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Accueil du site > Actualités > Société > Fanatisme et fantasmatique comme altération du religieux ou du (...)

Fanatisme et fantasmatique comme altération du religieux ou du rationnel

Les attentats de Paris et Bruxelles perpétrés en 2015 et 2016 nous ramènent à cette cruelle vérité. Il existe des hommes capables de se faire sauter en entraînant avec eux des dizaines de victimes. Et c’est d’ailleurs leur principal souci que de faire le plus de dégât possible tout en choisissant quelques cibles symboliques comme un aéroport, une salle de spectacle ou un grand stade. Face à ces horreurs, la classe politique et médiatique peine à trouver les mots pour nommer ces individus toxiques. Salauds, fous, monstres, djihadistes, radicalisés ? Ces qualificatifs qualifient mais n’atteignent pas la vérité pour autant qu’elle existe. Si une vérité est possible, ce sera une affaire de philosophie. Il existe un mot pour désigner ces individus sortis des clous de la civilisation. Ces gens sont des fanatiques. Un célèbre petit texte de Voltaire nous ramène à la philosophie du fanatisme. Mais si l’on veut philosopher jusqu’au bout, alors on ne réduira pas les fanatismes à quelques catégories d’individus présentant des traits communs comme ceux-ci livrés par l’actualité : ils se réclament du Coran, ils sont des hommes jeunes et bien souvent, ils n’ont pas pu trouver leurs marques dans la société. Les clichés et les caricatures ne servent pas la recherche de vérité.

Le fanatisme n’a pas de domaine privilégié. Dès que l’homme se place dans un système permettant de structurer sa pensée et donner sens à l’existence, le fanatisme peut s’insinuer. Nul ne contestera que l’on trouve des fanatiques dans la chrétienté, le judaïsme, l’islam, mais aussi dans des univers gouvernés par l’idéologie avec des exemples historiques édifiants, le nazisme certainement, le communisme peut-être sans oublier la terreur qui a suivi la révolution de 1789 ou la saint Barthélemy. La science devenue idéologie secrète aussi des tendances assimilées au fanatisme, dans certains cercles écologistes, au sein des transhumanistes voire même chez quelques scientifiques dont l’objectif est de liquider la religion en utilisant les résultats de la science. Mais comme on le verra, le terme de fantasmatique convient mieux aux idéologies. Comment doit-on concevoir le fanatisme (étendu au fantasmatique) et quels sont les facteurs et les causes profonde qui le font prospérer ? Ces deux questions sont fort utiles par les temps qui courent et où la sérénité des discussions n’est plus toujours acquise alors que de par le monde, les différentes formes de fanatismes semblent s’être donné rendez-vous dans l’Histoire.

Le fanatisme fonctionne avec le principe du système immunitaire tel qu’on le trouve dans les systèmes vivants avec le virus comme élément à haute portée signifiante. Les travaux les plus récents ont mis en évidence une réaction des bactéries et des virus géants face à des séquences d’ADN viral. Ce qui se dessine dans ce « monde à peine vivant », c’est une guerre de l’information. Chaque système maintient son information et se prémunit contre des informations pouvant mettre en péril son « identité ». Comme s’il existait une loi universelle de l’information. Les systèmes se nourrissant de l’information, la digérant, l’intégrant, l’ordonnant ou alors se défendant contre des informations pouvant fragiliser l’existence des systèmes, voire les mettre en péril. Le fanatisme présente des variantes extrêmement violentes qu’il faut analyser. On cherchera aussi d’autres formes moins toxiques définies comme fantasmatique. Ces phénomènes nous disent quelque chose de profond sur l’existence humaine et sur l’information naturelle qui chez l’homme est devenue culturelle ou cultuelle. Ces déviances ont pour ressort une altération des capacités de voir la réalité et de l’interpréter. C’est un défaut du système de pensée et de traitement de l’information dans lequel la raison ne fonctionne plus, ou alors fonctionne en traitant des informations déformées.

Le fanatisme se caractérise doublement avec un aspect psychique concernant la structuration du moi, le rapport au symbolique, au passé et à l’avenir. Puis un second aspect, lorsque le fanatique devient offensif et passe à l’acte. Le fanatisme est présent au sein de mouvements sectaires, parfois politiques ou idéologiques, avec des individus dont la structuration du moi se fait en dehors des médiations sociales permettant à l’homme de vivre en société en acceptant l’autre, que ce soit par respect de la différence portée par autrui ou parce que l’autre nous enrichit. Le fanatisme se situe dans une autre société qu’il imagine dans son système de représentation et qu’il cherche à transmettre à des individus disposés à adhérer à son « irréalité ». La communication des idées fanatiques se fait à la manière des infections virales. L’Histoire a même connu des fanatismes organisés par un régime et affectant un pays entier. Ce fut le cas de l’Allemagne nazie.

Il existe plusieurs formes de fanatisme dont le ressort est une déstructuration de la pensée qui s’accorde à une irréalité. La pensée acquiert un contenu dans lequel le sens moral ou religieux est altéré. Le fantasmatique est quant à lui de nature obsessionnelle et s’applique à des normes idéologiques, des sujets de polémique, des questions de personne et très souvent des considérations techniques pouvant engendrer diverses obsessions d’ordre sanitaire ou écologique. On trouvera dans la plupart des cas un contenu moral. Les uns combattent le mal, d’autres agissent en croyant faire le bien et n’hésitent pas à imposer à d’autres une manière de faire au nom du bien que l’on veut imposer aux autres même s’ils n’en demandent pas tant. Le rapport entre le fanatique et l’homme disons raisonné s’interprète sur le modèle de la défense immunitaire. Le fanatique se sent menacé par un élément étranger qui l’empêche de se reconnaître et remet en cause son identité sociale. C’est le même processus en œuvre chez le narcissique qui, comme l’a souligné Peter Sloterdijk, acquiert le sentiment d’avoir perdu son intégrité lorsque sa fierté est blessée. En ce cas, le narcissique est troublé parce qu’une information exogène a pénétré en lui sans qu’il ne puisse la repousser. La vexation constitue alors une agression pathogène mettant en péril le narcissique primaire et son fantasme d’intégrité psychique. Ce fantasme peut être dépassé par un processus de maturation mais il peut aussi devenir obsessionnel et finir par fonctionner comme un fanatisme. Le narcissique exacerbé se définit comme le « fanatique » de sa propre image. Il ne voit plus que lui. A l’instar du fanatique religieux qui ne voit plus que la représentation qu’il se fait de Dieu et croit devoir obéir à quelques préceptes lui assurant le salut.

Le fanatisme appartient bien à l’homme et pas à l’animal. On rappelera la distinction entre le fanatisme lié au processus de déstructuration du sujet et une autre « psychopathologie » moins toxique, le fantasmatique, qui relève plus de l’obsession. En usant de la distinction forme et contenu, le fanatisme se conçoit avec une altération du contenu subjectif et intersubjectif, autrement dit une incapacité du sujet à accepter le monde et se conformer à quelques valeurs et règles sociales permettant de « faire société ». Dans le phénomène fantasmatique, c’est plutôt la forme qui, devenue envahissante tel un virus dans la pensée, perturbe le système du désir sans modifier le contenu subjectif ou altérer les déterminations relationnelles essentielles. Bien souvent, le fantasmatique s’insinue chez des individus en déficience de contenu spirituel et qui cherchent à fuir leur vide d’Etre. Il y a une différence entre le fanatisme qui se fait sauter dans le métro et le fantasme des écolos obsédés par le réchauffement climatique ou bien la pureté des aliments bio. Le principe de précaution relève aussi d’une dérive fantasmatique. Ce principe n’a rien d’une valeur ni d’une vertu. La prudence guide les hommes doués de raison. Le principe de précaution conduit souvent à des mesures irrationnelles comme fermer un parc à l’occasion d’un coup de vent ou interdire une plage parce qu’il y a de grosses vagues.

Nous voilà bel et bien face à la signature du monde au 21ème siècle. Les individus sont piégés par des sortes d’infections virales dont les plus toxiques poussent quelques uns au fanatisme alors que la majorité se situe dans le fantasmatique, autrement dit une vie projetée dans la forme, les usages et les désirs. Ce fantasmatique se retrouve en politique et tente de corriger les accidents avec des mesures disproportionnées, ou bien veut corriger souvent des effets qui n’ont pas une grande incidence sur nos existences ou qu’il n’est pas possible de maîtriser. Bref, le fantasmatique est en œuvre dans de nombreux secteurs, le bio, le climat, la voiture électrique, le développement durable, les craintes sanitaires, les obsessions religieuses, les mesures policières et sécuritaires et même au niveau individuel, le narcissisme. Ces traits ne datent pas d’hier mais prennent des formes contemporaines à la mesure des changements sociaux et techniques.


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11 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 6 avril 11:33

    Il existe aussi des hommes capables de larguer des bombes sur des peuples pour assassiner femmes enfants ou vieillards..notre président est de cette « race » de bonimenteur pour aller faire 5 guerres hors de France...arguant de prétextes douteux pour cacher ses turpitudes... !


    • L'enfoiré L’enfoiré 6 avril 19:45

      Bonsoir bernard, 


      « le terme de fantasmatique convient mieux aux idéologies »

      Exact. C’est pour cela que supprimer le mot « croire » de mon vocabulaire pour le remplacer par « penser ».
      Ne plus « croire » ni à gauche, ni à droite, ni en haut, ni en bas....
      Je suis devenu un testeur qui ne pense avoir trouvé une vérité qu’en la pensant dans ses tenants et aboutissants.
      Cela s’appelle de l’athéisme complet, non ?
      La fantasmagorie ne m’intéresse plus.

      • Pierre Régnier Pierre Régnier 7 avril 10:23

        @L’enfoiré

        Pierre Régnier :

         

        Attention tout de même, l’enfoiré, de ne pas alimenter la position de la fausse Gauche au pouvoir qui, sous prétexte de laïcité, participe activement à l’islamisation de la France. L’athéisme sectaire de cette fausse Gauche est pour beaucoup, selon moi, dans sa conception obscurantiste de la laïcité, ce qui la rend totalement inefficace face à la conquête islamique.

         

        Il faut croire au caractère criminogène, depuis toujours, de la théologie islamique. C’est aujourd’hui le monde entier qui est menacé par l’énorme avancée de l’islam dans les pays qui, jusqu’à présent, en étaient assez bien protégés.

         

         


      • Crab2 7 avril 13:23

        @Pierre Régnier

        Quand le voile brouille les esprits

        Question :au lieu de parler " des droits de l’Homme ", comment se fait-il que, dans notre pays, chaque fois que l’on parle de musulmanes, il n’est jamais fait référence à l’Algérienne Hassiba Boulmerka, mais exclusivement à des « voilées volontaires »  ?

        Suite : http://laicite-moderne.blogspot.fr/2016/04/quand-le-voile-brouille-les-esprits_7.html

        ou sur :

        http://laiciteetsociete.hautetfort.com/archive/2016/04/07/quand-le-voile-brouille-les-esprits-5785292.html


      • L'enfoiré L’enfoiré 7 avril 08:48
        Étrange. Je vois qu’il n’y a pas beaucoup de réactions.
        Je reviens donc sur la conclusion du billet qui dit.
        « Ces traits ne datent pas d’hier mais prennent des formes contemporaines à la mesure des changements sociaux et techniques ».
        Encore une fois « exact ».
        Je dirais même que ce serait malheureux qu’ils n’évolueraient pas et resteraient dans un immobilisme latent.
        C’est ceux qui s’adaptent le mieux aux circonstances qui survivront.
        C’est une loi de la nature. On l’oublie très souvent que l’homme fait partie du monde du vivant. 
        C’est souvent par le côté opportuniste (terme qui n’est péjoratif que pour ceux qui n’ont rien compris) que cela se passe. smiley

        • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 avril 10:18

          @L’enfoiré

          Salut Guy, tu as sauvé ce billet du naufrage de l’indifférence. Ce texte donne à réfléchir mais pas à polémiquer pour ce que tu as dis, les traits que je dessine sont plutôt pathologiques et ne définissent pas les sociétés dans leur globalité, dieu merci. Il est salutaire que des individus ne s’adaptent pas, contrairement à ce que tu suggères, au pathologique du fantasmatique. L’idéal quand même, c’est homme équilibré et non pas le détraqué ! bon WE


        • L'enfoiré L’enfoiré 7 avril 17:54

          @Bernard Dugué bonsoir,


           Je vois que j’ai été rejoint pour y réfléchir.
           J’ai appris à bien te connaitre depuis le temps que je lis tes billets qui varient entre sciences et nécroses de notre époque.
           Tu me connais aussi depuis à peu près le même temps.
           Je ne suis pas là ni pour caresser dans le sens du poil ni pour en espérer autant de mes semblables ;
           Je n’aime pas trop les « bravos ».
           Ce sont mes opposés de conception qui m’apprennent beaucoup plus par leur complémentarité.
           Il y a de ce fait, plus de risques.
           Tu es un pessimiste.
           Je suis très réaliste. Cela veux dire que le pessimisme comme il n’apporte pas de progrès, je le mets entre parenthèse par la proactivité.
           Le passé n’est qu’une base arrière.
           Le présent est le plus intéressant.
           Le futur lui, on verra bien.
           Le hasard, je l’aime.
           Pas pour jouer à des jeux de lotos, mais pour son goût de la surprise sur prises.
           L’homme équilibré est celui qui, éclectique, pense à combler ce qu’il ne connait pas bien et qui flirte avec tout ce qu’il rencontre sur son passage sans exclusivité.
           Pendant la jeunesse, on tire sur tout ce qui bouge,
           Avec un peu plus de plomb dans la cervelle, on regarde et on compte les points en positifs et en négatifs pour en faire la balance. smiley

          Bon weekend à toi aussi
            

           

        • Taverne Taverne 7 avril 10:44

          Bonjour Bernard (et Guy, au passage)

          Je cite "On rappellera la distinction entre le fanatisme lié au processus de déstructuration du sujet et une autre « psychopathologie » moins toxique, le fantasmatique, qui relève plus de l’obsession.« 

          Structuration de l’individu

          La pensée que je développe depuis des mois est celle de la structuration : des forces, des formes mais aussi du Soi, et donc de l’individu. Cela pêche beaucoup aujourd’hui sur le plan de la structuration interne de l’individu : éducation, médias, politique, tout cela n’y est pas pour rien.

          Il y a des stades, et des courbes géométriques mêmes, de structuration à suivre ou à élaborer pour construire un esprit sain et solide, paré à toute épreuve. Malheureusement, ce processus ne se pratique pas et des gourous ou fous de dieu peuvent facilement manipuler des individus peu ou mal structurés. Les électrons libres étant foisonnants, surtout dans les banlieues délaissées, ils sont très facile à attraper grâce à l’aimant de la fascinante tentation que l’on connaît...

          Altération

          Toujours dans la pensée que je développe, l’altération n’est pas juste un phénomène néfaste. Il peut avoir un aspect positif : l’altération par l’alter ego. Il y a en nous des neurones miroirs, une part intime réservée à l’accueil de l’Autre que nous sous-utilisons. Car la peur de l’Autre règne.

          Dans notre société, cette »bonne altération« n’a plus cours puisqu’il n’y a plus de maître. Chacun est son propre maître. Chacun se focalise uniquement sur ses propres choix et ne cherche pas à mieux connaître l’Autre.

          En résumé, une de mes recettes contre la radicalisation et le fanatisme est la formule : structuration du Soi + altérité +  »bonne altération".


          • L'enfoiré L’enfoiré 7 avril 17:58

            @Taverne bonjour, 

            Je viens de citer un article qui me paraissait intéressant chez Monolecte. 
            Cela pourrait t’intéressé.
            Je l’ai introduit en entier dans mon dernier billet qui parlait des tendances que la démocratie prenait...

          • Jean Keim Jean Keim 7 avril 16:28

            Je ne sais pas si l’homme du futur sera religieux pour paraphraser Jean XXIII (et non pas Malraux) ou s’il sera philosophe comme vous semblez le souhaiter mais apparemment l’homme actuel ne perçoit pas que la vérité n’est pas une affaire de dissertation.

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