi 13 est un curieux clin d'œil du destin. Avec mes pieds en vrac, nous réinventons la loterie des gueules cassées !

Monsieur joue à la roulette. C'est son gagne pain, sa carte de visite. Il écume les casinos du pays avec une martingale dont il garde jalousement le secret. « Nous étions trois à la connaître dans le pays. L'un est mort, l'autre a disparu de la circulation, moi, je continue d'œuvrer modestement pour me dégager un revenu mensuel nécessaire pour vivre tranquillement ! »

Là, j'avoue que je ne croyais à peine à ses propos. Comment n'est-il pas repérer dans ces lieux si étroitement surveillés ? Pourquoi d'autres n'usent-ils pas de la même stratégie puisqu'elle semble infailliblement si profitable ? J'interrogeai mon roi du tapis vert et de la petite boule qu'il ne faut pas perdre -de vue-.

Il dévoila un peu de sa technique, point trop cependant car il me savait capable de mettre sur le papier ce qu'il allait me céder. Nous jouions tous les deux un jeu serré. Il avait les cartes en main et j'essayais vainement de trouver sa coupe. Mais pas de carte, à la roulette, une boule qui tourne, un croupier qu'il faut « sentir » et épier, un tapis où se joue tous les travers d'un monde factice.

Il ne joue que les coups alternatifs : Noir ou Rouge, Pair ou Impair, Passe ou Manque. C'est du moins ce que j'ai compris de ce langage ésotérique pour moi. Toute la méthode consiste à ne jamais se mettre en danger et au pire, finir par se rétablir en cas de déveine persistante. Là, ce n'était pas trop compliqué même si ses calculs sur les mises successives tenaient d'une étrange arithmétique de boutiquier.

Ce qui devint obscur pour moi c'est son histoire de trois joueurs en un seul. L'homme s'il venait à essuyer une série défavorable, abandonnait le premier rôle, pour repartir à zéro avec son second lui-même sur une nouvelle série, oubliant alors les pertes du premier. C'est clair pour vous ? Pour moi, j'avoue ne pas avoir tout saisi, je perdais la boule et rien n'allait plus !

Je cessai de vouloir comprendre les arcanes d'une recette infaillible puisque expérimentée depuis si longtemps pour m'attacher à l'environnement de la chose. J'avoue une fois encore ma surprise, mon étonnement, j'irai presque jusqu'à l'admiration devant tant d'organisation. Il part pour une période de dix jours. Il se loue un lieu agréable, se déplace en taxi, se laisse souvent inviter au Casino car il y est vite repéré comme un gagnant régulier , une clientèle rare à laquelle on veut s'attacher jusqu'à ce qu'elle perde !

Tous ces menus frais étant naturellement défalqués des gains espérés. La règle d'or étant de ne jamais s'enflammer et de rester fidèle aux objectifs fixés. Quand ils sont atteints, il faut savoir se retirer du jeu et ne pas se laisser griser par une chance illusoire. C'est au Poker que notre homme, connut sa descente aux enfers, celle qu'on associe à cet univers impitoyable. Nul n'est infaillible. L'alcool, les pertes, les mauvaises rencontres lui firent une vilaine passe. Depuis, il est revenu à son cœur de métier !

Quant à madame, elle le rejoint parfois pour mettre quelques pièces dans les bandits manchots. Elle a une chance étonnante. Je ne pouvais le croire, on me fournit une chemise avec la liste de tous les chèques qui lui furent remis dans ces jeux à gratter que je ne croyais destinés qu'à plumer les braves gens. J'allais me retrouver avec du goudron et des plumes sur un rail de chemin de fer …

Ainsi, il existe dans ce pays quadrillé par la Française des Jeux et la bande des quatre familles qui tiennent les casinos, un couple qui fait son beurre sur le dos de la crémière. Ils sont heureux ainsi, se limitent dans leurs exigences, attendent le grand soir où la combinaison qu'ils jouent depuis si longtemps au loto sortira pour le gros lot (voilà un contre-exemple pour eux).

Ils bénéficient d'une couverture sociale destinée aux plus démunis car ils ne disposent d'aucun revenu officiel. Je ne peux les en blâmer, je pense bien que cette exonération des gains aux jeux de hasard est une invention des bandits qui nous gouvernent pour favoriser de bien plus grands et plus respectables détrousseurs fiscaux.

Je les remercie encore de leur accueil. J'espère que ce compte-rendu ne les chagrinera pas. Ils me parlèrent de bien autre chose encore, de passions qui les animent, d'écriture encore, pratique à laquelle tous les deux succombent avec la même ferveur. Je n'étais au bout de mes surprises quand je découvris que madame prenait des cours de Wallon et qu'elle apprécia ma fable à la manière de Gaston Couté. Voilà encore un domaine qui ne les fait pas ressembler à grand monde …

Aléatoirement leur.


Moyenne des avis sur cet article :  4.11/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 16 juillet 2012 23:37

    J’aime les marginaux ; pourtant ils ne sont pas toujours faciles à fréquenter ; mais tant que le monde pourra abriter des gens de la sorte, ce ne sera pas un si mauvais monde !
    L’homme ordinaire n’est-il pas extraordinaire ?
    Bien sûr que si...


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 juillet 2012 07:25

      Alinéa


      Vivre à la marge garantit la possibilité de sortir de la page. Tant que cette possibilité existe, il nous reste des espaces de liberté.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès