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Accueil du site > Actualités > Société > Faux-semblants sociaux

Faux-semblants sociaux

 La mobilisation exceptionnelle des Français démontre la réalité de la colère sociale du pays contre la crise et le gouvernement. Mais cette deuxième manifestation ne semble pouvoir déboucher sur rien. Et si elle ne servait que de soupape de la cocotte-minute sociale ?

 Un gouvernement qui multiplie les contre-feux

Il faut dire que le président et l’UMP jouent finalement un jeu assez habile face à ces mouvements sociaux. La première grande grève du 29 janvier avait été présentée comme une grève contre la crise et non pas contre le gouvernement. Si la ficelle était grosse, la part de vérité de cette affirmation permettait à Nicolas Sarkozy de proposer de manière magnanime un sommet social le 18 février où il a pu offrir une obole sociale de 2,6 milliards d’euros pour montrer qu’il pense aux victimes de la crise.

Encore mieux, avant la grève d’hier, un débat sur le bouclier fiscal et une proposition d’amendement instaurant une contribution fiscale exceptionnelle pour les hauts revenus a déchiré… l’UMP ! Alors que le PS appuyait de manière assez médusée les propositions de ces quelques députés francs-tireurs, la majorité présidentielle parvient à asphyxier un Parti Socialiste dont la sortie sur les libertés publiques est complètement à contretemps du climat économique et des préoccupations des Français.

Mieux, François Fillon s’est attaqué aux patrons hier soir sur TF1 pour détourner la pression du gouvernement. Il a ainsi affirmé « qu’il faut qu’une partie du patronat, qui n’a pas l’air de comprendre la gravité de la situation et le sentiment d’injustice des Français, cesse de se servir des salaire astronomiques. Et surtout, les parts variables devraient, compte tenu de la situation économique, être variables à la baisse ». Laurence Parisot joue le rôle de diversion pour le gouvernement.

Des syndicats aux motivations ambiguës ?

Mais si l’on peut imaginer que le gouvernement et le patronat jouent une partition pour se protéger l’un l’autre, par-delà les accusations publiques, cela semble difficile avec les syndicats de salariés. Mais l’interview de Jean-Claude Mailly, de F.O. ce matin sur RTL était très troublante. Car que veulent vraiment les syndicats ? En effet, leurs demandes sont tellement nombreuses qu’elles semblent forcément irréalisables. Et l’évocation d’une prochaine manifestation le 1er mai est suspecte.

En effet, lors d’une grève classique, il y a en général une demande précise, que refuse le gouvernement, mais que la rue cherche à imposer par la force. Aujourd’hui, aucune des revendications n’est clairement mise en avant par les syndicats (hausse du SMIC, réglementation des licenciements…). Cette absence de clarté dans les revendications laisse le gouvernement libre de sa réponse, comme cela s’est passé le 18 février. Cela évite la fixation de la mobilisation (comme pour le CPE ou les régimes spéciaux).

Mieux la date évoquée par Jean-Claude Mailly pour la prochaine manifestation, le 1er mai, est étonnamment lointaine. Après tout, les syndicats avaient déjà attendu près de 50 jours pour organiser une nouvelle manifestation après celle de fin janvier. Ils évoquent aujourd’hui une nouvelle action qui prendrait lieu dans plus de 40 jours. Cela leur laissera encore organiser une dernière manifestation mi-juin et ils pourront ensuite partir en vacances ! Bref, on peut se demander quel jeu jouent réellement les syndicats.

La colère sociale des Français est légitime. Mais aujourd’hui, avec une opposition inconsistante, un gouvernement qui multiplie les contre-feux et des syndicats qui lui facilitent le travail, cette colère s’exprime sans direction claire. Quelles seront les conséquences ?

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/03/19/01002-20090319ARTFIG00643-la-fin-de-non-recevoir-de-fillon-aux-syndicats-.php


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5 réactions à cet article    


  • anny paule 21 mars 2009 16:57

    Vous avez mille fois raison, le gouvernement, le MEDEF et le patronat détournent l’attention sur la crise qui leur ôte toute responsabilité et justifie leur position... "Nous ne ferons rien" ou si peu !... "Nous ’y pouvons rien", la "crise est mondiale", "il faut sauver nos entreprises".

    Chacun sait fort bien que la CFDT de Notat, puis de Chérèque a pactisé avec le MEDEF, s’est compromise au-delà du pensable, cela ne fait aucun doute (même si Chérèque, aujourd’hui, fait semblant d’avoir un autre discours !). Mais que la CGT soit aussi mollassonne et joue le rôle d’accompagnement de toutes ces contre-réformes du moins disant social (au même titre que FO), cela laisse bien des questions en suspens ! (idem pour les syndicats type FSU, SNIUPP, dans l’enseignement et la fonction publique).
    Il existe, aujourd’hui, davantage de désir d’en découdre en dehors des syndicats que dans ces mêmes syndicats. (SUD était né de la compromission de la CFDT, ses militants sont très radicaux.).. Ceci fait que si les responsables des organisations traditionnelles et ayant voix au chapitre se laissent déborder, nul ne sait où cela peut conduire... Nous sommes sur un volcan ! Il serait temps que tous en prennent conscience au nom de l’intérêt général.
    Le désordre ne résoudra rien ! Or, il est possible que demain, sans qu’il ait été prévu par les représentants, ce désordre arrive ! (et désordre est un euphémisme !).
    Nous finissons un cycle civilisationnel, nous sommes au bord du chaos. Il faut que chacun en soit conscient. Maintenir coûte que vaille un système qui broie les humains, épuise la planète et ses ressources, crée des inégalités de plus en plus grandes n’est pas raisonnable... n’est plus supportable.
    Ainsi, quand il y aura davantage de gens hors du système que dans le système (et au train où vont les fermetures d’entreprises et d’usines, au train où va la casse de nos services publics, cela peut très vite arriver !), que feront les politiques, que feront les responsables syndicaux ??? Nul ne sait !
    C’est pourquoi il serait sage de faire un bilan sans complaisance, un bilan dans lequel les politiques se reconnaîtraient comme garants de la démocratie et de la cohésion nationale, dans lequel les syndicats se vivraient comme promoteurs d’idées et non comme accompagnateurs de contre réformes iniques... Mais, on peut rêver !


    • Alpo47 Alpo47 22 mars 2009 08:04

      Je suis bien d’accord avec vous. Le rôle des syndicats, dans cette grande pantomine, est de canaliser les revendications et surtout la colère populaire. Idem pour les partis politiques.
      Dans la mainmise des "élites" sur notre société, ils ont, objectivement, un rôle important à jouer : Eviter que les gouvernants ne soient confrontés à "la rue", au peuple en colère. A chaque fois qu’un mouvement de revendication démarrait spontanément, il a donné lieu à des actions, dures, longues et la plupart du temps, qui ont abouti.
      Aujourd’hui, peut être 80% de la population souffre, est inquiète. Une bonne partie est prète à des actions,y compris violentes, à l ’encontre de ce monde qui ne vit que par la prédation d’un petit nombre sur la majorité. Les yeux s’ouvrent.
      Comme toujours,depuis des siècles, le pouvoir cherche à DIVISER POUR REGNER.

      Aucune action de changement profond, ne viendra des syndicats ou DES PARTIS POLITIQUES. Le peuple devra reprendre son pouvoir, actuellement confisqué,en créant son propre mouvement de revendication, pour parvenir à créer une société plus équitable.


    • Axior 21 mars 2009 17:23

      I had a dream ...
      Les syndicats s’entendaient pour organiser une immense manifestation dans 3 mois, le temps nécessaire au gouvernement pour bien faire passer toutes ses réformes scélérates. Le jour du grand événement arriva, et là, surprise ! Seuls les gros bonnets syndicalistes se retrouvaient au point de ralliement avec leurs banderolles ridicules, puis défilaient dans une ville morte. Pas un commerce d’ouvert, pas un seul ouvrier dans les usines, mais personne dans la rue non plus.
      Le soir de ce grand événement, les principaux médias affichaient un audimat proche de 0% ...
      Mais ce n’était qu’un rêve !


      • jkw 22 mars 2009 12:09

        Arrêtez donc de taper sur ce qu’il reste des syndicats !
        Le peu d’acquis sociaux qu’il vous reste... profitez-en !
        Les syndicats ont été victimes d’un manque de cotisans, accusés d’être trop politiques. Ces accusations étaient organisées par les patrons, et même encore de nos jours...
        D’ailleurs les chefs syndicaux se défendent tous d’être politisés...même FO qui acceptait en son sein les gens de Lutte ouvrière ! Pourquoi c’est sale de faire de la politique ?
        C’est une fumisterie à laquelle beaucoup de gens on cru !!! Pendant ce temps, le MEDEF s’organisait en créant un "gouvernement bis".. ; celui qui prépare tous les textes de loi anti sociales qui sont votées par le gouvernement actuel...mais personne ne dit que le Medef est trop politisé !!! qu’ils s’occupent donc de leur entreprises au lieu de faire de la politique pourrait-on leur dire dans le même esprit !
        Vous avez compris ?
        Le patronnat a également développé l’individualisme à outrance, ça aide ! Le management par objectif est là pour çà !! avec les dégats que l’on sait, les gens s’autodétruisent.....L’ennemi c’est votre collaborateur !! pas le bon patron qui fait tout pour que vous soyez bien !!!
        Alors faire une action collective dans ces conditions, très difficile !

        Pendant longtemps la CGT qui ne signait aucun accord profitait de la signature de la CFDT pour profiter des acquis....Aujourd’hui, elle signe des accords d’entreprise...
        allons nous vers des syndicats à l’Allemande ?
        Chacun essaie de démontrer qu’il est capable de se mettre autour d’une table..à la différence qu’ils ne représentent pas grand chose comparativement aux syndicats allemands...alors comme il n’y a pas de rapport de force, ils font croire à des avançées, là où il y a régression !
        Peut-on à la fois leur reprocher de coopérer et de n’être pas assez virulents ?
        Finalement, c’est la rue qui décidera, c’est à dire nous tous, quand le ras le bol sera à son paroxysme, quand nous aurons envie de nous battre............, alors les syndicats se rallieront ......(voyez les "collectifs" !! souvent beaucoup plus revendicatifs !)


        • Axior 22 mars 2009 18:33

          Ce que vous dites est parfaitement juste, mais tout de même ...
          Aujourd’hui ils ont du grain à moudre. Jeudi les manifestatons ont atteint un record historique de participation ; vendredi matin ils se réunissent, les français attendent impatiemment leur décision pour la suite du mouvement et voilà leur réponse :
          "On va réfléchir."
          Quand quelqu’un me dit : "je vais réfléchir", je sais à quoi m’en tenir.

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