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Formation des enseignants : ce qui attend la profession

Le ministère de l’éducation vient de communiquer au SNUipp plus de précisions quant à la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. On aurait pu espérer, malgré l’absence de concertation, la prise en compte dans ce projet des revendications du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire des enseignants du premier degré. Il n’en est rien. Nos craintes étaient donc bien justifiées et la réforme qui nous est proposée va donc contribuer à détériorer la qualité de la formation des enseignants et donc, par la même occasion, les enseignements donnés aux élèves. En cela, elle participe pleinement à casser le service public d’éducation.

Forme et contenu des concours

Les concours auront désormais deux épreuves d’admissibilité à caractère disciplinaire et deux épreuves d’admission comportant une dimension professionnelle, trop peu présente à notre goût. Les épreuves d’admissibilité devront consacrer l’élévation du niveau scientifique. Elle ne comporteront pas d’évaluations à caractère didactique ou pédagogique, deux compétences franchement délaissées par ces nouveaux concours, y compris dans les épreuves d’admissibilité. Le gouvernement montre bien sa volonté de recruter des enseignants qui « savent » au détriment de candidats qui possèdent d’autres qualités pour enseigner (approche didactique, pédagogique, créativité, capacité à mener une réflexion sur le métier d’enseignant…). Le risque est donc grand d’avoir, dans quelques années, des enseignants qui ont des connaissances, mais aucune compétence pour enseigner. D’autant plus que l’année de formation post-concours telle qu’elle sera proposée ne permettra pas de rectifier le tir, le temps de formation étant trop court par rapport au temps passé sur le terrain. 

Les deux épreuves écrites concerneront deux domaines :

  • le français et la culture humaniste

  • les mathématiques et les sciences

Les programmes scolaires devront constituer l’univers de référence des savoirs évalués.

Concernant l’admission, la première épreuve sera une leçon. Une question se pose alors : comment présenter une leçon au concours sans avoir appris à préparer une leçon ? Au feeling ?

La deuxième épreuve consistera à analyser un dossier proposé par le jury dans un champ disciplinaire (eh oui, encore du disciplinaire !!!) comportant des documents (écrits, sonores, iconographiques…). Un temps spécifique d’interrogation sur la maîtrise de la compétence « agir en fonctionnaire de l’état et de façon étique et responsable » sera prévu. Rien de tel pour être sûr de recruter des enseignants obéissants, qui exécutent les réformes proposées par le gouvernement sans réellement les analyser…

Calendrier des épreuves

Les épreuves d’admissibilité et d’admission auront toutes lieu au cours de l’année de M2. Les étudiants auront donc à se soucier, la même année, du mémoire demandé en master, de l’obtention du M2, de la préparation du concours, des différents stages (en responsabilité ou non) avec les temps de préparation qu’ils impliquent. Cette charge de travail ne nous semble pas supportable. Comme une bonne blague, le ministère précise que « les étudiants, qui le souhaitent, pourront se présenter la même année aux concours du premier et du second degrés. »

Les épreuves d’admissibilité seront organisées dès le mois de septembre, afin de disposer des résultats d’admissibilité début novembre. Les épreuves d’admission auront lieu en mai/juin. Pour les non admissibles, la période suivant les résultats devra être focalisée sur le projet professionnel, à la fois par des compléments de formation et par un stage en situation métier.

Contenu des masters

Les concours de recrutement ne sont pas les seuls débouchés professionnels des masters : les masters ne doivent donc pas être construits en fonction des épreuves des concours. Tous les masters doivent prévoir des possibilités de poursuites d’études à finalités professionnalisantes, autre que l’enseignement, pour les non admissibles. Autrement dit, ces masters ne seront pas destinés à former uniquement des enseignants. Il faut également ajouter que n’importe quel master permettra de se présenter au CRPE.

Pour répondre aux besoins de recrutement de professeurs des écoles polyvalents, une offre de masters s’appuyant sur plusieurs disciplines devra émerger (on est encore sur du disciplinaire !!!).

Les étudiants qui feront le choix de l’enseignement pourront construire un parcours complémentaire, à partir des champs de formation des masters actuels. Cela suppose une charge de travail encore plus importante pour les étudiants.

La première année de master sera à dominante disciplinaire avec parcours complémentaires de découverte professionnelle. Lors de la deuxième année, les enseignements disciplinaires seront poursuivis avec parcours complémentaires de professionnalisation. La formation en master sera donc essentiellement disciplinaire.

Organisation des stages

Des stages préparatoires de type observation et pratique accompagnée seront proposés en M1. Des stages en responsabilité rémunérés seront offerts majoritairement aux candidats admissibles. Comment confier une classe en responsabilité à des étudiants qui n’ont eu qu’une formation disciplinaire ?

Ces stages ne seront pas une condition pour se présenter à une épreuve et ne pourront pas servir de support aux candidats. D’après le ministère, ces stages représenteront tout de même un atout certain pour les épreuves orales d’admission.

La formation des professeurs stagiaires

Les lauréats des concours seront nommés professeurs stagiaires et prendront la responsabilité d’une ou plusieurs classe. Un tiers de l’année scolaire sera consacrée à « parfaire » leur formation professionnelle, ce qui nous semble très insuffisant. De plus, quelle sera l’articulation entre terrain et formation ? Comment offrir aux stagiaires une formation exhaustive alors que ceux-ci ne seront, pour certains, confrontés qu’à un seul niveau de classe, qu’à une seule configuration de classe, d’école…

Un cadrage national de la formation des professeurs stagiaires sera élaboré. Lequel ?

Pour les professeurs stagiaires, des possibilités de compléments de formation commune à tous les professeurs seront offertes.

Les professeurs stagiaires seront titularisés par l’autorité académique compétente, au vu de leur manière de servir, sur proposition des corps d’inspection. Une fois de plus, la docilité, l’obéissance et la manière de mettre en place les réformes risquent de devenir les éléments principalement pris en compte lors de la titularisation, au détriment de la liberté pédagogique…

Stéphane Guinot

Retrouvez toute l’actualité de l’école primaire sur http://ecole-education.over-blog.com

par Stéphane GUINOT (son site) mardi 9 février 2010 - 29 réactions
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  • Par Stéphane GUINOT (xxx.xxx.xxx.10) 10 février 2010 00:16

    Quelle drôle d’analyse... Vous dites que si un élève échoue, c’est obligatoirement de la faute de l’enseignant. Donc dans une classe de 25, si 2 élèves échouent, c’est que l’enseignant est mauvais. Pourtant, 23 élèves ne connaissent pas de difficulté... étrange non ? L’enseignant est-il donc mauvais ou bon selon vos critères ?

    Pour vous, la réussite et l’échec scolaires dépendent uniquement de" l’efficacité" de l’enseignant. Comment expliquer que dans certaines zones socialement, culturellement, économiquement défavorisées la réussite scolaire soit moindre qu’ailleurs ? Comment expliquer va réussir dans un contexte donné et moins bien réussir dans un autre contexte ?

    L’échec scolaire peut avoir de nombreuses causes qui ne proviennent pas de l’école. Il n’est pas rare que l’échec scolaire s’accompagne de difficultés familiales ou d’un rythme de l’enfant non respecté, déficience mentale.

    Hubert Montagner, qui a longtemps étudié la psyhologie de l’enfant, affirme d’ailleurs que l’ échec scolaire provient le plus souvent d’une "insécurité affective". Cette insécurité affective peut-être créée par beaucoup de choses externes à l’école.

    Il est très confortable pour un parent de ne pas s’occuper de la scolarité de son enfant et de se dire que de toute façon, si l’enfant échoue, ça sera de la faute de l’enseignant... C’est loin de marcher toujours comme ça.

    Stéphane Guinot.

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