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Gérard

Comme nous sommes en période de fêtes, je vais vous raconter deux histoires. L’une est triste, l’autre est réconfortante et pleine d’espoir. La première que je vous dirai en chanson est imaginée : « Gérard et la Fée d’hiver ». La seconde est une histoire tout ce qu’il y a de vrai ; elle est racontée par Le Figaro dans son édition du 28 décembre 2006. C’est l’histoire de Gérard le SDF qui a rencontré la fée Angela. Oui, dans les deux cas, le protagoniste se prénomme Gérard, et ce n’est pas sans rapport avec Gérard Jugnot, comme nous le verrons.

Gérard et la fée d’hiver

Quand le boss a fermé l’usine,
Qu’il a emporté les machines
Et qu’il est parti pour la Chine,
Que faisait la fée Mélusine ?

Gérard a vu pleurer ses gosses.
Chaque jour il roulait sa bosse.
Le fils du boss roulait carrosse.
Que faisait la fée Carabosse ?

Quand on vient dans le mois courant
Couper son gaz et son courant,
Il se demande où est passée
La bonne fée Electricité.

Pas de chance avec la bougie
Il a mis l’feu à son tapis.
Tout a brûlé, tout a péri.
Que faisait la fée du logis ?

Quand tous les gens sur lui s’acharnent,
Les assureurs et les banquiers,
Les créanciers et les huissiers,
Où donc était la fée Morgane ?

Pas de chance, dans les faits divers,
Demain son nom s’ra affiché.
Parce qu’elle l’aura pas réchauffé,
La fée, la fée, la fée d’hiver.

Voilà une triste fin. Mais l’histoire connaît une variante, un "happy end" comme on dit au cinéma, que voici.

Gérard et la fée Angela

Cela pourrait s’appeler « Viens chez moi : j’habite chez une copine », ou bien "Une époque formidable", comme dit le film de Gérard Jugnot dans lequel celui-ci tient aussi le rôle de Berthier, ex-cadre supérieur chez les SDF. Un film formidable d’ailleurs. Mais revenons à notre Gérard à nous. Lui, c’est une "fille formidable » qu’il a trouvée sur sa route. Un matin de juillet, dans le métro, son ange est là : c’est Angela ! Non, ce n’est pas une fiction, de celles que l’on nous déverse à la télévision avec la gentille Mimie Mathy. Il s’agit bien de la réalité et, pour Gérard, d’une toute nouvelle réalité qui s’offre à lui après vingt-deux ans de rue, d’alcool et de galères en tous genres.

Angela a l’âge d’être la fille de Gérard. Lui a cinquante-et-un ans, elle en a vingt-quatre. Pendant trois mois, cette étudiante a hébergé Gérard chez elle et l’a épaulé. Par solidarité simplement. Cela pouvait semblé risqué. On se souvient du film Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir où Boudu, clochard parisien, se jette à la Seine puis est repêché par un libraire dans la famille duquel il sèmera l’anarchie. Pourquoi je parle de ce film ? Parce que Gérard Jugnot en a réalisé une version récente où il fait tandem avec un autre Gérard : Depardieu. Mais surtout parce que notre Gérard SDF fut, lui, sauvé par Angela des eaux-de-vie. Je veux dire : il a cessé de boire.

Non seulement il ne boit plus, mais la malédiction associée au personnage de Boudu n’a pas détruit une famille. Bien au contraire. Gérard a renoué avec son fils handicapé de vingt-sept ans. Ce jour-là, il racontait son histoire au journaliste du Figaro en accompagnant son fiston à la gare, avec toute la fierté d’un père pour son enfant. Avec toute la fierté aussi d’avoir remporté une victoire décisive sur les pires aléas de l’existence.

Pour conclure cette histoire, qui mieux que Charlie Chaplin dans Les Lumières de la ville  ? Le vagabond Charlot ne peut être vu par la jeune fleuriste -qui est aveugle- et il n’a que sa voix pour communiquer, mais cette voix n’est pas entendue par le spectateur car le film est muet. N’y voit-on pas la symbolique de notre époque où, jusqu’aux opérations récentes, (Une tente pour les SDF, puis l’action de l’association des Enfants de Don Quichotte) les SDF étaient comme invisibles à nos yeux, je veux dire invisibles par banalisation et réflexe conditionné de détournement de notre regard. Leurs voix n’étaient-elles pas aussi muettes que celle de Charlot ? Les oreilles des politiques et des décideurs ne les entendaient pas.

Retour à Gérard : il dit, en parlant de la jeune fille qui l’a sauvé : « Elle m’a filé une lumière dans ma tête. » Pour Gérard, le film de sa vie s’appellera donc "Les lumières de la vie". Aujourd’hui, Gérard vit à La Colombe, là encore tout un symbole (il s’agit d’un foyer de Boulogne-Billancourt). Il espère obtenir un logement indépendant. La demande qu’il a adressée à la mairie en octobre n’obtient pas pour l’instant de réponse. Espérons qu’elle aboutira avant que... Mais restons optimistes, et souhaitons bonne route à Gérard !


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6 réactions à cet article    


  • Nono (---.---.191.111) 3 janvier 2007 12:11

    Beau billet, La Taverne,

    Meilleurs vœux pour 2007, santé, bonheur, sérénité et prospérité.

    Deux histoires bien de notre temps.

    La triste, réelle, est devenue, hélas, tellement « banale » pour bon nombre d’infortunés de ce système à la con, l’autre, presque irréelle, n’arrive que comme un inattendu loto !

    Désespoir et espoir se partagent, plus que jamais, le destin de tout un chacun...A quand le réveil ?...Pour cesser de fermer les yeux, pour voir Gérard et Gérard.

    « Moi, je meurs. Mon esprit coule par quatre vingt blessures.

    J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.

    Jeune, riant, brave et sans blessure,

    Je vais m’asseoir parmi les Dieux, dans le Soleil !

    Les destins conduisent celui qui accepte

    Et traînent celui qui refuse. » (Sénèque.)

    Cordialement,

    Nono


    • bb (---.---.237.213) 3 janvier 2007 12:12

      Vous parlez à l’avantage des SDF et il le faut ,vous parlez de société et de la façon dont elle porte ses regards sur les exclus et c’est bien car il y a du travail à faire.. Je vais vous parler d’un fait de société et de justice même quand on paye son loyer rubis sur l’ongle et du mépris fait aux locataires même de résidences. Imaginez vous vivre au 10eme étage de cette résidence que vous avez un enfant de 20mois,une femme qui est prête à accoucher et par césarienne(période 28janvier 28 février)........ Maintenant imaginez qu’on vienne vous dire comme ca :durant toute cette période on enlêve votre ascenseur pour le changer sans vous laisser d’autre choix. Que penser d’une société et même pour les logés se permet de risquer 2 vies pour ne pas gêner des travaux. Que penser d’une société qui vous dit : vous n’avez qu’à accoucher votre femme à la maison (césarienne). Ne pensez vous pas que le profit est en ce moment même en train de dépasser la raison ???????. bb


      • jako (---.---.21.70) 3 janvier 2007 12:31

        Bravo, décidement j’adore toutes vos interventions , merci


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 3 janvier 2007 13:24

          Bonjour,

          Que fait JPP, il aurait pu faire la une de son JT avec cette belle histoire

          Sinon, cher poète, encore une nouvelle photo, change de lunette, c’est indispensable, c’est ce que me dis aussi mon amie mais j’ai toujours mes vieilles ovales d’intello lennonien, les mêmes que toi


          • clairette (---.---.121.220) 3 janvier 2007 13:49

            @ La taverne des Poëtes : j’ai adoré votre poème et cette belle histoire, un conte de fées ! Merci.

            A sa lecture, je rêve... que tous les « Gérard » trouvent leur Angèla... C’est ce que je souhaite de tout mon coeur..

            Meilleurs voeux et à bientôt !


            • La Taverne des Poètes 3 janvier 2007 16:45

              A Clairette, Jako, Nono, bb : Merci pour vos commentaires. Cette histoire, on l’aura compris, se veut conte de Noël plutôt qu’histoire moralisante.

              Bon début d’année 2007 !

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