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Accueil du site > Actualités > Société > François Chérèque : Réformiste et impatient !

François Chérèque : Réformiste et impatient !

Réformiste et impatient ! est le titre d’un livre que François Chérèque, secrétaire général de la CFDT depuis juin 2002, a publié en mars 2005 avant le référendum sur le traité constitutionnel.
Un livre court (185 pages), mais dense et passionnant.Dans la littérature d’opinion, politique, économique et sociale, pourtant prolifique, que nous connaissons aujourd’hui, cela fait longtemps que je n’en ai pas lu un qui laisse aussi peu de place à la démagogie, à la facilité et à la manipulation.
François Chérèque analyse et éclaire beaucoup des sujets qui déterminent l’avenir de notre société, l’entreprise, le travail, le capitalisme, l’économie de marché, l’Europe, la démocratie, mais aussi la mondialisation, la démographie, la ville, l’école, et bien sûr l’action syndicale. Il le fait dans une langue simple et claire, sans jamais hausser le ton, refusant le pathos, mais donnant à chaque fois son point de vue avec courage et netteté.
J’aurais envie de citer beaucoup de passages. Ce qu’il dit par exemple de la victimisation  : Certains acteurs politiques et syndicaux ont cependant très bien compris quel parti ils peuvent tirer de cette situation. Où leurs aînés tentaient de vendre une critique et des utopies extraordinairement sophistiquées, ils revendiquent aujourd’hui le monopole des sentiments. Ils succombent ainsi avec complaisance aux facilités du raccourci spectaculaire et de la moralisation des questions sociales, enfermant le monde dans un récit simplifié à l’extrême. A ce compte-là les victimes peuvent se sentir « entendues », mais elles ne comprennent pas davantage ce qui leur arrive, et au final elles ne se sortent pas mieux de leurs problèmes.
Ou encore la manière dont il évoque les pathologies du débat social français : En France, on ne se demande pas quelle est l’origine d’un risque ou s’il est possible de le diminuer, mais immédiatement comment le couvrir. On ne se demande pas comment générer moins d’accidents de parcours et donc moins de coûts pour la collectivité, mais comment les réparer ou les indemniser après-coup. On ne se demande pas comment le travail en entreprise pourrait occasionner moins de maladies professionnelles, mais de combien de points il faut augmenter la couverture sociale de ces maladies. On ne se demande pas si la prise en charge des risques revient plutôt à la solidarité du salariat, à la solidarité nationale ou à l’assurance privée, mais à quels droits chaque catégorie peut prétendre. Bref, tout se passe comme si le progrès social devait nécessairement prendre la forme de prestations sociales ou de compensations supplémentaires, comme si les moyens étaient infinis et comme si nous n’étions pas en mesure de peser d’une quelconque manière sur les causes des difficultés. C’est à ce compte que l’on parvient à faire passer pour des combats d’avant-garde des disputes d’après-guerre, et à dissimuler un manque de réflexion, d’imagination et d’ambition sous les habits de la contestation vertueuse. C’est à ce compte également, comme le montre encore l’exemple des intermittents, que l’on en arrive à faire marcher la question sociale sur la tête, à opposer les petits aux petits ? en l’occurrence les intermittents en difficulté à l’ensemble des salariés du privé ? plutôt qu’aux puissants.
Tout aussi pertinente à mes yeux est sa manière d’épingler certains libéraux extrêmes d’aujourd’hui : On ne réforme pas la société contre elle-même. Les partisans de la « thérapie de choc » qui emplissent les rangs des libéraux s’imaginent volontiers qu’il suffirait d’inonder le corps social d’un certain nombre de modèles théoriques et de « bonnes idées » pour renverser la vapeur, pour conjurer le spectre d’une France réputée « bloquée », « irréformable ». C’est une vue de l’esprit. La foi placée dans un pur volontarisme politique est aux libéraux d’aujourd’hui ce que le « grand soir » fut aux gauches extrêmes il y a quelques décennies : une dangereuse illusion.
J’ai aussi apprécié tout ce que François Chérèque a écrit sur le miracle d’Etat, la parole politique, l’efficacité politique, la culture de l’affrontement, sur l’Europe, et j’en passe. Je ne voudrais pas en multipliant davantage les citations vous dissuader de vous reporter au livre lui-même.
Je ne sais si cette parole courageuse et lucide sera entendue. Mais il est bon pour notre pays qu’un homme, exerçant une telle responsabilité, sans compromettre en quoi que ce soit la défense des intérêts légitimes des salariés qu’il a l’honneur de représenter, sache pratiquer le langage de la vérité et mettre ses actes en accord avec ses convictions.


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2 réactions à cet article    


  • (---.---.248.31) 11 juillet 2005 11:43

    L’exemple récent de Volkswagen nous démontre qu’il faut se méfier de la bonne entente du patronat et des syndicats.

    François Chérèque bien vu par les patrons, ce n’est pas nouveau.

    Mais, s’il analyse aussi bien les problèmes de la société, demandez-lui pourquoi CFDT a des difficultés financière ??


    • martin (---.---.71.44) 16 juillet 2005 19:23

      François Chereque n’est que le fils caché de nicole Notat qui a failli être ministre... A se méfier...

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