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Génération sacrifiée

Ce que dit ce curieux débat !

Victimes consentantes ?

Le tir de barrage contre la chanson des Enfoirés prouve qu'il est encore possible de déclencher une tempête dans un verre d'eau avec des bonnes intentions et une mauvaise réalisation. Car, au fait, que reproche-t-on à ce texte, si ce n'est de présenter une situation qui n'est pas acceptable, en mettant dos à dos deux générations qui s'opposent ?

Est-il légitime de dénoncer le sort qui est fait à la génération des trentenaires ? Bien sûr ! Comment accepter cette impossible entrée dans la vie active, cette précarité qui dure au delà du supportable, ces salaires de misère qui leur sont proposés sans espoir de progression ? Nous observons tout ça ; nous déplorons que nos enfants connaissent une situation moins favorable que la nôtre et nous demeurons impuissants à changer le cours des choses.

Oui, il y a eu un formidable recul l'espace des trente odieuses. Nous sommes les témoins passifs du plus grand recul social des temps modernes. Nos parents avaient profité de l'expansion des trente glorieuses ; nous avons été préservés, vaille que vaille, durant toutes ces années de crise qui touchèrent, prioritairement, ceux qui voulaient entrer dans la vie active.

Nous n'avons pas vu que nous entrions dans une époque insidieuse : une période où la misère des autres ne peut plus nous émouvoir si nous voulons conserver nos petits acquis miséreux. Notre génération a fait le choix immonde de fermer les yeux, d'accepter pour les autres ce qu'elle ne saurait tolérer pour elle-même. L'entendre en chanson déplaît et c'est bien normal.

Mais notre égoïsme ne s'est-il pas nourri de l'indifférence supposée des victimes ? Ces jeunes qui baissent la tête et ne lèvent plus jamais le poing, qui cherchent dans des dérives artificielles ce bonheur que notre système leur interdit, sont-ils des moutons bien faciles à tondre ? On peut se le demander quand on constate à quel point ils tournent le dos aux idéologies, acceptent le modèle dominant, se précipitent dans une consommation effrénée, en totale contradiction avec leurs moyens réels.

La chanson dresse un constat assez voisin de ce que j'essaie maladroitement d'expliquer. Les uns font semblant de ne pas voir la lente érosion du pouvoir d'achat, la paupérisation réservée aux jeunes et aux exclus, l'absence de perspectives crédibles et la ruine d'une nation aux mains d'une caste politicienne vendue à un libéralisme démoniaque. Les autres se grisent d'illusions, de paradis artificiels, de modèles d'une incroyable futilité. Ils supportent sans révolte, pensant un jour être des rares qui tireront leur épingle du jeu.

La fraternité a explosé en vol. Il n'y a plus de lien social, plus de solidarité, plus de passerelles entre les générations et les groupes sociaux. Alors, ce que nous refusons de voir, ce que nous ne voulons pas regarder en face, une chanson le met en scène au nom d'une des rares entreprises qui a dépassé, jusqu'alors, cette inexorable régression. Les Restos du Cœur était l'ultime expression du refus de la fatalité et tout s'effondre sous nos yeux atterrés.

Ce n'est ni un dérapage ni une fausse note ; ce n'est pas plus une méprise ou une incompréhension. C'est bel et bien la découverte que nous vivons dans des bulles étanches, que nous avons brisé le contrat social, que plus rien ne tient dans ce système qui dresse, oppose, déchire chaque membre d'une communauté nationale, transformée en jungle individuelle.

Les Enfoirés n'ont jamais aussi bien mérité leur nom. Ils déchirent la belle harmonie de façade pour annoncer à tous que le bonheur des uns se construit sur le malheur des autres. Il n'y a pas à s'indigner d'une vérité incontestable qui n'est que la pâle imitation de ce qui se passe à l'échelle du globe. Faut-il vous rappeler que 1 % de la population détient 50 % des richesses et que personne n'y trouve à redire ?

Monsieur Gattaz et tous les prévaricateurs de son espèce peuvent se frotter les mains. Cette bataille dans un verre d'eau où nous nous noyons tous, ne fait que favoriser l'immense dessein de cette caste inhumaine et cupide. Dresser les gens les uns contre les autres afin de continuer à s'enrichir toujours plus sur les ruines de la conscience collective.

Consciencieusement leur.


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10 réactions à cet article    


  • fredleborgne fredleborgne 14 mars 2015 10:58

    BRAVO !
    Certaines de vos phrases choc sans concession sont une belle baffe pour nombre d’abrutis parvenus.
    Néanmoins, penser que les enfoirés ont fait le réel choix de la polémique, j’en doute un peu au vu de la réaction plutôt réac de la plupart de ces faux-culs, si « indispensables ». Peut-être Goldman, comme un luxe non assumé, y a peut-être songé en écrivant les paroles.


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 mars 2015 16:06

      @fredleborgne

      Merci

      Je défends une idée bien plus que ces gens aisés qui font semblant de se préoccuper des autres tout en assurant leur promotion

      Les Enfoirés c’est un peu le pire de notre société, l’apprence de la solidarité alors que tout est intérêt

    • bakerstreet bakerstreet 14 mars 2015 12:56
      J’ai fait dernièrement un article sur cette affaire, très critique sur cette chanson, qui fait cependant de ne pas construire d’amalgame entre la chanson, et les institutions. 


      Il ne faut tout de même pas avoir la pensée anesthésiée par les bons sentiments.

      Sans s’être concerté, beaucoup ont en effet étaient interloqués par les paroles, la fatuité, et la débilité de cette chanson. Révélatrice tout de même d’un gouffre, non entre les générations, mais les classes. 

      D’ailleurs, curieusement, il me semble que vous l’admettez vous même, en parlant de ces 1% qui ont plus de 50% des richesses mondiales....A notez qu’en France, cela correspond à 10 % de la population. 

      Ces gus qui chantent à pleins poumons et qui sont eux même dans les 1% des 10% plus haut mentionnés, vus leurs revenus prodigieux, ne chantent pas la révolution, le partage, loin de là, ils chantent le conflit des générations. 

      la belle affaire, le beau foutage de gueule, un bottage en touche de première ! 

      L’explication de Goldman, a quelque peu été bricolé. 
      En fait ce sont bien eux qui se justifient, sans problème dans la chanson : « Cet argent on l’a gagné....Faut y mettre au lieu de fumer... »

      Quand à ce fameux « vole et vas-y », il ressemble bien à un coup de pied au cul, fait pour vous envoyer du haut de l’immeuble, sans parachute doré...« 

      Bha oui, toutes ces réalités irritantes font collusions entre elles et organisent ce retour du frustré, cette colère de tant de gens qu’il a bien fallu expliquer, rassurer, dédouaner..
      .Pas un hasard...Non seulement ces gens ne sont pas légitimes dans leur représentation, mais ce texte est une vraie provocation. 

      Non, la fraternité n’a pas explosé en vol.
       Jamais les familles les amis n’ont tant aidé leurs proches.
       Enfin, pas toutes. Il y a parfois plus de familles...
      Les jeunes se donnent de vrais coups de mains entre eux. Ce monde n’est pas désespéré. C’est le système qui est désespérant. Et ce n’est pas la même chose, mais pas vraiment le sujet de la chanson. 

      Les conflits de générations ont disparu dans les années 70 ; l’évoquez, c’est faire de l’anthropologie....Ce qui est à l’oeuvre ici, c’’est un conflit de classes, à la puissance dix. 
      On n’en parlera pas. 
      Gattaz peut dire ouf une fois de plus !

      Dans la prochaine campagne, pourquoi ne pas faire une chanson, qui expliquerait le clivage, en utilisant cette tarte à la crème qu’est » la théorie des genres" ?

      Tout pour éviter de parler de ce qui est pourtant si visible : CE CLIVAGE DE LA FORTUNE ET DE LA TRANSITION !
      Mais il y a des choses qu’on ne veut pas voir, ni évoquer, même si elles sont grosse comme le nez au milieu de la figure

      Nous revoilà revenu aux 1%.
      Peut être que je fume trop moi aussi, que je devrais voler.




      • C'est Nabum C’est Nabum 14 mars 2015 16:08

        @bakerstreet

        Finalement nous ne sommes pas en désaccord

        Je ne défends nullement la chanson même si je sais par expérience, qu’une chanson est loi d’être un texte élaboré.

        Je ne supporte pas qu’on glisse vers un débat qui n’est pas le bon

      • bakerstreet bakerstreet 14 mars 2015 17:15

        @C’est Nabum


        Itou pour moi ; rien de mieux qu’un poème ou une chanson, avec cette capacité qu’on les muses de vous mettre en osmose avec l’ineffable. 

        Ce n’est pas une analyse sociologique, mais c’est autrement plus révélateur pourtant de la nature profonde d’un auteur, porte parole maladroit de la crise 

        Et c’est justement pour ça que cette chanson n’est pas anecdotique ; elle nous révèle bien le fossé d’une élite avec la base...

        .Même Fleur Pellerin l’a trouvé « maladroite », c’est dire

        « La chanson de Craonne », « Madame la marquise », ou dans un autre domaine « le sud », voilà quelques titres qui me viennent en tête, en qualité d’osmose.


      • C'est Nabum C’est Nabum 14 mars 2015 17:19

        @bakerstreet

        Laissons les Enfoirés là où ils sont
        Il semble qu’ils se soient encore illustrés dans une émission de TV hier soir qui a du atteondre des sommets de mièvrerie.

        Ce n’est pas ainsi que l’on réveille les esprits

      • antisimpliste antisimpliste 14 mars 2015 14:19

        « Les Enfoirés n’ont jamais aussi bien mérité leur nom » -Homophobe ! smiley
        -est-ce que ça prend du temps de faire un article pour parler de ÇA ? (réponse facultative : en fait, j’m’en fous)


        • C'est Nabum C’est Nabum 14 mars 2015 16:08

          @antisimpliste

          Puisque vous en foutez ...

        • Jean Keim Jean Keim 15 mars 2015 09:09
          Il est difficile de présumer des intentions des enfoirés, eux seuls dans l’intimité de leur conscience connaissent leurs vrais motivations, mais on peut parler sous car le résultat compte smiley
          Combien coûte un spectacle des enfoirés ?
          Combien rapporte-t-il et à qui ?
          Est-il autofinancé ?
          Les petites mains (et les grosses paluches) sont bénévoles mais qu’en est-il des artistes ?
          Comment sont-ils logés, nourris, ... ? 
          Les ventes de CD et DVD rapportent-elles plus que le spectacle lui-même ?
          Si le solde est positif peut-on considérer que c’est suffisant ?



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