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Accueil du site > Actualités > Société > Formation des enseignants : ce qui attend la profession

Formation des enseignants : ce qui attend la profession

Le ministère de l’éducation vient de communiquer au SNUipp plus de précisions quant à la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. On aurait pu espérer, malgré l’absence de concertation, la prise en compte dans ce projet des revendications du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire des enseignants du premier degré. Il n’en est rien. Nos craintes étaient donc bien justifiées et la réforme qui nous est proposée va donc contribuer à détériorer la qualité de la formation des enseignants et donc, par la même occasion, les enseignements donnés aux élèves. En cela, elle participe pleinement à casser le service public d’éducation.

Forme et contenu des concours

Les concours auront désormais deux épreuves d’admissibilité à caractère disciplinaire et deux épreuves d’admission comportant une dimension professionnelle, trop peu présente à notre goût. Les épreuves d’admissibilité devront consacrer l’élévation du niveau scientifique. Elle ne comporteront pas d’évaluations à caractère didactique ou pédagogique, deux compétences franchement délaissées par ces nouveaux concours, y compris dans les épreuves d’admissibilité. Le gouvernement montre bien sa volonté de recruter des enseignants qui « savent » au détriment de candidats qui possèdent d’autres qualités pour enseigner (approche didactique, pédagogique, créativité, capacité à mener une réflexion sur le métier d’enseignant…). Le risque est donc grand d’avoir, dans quelques années, des enseignants qui ont des connaissances, mais aucune compétence pour enseigner. D’autant plus que l’année de formation post-concours telle qu’elle sera proposée ne permettra pas de rectifier le tir, le temps de formation étant trop court par rapport au temps passé sur le terrain. 

Les deux épreuves écrites concerneront deux domaines :

  • le français et la culture humaniste

  • les mathématiques et les sciences

Les programmes scolaires devront constituer l’univers de référence des savoirs évalués.

Concernant l’admission, la première épreuve sera une leçon. Une question se pose alors : comment présenter une leçon au concours sans avoir appris à préparer une leçon ? Au feeling ?

La deuxième épreuve consistera à analyser un dossier proposé par le jury dans un champ disciplinaire (eh oui, encore du disciplinaire !!!) comportant des documents (écrits, sonores, iconographiques…). Un temps spécifique d’interrogation sur la maîtrise de la compétence « agir en fonctionnaire de l’état et de façon étique et responsable » sera prévu. Rien de tel pour être sûr de recruter des enseignants obéissants, qui exécutent les réformes proposées par le gouvernement sans réellement les analyser…

Calendrier des épreuves

Les épreuves d’admissibilité et d’admission auront toutes lieu au cours de l’année de M2. Les étudiants auront donc à se soucier, la même année, du mémoire demandé en master, de l’obtention du M2, de la préparation du concours, des différents stages (en responsabilité ou non) avec les temps de préparation qu’ils impliquent. Cette charge de travail ne nous semble pas supportable. Comme une bonne blague, le ministère précise que « les étudiants, qui le souhaitent, pourront se présenter la même année aux concours du premier et du second degrés. »

Les épreuves d’admissibilité seront organisées dès le mois de septembre, afin de disposer des résultats d’admissibilité début novembre. Les épreuves d’admission auront lieu en mai/juin. Pour les non admissibles, la période suivant les résultats devra être focalisée sur le projet professionnel, à la fois par des compléments de formation et par un stage en situation métier.

Contenu des masters

Les concours de recrutement ne sont pas les seuls débouchés professionnels des masters : les masters ne doivent donc pas être construits en fonction des épreuves des concours. Tous les masters doivent prévoir des possibilités de poursuites d’études à finalités professionnalisantes, autre que l’enseignement, pour les non admissibles. Autrement dit, ces masters ne seront pas destinés à former uniquement des enseignants. Il faut également ajouter que n’importe quel master permettra de se présenter au CRPE.

Pour répondre aux besoins de recrutement de professeurs des écoles polyvalents, une offre de masters s’appuyant sur plusieurs disciplines devra émerger (on est encore sur du disciplinaire !!!).

Les étudiants qui feront le choix de l’enseignement pourront construire un parcours complémentaire, à partir des champs de formation des masters actuels. Cela suppose une charge de travail encore plus importante pour les étudiants.

La première année de master sera à dominante disciplinaire avec parcours complémentaires de découverte professionnelle. Lors de la deuxième année, les enseignements disciplinaires seront poursuivis avec parcours complémentaires de professionnalisation. La formation en master sera donc essentiellement disciplinaire.

Organisation des stages

Des stages préparatoires de type observation et pratique accompagnée seront proposés en M1. Des stages en responsabilité rémunérés seront offerts majoritairement aux candidats admissibles. Comment confier une classe en responsabilité à des étudiants qui n’ont eu qu’une formation disciplinaire ?

Ces stages ne seront pas une condition pour se présenter à une épreuve et ne pourront pas servir de support aux candidats. D’après le ministère, ces stages représenteront tout de même un atout certain pour les épreuves orales d’admission.

La formation des professeurs stagiaires

Les lauréats des concours seront nommés professeurs stagiaires et prendront la responsabilité d’une ou plusieurs classe. Un tiers de l’année scolaire sera consacrée à « parfaire » leur formation professionnelle, ce qui nous semble très insuffisant. De plus, quelle sera l’articulation entre terrain et formation ? Comment offrir aux stagiaires une formation exhaustive alors que ceux-ci ne seront, pour certains, confrontés qu’à un seul niveau de classe, qu’à une seule configuration de classe, d’école…

Un cadrage national de la formation des professeurs stagiaires sera élaboré. Lequel ?

Pour les professeurs stagiaires, des possibilités de compléments de formation commune à tous les professeurs seront offertes.

Les professeurs stagiaires seront titularisés par l’autorité académique compétente, au vu de leur manière de servir, sur proposition des corps d’inspection. Une fois de plus, la docilité, l’obéissance et la manière de mettre en place les réformes risquent de devenir les éléments principalement pris en compte lors de la titularisation, au détriment de la liberté pédagogique…

Stéphane Guinot

Retrouvez toute l’actualité de l’école primaire sur http://ecole-education.over-blog.com


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29 réactions à cet article    


  • srobyl srobyl 9 février 2010 18:15

    « comment présenter une leçon au concours sans avoir appris à préparer une leçon ? »
    En effet et c’est assez scandaleux, mais l’ineptie de ce principe ne date pas d’hier. Il y a quarante ans, l’oral de l’Agrégation comportait deux « leçons », l’une niveau « propédeutique » (=1ére année de fac ;c’était un cours argumenté et illustré, plutôt magistral) l’autre niveau secondaire, où on tenait compte davantage de la qualité pédagogique des documents utilisés. Hormis peu-têtre ceux issus de Normale Sup, peu de candidats avaient vraiment été formés dans ce sens...Or, le jeune agrégé pouvait l’année suivante commencer à enseigner.


    • Jean 9 février 2010 22:33

      Il y a quarante ans, il me semble qu’il n’y avait qu’une seule « leçon » et pas deux. On l’appelait d’ailleurs « la grande leçon ». Elle consistait pour le candidat, à faire devant le jury un exposé sur un sujet qu’il tirait et qu’il préparait pendant cinq ou six heures. Aucune préparation particulière n’était requise hormis celle de disposer d’un esprit clair et méthodique et d’une élocution et d’un verbe non moins clairs, qualités données en principe par de bonnes années de lycée, et d’une bonne connaissance de sa matière, ce que permettait l’année de préparation dudit concours. Que veut-on de mieux pour vérifier qu’un candidat a les dispositions requises pour enseigner ? Je signale au passage que certains pédagogistes ont eu , semble-t-il, quelques soucis à ce niveau, puisque le titre envié d’agrégé ne figure pas dans leur biographie...


    • srobyl srobyl 9 février 2010 23:38

      Ca dépendait peut-être des matières, ou alors j’ai arrondi : en 1975 en tous cas (ca ne fait que 35 ans donc) et en Sciences naturelles, on avait deux épreuves orales (après l’admissibilité à l’écrit et aux travaux pratiques), une de niveau supérieur (« grande leçon » si vous voulez ) niveau propé, l’autre niveau secondaire, sujet tiré aussi au sort). je suis d’accord avec vous : on est allé un peu fort avec le pédagogisme outrancier...Quant à dire qu’il suffit pour être prof d’une bonne élocution et de savoir faire un exposé clair et argumenté, je ne vous suivrai pas sur ce chemin : allez donc enseigner dans le secondaire avec seulement la capacité de faire un exposé magistral, si clair soit-il, vous jetterez vite l’éponge.


    • Jean 9 février 2010 22:46

       « Le gouvernement montre bien sa volonté de recruter des enseignants qui « savent » au détriment de candidats qui possèdent d’autres qualités pour enseigner (approche didactique, pédagogique, créativité, capacité à mener une réflexion sur le métier d’enseignant…). Le risque est donc grand d’avoir, dans quelques années, des enseignants qui ont des connaissances, mais aucune compétence pour enseigner. D’autant plus que l’année de formation post-concours telle qu’elle sera proposée ne permettra pas de rectifier le tir, le temps de formation étant trop court par rapport au temps passé sur le terrain.  »

      Je pense que les parents préfèrent que leurs enfants aient devant eux des professeurs qui savent quelque chose et donc qui aient quelque chose de précis à leur apprendre, la grammaire française, par exemple, les tableaux de conjugaison, les régles d’accords, la littérature française, Molière, La Fontaine, etc., plutot que des abstracteurs de quintessence pédagolatrique, des discoureurs à perte de vue sur le métier d’enseignant - faute d’etre capable de l’exercer, on disserte dessus ! -, des gens qui aient toutes les belles compétences que vous dites, sauf la plus importante, celle de savoir ce qu’ils sont censés enseigner ! Et je vais écrire quelque chose qui va sans doute vous faire bondir, cher Stéphane Guinot : ne croyez-vous pas que l’on « nait » enseignant et que la formation dont vous parlez se fait essentiellement « sur le terrain » sous la houlette d’un professeur chevronné qui guide vos premiers pas ?
      (désolé pour les accents circonflexes, que mon ordinateur refuse mordicus de mettre à la bonne place !)


      • Stéphane GUINOT 9 février 2010 23:40

        Je suis d’accord pour dire que, pour enseigner, il faut maîtriser les domaines que l’on enseigne. La maîtrise des disciplines est donc très importante. Mais elle ne suffit pas. Il n’y a pas que le savoir, il y a aussi le savoir-faire. Je connais des personnes qui avaient toutes les connaissances nécessaires pour enseigner, mais pas les savoir-faire. Ces personnes ne savaient pas préparer une séance, ne savaient pas comment une notion et se sont trouvées vite débordées par leur classe, pour au final, soit démissionner, soit se faire licencier de l’Education nationale.

        Pour parler de mon cas personnel, j’ai été en 2006-2007, ce qu’on appelle « liste complémentaire », c’est à dire un jeune enseignant stagiaire qui a passé le concours et a été appelé pour faire classe durant une année sans aucune formation. J’étais également « masterisé ». Je me suis alors retrouvé sur le terrain durant une année en tournant sur 5 classes. Je déchargeais des directeurs qui étaient également des enseignants chevronnés. Ils pouvaient me conseiller, me guider, répondre à certaines de mes interrogations, mais en aucun me procurer une véritable formation. Le compagnonnage ne me semble donc pas être une bonne solution. C’est même une fausse solution qui empêchera tout progrès dans le domaine de la pédagogie puisque l’enseignant ne fera que reproduire ce qu’il a vu faire. Ce type de « formation » transforme clairement l’enseignant en simple éxécutant. Je maîtrisais les mathématiques mais ne savais pas les enseigner. Je ne pouvais pas savoir les enseigner car je ne savais pas comment un enfant apprend à calculer. Idem pour les français, l’histoire, la géographie. Autre exemple : ce n’est pas parce qu’on sait lire que l’on va savoir apprendre à lire à un enfant.

        Après cette année de liste complémentaire, j’ai intégré l’IUFM. Là, j’ai appris à préparer des séances, à analyser et à adapter ma pratique pour avancer, à gérer un groupe hétérogène, à prendre en compte la diversité et les difficultés des élèves. Je pense que, durant cette année de fonctionnaire stagiaire, j’ai nettement amélioré ma pratique.

        Je ne pense pas que l’on naisse enseignant. Je ne pense pas non plus que l’on naisse médecin, plombier, mécanicien etc... Enseigner est un métier qui s’apprend, pas un don de Dieu !

        Concernant, les pédagogues et l’agrégation, je trouve votre remarque déplacée. Personnellement, je ne me base pas sur le diplôme d’une personne pour savoir si ce que dit une personne est intéressant ou non. Pour juger, j’écoute parler. Il y a sans doute des non agrégés très intelligents et des agrégés très cons... Je ne vise personne en particulier.

        Stéphane GUINOT


      • srobyl srobyl 10 février 2010 10:46

        Tout à fait d’accord Stéphane Guinot. Il n’y a pas que des pédagogistes dans les IUFM. C’est facile de taper sur les IUFM , en bloc, sans réfléchir et surtout sans y avoir mis un pied. S’il est vrai qu’on y rencontre beaucoup de gens un peu « hors des réalités », qui ne savent que réciter leurs beaux discours théoriques « avec parfois un vocabulaire de cuistre », on y trouve aussi des formateurs issus « du terrain », repérés pour leur façon d’enseigner, leurs expériences et qui présentent aux stagiaires différentes manières de procéder, sans asséner des dogmes irréfutables. Des gens intelligents, quoi, qui ont le souci de faire coller au mieux les directives générales et les réalités des classes. Ayant eu des stagiaires, j’ai eu l’occasion de me rendre souvent dans les IUFM. c’est bien sûr très loin d’être parfait, il y aurait beaucoup à changer, mais je peux dire que, personnelement, j’aurais bien pris un peu de bon grain parmi l’ivraie si j’avais eu cette structure quand j’ai débuté : on apprend beaucoup « sur le terrain » en effet,à condition de savoir se remettre en question, mais si on est un peu conseillé en début de carrière, ça ne peut que faire gagner un peu de temps. La réalité est plus subtile que ne le laissent penser les jugements stéréotypés, d’autant que les critiques de fond à l’encontre des IUFM, c’est du pain béni pour nos guérisseurs de société : ils ne vont pas soigner, mais saigner, ou même amputer. On les connait : ça va mal ? on supprime ! 
        Quant à « naître enseignant » (MDR), si on considère uniquement la composante « autoritaire » laquelle seule prévalait autrefois, c’était peut-être peut-être suffisant, mais c’est bien loin d’être la seule qualité requise pour enseigner actuellement. Ca ne veut pas dire qu’il faut sombrer dans un pédagogisme agrémenté de réflexions à rallonge, mais tout simplement que le monde où l’on vit évolue et qu’un gamin actuel ne peut apprendre de la même manière qu’autrefois . Certes, il y a des nostalgiques de lafFrance d’antan, qui sentait bon le scaferlati, la brillantine et la poudre de riz....La blouse grise d’autrefois, de la sergent-major,et du coup de règle sur les doigts c’était bon pour le folklore à Pivot . Inapplicable actuellement
        Merci pour l’article


      • french_car 10 février 2010 12:57

        PAs d’accord du tout avec vous Jean. Pour enseigner en collège ou même au lycée un BAC+3 suffit à dominer la matière. On n’a pas besoin de savants mais de pédagogues et surtout de personnels motivés.
        En plaçant le recrutement au niveau BAC+5 on sélectionne par l’échec.
        Ceux qui auront raté médecine, ceux qui n’auront rien obtenu d’intéressant aux concours d’écoles d’ingénieur ou de commerces se précipiteront sur ce pis aller.
        Avec un BAC+3 on élargit le recrutement et l’on peut sélectionner les candidats sur leurs aptitudes pédagogiques et pédagogiques.
        Il y a assez de profs par dépit, non motivés voire je m’en foutistes.


      • Stéphane GUINOT 10 février 2010 13:27

        et merci pour ce commentaire.


      • french_car 10 février 2010 17:11

        oups je voulais écrire psychologiques et pédagogiques !


      • jak2pad 9 février 2010 23:42

        Nous avons en ce moment une école qui dysfonctionne totalement.

        Les élèves qu’elle produit sont probablement parmi les plus mauvais de tous les pays développés, ils sont ignorants et leur paresse naturelle s’est renforcée durant leurs études
        ils ont vu tous les jours des enseignants ennuyeux, inactifs et démotivés....ou simplement absents.
        et c’est pour cela que le métier d’enseignant est l’un des plus dévalorisés qui soient, même chez les élèves les plus modérés.
        Tout cela après des décennies de blabla intensif, dans les IUFM ou ailleurs.

        Il me semble qu’il est urgent d’arrêter, et de poser des exigences de rendement élémentaires : si par exemple un élève,comme cela arrive souvent, accomplit ses cinq années d’école primaire, et reste analphabète, ce n’est pas de sa faute, mais celle de son enseignant.

        Et celui-là, qui a fait la preuve de son incapacité,doit être d’urgence renvoyé vers le Pôle- Emploi le plus proche.
        Il est évident, de simple bon sens, qu’aucun concours de recrutement ne sera en mesure de jauger les capacités des candidats sur le plan professionnel, et qu’il n importe assurément pas de réformer ces recrutements, quel que soit le sens de la réforme, mais de les supprimer, et de n’autoriser la titularisation des enseignants qu’après plusieurs années d’évaluation et de bilan de leurs capacités.
        De plus, comment un concours, même génialement conçu et incroyablement prédictif ( utopie !), pourrait-il garantir que le même enseignant, fatigué et usé au bout d’un certain nombre d’années de labeur, sera toujours ausssi performant qu’en début de carrière, quand il est frais et enthousiaste ?
        Il paraît donc essentiel, dans l’intérêt même des personnels, de rendre les titularisations aussi difficiles que possible, et bien sûr réversibles en cas d’incapacité professionnele constatée.


        • Stéphane GUINOT 10 février 2010 00:16

          Quelle drôle d’analyse... Vous dites que si un élève échoue, c’est obligatoirement de la faute de l’enseignant. Donc dans une classe de 25, si 2 élèves échouent, c’est que l’enseignant est mauvais. Pourtant, 23 élèves ne connaissent pas de difficulté... étrange non ? L’enseignant est-il donc mauvais ou bon selon vos critères ?

          Pour vous, la réussite et l’échec scolaires dépendent uniquement de« l’efficacité » de l’enseignant. Comment expliquer que dans certaines zones socialement, culturellement, économiquement défavorisées la réussite scolaire soit moindre qu’ailleurs ? Comment expliquer va réussir dans un contexte donné et moins bien réussir dans un autre contexte ?

          L’échec scolaire peut avoir de nombreuses causes qui ne proviennent pas de l’école. Il n’est pas rare que l’échec scolaire s’accompagne de difficultés familiales ou d’un rythme de l’enfant non respecté, déficience mentale.

          Hubert Montagner, qui a longtemps étudié la psyhologie de l’enfant, affirme d’ailleurs que l’ échec scolaire provient le plus souvent d’une « insécurité affective ». Cette insécurité affective peut-être créée par beaucoup de choses externes à l’école.

          Il est très confortable pour un parent de ne pas s’occuper de la scolarité de son enfant et de se dire que de toute façon, si l’enfant échoue, ça sera de la faute de l’enseignant... C’est loin de marcher toujours comme ça.

          Stéphane Guinot.


        • french_car 10 février 2010 13:02

          Jak2pad se montre caricatural, il est évident que pour juger de la qualité de l’enseignement il faut un référentiel indiscutable. Et que ce référen tiel doit intégrer des données géographiques et socio-économiques. Cependant le QI des classes défavorisées n’est pas inférieur à la moyenne nationale, la discrimination par le milieu n’étant pas acceptable c’est bien au niveau de l’institution qu’il faut trouver les solutions pour que le niveau reste homogène.
          En Finlande l’évaluation des élèves montre que le niveau dépend assez peu du milieu social - leur école fonctionne comme un véritable ascenseur social.


        • Stéphane GUINOT 10 février 2010 00:18

          Je précise que les idées que je mène ici sont celles que je défends en tant que citoyen. Je défends également ces idées au sein du syndicat pour lequel je milite : le SNUipp (département 21).


          • Osbern 10 février 2010 09:16

            J’aurais aimé que le titre ou le début de l’article précise que votre propos concernait les enseignants de premier degré. 


            • Stéphane GUINOT 10 février 2010 10:44

              Pardon, je ne l’ai pas précisé. Cependant, le réforme de la formation des enseignants concerne aussi bien le premier que le second degré. Mais il est vrai que, lorsque je parle du concours, je parle du CRPE (1er degré) et non du CAPES. Mea culpa.

              Stéphane Guinot


            • french_car 10 février 2010 13:03

              Oups !
              Cela veut dire que ce sont les instituteurs que l’on va recruter en M2 en leur faisant passer une épreuve de maths ???


            • Stéphane GUINOT 10 février 2010 13:23

              Il va y avoir des Masters disciplinaires spécifiques aux métiers de l’enseignement créés dans les universités. Une fois le Master en poche, les « mastérisés » (en n’importe quoi, car pour valider le concours, il faudra n’importe quel master (économie, marketing, psychologie...)) se retrouveront directement sur le terrain. Vu la tournure que prennent les événement et aux dernières nouvelles, la formation post-concours sera réduite à un simple compagnonnage jusqu’à la Toussaint. Les modalités de ce compagnonnage ne sont pas encore définies !


            • Polemikvictor Polemikvictor 10 février 2010 10:28

              « On aurait pu espérer, malgré l’absence de concertation, la prise en compte dans ce projet des revendications du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire des enseignants du premier degré. Il n’en est rien. Nos craintes étaient donc bien justifiées et la réforme qui nous est proposée va donc contribuer à détériorer la qualité de la formation des enseignants et donc, par la même occasion, les enseignements donnés aux élèves. En cela, elle participe pleinement à casser le service public d’éducation »

              Voila un baratin formaté, automatique, qu’on entend au mot pres depuis 30ans.

              J’espere qu’une nouvelle generation d’enseignants naitra un jour avec une approche plus constructive de ce que doit etre l’éducation nationale.


              • Stéphane GUINOT 10 février 2010 10:53

                Et vous entendez quoi comme « approche plus constructive » ? Vous attendez que je dise : « Chouette ! On ne va plus former les enseignants ! Ca va coûter moins cher ! Bon, l’enseignement sera pourri mais au moins, ça va coûter moins cher, c’est le principal ! En plus, on ne va plus former les enfants à réfléchir, à analyser, à critiquer, on va les former à éxécuter et à se taire ! Voilà un bel avenir pour la France ! »

                Personnellement, je ne dirai jamais une chose pareille et je trouve mon approche beaucoup plus constructive que la vôtre.

                Stéphane Guinot


              • Polemikvictor Polemikvictor 10 février 2010 14:49

                Une attitude constructive c’est avoir un certain comportemant dont voici quelques regles 
                 Se débarrasser des suppositions
                 On ne cherche ni coupable, ni excuses mais des solutions
                Dire non au statut quo
                 Appliquer la règle des 5 « pourquoi »
                Ne pas chercher à être parfait, commencer tout de suite
                 Soyez ouverts au changement
                 Conservez une attitude positive
                Ne vous enfermez pas dans une attitude d’opposition silencieuse
                Traitez les autres comme vous aimeriez être traité
                Un homme une voix
                 Il n’y a pas de questions idiotes
                Il n’a pas de baguette magique, il faut apprendre en expérimentant
                 Just do it Pas d’action, pas de succès
                Etre rapide et imparfait vaut mieux que la perfection tardive
                On chasse l’inutile, on change vite, on s’améliore et on recommence.


              • Jean 10 février 2010 11:06

                Cher Stéphane Guinot,
                Quand j’écrivais que l’on « nait » enseignant, je voulais dire que l’on a ou pas au départ le réflexe, voire la passion d’expliquer aux autres ce qu’on sait. Car pour passer trente ou quarante ans de sa vie à expliquer, à expliquer encore et toujours, sans se lasser, sans craindre de se répéter, puisque c’est cela le métier d’enseignant, il est préférable d’ avoir au départ un certain gout pour cela ! C’est peut-etre la question que l’on devrait poser à ceux qui postulent à un emploi dans l’enseignement : « Avez-vous la passion d’expliquer ? Si vous n’etes pas surs de répondre »oui« , alors fuyez au plus vite ! ».
                Il y a donc un gout inné pour l’acte d’enseigner que ne donnera jamais aucun IUFM. 
                Je maintiens qu’en ce sens, le métier d’enseignant ne s’apprend pas, surtout pas entre les quatre murs d’un IUFM. Ce que l’on a pu vous y montrer, certes, c’est comment organiser concrètement une leçon dans les classes primaires , si, comme vous avez l’air de le dire, en sortant de vos études universitaires, vous n’en aviez plus aucune idée. Mais c’est vraiment tout. Le reste vous viendra en enseignant vous-meme, et vous ne deviendrez un bon enseignant qu’avec cette expérience acquise, en trouvant votre style à vous.
                Or, à l’IUFM, on prétend mécaniser la formation des maitres. On y détiendrait toutes les techniques, tous les « savoir-faire », comme ils disent, qui feraient de n’importe quel individu un enseignant accompli. C’est ce qu’ils appellent « professionnaliser la formation ». C’est une escroquerie, mais il faut bien que les cohortes de bavards qui peuplent les IUFM justifient leur salaire. 
                Vous dites que le compagnonnage est une mauvaise chose parce que l’enseignant devrait simplement reproduire ce qu’il voit, parce que ce type de formation « transforme clairement l’enseignant en simple exécutant ». Je reconnais là la propagande idéologique de l’IUFM. Ne croyez pas de telles sornettes. Car au début, tout jeune enseignant imite des modèles. Comment voulez-vous faire autrement ? Et peu à peu il trouve sa propre façon de faire, qui n’est réductible à aucune autre.
                Quant à attendre, pour enseigner, de savoir « comment un enfant apprend », alors là, il vous faudrait une vie pour cela, et au bout du compte, vous en seriez au meme point que certains pédagogistes bien connus (qui d’ailleurs se sont éloignés très vite du terrain, c’était plus prudent...), qui après vingt ou trente mille pages de laius, avouent qu’ils se trouvent devant une aporie !
                « Analyser et adapter votre pratique pour avancer », dites-vous ? (« Avancer’ » vers où ?). Pourquoi ne ditez-vous pas , en termes moins ronflants, « faire le bilan de mes séances et essayer d’améliorer ce qui n’a pas marché » ?
                « Prendre en compte la diversité et les difficultés des élèves » ? Qu’entendez-vous pas « prendre en compte » ? N’y a-t-il pas une façon plus simple de s’exprimer ? Et puis un jeune enseignant qui a choisi ce métier par intéret profond, par vocation (allez, lachons le mot) sera-t-il assez abruti pour avoir besoin que l’IUFM lui « révèle » qu’il y a dans une classe des élèves différents ? 
                Voyez-vous, ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est qu’au-delà de la pratique concrète de la classe, sur laquelle des enseignants chevronnés que vous pouvez rencontrer à l’IUFM peuvent vous guider efficacement, vous ne trouverez pas grand-chose de substantiel à vous mettre sous la dent dans cette institution et que la méfiance s’impose. Vous connaissez l’histoire du joueur de flute de Hameln...
                Sur les pédagogistes et l’agrégation, j’estime qu’avant de pérorer à perte de vue sur ce que c’est qu’enseigner - je pense ici à l’enseignement secondaire - il conviendrait d’avoir fait la preuve de ses capacités intellectuelles, de sa rigueur,de sa culture en décrochant au moins l’un des grands concours de recrutement « républicains », l’agrégation ou le CAPES. Voyez-vous un autre mode de recrutement des professeurs du secondaire ? Le piston ? La tete du client ? Vous etes bien d’accord, n’est-ce pas ?


                • Stéphane GUINOT 10 février 2010 12:10

                  Tout à fait d’accord avec vous. Je n’ai jamais nié l’utilité d’une méthode ou d’un manuel ! Bien au contraire. Cependant, chaque méthode a ses avantages et ses défauts. Pour cela, il faut savoir analyser la méthode et la compléter. Rien que pour cela, une formation est, à mon sens, indispensable.


                • Jean 10 février 2010 11:21

                  En plus, on ne va plus former les enfants à réfléchir, à analyser, à critiquer, on va les former à éxécuter et à se taire ! Voilà un bel avenir pour la France !"

                  Stéphane Guinot

                  Curieux langage de la part d’un pédagogue ! Pourquoi voulez-vous absolument, cher Stéphane Guinot, que l’enseignement traditionnel (car c’est lui qui est visé par les pédagogues qui peuplent les IUFM) soit aussi épouvantablement aliénant que vous le suggérez ?
                  Vous croyez vraiment qu’on a attendu l’invention des IUFM pour commencer à donner aux enfants la possibilité de penser par eux-memes ?
                  Souvenez-vous que les leaders soixante-huitards étaient le produit de l’école bourgeoise et que c’est là qu’ils avaient appris à penser et à s’exprimer ! Comme quoi elle n’était pas aussi aliénante que vous le dites...
                  Et puis ce qui est redoutable, dans les propos que vous tenez, c’est que le projet de formatage politique des enfants par l’école telle que vous la voyez y apparait clairement.
                  Vous ne voulez pas donner aux enfants les connaissances et les méthodes intellectuelles qui leur permettront un jour de penser par eux-memes et d’etre des citoyens libres, quitte à penser différemment de vous, vous voulez les obliger à penser de la manière qui vous parait à vous la bonne. Ce n’est plus l’école laique, cela, cher Stéphane Guinot, c’est du formatage idéologique. Dommage !


                  • Stéphane GUINOT 10 février 2010 12:05

                    Vous n’avez sans doute pas bien lu ou pas bien compris mon propos qui affirme l’inverse de l’interprétation que vous voulez lui donnez. Dommage !

                    (P.S. : en 68, les idées de Célestin Freinet avaient déjà commencé à faire leur chemin...)


                  • Stéphane GUINOT 10 février 2010 12:28

                    Il n’y a aucune volonté de formatage politique ou idéologique des enfants dans mon propos. Mon propos est, certes, guidé par des valeurs. Mais cela ne me semble pas indécent. La pédagogie, selon Meirieu, s’efforce d’articuler 3 pôles :
                    - un pôle axiologique : la pédagogie ne se conçoit pas sans référence à des valeurs.
                    - un pôle scientifique : la pédagogie ne se conçoit sans référence à des connaissances rigoureuses sur les phénomènes éducatifs (sociologie, psychologie, didactique...)
                    - un pôle praxéologie : la pédagogie ne se conçoit pas sans la production d’outils pour agir en éducation

                    Stéphane Guinot


                  • french_car 10 février 2010 13:11

                    Jean, les soixante-huitards ne pouvaient être que bourgeois puisque la classe ouvrière n’accédrait pas aux études supérieures.
                    Et effectivement malgré la chape de plomb qui pesait sur les médias et le formattage que l’école imposait, certains atypiques se sont soulevés avec les suites que l’on connaît, précisément pour se libérer de cette entreprise destinée à nous préparer une jeunesse lobotomisée, formée « dans le moule ».
                    Il y a toujours eu des « rescapés de l’enseignement public » comme dit Daniel Pennac fort heureusement.
                    68 est hélàs loin et le moule fonctionne à nouveau à plein.


                  • Jean 10 février 2010 13:38

                    « Articuler trois poles »...Pole axiologique« ..., »pole praxéologique« ... ! 
                    Vous ne trouvez pas que toute cette belle construction de mots fait un peu  »usine à gaz«  ! Que ce verbe est un peu lourdingue, un peu inutilement pompeux : »ne se conçoit pas sans...«  ! Une double négation pour bien alourdir la phrase !
                    Mon cher Stéphane Guinot, si vous vous mettez à citer Meireu, ou meme à essayer de comprendre ce qu’il veut dire, vous risquez de vous obscurcir l’esprit définitivement et nous ne pourrons plus alors échanger des idées courtoisement et clairement comme nous le faisons !
                    Ce qui me frappe, c’est que la transmission des connaissances aux élèves est absente de la pédagogie selon Meirieu. Pourtant, j’ai toujours cru et je continue à croire que la pédagogie, c’est l’art de transmettre aux élèves les connaissances qui leur sont nécessaires pour les préparer à une vie personnelle qui soit la plus épanouissante possible, à leur engagement en tant que citoyens libres et éclairés d’une  »République« , à leur formation professionnelle future. Voilà pour les »valeurs«  ! Mais , j’insiste, cette préparation ne peut se faire que par l’acquisition de connaissances solides sur lesquelles l’élève devenu adulte pourra appuyer sa réflexion, faute de quoi on a affaire à du prechi-precha »citoyen qui dépossède en réalité l’élève de sa réflexion personnelle autonome.
                    Quant à la « sociologie », à la« psychologie », que Meirieu répute nécessaires à la pédagogie, très franchement, je ne vois pas , moi, qu’elles soient bien utiles, sinon très inceidemment, à l’objectif que je viens de rappeler...
                    Que la pédagogie implique de la didactique, ça s’appelle, si je ne me trompe, une tautologie, et ça ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick...
                    Enfin, que la pédagogie produise des « outils pédagogiques », ça me laisse songeur, car c’est à la fois une évidence (la pédagogie n’existe que si elle s’incarne) et une assertion un peu obscure (c’est quoi, des « outils pour agir en éducation » ?).


                    • french_car 10 février 2010 17:18

                      Jean vous concéderez que l’apprentissage initial c’est zero, rien du tout - le niveau CP lire et coppter - en regarde de tout ce que vous apprendrez de toute vie professionnelle et personnelle. En conséquence de quoi - Allègre et Charpak avaient voulu mettre l’accent sur celà au travers des fameux TPE massacrés par les enseignants - l’essentiel n’est pas le savoir mais la capacité de chercher et d’apprendre. Et c’est précisément ce que les enseignants actuels ne savent dans leur majorité pas faire - il ne sont pas forcément responsable mais c’est le système qui veut cela. On ne travaille que pour les notes, surtout au niveau lycée puisque chacune de ces notes conditionne un dossier d’admission dans une filière sélective. Peu importe le moyen pourvu qu’on ait la fin.


                    • french_car 10 février 2010 17:19

                      désolé pour les fautes - promis la prochaine fois je me relirai smiley

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