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Accueil du site > Actualités > Société > Fascisme et radicalisation : une hypothèse au-delà de la séduction

Fascisme et radicalisation : une hypothèse au-delà de la séduction

La croissance du vote pulsionnel n’est pas seulement due à la séduction du terrorisme mais aussi à l’attrait ancien et rodé de la radicalisation. Certes, l’extrême-droite plaît parce qu’elle propose une sorte d’identification défensive et légitime à l’agresseur terroriste. Mais elle prospère aussi en raison de l’accélération de la société techno-capitaliste et à la mesure de la violence de la domination.

La radicalisation est le chiffre de la modernité. Le mythe du changement total, grâce aux marchandises et aux technologies d’ivresses et d’accélération, l’innovation comme gouvernement, la transformation technologique du monde comme processus radical, une révolution sans révolutionnaire, l’industrialisation comme destin et comme progrès, tels sont les traits de la modernité.

L’imagination du carnage est le principe de défenses parmi lesquelles, opposé au recul réflexif, se trouve le désir de meurtre. Lorsque la peur règne dans les rapports sociaux, quelles qu’en soient les raisons, le terrain est propice aux mouvements totalitaires et aux fascismes, quel que soit leur degré d’hypocrisie, parce que ces derniers promettent de tuer l’ennemi : ils donnent une crédibilité et une satisfaction à l’émotion paranoïaque. Le fascisme est par nature délirant en ce qu’il radicalise et perpétue le moment paranoïde (provisoire) de toute réaction défensive.

La politique rationnelle consiste à agir contre les facteurs de destruction de la société (chômage, isolement, ignorance, absence de solidarités, soumission à la violence de l’égoïsme capitaliste, etc.). Or, précisément, depuis maintenant des décennies, les politiques gouvernementales, de droite et de gauche, ont abandonné cette mission fondamentale du politique. Si les partis classiques ne font rien, le seul parti qui a l’air de vouloir agir séduit immédiatement.

L’effondrement du politique signe le transfert du pouvoir à la technique et à l’innovation industrielle, c’est-à-dire aux ingénieurs et à ceux qui les emploient. Le capitalisme a étendu son hégémonie certes intellectuelle mais aussi matérielle à l’ensemble de la société, expliquant partout que toute résistance était inutile, que, malgré quelques désagréments çà et là (quelques dizaines de millions de pauvres), les profits de quelques-uns finiraient bien par améliorer la condition des autres.

Face à la radicalité capitaliste et à l’accélération technologique, les politiques gestionnaires, même en relayant activement l’idéologie ultra-libérale, cassant le droit du travail, démantelant l’école, etc., semblent inertes. Rien ne vient contrer la stratégie du désastre. C’est là que le fascisme, avec son simulacre d’activisme, sa haine non refoulée, son discours de légitimation de la pulsion et du délire, fournit une contre-radicalité dont l’audience est proportionnelle d’un côté à l’inertie des partis de gouvernement et, de l’autre côté, à la violence de l’agression terroriste.

Le fascisme paraît naturel dès lors que la jouissance horrible des images psychiques du carnage a occupé les esprits de tous, nuit et jour. L’ennemi venu d’ailleurs, éternel fantasme du délire fasciste, aisément désintégré tant que les politiques de gouvernement produisent de l’action visible et efficace, trouve soudainement une attestation par le réel des horreurs du terrorisme. D’où le côté délire véritable, paranoïa normale.

Mais la souffrance psychique causée par le terrorisme et la suspension des inhibiteurs de la pulsion ne vont pas durer indéfiniment. Encore faut-il contribuer à la métabolisation de la pulsion de mort en désir de vie, ce qui ne se fera pas en condamnant l’explication et l’analyse, en continuant d’oublier la vraie politique. Ici, la guerre n’est que la continuation de la pulsion par d’autres moyens.

Le chef de l’État n’a pas vu que se précipiter dans la guerre aérienne c’était obéir aux terroristes et légitimer la violence de mort dans l’espace public. Daesh a contaminé l’État, l’a fascisé et a fascisé l’opinion publique à qui l’on a un peu trop vite demandé jusqu’à quel point elle était prête à abandonner des libertés publiques déjà limitées par le terrorisme délayé de la surveillance généralisée. Fasciné par la jouissance du carnage, la fascisation – c’est-à-dire la désinhibition de la pulsion de mort – apparaît comme une évidence, un donné réel brut, déjà là, tout se passant comme si l’adhésion au fascisme était déjà opérée par les faits.

Désinhibition de la pulsion, c’est-à-dire très précisément le côté psychologique de la radicalisation. Si le capitalisme se caractérise par la désinhibition de la pulsion d’enrichissement et le projet technologique par l’oubli de la précaution et de la préservation, le terrorisme de groupuscule ou d’État se caractérise par la désinhibition de la pulsion de mort, et le fascisme, légitimation de la pulsion de violence, leur est apparenté.

L’histoire des sciences et des techniques a montré comment le capitalisme chimique et l’industrialisation ont, depuis 1760, été imposés de force, développant des outils de transformation rapide de la société, dans une sorte de révolutionnarisme technologique et administratif, prélude aux transformations politiques radicales récentes (l’invention de l’homme de l’extermination atomique, de la surveillance totalitaire, etc.).

C’est toute la modernité qui est radicale. Assertion qui doit être balancée par le regard sur la politique – rationnelle – comprise comme conservation des droits fondamentaux de l’être humain, c’est-à-dire l’inhibition de tout ce qui contredit cette conservation. Le fascisme n’est pas inéluctable. Mais il faut saisir le fil pulsionnel – certes complexe – qui le relie à la violence d’État, au capitalisme et au terrorisme. Combattre sur tous ces fronts à la fois, en disposant d’un système d’hypothèses cohérent et amendable, est la requête de l’événement à laquelle il faut répondre si l’on veut éviter la mutation de l’histoire en destin, du présent en répétition du passé.

Jean-Jacques Delfour


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17 réactions à cet article    


  • César Castique César Castique 15 février 11:33

    La démonstration aurait gagné à être complétée par votre définition personnelle et détaillée du fascisme. Cette carence rend votre texte illisible, puisqu’on ne sait pas à quoi vous faites référence. 


    • pierre 15 février 11:39

      @César Castique
      le fascisme est largement détaillé dans tous les livres d’histoires, il n’est pas besoin de revenir là-dessus.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 15 février 11:42

      @César Castique

      Tout comme radical ...

      Définition (Larousse)
      Fascisme :
      - Régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 
      - Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien ; ce régime lui-même. 
      - Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu’un à un groupe quelconque, à son entourage.

      Radical :
      - Qui appartient à la nature profonde, à l’essence d’un être ou d’une chose : Vice radical d’une constitution. 
      - Qui présente un caractère absolu, total ou définitif : Une transformation radicale des institutions. 
      - Se dit d’un genre d’action ou de moyen très énergique, très efficace, dont on use pour combattre quelque chose : Une action radicale contre la fraude. 
      - Qui appartient à la racine d’une plante. 
      - Qui appartient au radical ou à la racine d’un mot.


    • César Castique César Castique 15 février 17:34

      @pierre

      "le fascisme est largement détaillé dans tous les livres d’histoires..."

       

      Certes, certes, mais si c’est au « césarisme mussolinien » que l’auteur fait référence, je ne vois rien de comparable à cela, dans l’offre politique française actuelle, si ce n’est peut-être à un niveau groupusculaire. Et la remarque vaut aujourd’hui, pour l’ensemble de l’Europe occidentale.

       

      @bouffon(s) du roi

       

      Les définitions du Larousse en ligne sont encore loin de faire le tour de la question, dans la mesure où elles ne mentionnent pas une utilisation « inflationniste » d’un terne aussi galvaudé que « racisme » et qui a perdu toute signification idéologique puisqu’on parle aussi bien de « fascisme rouge », de « fascisme vert », d’islamofascisme…

       

      De plus, le fascisme authentique partage avec le communisme et le national-socialisme, ce qui a été le plus grand fiasco politique du XXe siècle : la croyance aberrante en l’avènement d’un Homme Nouveau que feraient naître ces totalitarismes. Et là encore, je ne vois rien qui affiche encore cette démnetielle - et meurtrière - ambition, dans l’éventail des formations politiques existantes. Même les Bolchos n’osent plus se référer à ce genre de délires.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 15 février 18:35

      @César Castique

      A mon sens, peu importe la « couleur » du fascisme, c’est un totalitarisme, seule la forme change (physique et/ou psychique).
      Quant à « radical », je l’associe à « extrémisme » , or on peut être radical sans être extrémiste, l’utilisation est donc parfois ambigüe.

      Néanmoins, il me semble, que l’on peut dire les choses plus simplement sans avoir recours à certains concepts, qui compliquent plus qu’ils n’expliquent.


    • lsga lsga 15 février 11:42

      Malheureusement, aujourd’hui en France comme hier en Italie, c’est de la gauche social nationale que va revenir le fascisme. Valls est sur le point de devenir le Franco français. 


      • France Europe République Fabien de Chartres 15 février 14:26

        En France les donneurs de leçons voient des « fascistes » partout.... par ailleurs l’auteur est sans doute incapable d’en donner une juste définition historique. 

        Quant aux votes contestataires, puisque cela dérange autant supprimer les élections : pourquoi irait-on voter pour des gens qui méprisent le peuple et ne pensent qu’à se remplir les poches ?

        • Le421 Le421 15 février 20:29

          @Fabien de Chartres
          pourquoi irait-on voter pour des gens qui méprisent le peuple et ne pensent qu’à se remplir les poches ?

          Pourquoi irait-on voter FN alors ??


        • Etbendidon 15 février 16:17

          Et ben vous alors !
           smiley
          Votre article c’est du maouse costaud
          j’me suis dis ce gars là y doit être PSY ?
          Ben non il est prof de philosophie !
           smiley
          Enfin c’est ce que j’ai vu sur le blog merdiapart (là y a du signifiant !)
          waouhhhhh
          Bref, j’ai passé une coup de CC cleaner, puis google traduction avant de relire l’article
          ET là j’me suis dit, ce gars là y devrait passer à la télé chez Truquier
          et puis aussi faire les sorties d’usines parceque c’est le type meme de discours que nous les prolos on pige dardar
           smiley


          • Le421 Le421 15 février 20:21

            @Etbendidon
            Que vous fassiez de la réflexion « de haut vol », soit !!
            Faites-le donc dans un français correct, vous mériterez le fait que l’on déclare votre amour de la France.
            Au moins pour une bonne raison.
            Le respect de la morphologie et de la syntaxe...
            C’est dit.


          • jjdelfour jjdelfour 15 février 21:02

            @Le421

            Français correct ? 

            Pouvez-vous me signaler précisément les fautes de français que vous avez relevées ?

            Merci d’avance
            JJD


          • jjdelfour jjdelfour 15 février 21:09

            @Etbendidon

            Bonsoir

            Je ne le croyais pas si obscur (le texte).
            Mais peut-être avez-vous raison : dire les mêmes idées mais dans un langage plus fluide ?
            Pourtant, c’est aussi la densité et la brièveté qui ont été mes préoccupations.
            Et éviter les simplifications.
            Merci pour votre message.
            JJD

          • Etbendidon 16 février 10:13

            @Le421
            Ceci dit un facho pour moi c’est quelqu’un qui manque de tolérance, qui va être insultant et agressif pour rien et surtout envers ce qui est différent de lui. On peut en trouver à droite, à gauche, chez les phalocrates, les nationalistes et un peu partout.
            C’est de Joseph l’homme à l’avatar violet
            Et ça s’applique intégralement au gonfleur d’hélices (qui nous gonfle)
             smiley


          • Etbendidon 16 février 10:25

            @jjdelfour
            Merci pour votre réponse honnête (ce n’est pas le cas de tous les rédacteurs)
            Pour tout dire j’ai trouvé votre article un peu trop académique (intello quoi)
            j’ai commencé comme ouvrier en usine et je peux vous assurer qu’une bonne partie des travailleurs ne comprendraient rien à votre article !
            Le discours du FN porte parcequ’il est ... primaire
            Faut vous mettre à la portée du populo
            faites comme moi tous les jours matin (café) et soir (bière) au bistrot
            On y rencontre le populo et c’est bath
             smiley


          • Le421 Le421 15 février 20:19

            Le fascisme et la radicalisation ne sont que les deux facettes de la même maladie.
            La haine de la différence, le rejet de l’autre.
            Il suffit de trouver un bouc émissaire pour expliquer tous les malheurs de la terre...
            Et le tour est joué.

            Il est tellement plus facile de haïr que d’aimer.


            • Etbendidon 16 février 10:16

              @Le421
              j’me suis trompé de commentaire
              voir plus haut (un coup d’hélices, gonfleur)
               smiley
              Ceci dit un facho pour moi c’est quelqu’un qui manque de tolérance, qui va être insultant et agressif pour rien et surtout envers ce qui est différent de lui. On peut en trouver à droite, à gauche, chez les phalocrates, les nationalistes et un peu partout
              Joseph le violet.


            • Tokani Tokani 16 février 07:57

              Le plus drôle est que la bouillie intellectuelle soixante huitarde a alimenté et justifié la déconstruction de toute les valeurs Citoyennes qui faisaient le ciment de notre société (autorité paternelle , transmission verticale du savoir , service militaire, amour de la nation et fierté légitime a en être les citoyens. développement de l’assistanat , éloge de la destruction de la Famille naturelle....) 

              Le marché Liberal n’a pas besoin de cela pour vendre toujours plus .


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